‹ Le circulation et le poulsChapitre 26 sur 669 · WILLIAM HARVEY ET SES MAITRES : COLOMBO, — FABRICE · texte numérisé non relu

WILLIAM HARVEY ET SES MAITRES : COLOMBO, — FABRICE

d'acquapendente. — RUDio [eustache].

Nous voici arrivés à la plus brillante époque de l'anatomie^ celle de GUILLAUME harvey.

Harvey naquit le P'' avril 1578 à Folkstone [Angleterre, comté de Kent] ; il mourut en 1657. Elève des deux grandes universités anglaises^ Cambridge et Cantorhénj. il parcourut l'Europe pour compléter ses études et vint apprendre l'anatomie à la célèbre université de Padoue, où Minadous, Fabrice d'' Acquapendente, Casserio, Colombo, furent ses maîtres pendant cinq ans; ce fut là qu'il re<^ut le bonnet de docteur. Il revint en Angleterre à Londres j en 1602; on le nomma^ en 1615, professeur d'anatomio^ et il devint successivement médecin des rois Jacques r' et Charles

Tout le monde sait que Harvey^ passe pour avoir découvert la circulation du sang ; et je crois qu'on ne peut lui contester la plus grande partie de cette gloire^ car s'il ne l'a pas découverte le premier, dans son principe [puisque cette gloire est partagée QwiYQ Servet, Colombo etCésalpin], du moins on peut dire, avec Zecchinelli^ et de Renzi^ dont nous suivrons ici les arguments^ qu'il l'a découverte une seconde fois et dans son ensemble par les travaux suivants :

1° En établissant une démonstration complète ; cqlY les propositions avancées par Ccsalpin étaient fort peu connues, môme en Italie, tout à fait ignorées en Angleterre et dans le reste du

' Zecchinelli. DpIIp dottrine xulla stndtura e sulle fnnzioni del ciiore e délie arterie che imparo per la jir/mn volta in Padova, Guillielmu Harvey, da Eustachio Hiidio, e corne esso lo guid'irono diretlamenle a studiare, conoscere >• dimostrare la civculazione del sangue Padova 1838.

' niî IIenzi. Sloria délia mcotlcina ilaliana, t. III, p. 370 et seq.

Guillaume HARVEY

monde. Ne voyons-nous pas Fabrice d' Acquapendente, qui professe après Césalpin, et qui découvre les valvules veineuses (i603J ignorer la circulation ? Ha rvey aurait donc, sous ce rapport, conquis la même gloire que Christophe Colomb découvrant à l'Europe étonnée les terres de l'Amérique, alors que depuis quatre ou cinq siècles les Scandinaves connaissaient déjà les côtes du Labrador^ du Vinland et du Groenland, et que depuis un siècle Bethencourt et les armateurs dieppois étaient revenus à plusieurs reprises des parages lointains qui devaient s'appeler le Canada ; mK\% hardis marins ne purent ou ne voulurent pas montrer la route à d'autres navigateurs et ne soupçonnèrent pas la grandeur du continent qu'avaient foulé leurs pieds.

2° Harvey a découvert scientifiquement^ la circulation, accompagnant sa démonstration de tout ce que l'anatomie et la physiologie pouvait accumuler de preuves, dans un siècle où Bacon allait apprendre aux hommes d'étude ce qu'il en fallait amasser pour démontrer un fait.

3° Il l'a découverte en lui consacrant un ouvrage entier, composé exprès pour cette démonstration et non point seulement quelques passages disséminés dans un ouvrage de théologie, comme Servet, ou de philosophie, comme Césalpin.

4" En se faisant le démonstrateur^le promoteur de cette grande idée, on peut dire qu'il se l'est appropriée, car il lui fallut pour cela vaincre l'antagonisme de tout le passé et persuader tout l'avenir.

En effet, supposons qu'Harvey n'eût pas existé : le peu de retentissement des œuvres de Colombo et de Césalpin, même dans leur propre pays, montre bien qu'au lieu de faire des progrès, l'idée de la circulation aurait pu rester longtemps encore dans l'oubli, comme accablée sous le mépris de ceux qui ne juraient que par Galien.

Est-ce à dire que Harvey n'eut pas connaissance des travaux de Césalpin ? Je crois le contraire ; et qu'il puisa dans tout ce qu'il apprit à l'école de Padoue le germe d'une grande partie des découvertes qu'il divulgua plus tard, mais il sut les com-

' De venarum ostiolis. Padoue, 1603-1605, in-fol.

' Harvev. Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus, Fraukfort, 1628-1839. Padoue, 1643. Rotterdam, 1C50. Londres, 1660, Cambridge, 1649. Rotterdam, 1671, 1136.

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prendre, les saisir, les coordonner et les prouver. Je n'ignore pas que des admirateurs trop passionnés soutiennent, h leur tour, que les travaux antérieurs ont pu être inconnus de lui, et qu'il dut tout à son seul génie ; mais cela est bien peu probable, si l'on considère que Césalpin écrivit son livre neuf ans avant la naissance d'Harvey et cinquante-neuf ans avant les écrits de ce dernier.

L'œuvre de Césalpin fut réimprimée une cinquième fois à Venise, en 1593, avant que Harvey vînt étudier à Padoue.

En face d'une pareille divulgation, on ne peut donc pas soutenir que son œuvre fût restée complètement inconnue. L'un des maîtres d'Harvey, Eustache Budio, né à Bellune, mais professeur à Padoue, faisait du reste^ dans ses cours, de fréquents emprunts à Césalpin et l'appelait du nom de Philosophe.

Or Rudio lui-même dut enseigner à Harvey l'anatomie et notamment :

a. Que la veine artérieuse est une véritable artère, et l'artère veineuse, une véritable veine.

h. L'usage des valvules du cœur, s'ouvrant et se fermant ^ pour empêcher le retour du sang et des esprits ou du sang spiritueux.

c. La route que suit la circulation pulmonaire^ et comment le sang venu du ventricule gauche ne traverse pas seulement le poumon pour le nourrir, mais aussi pour conduire à d'autres résultats.

d. Que les artères portent dans tout le corps, avec le sang vivifié, la chaleur et la nutrition.

e. L'avantage des vivisections pour les démonstrations anatomiques et physiologiques.

f. Que les artères communiquaient avec les veines dans le foie, ce qui est un premier pas vers la connaissance des anastomoses capillaires.

g. Enfin la nature particulière des fibres du cœur, l'action des nerfs et des passions sur cet organe

Si à cet enseignement on joint celui de Fabrice d' Acquapendente, qui professait l'existence et la direction des valvules veineuses, celui de Realdo Colombo ^ le successeur de Vcsale, qui expliquait si clairement la circulation pulmonaire, entrevue par Servet^ on

' I. Rudio (E.), De virtutibiis et vitiis cordis. Padoue, 1602, m-4°. De pulsibus lib. III. Padoue, 1602, in^".

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voit que l'œuvre était bien avancée et pourtant elle était encore loin d'être accomplie. En effet ne voyons-nous pas Rudio luimême rétablir, trente ans plus tard, les erreurs que Césalpin venait à peine d'extirper de la science? savoir : que le sang- se génère dans le foie ! que le sang passe d'un ventricule à l'autre par les foramina du septum interventriculaire ! enfin, que les artères contiennent et du sang et des esprits, ou de l'air en nature! Rudio, en effet, avait peu de critique, et se contentait d'accumuler les opinions de tous les auteurs. Telle fut l'éducation que reçut l'illustre anatomiste anglais, mélange de vérité et d'erreur, où il fallait encore débrouiller le chaos. Voyons maintenant, avec le célèbre de Renzi, quelle fut sa part dans la découverte.

A. Il reconnut le véritable usage des valvules veineuses, qui est de soutenir le poids du sang et d'aider à sa progression ; ceci est une découverte aussi grande pour la physiologie que celle de l'existence de ces valvules l'était pour l'anatomie, car sans cette progression pas de circulation possible.

B. Il étendit et multiplia beaucoup les preuves tirées des vivisections, incisions et ligatures, soit des artères, soit des veines, qui seules pouvaient donner une démonstration pleine et entière du mouvement du sang, do sa distribution à toutes les parties du corps par les artères et de son retour au cœur par les veines.

Sur ce point il n'eut pas le mérite de Vinvention, réservé à Colombo et à Césalpin, mais il eut celui de la divulgation et de la confirmation des faits, encore peu connus, et par une méthode nouvelle.

C. Il reconnut que le sang de la veine cave se rend au ventricule droit continuellement et en si grande quantité, que sa masse ne peut être puisée dans l'aliment, car la totalité du sangtraverse le cœur en peu d'instants.

D. Il vit encore que le sang va constamment du cœur par les artères dans tout le corps et en quantité bien plus grande que ne l'exige la nutrition. Il eut, en cela, le mérite de confronter et déraisonner, mais non de découvrir dans le sens absolu de ce mot.

Mais^ en admettant même que la découverte de la circulation fût déjà faite en Italie, elle restait à l'état d'idée vague, elle demandait à être mieux éclairée, plus complètement démontrée.

Harvey, qui devait connaître tout ce qui s'était fait dans la

péninsule, en prit texte pour inaugurer ses travaux. Le tort qu'on peut lui reprocher, avec Zecchinelli, c'est de n'avoir presque jamais cité les noms de ses prédécesseurs et de ses maîtres, ou de ne l'avoir fait que pour les critiquer, rappelant, non leurs découvertes qui préludaient aux siennes, mais leurs erreurs qu'il venait combattre. « Néanmoins il serait injuste de ne pas avouer que Harvey prit l'argument de front et le traita directement, tandis que Césalpin effleurait la question, comme un des nombreux sujets qu'il voulait développer dans son livre et comme une simple vue de l'esprit. »

(i Césalpin eut comme philosophe une idée de génie, Harvey raisonna et prouva en physiologiste consommé, ajoutant do nombreuses e^çéYÏQnces pratiques à celles plutôt philosophiques qu'avait présentées Césalpin, {de Renzi.) »

Harvey compléta ses démonstrations partout ce que la science avait découvert en anatomie pendant les cinquante-neuf ans qui s'écoulèrent de 1 569 «/g Ctisa/j!?m] à 1628 [œuvres de

Harvey, et ces cinquante-neuf ans peuvent compter pour une des périodes les plus fécondes en découvertes anatomiques.

« Ce qu'on doit admirer p dit de Renzi, «dans l'œuvre de ce dernier, ce qui lui fait conserver son titre d'inventeur, c'est l'exactitude et la force des inductions, l'habileté des expérimentations, la finesse des observations, la sagacité et l'enchaînement des raisonnements, la clarté et la vérité des conclusions, les réflexions nombreuses et neuves, enfin l'harmonie et l'unité dans l'œuvre complète,

« Mais, quoique le génie des deux savants se différencie par leur lieu de naissance, leur langue natale, leurs doctrines philosophiques, aussi bien que par la distance des temps où ils vécurent, on pourra encore rester frappé, en comparant leurs œuvres, de l'égalité de leur génie et combien peu Césalpin, qui vint le premier, le cède en perfection à son successeur Harvey. »

Une dernière découverte restait à faire pour Harvey, afin de compléter le circulus va&cularis, mais il ne paraît pas y avoir aspiré. C'était de savoir comment le sang artériel passe des derniers rameaux artériels dans les premières veines, n se borne, sur ce point, à supposer que ces communications peuvent être médiates, immédiates ou intermédiaires, Pourlui, les communications ^oni médiates. Elles se font par les porosités des tissus S ' Chose remarquable, celte circulation lacunaire, qui n'existe pas pour l'homme,

per carnis porositates. La gloire do découvrir les réseaux cajK»27Za2>e5 était doncaussi réservée à uq autre; ce fut Malpighi. Nous y arriverons prochainement, mais n'empiétons point sur l'avenir.

1578-1658. ANALYSE DE l'œUVEE DE HARVEY. DÉMONSTRATION DU GRAND PROBLÈME DE LA CIRCULATION.

Une œuvre si importante mérite, de notre part, une analyse respectueuse, quoiqu'elle n'occupe qu'un bien petit volume, sous le titre modeste de Frcelectiones anatornicœjlniv oà-wciiow?, anatomiques.

§ I. Harvey commence par une introduction aussi noble que modeste, dans laquelle il explique sa position scientifique :

« Lorsque je commençai, dit-il, à étudier les mouvements du cœur, non plus dans les livres et les écrits des autres, mais dans la nature et par des vivisections, la tâche me parut bien ardue, bien hérissée de difficultés, et j'étais bien près de croire, comme Fracastor, que Dieu seul pouvait les comprendre : comment s'opéraient la systole et la diastole? où et comment se faisaient la contraction et la dilatation ? Je ne pus d'abord le saisir, à cause de la rapidité de ces mouvements qui se succédaient devant moi, en un clin d'œil, comme un éclair, et cessaient aussitôt, ne me laissant que confusion »

Mais en appliquant chaque jour davantage mon attention et mes soins, en répétant les vivisections, en expérimentant sur une grande variété d'animaux, j'ai pensé que j'étais enfin arrivé au but et que j'étais sorti de ce labyrinthe...

Depuis lors, je n'ai pas hésité à faire connaître mes idées, non seulement à mes amis, mais au public, dans mon cours d'anatomie, suivant l'usage académique. Les uns les accueillirent favorablement, les autres' les blâmèrent (c'est la coutume). D'une part, on m'a fait un crime de m'ètre séparé de l'enseignement de tous les anatomistes ; de l'autre, on a manifesté le désir de me voir donner un plus ample développement à ces vues nouvelles, qui pouvaient offrir quelque intérêt et même quelque

existe néanmoins, comme état normal, dans la série animale et caractérise la circulation des tuniciers.

' Harvey (G.). E.iercitationes anatomicœ de motu cordis et sanguinis circulatione . Rotterdam, MDCLIV, in-lS".

utilité. Cédant enfin au conseil de mes amis, je me suis décidé à employer la presse^ pour soumettre au jugement général et mes travaux et leur auteur.

§ II. Dans le second chapitre, Harvey étudie d'abord surl'animal vivant le mouvement du cœur ventriculaire. (c Ex vivorum dissectione, qualis sit cordis motus. » On voit, dit-il, après avoir enlevé le péricarde, que le cœur agit et se calme alternativement. Ce fait est surtout facile à constater chez les animaux à sang froide grenouilles, serpents^ anguilles^ poissons. Le mouvement s'accompagne de quatre faits principaux ;

1" Le cœur, au moment de la contraction, se soulève; sa pointe frappe contre la paroi pectorale ; son battement s'y fait sentir au dehors.

2° Le cœur se contracte principalement dans le sens transversal ; on le voit facilement en plaçant sur une table le cœur extirpé d'une anguille vivante.

3° Quand ou tient dans la main le cœur contracté, on sent qu'il durcit ses parois, comme l'avant-bras durcit ses muscles dans la préhension.

4° Chez les animaux à sang froid, le cœur contracté pâlit, tandis qu'il devient rouge et pénétré de sang parle repos.

Le battement du cœur est donc un mouvement de contraction, qui, resserrant les ventricules, expulse leur sang, tandis qu'ils se remplissent de nouveau pendant le repos.

Pour s'en convaincre, il suffit de percer une do ces cavités ; alors on voit le sang jaillir au dehors avec force par la plaie, à chaque pulsation.

§ III. Harvey étudie ensuite sur le vivant le mouvement des artères : arterium motus qualis est, ex vivorum dissectione.

1° Il observe que leur dilatation répond à la contraction du cœur et \qmv contraction à sa dilatation ; Icms actions se font donc en sens contraire.

2° Quand le ventricule gauche cesse son impulsion, le pouls artériel cesse; il faiblit quand le cœur est languissant ; il en est de même pour le ventricule droit et l'artère pulmonaire.

3° La section de l'artère laisse couler le sang après chaque % systole du ventricule.

Ainsi^ ce n'est pas une dilatation active des artères qui attire le sang- dan^ les vaisseaux, mais c'est bien l'ondée sanguine, qui, chassée par la force du cœur^ dilate l'artère et produit le pouls.

§ IV. Au quatrième chapitre^ étudie Harvey les oreillettes : motus cordis et auricularum qualis^ ex vivorum dissectione. Gaspard Bauhin, et Jean Riolan, dit-il, nous ont appris que les battements des oreillettes se font à des temps différents de ceux des ventricules, ce qui fait quatre mouvements dans le cœur. Leur étude chez les poissons, où les mouvements sont plus longs et plus distincts, fait voir qu'il y a en effet quatre mouvements, si l'on considère les lieux, et deux seulement si l'on considère les temps, car il y a alternance entre les contractions ventriculaires et auriculaires, les deux ventricules, puis les deux oreillettes battant ensemble ; l'oreillette devient pâle et vide par contraction, et son sang paraît dirigé vers le ventricule qui se remplit. Une expérience décisive démontre que c'est bien la systole auriculaire qui pousse le sang dans le ventricule. Pour cela, on enlève d'un seul coup la pointe du cœur et l'on voit à chaque pulsation de l'auricule le sang s'échapper par jet delà cavité vantriculaire.

« Tout porte donc à croire, dit avec prudence le savant modeste, que l'oreillette est pour ainsi dire le réservoir du sang, et qu'une fois remplie elle se contracte pour remplir le ventricule, qui se contracte à son tour et lance dans tout le corps^ au moyen de ses branches, le sang qu'il vient de recevoir.

L'oreillette droite agit de même pour le ventricule droit, qui à son tour pousse le sang dans les poumons, par laveine artérieuse, laquelle remplit en réalité les fonctions d'artère.

Enfin il observe qu'à la mort de l'animal, c'est le ventricule gauche qui s'arrête le premier, puis son oreillette, puis le ventricule droit, enfin l'oreillette droite, qui est hienVultimum moriens, ainsi que Galien l'avait noté le premier.

Harvey n'oublie point les preuves tirées de l'anatomie comparée; il étudie la circulation chez les poissons, dont le cœur n'a qu'un ventricule et une oreillette; il montre par des vivisections, que le sang circule de Vun dans Vautre à chaque battement.

§ V. Au chapitre v, Harvey étudie les voies par lesquelles le sang passe de la veine cave dans les artères; l'existence du trou

ovale chez le fœtus des animaux supérieurs, et celle du canal qui s'étend de l'origine de l'artère pulmonaire à l'aorté, complètent momentanément la circulation d'une manière analogue à celle qui reste permanente chez les animaux inférieurs.

A cette époque de la formation, l'aorte semble double, et naître par deux branches, des deux ventricules, charriant ainsi un sangmoitié veineux, moitié artériel. Enfin il reconnaît qu'après la naissance une de ces deux branches, la veineuse, s'atrophie, le trou ovale s'oblitère et le sang des veines caves, chassé dans l'oreillette droite, circule forcément du ventricule droit dans l'artère pulmonaire, revient par les veines pulmonaires à l'oreillette, puis au ventricule gauche, d'où il est lancé dans l'aorte. C'est le circulus caidiacus minimus. »

§ VI. Le sixième chapitre ; cordis motus actio et functio, explique l'alternance des mouvements des cavités du cœur; l'auteur y rappelle quelle hésitation, quelles difficultés, la circulation pulmonaire avait dù apporter à l'étude de la circulation, alors qu'on ignorait encore les rapports du cœur avec le poumon.

Comment le cœur droit pouvait-il distribuer le sang dans le corps, et comment le ventricule gauche pouvait-il recevoir le sang de la veine cave? Tout cela était pour les anciens chose bien obscure, car ils ne faisaient pas de vivisections. Dans toutes leurs dissections 'cadavériques ils trouvaient le sang noir et coagulé, ils ne pouvaient juger de sa circulation et se trouvaient forcés, d'imaginer les pores de la cloison du cœur pour expliquer le passage d'un ventricule dans l'autre.

§ VII. Le chapitre vu : Sanguinem, de dextro venir iculo cordis per pulmonum parenchyma^ premeare in arteriam venosam et sinistrwm oentriculum^ est consacré à l'étude de la circulation pulmonaire. Le sang, dit-il, peut filtrer à travers la substance du poumon, pour passer du système pulmonaire veineux au système artériel pulmonaire.

En vain lui objecte-t-on que toute la masse du sang ne pourrait traverser à chaque instant l'organe pulmonaire.

Ne voit-on pas, dit-il, ceux qui prennent les eaux de Spa, ou celles de la Madone, en grande abondance, rendre peu après une grande quantité d'urine? Tout ce liquide a donc rapidement filtré par les reins, quoique ces organes n'aient point une vis à tergo,

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qui y pousse le liquide, comme le cœur pousse le sang dans les poumons?

Harvey corrobore ensuite son opinion par l'enseig-nement du célèbre Colombo, qui démontre si bien la circulation pulmonaire.

Enfin il (îxplique, mieux que Galien, comment les trois valvules sigmoïdes, placées à l'entrée de l'artère pulmonaire, empêchent le sang- que ce vaisseau reçoit du ventricule droit, de retourner efl arrière, le forçant de pénétrer tout entier dans les poumons.

§ VIII : De copia sanguinis transeuntis per cor à Denis in arteriis et de circulari motu sanguinis. (Op. cit. p. 80.)

C'est là que Harvey commence à s'écarter grandement des voies ouvertes par ses prédécesseurs. Il n'en est point glorieux, et regarde simplement comme son devoir de divulguer cette grande vérité, à savoir : que le sa^ig circule par tout le corps.

« J'ai, dit-il, à faire connaître des choses si nouvelles et si extraordinaires, que je redoute non seulement l'envie de quelques-uns, mais de voir tout le monde se tourner contre moi, tant l'habitude, comme une seconde nature, a fixé profondément ses racines dans l'esprit de chacun. et tant l'opinion vénérée des anciens semble forcer les esprits !

« Quoiqu'il en soit, le sort en est jeté, mon espoir est dans la droiture des savants qui aiment la vérité.

« Comme je réfléchissais sur la grande quantité de sang qui passe des veines dans les artères , traversant le cœur en si peu de temps, je me demandais si, par moment, les sucs nutritifs pouvaient à eux seuls réparer cette perte ; si les veines ne devaient pas rester vides, épuisées, ou si les artères ne devaient pas se rompre sous un afflux trop grand du sang, à moins qu'une voie particulière ne permît à ce liquide de passer de nouveau des artères dans les veines, puis de revenir au cœur.

« Je commençai à songer en moi-même, si ce sang ne pouvait pas exécuter une évolution circulaire. L'expérience a démontré la vérité de cette supposition ; qu'il me soit donc permis d'appeler ce mouvement : circulation, en souvenir du nom c^xx' Aristote donnait à la pluie qui, tombant du ciel, vient arroser la terre, puis retourne sous forme de vapeurs, attirée parles feux du so leil jusque dans les hauteurs de l'atmosphère ; ou comme le soleil lui-même, avec son lever et son coucher, entretient la cir-

culalion de l'ombre el de la lumière, des tempêtes et des météores. »

Ainsi, c'est par une considération toute nouvelle, et surtout physiologique, celle de la loi cP équilibre des deux systèmes circulatoires et de la masse du sang, qui ne pouvait raisonnablement être considéré comme franchissant les pores invisibles de la cloison interventriculaire, que Harvey a pu corroborer sa grande découverte ; elle est donc bien son œuvre, et lui appartient réellement, puisqu'il l'a démontrée par les faits mêmes qui servaient d'objection à ses adversaires.

§ IX. Le chapitre ïs. est consacré à la vérification du circuit du sang : Esse sanguinis circuitum, ex primo suppiosito conUrmatum. Poursuivant les mêmes arguments, Harvey démontre :

1" Que la somme des liquides alimentaires ne pourrait fournir le sang nécessaire à chaque instant pour remplir la veine cave ;

2° Que les artères font pénétrer à chaque pulsation dans chaque membre bien plus de sang qu'il n'en faut pour leur nutrition.

3" Et que l'on voit, de chaque organe, surgir des veines, qui paraissent bien l'amener ce sang au cœur.

4° Il est donc bien manifeste que le sang revient à son point de départ, pour parcourir de nouveau sa route et se mouvoir ainsi dans un cercle fermé; l'expérimentation sur l'être vivant démontre en effet que le sang tout entier s'écoule ffans se renouveler quand on ouvre les carotides du bœuf, et que les artères ne reçoivent du sang des veines que par l'intermédiaire du cœur; car, en liant l'aorte à sa racine et ouvi-antla carotide, les artères se vident, alors que les veines contiennent encore du sang.

§§ X. XI. XII. Les chapitres x. xi. xii, sont consacrés â combattre les objections. Primum..., secundum..., tertium suppositmn, ah objectionibus vindicatur, et experimentis ulteriùs confirmatur.

Pour ces démonstrations, Harvey profita de la lenteur de la circulation chez les reptiles et de leur vie encore longue, alors même qu'on a mis leur cœur à découvert.

Donc il ouvrit la poitrine d'un serpent vivant, mit son cœur à nu et, comprimant la veine cave inférieure au-dessus de son

embouchure, il vit le segment supérieur de la veine, au-dessus du point comprimé, perdre sa couleur rouge et ses mouvements faiblir. En cessant la compression, la circulation normale reprenait ses droits.

Agissant de même pour l'aorte, il la comprima un peu audessus du cœur et la vit se gonfler au-dessous du point comprimé, tandis que le ventricule dilaté prenait une teinte plus foncée.

De même pour les membres : une ligature au bras d'un homme fait gonfler les veines au-dessous et rend l'artère imperceptible. Si on relâche le lien, la veine s'affaisse, le pouls se relève; que si l'on considère la circulation du bras au-dessus de l'obstacle, les phénomènes s'observent en sens contraire, l'artère bat avec plus de force pour vaincre l'obstacle ; la veine se vide et s'affaisse complètement.

Ainsi l'oblitération des deux genres de vaisseaux détermine des phénomènes d'ordre inverse.

Dans l'artère, le sang s'accumule entre le cœur et l'obstacle; dans la veine, c'est entre le membre et la ligature.

Pour l'artère, le vaisseau se vide au-delà de l'obstacle, ne recevant plus rien du cœur; pour la veine, le vaisseau se vide dans la portion qui, située au-dessus de l'obstacle, communique toujours avec le cœur.

De là aussi deux manières de mourir : ou par anémie, ob defectum, ou par congestion, ob copiam, et toujours, en supprimant l'obstacle, l'équilibre se rétablit comme si les deux ordres de vaisseaux étaient bien complémentaires l'un de l'autre. Il aurait pu ajouter à cette preuve un fait plus décisif encore ; en effet, si, ouvrant la veine pendant un intervalle de trente pulsations^ oh recueille 60 gr. de sang au-dessous de l'obstacle, en ouvrant l'artère au-dessus pendant le même temps, on pourra recueillir une quantité égale de sang, preuve absolue du passage du sang de l'un dans l'autre système. Mais comment le sang peut-il revenir des membres au cœur, circulant par les veines en sens contraire à celui des artères? Tel est le troisième point à démontrer. L'étude anatomique des valvules cardiaques et veineuses vient alors fournir à Harvey une preuve importante. Il invoque ici l'autorité de Fabrice d'Acquapendente et de Silvius, qui, les premiers, décrivirent les valvules semi-lunaires des veines; ces valvules, s'ouvrant dans la direction du cœur, font obstacle en sens inverse, elles empêchent le sang de rétrograder. La preuve

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en est simple, dit Ilarvey : Si vous serrez médiocrement le bras d'un homme, comme on le fait pour la saignée, les veines de l'avant-bras se gonflent, et le siège de leurs valvules apparaît sous forme de nœuds saillants.

Si l'on presse alors avec les doigts sur la portion veineuse comprise entre deux nœuds valvulaires, de manière à la vider, et si l'on maintient le doigt appuyé sur l'extrémité inférieure de l'espace déprimé, on voit la veine rester vide, bien que l'intervalle des valvules suivantes soit rempli du sang venu par les anastomoses. Le vaisseau se remplit au contraire dès qu'on cesse la compression inférieure, qui permet au sang de circuler.

Au Ire expérience plus décisive encore : si vous coupez la carotide d'un animal vivant, le sang continue de couler avec force de l'oinfice correspondant au cœur, mais cesse bientôt de sortir de l'orifice opposé, qui ne reçoit plus Fimpulsion de l'organe central .

Pour une veine, les faits se passent en un ordre contraire.

§ XIV. Conclusion: « Conclusio demonstrationis de sanguinis circuitu. »

C'est donc toujours le même circulus, la même alternance entre les vaisseaux, les uns lançant le sang, les autres le ramenant par un mouvement perpétuellement renouvelé. La contraction et la pulsation du cœur en sont l'unique cause.

§ XV. Au cha])itre XV, Ilarvey ajoute de nouvelles preuves tirées du raisonnement : « sanguinis 'circuitus [rationibus verisimilibus confirmatur D . Ainsi, dit-il, si le sang ne revenait pas au cœur, que deviendrait-il? il stagnerait dans les organes, s'y coagulerait, et, n'allant plus se retremper dans la source centrale de la chaleur vitale, il laisserait les membres se refroidir et languir de plus en plus.

§ XVI. Le chapitre XVI non?, développe les conséquences de la circulation *, il démontre que toutes les branches de la médecine, physiologie, pathologie, scmciotique, thérapeutique^ reçoivent de la circulation une vie et une lumière nouvelles. Ainsi les empoisonnements, les venins qui passent dans le sang, la rage avec son virus, prouvent la circulation, puisque, ramenés par le sang jusqu'au cœur, ils cmpoisoi^nenl la vie dans sa source et vont de

]à infecter tout le corps. La thérapeutique fournit aussi de nouvelles preuves, lorsqu'on étudie, par exemple^ les applications locales des remèdes et leur absorption complète, comme si l'estomac les eût acceptés. La coloquinte et Valocs purgent ; la cantharide agit sur les reins. Uail, posé à la plante des pieds, excite l'expectoration; car, leurs sucs absorbés par les veines pénètrent dans le torrent circulatoire, pour exercer sur l'économie une action générale.

§ XVIT Le dernier chapitre est consacré à Vanatomie comparée de toutes les espèces animales qui ont un cœur. TIarvey démontre par là même l'universalité de la fonction circulatoire ; l'étude des valvules cardiaques et des dispositions anatomiques du fœtus termine enfin le livre,

Confirmatur sanguinis motus et circuitus,ex apparentibus incorde j et ex iis quœ ex dissectione anatomica patent.

Telle est l'analyse succincte de ce chef-d'œuvre, destiné à révolutionner la science, et qui montre chez son auteur autant de patience que de génie !

En résumé, depuis 1602, époque où il quitta son maître Fahrizio., Harvey ne cessa de méditer ce sujet si complexe, et ce ne fut qu'après avoir fait de nombreuses expériences à Londres^ qu'il se décida, en 1619^ à enseigner publiquement la circulation du sang. Mais neuf années se passèrent encore avant qu'il se résolût à faire imprimer son livre^. à dépasser les limites de l'école etde l'enseignement^pour livrer ses travaux au jugement du monde entier; il ne s'exprima qu'avec une grande modestie,, présentant toutes ces vérités seulement comme des choses probables. Une pareille conduite montre^ sans qu'on ait besoin d'autre preuve, qu'il ne trouva pas en Italie un enseignement si clair^ une découverte si accomplie, qu'elle n'eût plus besoin que d'être divulguée. Il y avait au contraire encore beaucoup à faire pour la compléter et la rendre accessible à tous; aussi les deux noms de CÉSALPiNet D'HARVBYparaissent-ilsinséparables, quand il s'agit de couronner les auteurs de la grande découverte. Si l'on peut s'exprimer ainsi, l'un fut Vâme et donna Vidée; l'autre fut le corps ai donna une forme définitive à cette idée; sans cette double manifestation, le mystère reste mystère. Une découverte n'en devient une que si tous peuvent la voir, l'admirer et profiter de ses bienfaits.

Sans Césalpin, nous ne connaîtrions peut-être pas encore la circulation, elle n'eût pas été découverte de longtemps. Sans Harvey, nous ne la connaîtrions peut-être pas davantag e ; elle eût été dénaturée^ oubliée, perdue.

C'est pourquoi les savants rendront un hommage simultané, sans jalousie et sans réserve, aux deux illustres physiologistes.

Nous savons bien qu'on n'improvise pas l'avenir; l'avenir se fait avec du passé; le progrès^ qui vous appartient légitimement^ s'appuie toujours et d'abord sur l'expérience des autres; c'est que, dans l'ordre de la science^ nous sommes fils de nos maîtres ; et l'homme de génie lui-môme doit les honorer en les associant à son triomphe .

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