‹ Le circulation et le poulsChapitre 542 sur 669 · V» POULS OPPRIMÉ · texte numérisé non relu

V» POULS OPPRIMÉ

Définition : — Le pouls opprimé est un pouls qui n est pas radicalement petit, le cœur gardant sa force normale; mais un obstacle quelconque, voisin ou éloigné, interne ou externe, empêche le sang de dilater librement Vartère.

Conditions phs'sioiogicineis. — 1° C'est dans l'antagonisme du cœur et du pouls qu'il faut saisir le caractère le plus habituel du pouls opprimé : le cœur bat fort, le pouls estfaible.

2° Une trop grande abondance de sang, en produisant la véritable hgperhémie, détermine parfois l'oppression du pouls.

3° Un trop grand relâchement des vaso-moteurs, laissant trop remplir les vaisseaux, conduit encore au même résultat.

4° Enfin ^hypertrophie des parois vasculaires, comme on l'observe dans \ albuminurie , leur induration par sclérose, sont autant de causes d'oppression du pouls.

Dans tous ces faits, la petitesse du pouls est due beaucoup moins à la faiblesse de la systole qu'à l'élévation de la ligne d'ensemble; celle-ci exprime la plénitude du vaisseau qui ne peut se dilater davantage.

S" Mais lorsque l'obstacle est extérieur, lorsqu'il est dû à une tumeur, un épanchement qui comprime le cœur, il en résulte bien une véritable petitesse du pouls, par oppression de l'organe impulseur, que cet organe soit le cœur ou l'artère.

Albuminurie ciironiqne. — Dans un grand nombre d'albuminuries, les parois artérielles s'épaississent et s'indurent. Elles perdent leur élasticité et ne cèdent que fort peu à l'effort systolique du cœur. Celui-ci est donc opprimé et le pouls que l'on

explore est loin d'exprimer la force de l'impulsion, jusqu'à ce que l'hypertrophie compensatrice du ventricule soit venue rétablir, pour un temps, cet équilibre instable.

Mais en revanche^ si la systole ne peut s'élever très haut, la diastole se prolonge au lieu d'être comme dans l'état normal, le sang ne trouvant à s'écouler qu'avec lenteur.

Fis. 376. — Homme de 50 ans, pouls de teusioii albuminurique.

Epauehemcut pleurétique ou péricardîcinc. — Quand il y a dans la plèvre ou dans le péricarde un épanchement un peu considérable^ on n'obtient à la radiale qu'une pulsation très peu élevée, par suite de la compression du cœur, le pouls reste opprimé.

La systole est presque nulle.

La diastole est au summum.

Le dicrotisme est très accentué.

JDiaguoistic. — Faiblesse et dicrotisme du pouls dans les affections pleur étiques indiquent donc un épanchement intrà-thoracique considérable. Le plus souvent il est dans la^y/eyrg; si le médecin ne l'y rencontre pas, il le trouvera péricarde, car la péricardite avec épanchement est souvent insidieuse dans sa marche.

Indicatiou thérapctifiiine. — C'est le cas d'appliquer

l'axiome : « sublatâ ca,usâ tollitur effectus. » Car la thoracentèse et la ponction du péricarde ont pour effet constant, immédiat, de régulariser la circulation et de rendre au pouls son ampleur.

C'est un bel exemple de cet état que les anciens appelaient oppressio virium; car la force du pouls se relève d'elle-même, aussitôt que l'obstacle vient à cesser, et la pulsation reprend toute son ampleur.

Rétrécisiscmcut aortiquc. — On peut compter ce pouls comme pouls opprimé, car le plateau qui le termine montre par sa largeur et sa durée à quelle hauteur le pouls sarait monté s'il n'avait pas été opprimé par un obstacle.

Fiy. 377. — lielrècissemeut aortiqiie, pouis opprimé.

Chlorose. — Nous devons rapprocher du pouls albuminuriquc le pouls chlorotique. Sans doute, ce pouls est petit par oUghœmatie^ c'est-à-dire par la formation incomplète et en trop petite quantité des globules rouges ; mais îl est également petit T^diV oppression du cœur.

Il existe en effet, chez un grand nombre de clilorotiques, un resserrement artériel général, surtout marqué à l'orifice aortique. Aussi le pouls chlorotique est-il petit, avec plateau et chute progressive de la diastole.

Fig. 378. — Pouls chlorotique opprimé.

VP POULS CONCENTRÉ.

DÉFINITION : — Le pouls concentré est celui qui parait petit par la difficulté quHl éprouve à dilater V artère trop résistante, et non par suite d'une faible impulsion du cœur.

hepouls concentré s'observe au début des fièvres intennittentes, éphémères, synoques et typîioïdes. Parfois aussi au début des phlegmasies violentes, érysipèle, pleurésie^ pneumonie.

Il indique alors l'état d'éréthisme où se trouve l'organisme, dont la plupart des vaisseaux capillaires éprouvent une constriclion intense, spasme vaso-moteur que le cœur a de la peine à surmonter. Ce pouls n'annonce point pour cela une gravité plus grande de la maladie. Mais alors il ne doit être que passager, ne durer que peu d'heures, une journée au plus, sans quoi la signification changerait ; on se trouverait en face du pouls petit et filiforme, qui indique toujours une dépression profonde des forces vitales.

Le pouls concentré doit être considéré comme un des modes à\x pouls opprimé, car \<x concentration n'est que le refoulement du sang vers le cœur par spasme vaso-moteur périphérique.

VIP POULS INCOMPRESSIBLE.

DÉFINITION : — Le pouI«> iucomprcsisiblc est celui qui résiste aux •plus fortes -pressions du. doigt ^ sans ■paraître céder.

Ce pouls Qsi petit, il paraît mou quoique dur; ou plutôt, précisément parce qu'étant déjà dur ^d^: plénitude, il ne peut presque plus admettre de sang à chaque systole nouvelle. Il est sans dicrotismes, ou du moins ils sont à peine apparents, la paroi artérielle ne pouvant réagir par élasticité, puisque celle-ci a donné tout ce qu'elle pouvait.

Maladie de Bright. — Dans cette affection passée à l'état chronique l'on observe une dureté toute particulière, car le pouls rénal est un de ceux qui produisent la plus forte tension artérielle. Aussi \c pouls incompressible peut-il à lui seul devenir pathognomonique de la maladie. Il indique alors, non seulement la présence de V albuminurie, mais encore qu'elle est artérielle et non veineuse.

Fig. 3T9. — Pouls incompressible ulbumiuurique.

Étiolog^ie. — A quelles causes peut tenir cette dureté extraordinaire du pouls ?

A trois causes principales d'après Gowers 1° A la dimiuiitiou de la partie liquide du sang:.

Puisque le sérum et l'albumine s'éliminent constamment par les reins dans une sorte de saignée perpétuelle, il en résulte que l'augmentation de matériaux solides dans le sa.ng,Jibrine et globules, lui donnent les apparences et la résistance d'un corps solide.

2" Au rétrécissement des artères. — On peut facilement le constater même pendant la vie des malades, en examinant l'artère centrale rétinienne à l'ophthalmoscope. On trouve son calibre diminué, et cette diminution est en rapport avec la tension artérielle, singulièrement augmentée.

3° A la contraction des vaisseaux. — Cette contraction

* Go-WERS. Gazet. hebdomad. 1816, p. 55b.

est non seulement passive, l'artère suivant le retrait de volume du sang diminué épaissi, mais aussi active, car sans cela la tension vasculaire serait moins prononcée ; elle doit donc être l'effet de Tirritation déterminée sur les parois vasculaires par un produit d'évolution trop 'accumulé, et, selon nous, ce ne peut être que Xurée. Le pouls incompressible serait donc un des premiers phénomènes engendrés par \ urémie jointe à la maladie de bright.

4^" Hypertrophie des paroiis vasciilaires, artères et cœur. — L'hypertrophie des artères est-elle réelle, ou vientelle de ce que le vaisseau contracté et rétréci semble plus épais? La question est encore en litige. Quant au cœur, il est naturel qu'ayant à lutter contre tant d'obstacles, il s'hypertrophie par exercice forcé; c'est un phénomène de compensation.

La réunion de toutes ces causes rend le pouls tellement dur quil résiste parfois aux plus fortes pressions du sphygmographe.

Ponls) lucompresisible pendant la grossesse. — PronoS' tic. On voit assez souvent le pouls devenir de plus en plus dur à la fin de la grossesse , surtout chez les primipares ; il prend les caractères du pouls incompressible. Les malades sont alors sous l'imminence de V albuminurie et de Véclampsie f\m.\d. covuplique si souvent. J. Barnes ^ a parfaitement démontré comment l'emploi du sphygmographe peut faire prévenir à temps l'imminence de cet état si grave.

Indication thérapeutique. — Aussitôt qu'on aura reconnu l'existence de cette forte tension, traduite par un pouls dur, petit, avec diminution ou disparition du dicrotisme, il faut agir par tous les moyens capables de diminuer le trop- plein des vaisseaux '.purgatifs, diurétiques, saignées; emploi méthodique de la nitroglycérine qui abaisse la tension, et l'on parviendra ainsi à conjurer le péril jusqu'à l'époque de la délivrance.

Cette forte tension disparaît avec promptitude, après l'accouchement. Le sphygmographe indique aussitôt l'amélioration survenue, par l'élévation progressive de la pulsation principale et le retour des pulsations secondaires.

Pouls incompressiltle par ligatnrc de l'aorte. — Tous les phénomènes du pouls incompressible peuvent être produits

' Barnes (J). Indications fournies par le sphygmographe dans l'état puerpéral. Trans. of the ôbstetric. society of Loiidon, vol. XVI, 1873, p. 263.

artificiellement en liant l'aorte abdominale chez un animal ; on obtient alors une très forte tension artérielle, un pouls d'une dureté extrême, à ce point que Saunder Brunton^ a. ^^n déterminer, par ce procédé, sur un chien^ l'exsudation de l'hémoglobine et l'albuminurie elle-même.

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