CIRCULATION ET POULS ORGANIQUE DU COEUR
Tout muscle^ pour agir^ doit avoir sa provision de sang en réserve ; il doit être l»ypépémîé et à forte tension. Au contraire, un muscle auéssaîé interrompt forcément son action, ou du moins la laisse faiblir. Or, le cœur, plus que tout autre, exprime nettement cette loi fonctionnelle, et, phénomène remarquable, il en est la casisc en même temps qu'il en éprouve les effets.
Voici comment : le cœur, pris dans son ensemble, est un organe à contractions rhythmiques ; il divise ses actes en deux temps et deux rhythmes, comme il se divise lui-même en deux cœurs complètement séparés, cœur ventriculoÂre, cœur auriculaire. Leurs temps et leurs rhylhmes sont alternés par étages, et fonctionnent dans une dépendance parfaite; dès que l'un finit, l'autre commence.
Or, sous l'influence de la contraction puissante des ventricules, tout le sang veineux et même artériel se trouve chassé des artères et veines coronaires; le cylindre contracté devient iscliémiiiue et cesse aussitôt son action, mais pendant cette systole le sang chassé des ventricules a été refoulé dans les oreillettes ; celles-ci, remplies du sang qui est leur stimulant naturel, se contractent à leur tour et viennent remplir de nouveau les ventricules en diastole; mais la contraction des oreillettes chasse le sang contenu dans leurs artères et veines nourricières et produit Vischémie de leurs parois. A leur tour elles cessent d'agir, et le rliythme du cœur se trouve ainsi constamment entretenu par une série indéfinie de contractions ané' miantes et de dilatations hypérémiantes des deux étages cardiaques.
Ce n'est point là un simple raisonnement à priori; ces variations extrêmes sont aussi visibles à l'œil; tous les physiologistes ont vu pendant les vivisections les différentes parties constituantes du cœur pâlir pendant leur systole., brunir pendant leur diastole. Et ce qui facilite singulièrement pour le cœur la transition mutuelle de ces deux états de plénitude et de vacuité, c'est que ses veines n'ont point de valvules, àTexcep-
tion de celle de TMhésius, qui ferme incomplètement l'embouchure de la grande coronaire^ et que le sang peut y être refoulé des deux côtés avec une facilité égale.
BRUCKE a fort bien observé en outre que les artères coronaires ne peuvent pas recevoir do sang pendant la systole, car leur insertion est recouverte par les valvules sygmoïdes de l'aorte pendant la contraction du ventricule. Si cette artère restait rempilé pendant la systole, elle gênerait la contraction du cœur par son développement, tandis qu'en recevant le liquide pendant la diastole, elle ne nuit point au jeu de l'organe.
Remarquons en outre que les muscles à fibres lisses du cœur, implantés sur les fibro-cartilages circulaires des orifices, n'emprisonnent point transversalement ses capillaires, comme le font les faisceaux musculaires et les gaines aponévrotiques dos muscles ordinaires, mais compriment les vaisseaux et les vident dans leur totalité, à l'exception des gros troncs protégés par les sillons.
La circulation veineuse des oreillettes, surtout la droite^ diffère de celle des ventricules, en ce que leurs veines sont indépendantes de celles des ventricules; puis les canaux d'union des foraminay assez nombreux dans l'oreillette droite ctVauricule, canaux dans lesquels se jettent un grand nombre de petites veines du cœur, sont formés, ainsi que Ta démontré le docteur LoMnelonffue *, d'une simple couche endothéliale^ parois inertes, dues à une réflexion de l'endocarde, et la couche musculeuse qui manque à ces canaux est remplacée par leur adhérence dLUxparois cardiaques, absolument comme il en est pour .l'utérus en gestation ; ce sont donc les fibres musculaires do l'oreillette, au milieu desquelles ils sont plongés, qui font l'office de tunique contractile pour les vaisseaux, et la direction de ces faisceaux musculaires est devenue perpendiculaire aux conduits. Aussi, tandis que la systole de l'oreillette chasse le sang de ses propres veines, ce sang trouve un certain diverticulum dans ies canaux ou foramina que la contraction circulaire des fibres musculeuses perpendiculaires élargit au lieu de comprimer; mais cette particularité anatomique ne constitue qu'un réservoir de sûreté, un diverticulum, et n'empêche point la vérité de la loi générale par laquelle on peut exprimer le plan de la circu-
* Lannelongue. Eech, sur la circulât, des -parois du cœur. Archiv. de physiol. 1868. Paris, p. 22-28.
lation et du pouls organique du cœur, loi que l'on peut formuler en deux termes :
l Ischémie auriculaire.
La systole auriculaire produit Ihjpérémie des vaisseaux ventricu-
/ laires.
i Ischémie ventriculaire .
La systole ventriculaire produit l Hypérëmie des vaisseaux auricu-
/ laires.
Nous sommes loin cependant de dire que cette alternance soit la seule cause du rhythme cardiaque. En effet, quoique les expériences de Brown-Séquart aient démontré l'influence excitante Qi régulatrice du sang veineux injecté dans les parois du cœur, d'autres faits prouvent que le cœur de la tortue^ et surtout celui du requin^ peuvent battre des heures entières hors de la poitrine et privés de sang.
La cause première du rhythme cardiaque sera donc toujours à chercher dans le système nerveux végétatifs dont les nombreux ganglions sont pour ainsi dire pétris, moulés avec l'organe. Mais il n'en résulte pas moins que, chez l'homme surtout, la circulation particulière du cœur apporte un contingent sérieux à la régularisation si nécessaire des mouvements de cet organe.
Chaque étage du cœur avertit, pour ainsi dire, le suivant d'avoir à commencer son œuvre, en lui envoyant, avec le sang qui pénètre son tissu, et la mitritionm.ivaie stimulant îon.Qji\oxm&\.