BORELLI
L'illustre Napolitain borelli attaqua la question de front, et dans son amphithéâtre de Pise il démontra que le cœur était un muscle. Voici son argumentation : « Il résulte^ dit-il, de la simple inspection oculaire que le cœur n'est pas un parenchyme^ mais un muscle entièrement semblable aux autres muscles des membres. Si, par l'ébullition, on rend les fibres du cœur plus gonflées et séparées les unes des autres^ on verra clairement qu'il se compose de fibres musculaires, on jugera de leurs faisceaux prismatiques, de leur couleur, consistance et ténacité, semblables cà celles des autres muscles.
Comme celles-ci, elles résistent à la tension, se contractent, se durcissent quand vient la pulsation du cœur.
Mais les fibres du cœur sont plus fermes, plus compactes, plus uniformes, plus rouges.
Elles difl"èrent encore des autres muscles, en ce qu'elles ne sont point droites, ni parallèles entre elles, mais courbes et en spirales, s'entrecroisant d'une manière admirable, non à la manière d'une A'rille de vigne, comme le voulait Vcsale., mais d'une manière plus étonnante encore.
La couche des fibres musculaires commence sous la membrane externe du cœur, à la base de l'organe, et des orifices circulaires tendineux, par lesquels se terminent les veines caves, les oreillettes, les artères aorte et pulmonaire. Le stratum musculaire descend de la base du cœur à la pointe de l'organe, où, se repliant et s'entrelaçant de diverses manières, les fibres qui le composent se dirigent vers les cavités ventriculaires.
A ce premier plan, d'autres succèdent, qui descendent obliquement et en spirale, s'inclinant peu à peu vers la pointe du cœur. Mais, avant d'y arriver, les faisceaux s'unissent et s'entrelacent, non seulement entre eux, mais avec les autres ordres de fibres, qui se replient vers la base du cœur ; une partie vient former les colonnes charnues où s'attachent les faisceaux fibreux valvulaires; le reste compose, par son tissu et ses fibres transversales, le corps du ventricule droit. »
Borelli démontra également la structure musculaire des oreillettes et même de \q. partie de la veine cave la plus voisine du cœur, dont il fit voir les fibres circulaires charnues roussfxtres. De nos jours^ un savant physiologiste, reprenant le même sujet, mais sans citer Borelli, a fait la même découverte. C'est que, hélas ! nous connaissons trop peu les travaux de nos an-
LANCISI. 77
cêtres scientifiques, et nous prenons souvent pour des découvertes ce que nous trouvons sans eux, alors qu'ils l'avaient trouvé sans nous !
Alphonse Borelli, « homme de grande pénétration et de génie, dit Sprengel, fut encore le premier qui émit l'idée d'appliquer aux mouvements du sang les lois de l'hydraulique et de la statique ». « Il montra, suivant le savant historien de Renzi^ dans l'application des mathématiques aux fonctions de la vie, une si solide et profonde connaissance de la structure du corps humain, que ses idées furent accueillies avec d'universels applaudissements. Mais ses calculs ne sont pas sans quelque exagération ; c'est ainsi qu'il mesura la force d'impulsion du cœur, et crut avoir démontré que, pour vaincre la résistance de l'ensemhle des plus minimes artères, il fallait qu'il développât la pression énorme de 180 mille livres! »
Le savant anatomiste vécut de 1608 à 1679, mais ses découvertes furent professées par lui à Pise, en 16S7, en présence du célèhre MalpigJd {adstante clarissimo Malpighî)^ et ne furent publiées qu'après sa mort en 1680. L'enseignement de Borelli porta aussi sur la structure ài\x sang ; croyait alors que dans le sang, à côté des globules, circulaient aussi des fibres dont l'entrelacement formait le caillot. Borelli démontra par le microscope la fausseté de cette assertion^ et comment, si ces fibres existaient, elles entraveraient la circulation capillaire; il en conclut avec raison que dans le sang circulait une substance fluide, qui se coagulait dès qu'elle était soustraite au mouvement; c'était la fibrine.