POULS VEINEUX BONDISSANT OU PARADOXAL
Diagoosc : — Quand on observe sur un sujet la distension
extrême des veines jugulaires externes au moment de la systole cardiaque, puis le collapsus subit et la disparition de ce pouls au moment de la diastole; quand ce phénomène est en oniïQplios •prononcé pendant V inspiration, c'est un signe qu'il existe des adhérences du péricarde aux parois du cœur.
Le professeur FRIEDREICH ^ l'a observé deux fois chez des malades morts, avec une adhérence complète des deux feuillets du péricarde.
Au moment de la systole, on constatait une rétraction d'une grande partie de la paroi thoracique gauche. Puis, lors de la
' Leyden. Wirchow's arch. B"" XLIV.
Id. Id. B-" LXV.
' Bozzolo. Archivio per le se. mediche, Bologne, vol. I, fasc, 1.
Fraentzel. Charité Annalen, 1874.
■* Malbranch. Dentsch. arch. f. Klin, med. t. VI, fasc. 1. = Friedreich. Archiv. fur Pathol. auat. 1864.
diastole, on sentait dans la même région un choc diastolique très violent, avec rebondissement énergique. On voyait aussi, au moment de la systole ventriculaire, les veines du cou se dilater considérablement. Puis, au moment du choc diastolique de la paroi thoracique, elles se vidaient, s'affaissaient brusquement et même disparaissaient. Tous ces phénomènes sont plus accentués pendant V inspiration, ils constituent un poules veineux, que j'appelle paradoxal iuspiratoire à cause de sa parfaite analogie avec le pouls paradoxal artériel correspondant.
Il s'agit presque toujours alors à!nnQ péricardite calleuse, mais pourtant Stockes a rencontré une fois ce pouls veineux dans un cas de pêricardile aiguë où le malade guérit.
POULS VEINEUX JUGULAIRE DANS l'aNESTHÉSIB CHLOKOFORMIQUB.
Que le chirurgien se serve de Véther, du chloroforme, de Yamylène ou du méthylène, le pouls veineux apparaît souvent, soit pendant Fanesthésie, soit à la période de réveil, et, dans ce dernier cas, il persiste pendant une demi-heure environ. Les veines jugulaires internes^ sous-clavières, souvent ]es Jugulaires externes, les faciales même, sont le siège de battements. A chacun de ces battements correspond un double mouvement ondulatoire, dont le plus fort précède le pouls radial. Ils disparaissent, si l'on comprime la veine au-dessous du point examiné; ils persistent, si l'on comprime au-dessus ; c'est donc un pouls veineux indirect ou par régurgitation. Pourtant l'auscultation n'indique aucun trouble particulier du cœur ;le pouls radial, la respiration, n'accusent aucune altération.
Deux théories peuvent rendre compte de ce pouls veineux.
Le docteur NOËL * l'attribue, soit à une parésie chloroformique du cœur par laquelle l'orifice auriculo-ventriculaire droit se fermerait incomplètement, soit à un engorgement des veines caves et du ventricule droit qui gêne la déplétion de l'oreillette droite; mais en quoi consiste cet engorgement? c'est ce qu'il n'élucide pas.
Je proposerais une seconde théorie plus en rapport avec les faits: cet engorgement des veines caves existe, mais il ne se
' Noël. Contfihut. à l'histoire des anesthésiques. BuUet. de] l'Acad. de méd. de Belgique, 1816.
produit point d'abord par la paralysie du cœur, il est dù à la contraction des capillaires artériels, effet primitif du chloroforme; car, ainsi que je l'ai démontré dans un mémoire à l'Académie des sciences en 1857 \ le chloroforme et l'éther, outre leur action comme essence sur le système nerveux, agissent sur le sang en le chargeant de 0^ acide carbonique par leur décomposition partielle en gaz carboné qui entrave l'hématose physiologique. Or, l'acide carbonique retarde l'écoulement du sang ; les capillaires artériels contractés se refusent à le recevoir, dès lors, ce sang veineux s'accumule à tergo dans les capillaires veineux d'abord, puis dans les grosses veines, les artères restant vides et anémiques : delà, le reflux progressif et l'accumulation du sang veineux jusqu'à l'oreillette, qui finit par être trop pleine, se dilate, et devient insuffisante exprimant ce trop-plein par le pouls veineux^ jugulaire et Jacial.
Diag;uosc : — Le pouls veineux, dans Y anesthésie chloroformique^ indique donc : 1° l'attcsthésie du sang; qui ne s'hématoseplus; — 2° la parcsîc du cœur et des gros vaisseaux par l'hypcr-carbouisation du sang; — 3" la dilatatiou à tergo et l'insnrQsaucc tï'icusgtide. C'est l'asphyxie avec la mort imminente, et le danger de pousser plus loin les inhalations en ressort aussitôt pour le chirurgien.
Prouostic: — Le pronostic est toujours grave; il accuse une tendance à l'état syncopal, à la paralysie du cœiir^ car, à côté de la congestion veineuse, il y a Vamémie cérébrale. Il est plus grave encore lorsque le pouls veineux tend à disparaître, si du moins les autres fonctions (sensibilité et connaissance) ne se rétablissent pas. Dans ces circonstances, on peut dire en deux mots : son apparition est grave, sa, disparition est mortelle.
ludicalious thérapeutiques : — A. — Cesser les iniialations : Tollere causam.
B. — Pratiquer la respiration artiflcielle d'après les méthodes de Sylvester ou de Pacini, après avoir ouvert la bouche et abaissé ou tiré la langue, qui souvent, retombée en arrière, obstrue l'ouverture de la glotte et contribue à l'asphyxie.
' OzANAM (C). Des anesthésies en général et surtout de l'élément chimique qui produit l'aneslhésie. Mém. couronné par la société de méd. de Metz, 1858, J.-B Baillère.
II). Note siirlâ déeomposit. de l'étheret la format, de gaz carbonés pend, l'aneslhésie. Académ. dos sciences. P. sept. 1837.
C. — Les inspirations d'oxygène sont ici toutes puissantes ; si le malade peut seulement respirer 2 ou 3 fois ce gaz pur ou mélangé d'air, elles peuvent le sauver, ainsi que je l'ai démontré en 1858 dans mon mémoire sur V anesthêsie.
D. — L'inversion du corps. Comme l'engorgement du système veineux entraîne l'anémie artérielle cérébrale, Vinversion préconisée par Nélaton sera toujours utilement jointe aux moyens précédemment indiqués.
E. — Les inhalations de nitrite d'amyl, en dilatant rapidement les capillaires artériels, offrent un excellent moyen de rétablir la circulation, mais il faut pour cela que la respiration ne soit pas complètement éteinte, car il n'est pas démontré que ses effets soient identiques en injections sous-cutanées.