‹ Le circulation et le poulsChapitre 315 sur 669 · ÉLÉMENTS DE LA TENSION VASCULAIRE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA TENSION VASCULAIRE

A. Plus la tension vasculaire est forte, plus la chaleur vitale est développée.

B. Plus la pression faiblit, plus la chaleur diminue.

C. Les phénomènes de chaleur brûlante, ressentis localement par les malades, sur xxMpoint limité ou dans un organe enflammé. indiquent toujours un excès de pression capillaire, qui, nepouvant se faire jour, se transforme en chaleur.

Eléments anatomiques de la tension vasculaire. — Deux ordres de muscles, deux ordres -de nerfs en constituent les éléments. Les muscles sont : d'une part, ceux du cœur avec leur rhythme absolu ; d'autre part, ceux des capillaires^ avec leur contractilité si variable. Les éléments nerveux sont : le grand sympathique et les centres cérébro-médullaires, '^'^t'""'

Remarquons ici que les conclusions indiquées ci-dessus, savoir que : plus la tension augmente plus la chaleur vitale se développe, sont loin d'exprimer une loi absolue.

Yraie peut-être au point de vue physiologique, elle est, pour la pathologie, en opposition formelle avec la loi des températures, exprimée par Spring : Plus la chaleur est forte dans le cours d'une fièvre^ plus le pouls est fréquent. (V. Symptomatologie, p. S29.)

Or, le pouls d'après Marey serait d'autant j»Z(!«s fréquent que la pression est moindre, et^ d'autre part, Zcï chaïeur abaisse la pression.

La fièvre, dont le premier élément est la chaleur, devrait donc être ou à forte pression, avec chaleur mais lenteur du pouls, puisqu'une forte tension en abaisse le chifFre, ou avec faible pression, et alors pouls fréquent et sans chaleur, puisque celle-ci diminuerait avecla tension. ,

En face de ces contradictions, il reste donc Une inconnue à dégager pour arriver à la vérité.

Aussi^ nous admettons' bien, avec Marey, qu'il n'y a dans la circulation qu'une seule force en jeu : la contractilité disposée aux deux extrémités de l'arbre circulatoire : cœur et capillaires. Nous admettons aussi que le travail du cœur et la marche du sang varient suivant la tension déterminée par les capillaires • que ces deux termes : tension artérielle et vitesse du sang, sont en rapport inverse. Mais nous ne regardons pas le cœur comme une force brute mécanique et uniforme. Nous réservons une part à sa spontanéité, qui influe par ses variations personnelles siir tout l'acte circulatoire. Plusieurs physiologistes modernes

470 Mf:SURE DE LA TENSION ARTÉRIELLE.

partagent notre opinion. C'est ainsi que tschirjew tout en confirmant la loi de Marey, la complète avec une grande justesse ; car si, d'une part, il admet que le nombre des battements du cœur est en raison inverse de la tension, il y ajoute la part due à l'influence de l'excitation ou de la paralysie des nerfs accélérateurs ou modérateurs du cœur, huizinga '- se rapproche beaucoup de cette doctrine ; d'après lui, le tonus et les mouvements physiologiques des vaisseaux sont sous la dépendance de deux centres, un centre médullaire ou central^ — un centre vasculaire ou périphérique siégeant sur les parois des vaisseaux.

Les mouvements vasculaires sont aussi de deux ordres : les mouvements rhythmiques, qui dépendent de la moelle, envie curare les'abolit eiXn. strychnine les exagère; — les autres mouvements, qui sont soumis aux deux centres simultanément.

Le touufs vasculaire serait la résultante des actions combinées des centres médullaires périphériques. Les premiers ont une action plus puissante que les seconds, de telle sorte que, s'ils sont lésés ou si leurs voies de communication sont détruites, il se fait une dilatation immédiate.

Diaguose. — C'est là ce qui explique pourquoi les affections cérébrales graves sont accompagnées d'alternatives de rougeur et de pâleur de' la face, suivant que les centres vaso-moteurs sont simplement irrités ou bien paralysés.

Dans l'état physiologique, les irritations légères de la surface des téguments mettent seulement en jeu les centres périphériques. Les irritations fortes au contraire agissent sur les centres médullaires.

MESURE DE LA TENSION ARTÉRIELLE

La tensiô'n artérielle est difficile à étudier; nos instruments, ne touchant aux vaisseaux que par un point, ne peuvent juger de leur plénitude d'une manière absolue, mais bien seulement lorsque la ligne d'ensemble vient à varier pendant l'observation. Il faudrait, pour que le jugement fût complet, que &b Si Iii.)r( V

'TscHiKJEw. Infl. de la pression du sang sur le rhythme cardiaque, Arcli. de physiol. de Dubois Reymoiid. ISIS. Berlin.

^ Huizinga. Untersuchungen ueher die innervation ge fasse in der schwimmiiaut des Ijrosches . Pflûger'â archiv. B''. IX. Heft. 4-5, p, 207.

MESUKE DE LA TENSION ARTÉRIELLE. 471

l'on pùt prendre le tracé sur les deux points apposés du diamètre, afin d'apprécier l'amplitude réelle du vaisseau. ( iffp,fp|.f,i

Le doigt de l'observateur, une fois prévenu, arrive souvent à une appréciation plus juste que celle de l'instrument, car il peut jusqu'à un certain point se modeler sur le calibre du vaisseau qu'il explore, reconnaître son volume et juger si la pulsation faible vient d'une petite artère qui se vide librement, ou d'un gros vaisseau qui ne peut se dilater davantage.

Mais, pour les expériences de physiologie, les vivisections permettent une appréciation plus absolue encore ; on mesure alors la tension vasculaire avec un manomètre introduit dans la lumière du vaisseau.

HALES fut le premier à mesurer sur la carotide du cheval la pression sanguine, à l'aide d'un tube de verre coudé et rempli d'eau.

Il y a peu d'années, FAIVRE de Lyon institua une expérience plus directe sur l'homme.

Mesurant la pression du sang avec un manomètre introduit à travers les parois de la crurale chez les amputés, il trouva que la pression moyenne du sang dans les grosses artères de rhomme est de 110 à HG.

On n'a pu jusqu'à présent déterminer la pression dans les petites artères, ni dans les petites veines, ni dans les capillaires; mais le rapport qui existe entre la vitesse et la pression montre que celle-ci, depuis le cœur jusqu'aux petites artères, ne varie que dans le rapport :: 1,2 : 1; tandis que depuis les petites artères jusqu'aux grosses veines elle varie :: 20 : livil{ffhè.m «'vt-

Les principaux instruments dont on s'est servi pour ces expériences sont :

Le manomètre de Poiseuille, — l'hémomètre de Magendie, — le manomètre différentiel de Claude Bernard.

Puis, ceux de Marey, de Chauveau et, ^f, j§ckeltzenow, l'un des meilleurs.

Enfin^ dernièrement, en 1881^ Basck de Berlin a fait construire un appareil appelé sphygmo-manomètre, qui mérite une mention particulière. L'auteur part aussi de ce principe que la tension du sang peut se déterminer par la colonne de liquide capable de fermer la lumière du vaisseau. Or la tension dans une artère se compose d'une pression latérale à un endroit donné et de la tension de la paroi artérielle ; et comme cette dernière ten-

472 MESURE DE LA TENSION ARTÉRIELLE

sion a été trouvée très faible : 1 | à 2""" HG. sur les cadavres frais et 5°"" chez les scléreux, Basch pense pouvoir la négliger et considérer ainsi la pression extérieure capable d'effacer le pouls^ ou de fermer l'artère comme équivalente à la pression intérieure.

Fig. 158. — Sphygmo-manomètre de Basch.

Son appareil est un manomètre à mercure à deux branches M qui est en communication, au moyen d'un tube en caoutchouc rempli d'eau, avec la pelotte P appliquée sur le vaisseau, Cette pelotte est formée d'un entonnoir en verre recouvert d'une membrane de caoutchouc à laquelle on superpose un tissu de soie ou de toile formant une enveloppe de surface beaucoup moins grande; ainsi lorsque le tissu de toile ou de soie sera très tendu, la membrane de caoutchouc sous-jacente sera encore plissée. Au point a, se trouve un tube en T, qui communique par l'anneau de caoutchouc b avec le manomètre^ et parle caoutchouc c avec l'entonnoir de verre d, entonnoir qu'on peut séparer, par un robinet, de l'appareil rempli d'eau. Cette disposition permet, lorsque le niveau du mercure change dans le manomètre, de le ramener au o, en ouvrant le robinet, et de rétablir ainsi la tension de la pelotte. Pour déterminer, avec exactitude, le moment précis où la pelotte appliquée sur l'artère la ferme, Basch applique un morceau de liège sur le vaisseau au moyen d'un anneau en caoutchouc, et pique sur ce morceau de liège une aiguille surmontée d'un petit indicateur. Périphériquement à l'anneau de caoutchouc, l'avant-bras est fortement serré par un tube élastique. Cette der-

MESURE DE LA TENSION ARTÉRIELLE

nière disposition est nécessaire, car autrement il peut se développer une circulation collatérale, qui décèle une pulsation à l'indicateur, quand l'artère radiale seule est comprimée. De cette manière on provoque la cessation immédiate du battement du pouls.

Basch s'est convaincu de la précision do son appareil par la concordance de ses résultats avec ceux obtenus en mesurant manométriquement la tension sanguine sur des artères mises à nu.

Pourtant, je ne sais si l'on peut admettre, avec Basch, que la peau recouvrant l'artère ne change pas les résultats obtenus, vu que le panicule adipeux est si différemment développé chez les divers sujets.

Je crois que ces résistances ne peuvent passer inaperçues, et j'en conclus que l'appareil ne donne pas la valeur absolue de la tension sanguine, mais une valeur probablement un peu plus grande, et d'autant plus exacte que les couches superficielles seront plus minces, en supposant un plan solide sous l'artère. Pour comparer la pression sanguine chez des personnes différentes, l'appareil ne peut être employé qu'avec réserve, par suite de la résistance différente des parties molles.

« Des expériences faites avec l'appareil à.Q Basch, il résulte que la tension sanguine dans la radiale est en moyenne de 70 à 130™" HG., mais dans le plus grand nombre des cas les limites sont plus restreintes, c'est-à-dire 100 à 130'™. Les, chiffres pathologiques les plus élevés sont 160 à 180"""" àdin.?,V hypertrophie du cœur et la sclérose des artères ; les plus bas sont ,^3 et 50°"° pendant la crise de maladies fébriles graves. Les femmes donnent une tension sanguine plus considérable, à cause de la densité plus grande de leur panicule adipeux; cependant eil|q ne surpasse pas, chez elles, 140 à ISO'"" HG. »

« Si l'appareil de Basch est incomplet pour comparer les tensions sanguines de différents sujets, il est au contraire très recommandable pour déterminer leurs fluctuations chez la même personne; car, bien que le chiffre en lui-même ne soit pas exact, ses changements donneront la mesure des changements survenus dans la tension, puisque les conditions dans lesquelles on opère sont toujours identiques. Aussi, pour obtenir des résultats

* Basch. Zeitschrift fur die Klinische medicin. Berlin 1881. B'*. 2, p. 651.

Page 1