‹ Le circulation et le poulsChapitre 433 sur 669 · PARTICULARITÉS DU POULS ARTÉRIEL CORONAIRE · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS DU POULS ARTÉRIEL CORONAIRE

Ce pouls particulier ou organique du cœur est encore remarquable en ce que chacune de ses évolutions, soit artérielle, soit veineuse, accuse une double évolution, l'une directe, l'autre rétrograde,àoi\i les temps sont opposés à ceux des autres artères.

Analysons, en effet, un battement de cœur, en commençant à la systole et en étudiant la marche du sang dans les artères^ puis dans les veines de ce viscère.

Artères. — La systole ventriculaire en resserrant tous les tissus cardiaques, repousse le sang des vaisseaux coronaires vers le tronc aortique.

C'est la première impulsion, elle est rétrograde.

Mais, dès que la systole vient à cesser, la colonne sanguine aortique retombe; elle écarte les valvules sigmoïdes, pénètre

dans les vaisseaux coronaires, et cette seconde impulsion rend au sang artériel son évolution directe dans le tissu du cœur.

Le pouls coronaire a donc lieu en temps opposé à celui des autres artères. Il est en réalité diastoliquc, puisque c'est pendant la diastole du cœur que le sang peut parcourir ces vaisseaux ; le cœur ne fait que les vider, il ne les l'emplît jaiisals. C'est la seule artère qui nous offre un pareil type; et c'est l'aorte qui joue pour elle le rôle du cœur, en lui renvoyant par son élasticité le sang dont elle est pleine

PAETICULAKITÉS DU POULS VEINEUX COKONAIRB.

Veines. — La circulation veineuse du cœur offre des caractères encore plus spéciaux. Elle est pitlsatîve, chose rare pour les veines ; et doublement pulsative, puisqu'elle reçoit successivement deux impulsions, l'une directe, l'autre rétrograde, comme celles que nous venons de signaler pour les artères du ventricule.

Elle est directe, c'est-à-dire s'exerçant des capillaires au centre, suivant la direction normale des veines; le ventricule en effet, comprimant les veines coronaires, leur imprime une première pulsation et les vide dans l'oreillette, mais il n'y vide que ses propres veines, qui sont indépendantes et sans communication avec celles de l'oreillette.

Elle est rétrograde, car l'oreillette de son côté rend au ventricule ce sang veineux dès qu'elle se contracte, déterminant ainsi dans les veines coronaires privées de valvules une pulsation de retour ou rétrograde.

: A son tour, l'oreillette décharge les siennes, pendant sa systole, dans les réservoirs ou foramina restés ouverts; d'où .elles s'écoulent dans sa cavité, dès qu'elle cesse de se contracter. Si les ventricules n'ont pas àQ foramina ou réservoirs veineux, c'est que les oreillettes leur en tiennent lieu, en restant libres pendant que les ventricules se contractent.

En r:ésumb, il faut donc admettre :

• Pour les ventricules : — Pouls artériel alternativement

' Les recherches toutes nouvelles de Novi paraissent démontrer que, pendant la systole, les capillaires transversaux du cœur seraient seuls comprimés ; les ^ autres, compris dans l'espace situé entre les libres musculaires et leurs anasto- 'moses, seraient dilatées par la contraction du myocarde. (Rivist. clinic. di tfiologna 1884.)

616 POULS OKGANIQUE DU CŒUE,

rétrograde et direct à chaque pulsation et exerçant ses fonctions en temps opjjosé à ceux des autres artères.

Pouls veÊMCux piiSisatir, alternativement direct, puis rétrograde, oscillant du ventricule à l'oreillette, de l'oreillette au ventricule.

Pour les oreillettes : — Pouls veineux distinct et séparé de celui des ventricules.

Ampoules des foramîna servant de réservoir et se remplissant alors que toutes les autres mines se vident dans V oreillette ; puis se vidant alors que celles-ci se remplissent.

Telle est la circulation intime du cœur.

En voilà bien assez pour faire An pouls organique du cœur un des plus curieux et des plus extraordinaires. Mais le viscère en valait la peine, et Bordeu tressaillirait d'aise dans son tombeau, s'il pouvait voir le développement naturel et sublime à la fois de sa grande conception des pouls organiques.

CIRCULATION NON PULSATIVE DES ARTERES DÈ l'œIL.

. 11 fallait à l'œil, dont la membrane rétinienne, si délicate, doit percevoir les ondulations lumineuses, une circulation régulière, non saccadée. Aussi le sang- qui arrive du cœur dans les artères ciliaires, est -il obligé de parcourir les sinuosités nombreuses qu'elles présentent et qui diminuent son impulsion. Dès son entrée dans la membrane vasculaire de l'œil, l'ondée sanguine rt'est plus rhythmée; le mouvement se régularise encore, grâce à la richesse de la tunique musculaire des vaisseaux qui vont distribuer le sang à tout l'organe.

De plus, le segment postérieur de la choroïde, immobilisé, comme nous le démontre l'anatomie, n'est pas exposé aux plissements qui existent dans la région antérieure et qui pourraient entraver l'entrée du sang.

Par suite de cette disposition remarquable, le fonctionnement circulatoire du fond de l'œil se trouve aussi bien assuré que sa nutrition. '

1° COURBE DE TENSION VASCULAIRE ORGANIQUE DE l'œIL.

La choroïde^ dont la vascularisation si riche régularise la nutrition et la caléfaction de l'œil, doit encore remplir une fonction importante à l'égard de sa circulation

Elle règle la tension organique.

En effet, il faut admettre pour l'œil deux organes tenseurs ou régulateurs : le mmscle ciliaire et le musculas clioroïtloï.

Un troisième régulateur plus indirect se trouve constitué par 1 écoulement gradué de V humeur aqueuse ^.

' Pour mesurer exactement chez les animaux les changements de tension survenus dans le globe oculaire, on a fait usage de manomètres introduits dans la chambre antérieure. L'excûs ou la diminution de pression étaient indiqués par les déplacements de la colonne mcrcurielle. Chez les chienS; chats, lapins, la tension intrà-oculaire normale oscille entre 20 et 30 ™™ LIG.

' CouRSSERANT. Etude SUT la choroïdite antérieure, Paris. 1877. p. 17.

Le muscle ciliairc, premier régulateur de la teuslon artérielle de l'œil, — LEBERT a démontré qu'un certain nombre de rameaux des artères ciliaires traversent l'épaisseur du muscle de ce nom, tandis que les veines choroïdiennes passent en dehors.

Il en résulte qu'au moment de V accommodation, le muscle ciliaire comprime ces artères et diminue d'autant la circulation de la zone choroïdienne antérieure.

Ce muscle est donc un régulateur de la circulation oculaire, aussi bien que de la vision; et si^ d'une part, son action est favorable pour empêcher la congestion facile des membranes profondes de l'œil, d'autre part, son action exagérée, son spasme, peut amener un état à'anémie de ces régions, et un certain degré d'ambl^opie correspondante. Mais, dans tous les cas, l'action du muscle ciliaire ne s'exerce que sur les artères et laisse complètement libres les veines, * qui, passant en dehors, no supportent aucune pression.

Mais, si l'on tient compte de l'insuffisance déjà notée des ciliaires postérieures, on comprendra aisément pourquoi la partie antérieure de la choroïde est exposée à des variations continuelles dans la quantité de sang reçue. Aussi la nutrition de la région choroïdienne antérieure est-elle moins bien assurée que celle du pôle postérieur. Il en résulte que, toutes les fois qu'un processus pathologique se développera dans cette région, il y trouvera un terrain tout préparé, car sa structure semble lui créer une imminence morbide.

Le mujsculujs clioroïdie, («iecond régulateur de la ten* siou vasculaire de l'œil. — Un fait capital dans l'étude physiologique de la choroïde, ce sont les mouvements constatés dans cette membrane.

HENSEN et WOLKERS ont prouvé le déplacement spontané delà choroïde, dans toute la région de cette membrane située en avant de l'équateur de l'oeil. Nous ne décrirons pas ici leurs expériences suffisamment connues. Elles ont été, d'autre part, vérifiées par nombre d'observateurs et complétées par la récente découverte de Konrad hallsten et de Robert kigerstedt. '

Ces deux savants physiologistes, par des iujections de nitrate

' Disons cependant ici que, d'après plusieurs physiologistes modernes, les contractions du muscle ciliaire et de l'iris paraissent exercer peu d'influence sur la tension intrà-oculaire. Donders, au moyen de l'ophtlialmotonomètre, a cherché à démontrer également que chez l'homme les efforts de convergence et d'accommodation étaient sans influence sur la distensiou du slobc.

d'argent au ont pu mettre en évidence les éléments musculaires de la choroïde, et ont démontré que le musculus choroïdœ s'étendait du foramen opticum à Vora serrata * .

Hensen et Wolkers ont, en outre, observé que le déplacement choroïdien, qui se produit dans le phénomène de V accommodation, pouvait aussi se montrer en dehors de la contraction du muscle ciliaire

Ainsi la choroïde possède une auto-contraction, pendant laquelle sa courbe tend à se redresser; or, cette contraction ne peut rester sans influence sur les vaisseaux qui lui sont soumis, elle doit à tour de rôle modérer ou activer l'afflux sanguin dans l'intérieur de l'organe; c'est un régulateur de tension.

* Des expériences délicates ont démontré, du reste, que la section de la choroïde entraîne une diminution considérable de la tension oculaire.

L'écoulement de l'bnmenr aqneusc, troisième ré^nlatenr de la tension vasculaîre. — L'écoulement continu de l'humeur aqueuse est plus ou moins rapide, suivant l'apport du sang. Il contribue donc aussi, pour une bonne part, au balancement de la tension vasculaire.

Si cet écoulement ne s'opère plus avec régularité, les liquides ^'accumulent dans les cavités oculaires, y produisent laparésie vaso-motrice des artères et des veines qui laissent alors retentir Jusqu'au fond de l'œil les pulsations transmises du cœur aux artères, et l'on voit se développer tous les signes du glaucome. ~ Le muscle orhitaire, quatrième rég^nlatcur de la tension vascnlaire. — Tension et courbe vaso-motrice. — iL'action du grand sympathique est incontestable ; son irritation produit des phénomènes de tension dans la circulation généf aie, et il existe un rapport direct entre celle-ci et la tension intràiEiculaire.

f Pour WAGNER et ADAMUCK, l'irritation du tronc nerveux dans la jCégion cervicale produit une faible élévation de la tension intràipculaire. Appuyés sur ces expériences, ils voulurent y chercher l'origine du glaucome. Pourtant, l'excitation du grand sympathique au cou détermine une diminution de calibre des vaisseaux du crâne, et, par suite de l'œil, la tension intrà-oculaire idevraitdonc diminuer : comment se fait-il qu'elle augmente?

' Panas. Leçons sur les Kératites, 1877. ' NoHDiSKT. Médiciu. archiv. B 14, 1877.

HiPPEL et BRÙNHABEN ont trouvé la cause de ces résultats inexplicables en apparence. 11 existe dans l'orbite, chez les animaux, un système de fibres musculaires lisses, dont l'ensemble est désigné par quelques anatomistes sous le nom de muscle orbitaire et qui paraissent destinées à régulariser la sortie du sang de ForLite. Ces fibres sont sous la dépendance du grand sympathique : en irritant ce tronc nerveux, elles se contractent, s'ojoposent à la sortie du sang de V orbite, et, par voie rétrograde, provoquent la congestion du globe ocw/afre. L'augmentation de tension (indirecte), ainsi produite, l'emportant sur la diminution (directe) due à la contraction des vaisseaux de l'œil, il en résulte finalement une légère augmentation qui se traduit par une élévation de 20 ""^ dans la colonne manométrique. Si l'on parvient à annihiler l'action du muscle orbitaire en sectionnant ses fibres, l'irritation du grand sympathique produit constamment une diminution de tension.

Chez l'homme, l'influence du grand sympathique n'est pas aussi nettement établie. Pourtant Horner a signalé des cas de paralysie du grand sympathique qui étaient accompagnés d'une diminution de la tension intrà-oculaire.

A côté de cette circulation organique toute spéciale, l'œil éprouve encore le retentissement des autres circulations. Ainsi la tension intrà-oculaire dépend, dans une certaine mesure, du système nerveux central et de la tension vasculaire générale.

Action du nerf trijumeau sur la pression ocnlo-vasculaire. — Pour mettre en évidence Y action du crijumeau., Hippel et Griinhagen firent la section du grand sympathique, après avoir curarisé l'animal, puis irritèrent le tronc nerveux de la cinquième paire, à son origine dans le crâne. La colonne manométrique s'éleva subitement de SO""" à 200, et l'œil du côté opposé (quand l'irritation portait sur le milieu de la protubérance annulaire) devint dur comme une bille de marbre.

On peut faire disparaître ce glaucome aigu expérimental par la faracentèse, puis le reproduire en renouvelant l'irritation; celleci est-elle supprimée, la tension reste toujours plus grande qu'avant l'expérience (100 au lieu de 30).

Chez l'homme, l'observation clinique a démontré également l'influence manifeste du trijumeau sur la tension intrà-oculaire. Donders a constaté sa diminution à la suite de la paralysie de la

cinquième paire. Horner a noté le même symptôme dans le zona ophthalmique.

Enfin, les observations sont nombreuses où l'on a vu de véritables glaucomes survenir à la suite de névralgies intenses du trijumeau. Dans tous ces cas, le premier phénomène observé est la parésie vaso-motrice et l'apparition de pulsations artérielles et I veineuses.

Action de la ligature de la carotide. — La ligature de la carotide fait descendre la colonne mercurielle de 6 à 8""° du côté correspondant ; elle est sans influence sur le côté opposé. Nous avons vu néanmoins que la ligature de la carotide n'apporte aucun changement dans l'aspect ohthalmoscopiquedu fond de l'œil, dont la coloration rougeâtre ne varie pas^mais cela prouve simplement que la mensuration manométrique de la tension oculaire fournit des renseignements plus précis que l'examen du fond de l'œil sur l'état de plénitude des vaisseaux de la choroïde.

Les mêmes effets s'observent dans l'empoisonnement par l'opium, la. quinine, la digitale, oii la tension artérielle, par suite de la dilatation des petits vaisseaux de la surface cutanée, diminue considérablement. La section de la moelle, entre l'atlas et l'axis, en détruisant à leur origine les nerfs vaso-moteurs qui se rendent aux vaisseaux de l'abdomen, et en amenant ainsi la dilatation des vaisseaux de ces régions, détermine également une diminution sensible de la tension oculaire. : Réciproquement, la tension oculaire augmente à mesure que la ■ tension vasculaire s'élève; ainsi l'on observe un excès de ten- , sion après la ligature de X aorte abdominale. L'excès de tension Se produit encore, bien que d'une façon momentanée, après la ligature des veines jugulaires; mais elle n'est alors que passagère et peu accentuée ; elle devient, au contraire, très manifeste et i persiste longtemps après la ligature des vasa vorticosa. Ce fait t démontre bien l'existence des circulations organiques, puisque l'arrêt circulatoire de ces petits vaisseaux produit plus d'effet que celui de la grande veine jugulaire. Chez l'homme, l'influence habituelle de la tension artérielle I sur la tension oculaire, beaucoup moins manifeste que chez les ^ animaux, est tellement faible, qu'elle échappe à nos moyens d'appréciation.

Page 1