‹ Le circulation et le poulsChapitre 44 sur 669 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

La science du pouls chez les Chinois nous a été divulguée pour la première fois vers l'an 1652, par le ^phre Michel io^m, jésuite hollandais, qui traduisit en sa langue les quatre livres de WANG-CHO-HO.

Ce travail, resté inédit, fut publié par cleyer, qui ne donna point le nom du traducteur, mais ajouta seulement ces mots : n D'après les notes un savant européen. » Son dernier ouvrage, le plus important, intitulé: Spécimen medicinae sinicae, parut en 1682, à Francfort (1 vol. in-4**, orné de 143 figures en tailledouce).

ALLEMAND [Louis- Augustin) publia de son côté à Grenoble, en 1671, les Secrets de la médecine des Chinois, consistant en la parfaite connaissance dupouls, envoyés delà Chine par un Français, hommede grand mérite. Ce Français était un père jésuite missionnaire en Chine, qui, chassé par la persécution et réfugié à Quam- Chéu, province de Canton, traduisit du chinois ce petit traité en 1668.

Le père DU hald et le médecin hollandais then rhynes ont également fourni sur ce sujet des renseignements importants; leurs ouvrages servirent de base à tous ceux qui ont essayé depuis de nous faire apprécier la science chinoise. — bahchusen en donne une curieuse analyse dans son Histoire de la médecine (p. 390 et seq.).

Mais en 1863 le capitaine dabry *, consul de France en Chine, après avoir pendant un long séjour à Tien-tsin et à Féking, yériM avec l'aide des médecins les plus renommés du pays l'exactitude de leur doctrine, a traduit et commenté les traités du pouls, tirés des meilleurs ouvrages chinois ^.

' Dabry. Médecine des Chinois, 1 vol. in-8, Paris. 1863, p. 1.

* Cleyer. Spécimen medicinœ sinicœ, Francfort 1782, avec planches.

C'est donc surtout à l'aide de ces trois auteurs : Allemand, Cleycr et Dabry^ que nous donnerons un résumé fidèle de la science du Céleste Empire.

THÉOEIE GÉNjÉRALÈ DE LA CIRCULATION.

Les Chinois font peu de cas de nos connaissances modernes. Un missionnaire demandait à un de leurs savants médecins s'il connaissait la circulation du sang^ découverte par Harvey et si bien décrite dans nos livres. Celui-ci répondit qu'il s'occupait peu de nos recherches, mais que de tout temps en Chine les médecins avaient admis une circulation du sang ; que la circulation des astres dans l'univers en était une preuve, puisque le corps de l'homme était un monde représentant en petit ce qui se passe dans le grand*. Et^ de même que dans l'espace de 24 heures — jour et nuit — le ciel opère sa conversion autour de ses SO demeures, de même en 24 heures s'accomplit la circulation du sang et des esprits^ puis par eux celle de la chaleur primigéniale et de l'humide radical. Il ajoutait, en outre, les explications suivantes :

Le sang est dans les veines. Les esprits circulent à la superficie du sang.

La mesure du temps de la circulation se prend sur la respiration, qui est le commencement et la fin de la vie. La respiration d'un homme sain, pendant cet espace de 24 heures, se renouvelle 13,500 fois.

A chaque respiration, la chaleur et l'humide radical, par l'intermédiaire des esprits et du sang, avancent dans le corps de six travers de doigt.

A chaque respiration complète correspondent cinq pulsations.

De temps en temps, une respiration plus forte admet une pulsation de plus, comme les années bissextiles admettent tous les trois ans un jour de plus.

Il en résulte qu'en 24 heures il n'y a jamais plus de 67,300 pulsations, jamais moins de 54,000.

Il existe ainsi un accord parfait entre les mouvements du cœur et ceux du ciel.

Ce médecin remit à l'appui le texte cl la figure suivante qui

' Il est curieux de retrouver en Chine cette idée du microcosme comparé au macrocosme, si souvent exprimée che? les philosophes grecs,

démontrent que si les Chinois admettent une circulation, elle n'est point anatomique, mais mystique, et qu'il ne nous est point possible de comparer leurs travaux avec les nôtres.

Circuitus sanguinis et spirituum deheventium humidum radicale et calorem primigenium per venas et vias duodecim membrorum, spatio viginti horarum, quo tempore quinqaagies circumvolvuntur, secundum cœlorum par quinquaginta domos conversionem. {Litterarum majuscularum ordo indicat ordinem circuitus seii circulationis.)

ROTA YITALIS, SEU CIRCUITUS SANGUINIS ET SPIRITUUM.

Fig. 5, tirée de l'ouvrage de Cleyer.

I(central). Chum cîao seu média pars corporis. — A (central). Initinm circulationis. — B. Palmonis, magni humidi via a pectore ad manus terminatur. — C. Majorum iutestinorum via lucidi caloris, a manibus ad caput. — D. Stomaclii via lucidi caloris, a capite ad pedes. — E. Licuis via magni humidi, a pedibus ad cor. — F. Cordis via diminuti humidi a corde ad manus. — G. Intestinoi'um gracilium via magni caloris, a manibus ad caput. — H. V^^terum via magni caloris, a capite ad pedes. — I. Reuam via diminuti humidi a pedibus ad pectus. — K. Pericai'clîî via defectuosi humidi, a pectore ad manus. — L. Tertije partis corporis via diminuti caloris, a manibus ad pedes. — M. Fellis via diminuti caloris, a capite ad pedes. — N, Hepatis via defectuosi humidi, a pedibus ad pectus et pulmonem,

Ils ont aussi leurs tracés sphygmographiques, rendant compte de l'idée qu'ils se font de chaque pouls. Ici encore l'allégorique remporte sur le réel, et l'on serait tenté d'abandonner cette étude, si les meilleurs témoignages ne venaient nous assurer que, par leur science du pouls, les Chinois reconnaissent et guérissent parfois d'une manière extraordinaire les maladies les plus rebelles ; M. Dabry lui-même en rend témoignage.

C'est pourquoi, j'ai cru devoir, dansuu traité du pouls et de la circulation, rendre compte de cette science obscure. Après tout, n'est-ce pas en se basant sur ce que le foie est le parent du cerveau et le cousin des yeux^ que les Chinois ont préconisé contre V héméralopie \qs fumigations de foie de veau ou de mouton? Or, malgré la bizarrerie de l'explication, le remède s'est trouvé bon, et Ton continue de nos jours à s'en servir encore avec succès, même en France.

LE CŒUR

Le cœur est le chef-d'œuvre du corps humain. — L'intestin

grèic est avec lui comme le jeune frère avec son aîné. — L. I. est son signe dans le ciel. — Sa région, la méridionale. — Son temps astronomique, midi. — Mars est sa planète. — Son élément, c'est le i'cM. — L'été est sa saison; il fournit à tout, sans être jamais ni plus grand ni moindre; — il s'appuie sur la cinquième vertèbre, — il règne et se meut à l'intérieur sur le sang. — A l'extérieur, son mouvement transmis devient un langage {le pouls) par lequel il s'exprime. — Il est percé de sept trous et de trois fentes. La fonction du cœur comme celle de l'intestin grêle est de recevoir, contenir^ améliorer. Son pouls naturel et normal est regorgeant [exundans], comme stupéfait.

Si le cœur est plein, l'homme a des rêves tristes^ effrayants ou terribles.

Si le cœur est vide, il rêve clartés et flammes de feu.

POULS DU CŒUR APPARAISSANT AUX TROIS LIEUX d'ÉLECTION.

Si les trois lieux d'élection donnent un pouls fréquent, cela indique que la région du cœur brûle; des pustules naissent à la surface de la langue, les lèvres se gercent, le malade délire, il croit voir des démons et des esprits. Sa soif est insatiable, cent verres d'eau ne l'apaisent pas; son canal de communication avec

les autres viscères s'appelle Sin-King ou CI*eoM-cliao-yu, il

part du centre du cœur et finit au petit doigt de la main, où il se réunit au canal de l'intestin grêle.

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