POULS FORT SPÉCIAL A CERTAINES ARTÈRES
L'étude du pouls fort offre un intérêt particulier sur certaines artères, notamment sur Vartère centrale de la rétine, o\x d'ordinaire on n'observe aucun battement.
BATTEMENT DE l'aRTÈRB CENTRALE DE LA RÉTINE.
Glaucome artîBcîcl. — On produit le glaucome aigu artificiel et le battement de l'artère centrale de la rétine, en faisant, comme Hippel et Griinhagen, la section du grand sympathique après avoir curarisé l'animal et en irritant le milieu do \di protubérance annulaire ou le tronc nerveux de la cinquième paire, à son origine crânienne. Dans cette expérience la colonne barométrique indique une augmentation de pression intrà-oculaire de 30 à lOO"" H. G.
Indication diagnosti<iuc. — Aussi la pulsation de Vartère centrale peut-elle être parfois l'indice d'une altération du système nerveux, soit de la protubérance, soit du sympathique, et, à ce titre, on la retrouvera dans le goitre exophthahnique .
Le pouls de l'artère centrale, comme nous l'avons déjà exposé, est dù à un excès de pression.
Tumeurs. — Toute tumeur interne ou externe pouvant être la cause de l'augmentation de la pression intrà-oculaire, le chirurgien doit explorer attentivement la région circumorbitaire.
Glancéme. — S'il n'existe aucune tumeur apparente, mais que la pulsation spontanée de Vartère rétinienne parcoure tout le trajet de l'artère restant synchrone avec les battements du cœur.
si, en outre, elle coïncide avec la déformation en cupule de la papille optique et la dureté extrême du globe de l'œil, ou même seulement si la pulsation existe avec douleur et trouble de la vision, c'est que la pression est intr à- oculaire et qu'elle est produite par Vhjdropisie de la séreuse qui sépare la choroïde de la sclérotique, et vous avez à traiter un glaucome^ ainsi que Von Grœfe l'a enseigné le premier.
En effet, la pression intrà-oculaire, produite par l'hydropisie, détermine un certain degré de paralysie des nei'fs vaso-moteurs, et, dès lors, l'impulsion centrale du cœur s'y fait plus vivement sentir, comme on l'observe dans le panari ou même lorsqu'on serre le doigt avec un lien, et comme on arrive à le reproduire sur l'œil même par la pression digitale,
ludicatiou thérapeutique. — La nature du mal indique la nature du remède, et puisque l'excès de pression est produit par l'excès de liquide, il faut l'évacuer : de là, différentes opérations proposées.
A. — Viridectomie de Von Grœfe^ opération superflue, car elle intéresse l'iris, qui n'est pour rien dans la production ni dans la guérison de la maladie^ mais opération qui soulage en faisant cesser la tension douloureuse de l'iris et l'inflammation qui en résulte.
B. — La section du tenseur delà c^woÏ6?e, opération de Hancock, opération qui soulage en diminuant la tension, mais aussi inutile que la première, en ce qui concerne l'idée de s'attaquer au muscle tenseur, comme cause absolue du mal.
G. — La simple ponction de la sclérotique, opération de Lefort, suffisante dans la plupart des cas, et parfaitement rationnelle depuis que ce chirurgien a démontré que le glaucome était dû à Vhydropisie de la membrane séreuse, située entre la sclérotique et la choroïde, et qu'il suffisait de la ponctionner largement pour guérir
C'est ainsi qu'une séméiotique précise avance souvent plus le traitement que toutes les théories imaginaires. Et cette séméiotique nous est fournie ici, en grande partie, par l'examen du pouls de l'artère centrale de la rétine.
ha pulsation de l'artère centrale peut se manifester sur un point limité de l'artère ou dans toute son étendue, et même dans les grosses branches qui résultent de sa division.
' DiANOUX. Th. Paris, 1875, u« 11.
Pulsations locales. — Anévrysmcs. — 1" Une pulsation sur un point limité est parfois le 'premier signe qui annonce l'auévrysmc de la centrale rétinienne.
Quand la pulsation augmentée de Vartère rétinienne coïncide avec le volume fortement augmenté de l'artère elle-même, soit sur un point de son contour, soit sur tout son calibre, c'est qu'il existe un anévfysiBue plus ou moins avancé ou un étatcirisoïdc avec allongement de ce vaisseau.
Gniliolie de l'artère ceutrale de la rétâue. — Stanford Morton a signalé dans l' Ophthalmic hospital Reports ' un cas semblable ; les battements se faisaient sentir non seulement dans l'artère centrale, mais encore dans ses deux branches de division.
Cela tient à ce que tout obstacle à la circulation amène soit une parésie des vaso-dilatateurs, soit un redoublement d'action dans les vaso-constricteurs, qui cherchent à surmonter l'obstacle.
Dans tous ces cas, le battement s'observe surtout en amont de l'obstacle, puisque le sang ne pénètre plus en aval. Mais cette dernière région peut encore éprouver un mouvement communiqué, non plus de dilatation^ mais d'avance ou de recul. Notons encore comme moyen diagnostic l'apparition subite et non graduelle des battements.
Pulsations générales. — Fougus orbîtaire. — Quand les pulsations sont tellement augmentées qu'elles se transmettent à l'œil entier et deviennent visibles à l'extérieur, il se forme une tumeur crectilc, un fougu^i vasculaire du fond de l'œil.
Insuffisance aortique. — Quincke, le premier, constata ce fait en 1868. Son observation resta inaperçue jusqu'en 1871^ 011 Otto Becker ^ le découvrit à son, tour et ce signe diagnostic, vérifié dix-sept fois, paraît très fidèle :
Dans tous les cas d'insuffisance aortique pure, avec ou sans hypertrophie du ventricule gauche, on peut constater des pulsations spontanées &UX les artères de la papille.
Au contraire, chez un malade que l'on croyait atteint de cette affection, les pulsations faisaient défaut; "or le malade mourut, et l'autopsie démontra qu'il s'agissait d'un anévrysme de l'aorte ascendante et non d'une insuffisance aortique.
' Stanford Mouton. Oplithalmic. Hosp. Reports, 1881, p. 16-8. ^ Otto Beckki!. Mouv. du sang visibles dans la réti ne humaine , Arcli, ophtlialm de Berlin, 1S71.
Les pulsations peuvent avoir lieu, non seulement dans le tronc^ mais dans les branches de bifurcation.
Dîagnosc. — Mais ces battements diffèrent un peu de ceux que produit le glaucome^ et le docteur Grand Clément les a parfaitement définis en disant qu'au lieu de battements proprement dits, ce sont des alternatives d^ampliation et de vacuité presque complète. Leur différence est assez grande parfois, pour déterminer l'apparition du scotome scintillant-
En 1879, Pfliiger a constaté que ces pulsations étaient isochrones avec celles de la radiale.
Parfois aussi il n'y a pas de pulsation proprement dite, mais on peut voir l'artère rougir et pâlir, c'est-à-dire se vider et se remplir, sans donner de battement apparent.
IL rOULS GRAND ET FORT DANS LES MALADIES CHRONIQUES.
Biatlièscs. — Dans la scrofule, la sypliills, la goutte, le
pouls est rarement fort; quand ce caractère existe^ il constitue un signe favorable indiquant l'énergie persistante du système nerveux.
Rien de plus rare que le pouls grand dans les affections franchement chroniques qui épuisent les forces vives de l'économie, comme la phthisie et le cancer.
rvévroses. — Mais on le rencontre accidentellement dans les maladies nerveuses, Iiystérîe, éitilepsie, au moment des crises; enfin c'est lui qui, uni à la fréquence, constitue les palpitatiouw.
Le pouls cardiaque peut être, dans ces affections, en contradiction avec celui des artères, suivant le degré de contraction que les nerfs vaso-moteurs font subir à la tunique musculeuse des capillaires.
lu. POULS EORT DANS LES AFFECTIONS ORGANIQUES DU CŒUR,
On doit mesurer la force des contractions du cœur, non seulement par rapport à l'intensité du choc, mais aussi par rapport à sa durée et à son étendue.
IStiiénocardie. — Le pouls grand et fort dépassant les mesures est souvent un signe d 'hypertrophie du cœur.
On reconnaît qu'il y a sthénocardie :
A. — Quand le soulèvement systolique delà pointe du cœur devient appréciable à la vue, au toucher, et quand le retrait diastolique qui lui succède est également visible.
B. • — Lorsque l'impulsion forme la moitié du temps d'une révolution totale du cœur.
C. — Quand elle se fait sentir en dépassant le mamelon. Mais de ce que le cœur bat fortement, ce n'est point toujours
une raison de croire qu'il y a sthénocardie.
Ainsi le pouls «lu cœur devient souvent très fort, quand le refroidissement subit de la peau, ou une affection spasmodique ont rendu les pulsations artérielles très faibles en resserrant les vaisseaux. Dans ce cas, il ne fautpas diagnostiquer s;!/i(2;?6>mr(/2e, mais bien spasme uervo-vasculairc péripliérique.
Au contraire le pouls du c<rur peut n'avoir qu'une force ordinaire, tandis que les vaisseaux largement distendus par le sang donnent encore l'impression d'un pouls large et fort. C'est ce qui arrive souvent chez les vieillards, dont le pouls semble grandir indéfiniment.
Il ne faut pas alors diagnostiquer sthénocardie, si les signes indiqués plus haut n'existent pas, mais bien, affaiblissciucut de l'înuervatson vasculairc. Dans les deux cas, le renforcement doit être constaté et jugé par l'auscultation du cœur luimême, qui est ici plus fidèle juge que le sphygmographe.
h' hypertrophie vraie du cœur est toujours due à un obstacle valvulaire ou artériel.
La nécessité de vaincre l'obstacle oblige le cœur à développer une plus grande force compensatrice, et l'exercice forcé entraîne ^ une nutrition excédante d'oii l'hypertrophie du tissu.
Donc toutes les fois que l'on constate une sthénocardie véritable, on doit rechercher la cause dans un obstacle siégeant à l'un de ces trois points : valvules cardiaques, — origines arté-, rielles et veineuses^ — capillaires organiques.
Si l'obstacle n'est pas aux valvules du cœur, il sera vers l'origine de quelque artère ou veine principale ; s'il ne peut se trouver sur l'arbre vasculaire, on doit le rechercher dans les capillaires organiques eux-mêmes et diagnostiquer une sclérose rénale ou des capsules surrénales, ou une cirrhose hépatique avec oblitération plus ou moins considérable des capillaires du foie. Mais lorsqu'une sclérose ou la cirrhose d'un organe riche-
ment vasculaire rejette dans la circulation une portion de sang non employée, il faut 'distini^ uer deux périodes : — Dans la
Fig. 1516. — Pouls radial d'une liypertropliie du cœur.
première, la pléthore qui en résulte rend le pouls grand et dur au poig'uet comme au cœur. — Dans la deuxième, sa trop grande plénitude le rend incompressible.
Dans ri»ypertropl»îc iitimplc du cœur, la sthénocardie n'est pas constante^ elle varie sous l'influence de causes occasionnelles.
Mais si la sthénocardie est constante, il faut diagnostiquer une hypertrophie du cœur avec iusuffiittance des valvules aortiques ou de la tricuspide.