X INTRODUCTION
plus perfectionné, nous avons pu reconnaître un certain nombre de faits encore inconnus.
C'est ainsi que nous avons découvert lo, circulation veineuse par influence, et démontré V existence réelle des pouls organiques.
III. — La troisième partie est consacrée aux instruments enregistreurs, devenus si nombreux, si importants.
Nous avions été précédé dans ces recherches par une pléiade de savants de tous pays, auxquels nous nous empressons de rendre hommage. Ce sont Liidwig et Vierordt composant les premiers enregistreurs ; ce sont Weher et Koschaloff, instituant la synthèse et comme la contre-épreuve des phénomènes de la circulation, au moyen d'organes factices en caoutchouc, sur lesquels on reproduit toutes les variétés du pouls.
Ce sont Mach et Fick appliquant les mathématiques à mesurer la force des ressorts^ les vibrations du levier, la multiplication des hauteurs, et pour signaler toutes les erreurs possibles de l'expérimentation pure.
En France, ce sont Faivre, Chauveau et Marey, complétant sur le cheval leurs célèbre^ expériences, qui décidèrent ces questions, si longtemps controversées, des bruits du cœur et de leur signification physiologique.
Enfin, Marey, Lorain et Pidoux : — Marey, dont l'instrument ingénieux a rendu pratique l'écriture du pouls; — Lorain, qui résuma en 1863, dans un livre savant, les travaux de ses devanciers, vulgarisant pour nous la science allemande, si nébuleuse, et recueillant de nombreux faits cliniques sur l'emploi du sphygmographe dans les maladies.
Dictionnaire à des mots pareils, inventés par son maître, Auguste Comte, tels que : Valtruismc comme opposé de Ve'goïsme. Or ce mot, pour être français, devrait se lire : autruisme (de autre ou autrui); pour être latin : aLtdrisme (alter). 11 est donc, comme le mien, composé de deux langues.
Mais, pour éviter toute difficulté, nous avons adopté dans ce nouveau livre le nom de sphi/gmographe, préférant introduire dans la science la nouveauté des idées plutôt que la nouveauté des mots.
INTEODUCTION. -x]
Mais, ainsi que l'a fort bien exprimé Hahnemann, ce Avoir une connaissance parfaitement juste des instruments de notre art constitue la moitié de la science ».
Aussi je me suis appliqué à perfectionner les procédés et j'y suis parvenu au moyen de deux appareils à mercure, véritables artères artificielles, à la fois souples et transparentes, dont l'une écrit les tracés au moyen d'un aimant qui attire la plume sans l'arrêter, principe nouveau de mécanique, et ào\\iWutve\e& photographie directement.
Le nouveau sphygmographe nous a permis de compléter la science du pouls sur toutes les artères et veines accessibles du corps; même sur les fontanelles et le cordon ombilical.
Enfin, nous avons obtenu dans l'étude de la pulsation, appliquée soit aux maladies soit aux actions médicamenteuses, des nuances délicates, qui permettent de pousser l'a-, nalyse beaucoup plus loin qu'on ne Tavait fait jusqu'ici.
IV. — La quatrième partie comprend la physiologie du cœur et du pouls étudiés au sphygmographe.
Ici, le médecin apprend à se familiariser avec toutes ces formes nouvelles ; il étudie le pouls à tous les âges, dans toutes les circonstances physiques ou morales qui peuvent survenir, afin de pouvoir ensuite distinguer plus sûrement ce qui est morbide.
L étude des lois de la circulation vient aussi nous occuper; ces lois sont en grande partie celles de l'hydraulique et nous les affirmons.
Mais, qu'on ne pense point, en étudiant le rôle des lois physiques dans l'organisme, s'éloigner des saines doctrines et tomber dans le matérialisme regrettable de l'enseignement moderne. Sans doute le physiologiste trouve dans certaines fonctions le retentissement des lois physiques générales. Mais la cause première des mouvements chez l'être vivant est d'un ordre spécial, supérieur aux lois des corps inanimés.
xij INTRODUCTION ,
Cette cause, elle a un nom^ comme toute réalité : c'est la vie, force émanée de Dieu comme source première, et qui anime tout homme venant en ce monde. Or la vie, en tant que force, est un mouvement organisateur, produit par l'union substantielle de l'âme, principe d'action, et de la matière organisable. C'est bien ce mouvement d'un ordre plus élevé qui agrège les atomes en cellules, les cellules en tissus, puis en organes, les appareils en un être complet, et sur un plan toujours semblable, celui du genre et de V espèce.
Cependant la vie, pour être une force d'un rang supérieur, n'a point pour cela perdu ses rapports avec lunivers au milieu duquel elle doit se développer. Loin de là I L'homme, dans son organisation sublime, résume la nature entière.
On a dit souvent de lui qu'il était un microcosme, c'est-àdire un petit monde; on ferait mieux de l'appeler un macrocosme, un grand monde, car s'il résume la nature, c'est en la dominant.
La zjz'c, force parfaite, chargée d'organiser la matière, doit donc utiliser les forces partielles et secondaires de la nature, et résumer leurs lois en se les assimilant.
Voilà pourquoi, sans cesser d'être animiste en physiologie, on doit rechercher dans la physique une grande partie des conditions qui régissent la circulation du sang, tout aussi bien que les lois de la progression et de la pesanteur pour la marche, de la lumière pour la vue, et des sons pour l'oreille.
Le savant Pidoux, dans son admirable livre sur la circulation, nous a démontré combien, au milieu de tous ces phénomènes physiques, il reste encore une mimense part à faire à la vie, qui seule a pu résoudre le problème d'une circulation constante dans des vases toujours clos.
V. — La cinquième partie^ enfin, contient la séméioiique et les indications thérapeutiques tirées du pouls et de la circulation.
C'est qu'en effet « il faut, » comme l'a si bien dit le
INTRODUCTION. xiij
D' J.-P. Tessier, dans ses savantes leçons de séméiotique {École pratique 1846), « il faut, après avoir fait l'étude des nuances du pouls, appliquer cette étude à toutes les maladies, en déterminer les significations.
« Le pouls est en rapport parfait avec la sanguijication. Quand le sang se déprave, s'altère, le pouls se modifie. Quand le sang augmente en fibrine, ou devient plus riche en globules, le pouls l'indique ))
(( Tâter le pouls, c'est juger de 1 état des forces et des ressources de la vie, c'est faire une analyse chimique et micros' copzgzie, c'est transformer ces deux opérations si compliquées, si difficiles, en une observation unique et très simple. Or le sang est partout : il est au centre de la vie, il est aussi à la périphérie; il excite et cependant tempère le cœur qui le lance; il noui^it les organes qui le reçoivent. »
(( Le sang est le point de jonction entre les phénomènes naturels et les fonctions animales. ))
(( En modifiant le sang, on modifie les phénomènes naturels. Enfin, le pouls sert, non seulement à fixer la séméiotique, mais à donner Vindication thérapeutique, et, après nous avoir montré le mal, nous apprend à le guérir. ))
Cette étude est la plus importante pour le médecin. Elle lui enseigne à se diriger plus sûrement au milieu du dédale des maladies, à l'aide de ce fil conducteur que nous offre le pouls.
L'étude de Vasystolie a été complétée par celles de Vadiasiolie et de Vapausie ou dyspausie.
* Les recliercJies de J. Regnauld et de Hayem sont venues dernièrement corroborer les belles idées de Tessier. Ayant à traiter une chlorose pav le protoclilorure de fer, ils reconnurent que le tracé du pouls indiquait fidèlement l'amélioration de la composition du sang.
1"^'" résultat : — Le nombre d'hëinaties augmente, mais elles sont petites, pauvres en liémoglobiue; la courbe du pouls présente une ascension rapide.
2*^ résultat : — Les nouveaux globules deviennent plus grands, plus colorés, augmentent en hémoglobine; la courbe du pouls augmente, mais lentement.
3* résultat: — L'équilibre s'établit entre les hématies et l'iiémoglobine ; la guérison est obtenue, la courbe du pouls tend à la direction rectiligne qui représente la normale.
Regnaud et Hayi-:m. Ballet, général de thérapeutique. 18S3, t. XCIV, p. 241.
xiv INTRODUCTION.
Nous avons distingué toutes les variétés si instructives du plateau, qui couronne parfois le sommet de la pulsation dans la sclérose^ les paralysies, la chlorose, l'anémie.
Nous avons reconnu le rétrécissement aortique, habituel dans la chlorose, comme le rétrécissement pulmonaire dans la pkthisie.
Enfin l'étude des anévrjsmes nous a révélé des signes importants pour la diagnose et le traitement des anévrysmes sacciformes et fusiformes.
L'ensemble de ces travaux est élucidé par 493 tracés ou gravures.
Parfois nous avons dû revenir sur certains sujets déjà traités. On nous pardonnera ces répétitions qui ont paru nécessaires pour la clarté du sujet et pour mieux en graver les points importants dans l'esprit des lecteurs.
Nous terminerons par ces paroles remarquables de Seneque * ; « Agamus honumpatremfamïliœ ; faciamus ampliora quœ accepimus ; major ista hœreditas a me ad posteros transeat. ))
(( Agissons en bon père de famille ; rendons plus amples les biens que nous avons reçus; que cet héritage se transmette agrandi à ceux qui nous suivront. »
D' Ch. Ozanam.
' Seneca. Episl. Lxiv.