POULS SERRATIQUE PAR ACTION TOXIQUE
On ne connaît, jusqu'à présent, que deux substances qui donnent lieu à uupouls d'apparence sejTatigue ; ce sont : le mercure, ]e plomb et leurs composés. Le médecin peut même en tirer un signe diagnostique utile de V empoisonnement plombique, surtout s'il est accompagné d'une grande lenteur.
Plomb. — he pouls serratigue OU tremblant du plomb paraît être produit, non par la contraction irrégulière du cœur en systole, mais par le polycrotisme beaucoup plus multiple et plus fort de l'artère.
Mercure. — Le pouls tremblant du mercure paraît dù plutôt au tremblement musculaire^ qui retentit toujours plus ou moins sur la circulation, en comprimant l'artère.
Il n'est point démontré que le pouls serratique soit alors d'origine cardiaque.
Définitton : — Le pouls diiTérent est celui qui n'est point semblable aux deux radiales, ou sur deux artères également comparables.
Cette différence porte sur la force du battement, sur S£i forme, sur le temps où il s'opère, ou le lieu qu'il a occupé, il faut donc distinguer quatre classes :
1" Hétérodynamisme, s-rspa autre^ âjvay.iç force.
2" Héférochronisme, eispoç autre, y pô'foq temps.
3° Hétéromorpliisme, Ixspa autre, [i-opo-q forme.
4° Hétérotopisme, Ixspoç autre, tôtuoç lieu.
HéTÉRODYNAMISME.
L'Hétérodynamismc ou le pouls différent de force entre les^, deux parties similaires du corps peut être : physiologique, — tranmatiqne, — patbologique.
A. Héférodynamisme physiologique. — Il arrive parfois que les deux radiales ne sont point égales en force sur le même sujet, et que l'une des deux se trouve amoindrie ou même réduite à l'état rudimentaire par un simple arrêt de développement. Cette anomalie peut aller jusqu'à la suppression complète du battement. Elle peut aussi entraîner une erreur de diagnostic ou de pronostic, en faisant croire à la faiblesse réelle du pouls, ou à son arrêt.
Fig. 466. — Fille de 15 ans. Radiale droite saine.
Fig. 467. — Même sujet. Radiale gauclie plus faible de naissance.
B. Hétérodynamisme tràumatique. — D'autres fois, c'est à la suite d'une blessure que l'artère se trouve avoir perdu de son volume, soit que la lésion ait été produite au niveau du point que l'on explore, soit au-dessus. Il est bien rare, sans
doute, que la blessure ait atteint l'artère elle-même, car alors elle est coupée, écrasée, et s'oblitère entièrement ou nécessite une ligature. Mais le vaisseau peut se trouver au milieu d'un tissu de cicalrice, qui ne lui permet qu'une faible extension. Les cicatrices vicieuses de l'aisselle produisent souvent ce résultat pour l'artère humérale.
Ici encore on peut faire erreur de pronostic, si l'on n'est pas prévenu du fait, en attribuant à la faiblesse générale de l'organisme ce qui n'est que le résultat d'un rétrécissement ou d'une compression locale.
Fig. 468. — Homme de 60 ans. — 1. Artère saiae. — 2. Artère du côté blessé. HÉTÈRODYNAMISME PATHOLOGIQUE.
Rhamatlsmcs. — Le pouls diffère de force aux deux radiales dans les rliumutismcs anciens qui ont longtemps occupé un
Fig. 469. — Homme de (i) ans. RhuLuatismu chronique du bras. Radiale saine.
Fig. 470. — Même sujet. — Radiale du côté malade.
membre, le bras surtout. Cela vient : 1° de \ engorgement des tissus qui compriment l'artère radiale; — 2° de l'atrophie générale, qui finit par envahir le membre entier, surtout quaad il est privé de ses mouvements.
Paralysicfs. — Dans les paralysies suite à'apoplexie, de ramollissement, à'atrophie musculaire du bras, le côté paralysé éprouve un état d'atrophie et de rétraction, qui retentit jusque sur les vaisseaux et diminue leur calibre.
Notre sphygmographe exprime parfaitement ces modifications, dont voici un exemple :
Fig, 471. — Homme de 70 aus. Hémiplégie. — 1. Côté paralysé. — 2. Côté sain.
Compressions. — Daiis les engorgements, soit ganglionnaires, soit cancéreux, ou bien encore inflammatoires chroniques de rorigine des bronches qui compriment les gros vaisseaux et dans ceux de l'aisselle qui diminuent le calibre de l'artère, on observe encore le pouls différent.
Fig. 472. — Carotide saine.
Fig. 473. — Carotide comprimée par des adénites sur le même sujet.
Phlegmons. — Dans les fhlegmons et tumeurs inflammatoires des diverses régions, les différences s'exercent en sens inverse. Le côté malade donne les plus forts battements ; c'est ainsi qu'une douleur de goutte au pied fait battre plus fortement la pédieuse de ce côté, et quand la goutte attaque les doigts des mains, les collatérales battent avec force.
Fig. 474. — Homme de 28 ans. Goutte au médius ; battements des artères collatérales. — 1. Doigt médius sain. —2. Doigt médius malade.
Le panari augmente les battements des collatérales des doigts.
Toute douleur vive d\n organe, foie, rate, reins^ donne au pouls de ce côté un caractère plus serré, plus dur, que du côté sain.
Migraine. — La migraine fait gonfler une des temporales et rend ses battements parfois visibles.
* Babett. Hé l'adénopathie trachéo-bronchique . Tli. P. 1874.
Anévrysmcs. — Le pouls diffère encore de force dans la plupart des cas à'anévrysme, ceux du moins qui ont acquis un certain volume. Mais il faut distinguer l'influence de cette dilatation artérielle sur le cours du sang:
1° Dans la «avité de l'anévrysme.
2° Au sortir de cette cavité.
1° Dans la cavité de TanéTrysme : — La pulsation, en arrivant dans cette poche flexible, augmente de force et diminue de vitesse. Examinons ici la première condition, celle de V hctérodynamie.
La pulsation augmente de force, car l'hydraulique nous enseigne que la force d'un bélier hydraulique se mesure sur la force initiale, multipliée par la base d'action.
Or, si l'anévrysme fournit une surface quatre fois plus grande que Tarière, le choc du sang sera quatre fois plus fort. Mais, comme le sang coulera aussi quatre fois moins vite, ces deux résultats sont heureusement antagonistes; il en résulte un certain équilibre compensateur. La force plus grande^ allant moins vite, ne fait que presser les parois de l'anévrysme, au lieu de les choquer.
Sans cela, à chaque coup de bélier, la tumeur serait rompue, par suite de l'amincissement des parois anévrysmatiques. Cependant, au bout du compte, c'est la force d'impulsion qui domine et l'anévrysme tend à s'accroître.
Dans ces conditions, et si l'anévrysme est volumineux, s'il communique surtout avec l'artère au moyeu d'un orifice très large, le sphygmographe appliqué sur la tumeur donnera un pouls
^ 475. — Aaévriysuie énorme, que j'ai nommé pouls géant brachio-céphaliquo . Pulsations prises sur la tumeur. des auévrysmes.
2° An sortir de la cavité. — L'onde sanguine, pénétrant dans un canal plus étroit et moins élastique, perd de son intensité. Aussi, tandis que le côté resté sain donne une pulsation normale, la pulsation que l'on recueille au-dessous de l'anévrysme est toujours plus faible que celle recueillie au-dessus et ne produit presque plus de dicrotisme. Elle monte moins haut dans la ligue de teasion et descend moins bas, se rapprochant ainsi de la moyenne. En effet, la poche élastique de l'anévrysme emmagasine de la force à chaque pulsation du cœur, d'où la diminution de la diastole; elle restitue ensuite une partie de sa provision, d'où le moindre ahaissement de la systole. Il en résulte une ondulation faible et uniforme qui marque à peine sa présence et qui, jointe aux autres signes, devient caractéristique de l'anévrysme, alors même qu'on ne peut l'explorer directement. On a même vu, dans certains cas d'anévrysme de la crosse de l'aorte, le pouls disparaître de toutes les artères du corps (Sauwen), sans que la mort s'en suivît; la circulation continuait de s'opérer par un courant continu et inapparent.
Exceptions . — Ce que nous venons de formuler est la règle générale, quand Tanévrysme est sacciforme étroit d'ouverture, mais une poche anévrysmatique très élastique peut transmettre fidèlement la pulsation et le dicrotisme, quand elle communique largement avec le vaisseau qui lui fait suite (anévrysmes fvsif ormes) .
En outre, comme le pouls et le dicrotisme sont énormes dans les gros anévrysmes, leur retentissement sur le pouls radial, quoique très atténué, peut se trouver plus marqué encore que dans le pouls d'une personne saine.
Voici, par exemple, le pouls radial droit du sujet précédent; on y voit la réduction immense qu'a subie le pouls, mais aussi l'on y remarque combien le dicrotisme reste accentué, il équivaut aux deux tiers de la pulsation véritable et en impose pour un pouls très fréquent, tandis qu'il s'agit d'un pouls rare; la question est donc plus complexe qu'on ne le croyait d'abord.
Fig 476. — Anévrysme de l'artère brachio-céphalique, radiale droite.