‹ Le citateur (volume 2)Chapitre 4 sur 8 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Malgré ses fréquent accès de colère, ses fantaisies , ses petites injustices, le Seigneur avait toujours parmi son peuple des hommes d'élite , des enfans gâtés , sur qui il aimait à reposer ses affections.

C'est ainsi que ^ pendant un jour ou deux, il chérit Adam, avec lequel nous voyons, dans tous les tableaux d'Eglise, se promener familièrement en belle robe de chambre bleue.

Après Adam , le Seigneur aima Noë, le patron des buveurs.

A Noë succéda dans ses affections Abraham , bien qu'il fut idolâtre , et que le Seigneur détestât Tidolâtrie. Sans doute cet idolâtre était

( 65 ) plein de vertu ^ puisque Dieu en a fait la tige des patriarclies : il fat vertueux à-peu- près comme ses descendans, dont je viens de vous citer quelques traits.

Dabord Abraham quitte les bords de fleuris l'Euphrate, pour aller dans le malheureux pays de Slcliem , en Palestine; il fiit phis de cent lieues, il traverse des déserts sans qu'on sache pourquoi. Dieu voulait, dit-on , lui faire voir la terre promise à ses descendant. QjcUe terre, devait dire Abraham , et quel cadeau , mou Dieu.

A peine est-il arrivé dans ce pays de Sichem où Dieu Ta conduit, que la famine l'en chasse : le Seigneur a toujours quelque niche k faire à ses amis. Or, comme le Seigneur n'avait pas encore ii;iventé la manne, Abraham va en Egypte pour avoir

du pain , et il n y a guères que deux cents lieues de Sicliem à Meniphis; mais Abraham était encore ingambe, il n'avait que cent-quarante ans.

Il menait avec lui sa femme Sara, petite brune très-séduisante , et qui n'avait alors que soixante-cinq ans.

Le doigt du Seigneur se montre partout : Abraham résolut de tirer parti des charmes de sa femme. Feignez, lui dit-il, que vous êtes ma sœur, afin qu'on me fasse du bien à cause de vous. Parmi les nombreux enfans attribués à Abraham,iiestincontestable que le conseiller Bonneau descend de lui en ligne droite.

Le roi devint amoureux fou de la jeune Sara, et sa majesté, quoiqu'on en dise, en usa probablement selon son bon plaisir, car elle donna au frère beaucoup de brebis, de bœufs, d'ânesses, de chameaux, de servi-

(fi;)

tours et de servantes, et Sara est évidemment la patronne de toutes les femmes faciles, nées et a naître, qui ont eu et auront des maris coniplaisans.

Le Seigneur^ enchanté de ce qui s'était passé , voulut contracter avec Abraham une alliance toute particulière^ et en signe d'iceile, il lui ordonna de se couper le prépuce. Le Seigneur a des idées orisinales.

Sara , reconnaissante de ragpément que son mari lui avait procuré h la cour d%igypte^ lui glissa un jour sous sa couverture sa jolie servante Agar^ et riionmie de Dieu trouva que la variété a son petit mérite.

Bientôt Agar fut impertinente, selon Tusage des servantes honorées des caresses du maître, Sara la châtia

( 68 ) d'une vigoureuse manière, ce qui n'empêclia point Agar de donner le jour à Ismaèlj dont les deseeodans donnèrent bien du tintouin à FEslise.

Le Seigneur craignant que si Agar donnait un second fils à Abraham, il n j eût plus d'Egli.5e du tout, jugea h propos de lui en faire faire un du chef de Sara, et la petite espiègle n'avait guères que qualre-vingt-dixans, et son cher époux cent soixante, lorsque Dieu leur annonça la naissance d'Laac.

Sara et Abraham ne purent s'empêcher de rire de la promesse du Seigneur, quoique les commentateurs nous assurent qu'il n'y avait pas là le mot pour rire, parce que les années de ce temps-là étaient plus courtes que celles d'aujourd'hui j mais les commentateurs ne savent ce

qu'ils (Usent, car de quoi Sara et Abraham auraient-ils ri, si la promesse du Seigneur eiit été naturelle?

•ft

Abraham, qui s'était bien trouvé de ses premiers voyages, se remit en route avec sa petite Sara, toujours jeune et jolie, et grosse avec cela.

Il arriva dans le désert de Cadès, le moins habitable des déserts. 11 y avait pourtant un roi dans ce désert-là, et probablement un peuple dont la Genèse ne parle point.

Abraham ne manqua point de présenter sa femme à la cour : les rois de ce temps-là étaient accessibles, comme les procureurs de nos jours. Ce roi devint, comme de raison, amoureux de la petite Sara; il donna aussi à son frère des brebis et des bœufs. Beaucoup de maris ont de Jolies femmes, mais tous ne trou-

( 70 ) Yeiit pas des rois. Miilti sunt vocati ^ paiLci {'CTO electi.

Le Seigneur^ qui trouva très-mauvais plus tard , que les Juifs sacriliassent leurs enfans à Molocli , ordonna un jour à AÏDraliam de lui sacrifier son fils : c'était j dit-on , pour l'éprouver. Voici, ce me semble, comment Abraliam devait prendre la chose ; jl devait dire: Dieu condamne Tinl'anticide, il faut qu'il soit dans ses goguettes pour le commander aujourd'hui ; attendons Pas du tout ; Abraham , qui avait vécu dans deux cours brillantes , se conduisit en courtisan. Il se hâta de mener le petit Isaac sur la montagne , et le chargea même du bois du. bûcher, ce que le Seigneur ne lui avait pas prescrit; mais un courtisan habile va toujours au-delà des ordres du maître.

Le Seigneur, qui depuis encou-^

■ (7> ) ragea son peu[)le au meurtre, eut

cependant queUjue scrupule de laisser consommer celui-ci. 11 vit qu'Abraham notait qu'un sotj et il le laissa mourir quelque temps après.

J'ai vu a Anvers, il n'y a pas quarante ans, un tableau qui représentait le sacrifice d'Abraham. Le peintre avait armé le patriarche d'un fusil, avec lequel il tenait son fils en joue. Un ange, du haut du ciel^ pissait dans le bassinet, et faisait rater l'arme. Ce peintre-là méritait de peindre toute la Bible; il était aussi plaisant qu'elle.

Isaac avait sans doute appris de son père l'utilité des voyages. Quand il fut marié, il conduisit vite sa femme Rcbecca dans le désert de Gérar^ oîi il y avait un roi, comme il y en a dans tous les déserts. Sa maje.-'té devint amoureuse de madame

( 72) Isaac, comme d'autres majestés Fa- ■vaient été de madame Abraham, et Isaac ne manqua pas de dire, comme monsieur son père, que sa femme était sa sœur. 11 était moins honteux probablement de prostituer sa sœur que sa femme.

Au reste, les fautes de cet Abraham et d'Isaac ne sont que des misères.

Celles de David, l'ami par excellence du Seigneur, celui qu'il aima le plus ajDrès le doux Moyse , qui n'égorgea guères que quarante mille Israélites, les fautes de David, dis-je, sont un peu plus sérieuses.

Nous savons que le prophète Samuel, irrité de ce que Saiil refusait d'entrer dans ses vues, le déclara déchu de la couronne , par son droit divin qu'il transmit aux ];apes, et dont ils usèrent si amplement.

Avant celle é^ioque, le roi Saiil

( 7-" ) était tourmcntô de la maladie qui afflige quelquefois le roi régnant d'Angleterre ; et David ; qu'on ne connaît pas encore , guérit son prince en jouant de la harpe devant lui. Ce remède a perdu son efficacité , et c'est dommage : plus d'un harpiste embarrassé irait faire fortune à Londres.

Gomme Ton n'est recherché à la cour qu'autant qu'on y est utile , Saiil guéri fit assez peu de cas de son musicien ; et le petit David , très-irascible, rassemble, on ne dit pas comment, quatre cents voleurs, et le roi le laisse faire, et le grandprétre Abimélecli trouve cela bien , lui ceint l'épée de Goliath , et lui donne les pains consacrés. Rois y ch. XXI. V. i3.

David , selon le cœur de Dieu^ qui n'a pas de cœur , s'en va , avec ses

quatre ceuis bandits, voler le bonhomme Nabal, qui n'avait pas méprisé sa harpe , et qui ne lui avait pas donné son congé. Le bonhomme meurt, peut-être comme Urie mourut depuis , et David épouse tout de suite madame Nabal. Ch. xxv , u. 10 et 11.

Le grand roi Achis , propriétaire d'une petite partie du petit canton de Getli , avait rendu des services au petit David. Pour les reconnaître , David court chez lui en flibustier j et pille son bienfaiteur ; il tue tout j jusqu'aux enfans à la mamelle, de peur que ces enfans iti'allassent avertir le grand roi Achis, Comme ceîa estspirituelî Ch. xxvii , r. 8,9 , II.

David avait les plus grandes obligations à son ami Jonathas ; il le paya d'ingratitude, comme les autres,

(75) îl tlétrôna son frère, et fit massacrer ses enfans et ses neveux.

Un chef de bandits ne peut pas trop compter sur la subordination.

Les bandits de David veulent le lapider; il se lire d'affaire en liomme qui sait son métier: le Seigneur vient deluidire qu'il faut attaquer les Amalécites j et que ses voleurs s'enrichiront. Clinp. XXX.

L'oint du Seigneur , Saiil , avaiX conservé son trône , malgré Tanatliênie de Samuel , comme quelques prnices chrétiens ont gardé le leur , malgré Texcommunication , quand le pape n'était pas le plus fort ; mais le Seigneur, qui avait des vues sur le brigand David , permit que Saûl et son fils Jonathas se fissent tuer dans une bataille contre les Philistins. ïsboseth , son second Cis, lui

( 7''' ) succède ; mois David est assez fort pour lui faire la guerre : Isboseth est assassiné, et David veut être roi comme un autre. Il surprend la bourgade de Raba; et, pour se concilier Tesprit de ses nouveaux sujets, il les fait scier en deux , déchirer avec des herses de fer , et cuire dans des fours a briques : manière de guerroyer tout-à-fail selon Dieu , car c'est ainsi que guerroya toujours son peuple.

MoiSj 2, ch. XII.

Ces brigandages furent suivis de la faminc3 , car ni les tués , ni les tuans ne fertilisent la terre. Le saint roi David, qui n'avait pas besoin de chercher d'autre cause de la famine, demande pourtant à Dieu pourquoi il y a famine, et Dieu, qui ne fait jamais que des réponses saugrenues , lui dit que c'est parce que Saiil a tué -autrefois des Gabaonites.

( 77 ) David trouve très -juste de punir Saiil dans sa postérité , ne pouvant le punir lui-même , attendu qu'il est mort. Il donne aux Gabaonites sept petits - fils de Saiil à pendre , exécution militaire très - propre k assurer le trône à David , et qui fut très-agréable à Dieu , car la famine ne dura que trois ans. 2*= , Rois , chap, XXI.

Le saint roi David n^ayant plus à faire la guerre à ses ennemis, la fit , par espèce de passe-temps, aux maris de ses états. Il enleva Bethsubée au bonhomme Urie ou Uriali. L'époux bénévole ne se plaignait pas, semblable aux époux de tous les temps , enchantés de faire fortune par le •anal de leurs femmes ; mais David , qui détestait l'adultère , fit assassiner Urie , afin qu'il n'y eût plus que fornication.

( 7^ ) Le Se?gneur n'avait rien dit de îous ces petits péchës-là , parce que ie Seigneur aimait beaucoup David; mais David eut envie de savoir à combien de milliers dliommes il commandait, et le Seigneur n'entend pas qu'un berger compte son troupeau.

Le Seigneur se fâcha sérieusement > et le livre des Rois ne nous dit pa^ de quoi se fâcha le Seigneur; mais ie Seigneur se fâcha si complètement, qu'il ne laissa à l'homme selon son cœur, que le choix de la guerre , de la famine , ou de la peste. Les rois font la guerre par leurs généraux ; ils ne craignent pas le danger ; ils ne redoutent pas non plus la famine y parce qu'il est convenu que cent familles honnêtes mourront de iaim , avant que le roi ait un entremets de moins sur sa table : mais la peste peut les frapper comme le

( 79 ) dernier de leurs sujets, témoin saint Louis. Da\id choisit la peste , et c'est la seule action estimable qu'il fît de sa vie ; mais sa\ez-vous ce qui arriva ? Soixante-dix mille sujets de David ^ qui n'avaient pas fait seulement le dénombrement de leur basse-cour, moururent de la peste en trois jours:

le roi n'en fut point attaqué^et voilà comme le seigneur fait justice.

David mourut très - repentant , très - pénitent , mais aimant toujours les petites filles. Lors de son décès, il en avait une , nommée Abisag, qui lui réchauffait les pieds, ne pouvant faire mieux.

îl laissait un fils légitime, Adonias ; mais le Seigneur , qui n'a ni règle ni raison , lui préféra Salomon^ fds de l'adultère Bethsabée , et le

( So ) doua de l'esprit de sagesse , pour preuve de sa singulière afFection.

Salomon succéda h un roitelet qui avait succédé à Saiil , qui n'avait pas un ouvrier en fer, et qui entra en campagne contre les Philistins avec deux épées ; Salomon , sans qu'on saclie comment, se trouve, dit le Li^'re des Rois , maître d'un grand royaume , lequel s'étendait de TEuphrate h la mer Rouge et à la mer Métiterranée. C'est en effet un beau rojaume que ce ro^ aume- Ih ! Mais malheureusement l'auteur du Livre des Rois se blouse et se coupe comme tous les menteurs. Il parle d'un roi d'Egypte qui régnait en même temps; ce qui rétrécit de beaucoup le grand royaume; ce roi égyptien conquit une partie du pays de Chanaan , ce qui diminua d'autant l'empire de Salomon : l'auteur

dit qu'ail y avait alors un roi à Damas^ ce qui réduit le grand royaume à un domaine ordinaire; et que Fauteur en convienne ou non ^ il est constant que Tyr et Sydon étaient , à cette époque , des états très-florissans.

On ne peut ^ je Tavoue, convaincre le romancier de mensonge ^ lorsqu'il fait rénumération des richesses de Salomon. Il n'y a là ni fautes, de clironologie , ni de géographie à reprendre j et on n'a qu'un mot à lui répondre : Vous en avez menti.

En effet , David laisse , dit-il , à Salomon cent trois mille talens d'or, et un million treize mille talens d'argent. M. Ramon , instituteur , rue de Tournon , et ^grand calculateur, a trouvé que cette somme ferait environ cinq millards six cent quarante-huit millions de France , et il est douteux qu'il y ait^ même à pré-

sent, une pareille somme en espèces clans le monde entier.

Ajoutez à cela les pierreries , la Taisserie d'or et d'argent , et le re- "venu annuel , qui devaient être en ])roportion , et cela dans la Palestine, le pays de la terre le plus ingrat.... Kauteur eu a menti , il

a menti.

Et ce qui prouve qu'il ment , c'est qu'il nous conte ailleurs que Salomon envoie ses Hottes chercher de For au pays d'Ophyr. Hé ! qu'en Youlait-il faire ? Ce qui prouve qu'il ment , c'est que Salomon , loin de pouvoir équiper ses flottes, ne posîM3da Jamais que le malheureux petit port de Jappé , qui ne vaut pas celui de Gravelines. Ce qui prouve qu'il ment, c'est que Salomon fit demander à Hiram, roi de Tyr , des fendeurs de bois et des ouvriers, pour

couper et façonner les cèdres du Liban. Comment ? un potenta si riche n'a pas un cliarpentier, lorsque ses misérables ancêtres du désert avaient des statuaires , des fondeurs, des ciseleurs, pour leur faire un veau d'or ; des tisserands , des brodeurs , pour orner Tintérieur du tabernacle, de l'arclie d'alliance et leurs autres brimborions. Je le répète , TauteiiT en a menti; tout cela n'empêche pas* que Salomon n'ait reçu du Seigneur l'esprit de sagesse ; cette opinion est presque devenue un article de foi.

Voyons un peu ce que c'est que l'esprit de sagesse. '

En montant sur le trône , Salomon fait assassiner son frère Adonias , qui ne lui demandait que la main de cette pauvre petite Abisag, qui avait réchauffé le saint homme David dans sa vieillesse. L'esprit de

(84) sagesse n'*est donc pas l'esprit dlitimanité.

Sa cuisine ressemblait fort a celle de Gargantua. Cinquante bœufs et cent moutons pour son dîner et son souper: Tesprit de sagesse n'est donc pas l'esprit de sobriété.

Douze mdie écuries pour sa cavalerie 3 dans un pays si montagneux qu'on n'y peut monter que des ânes.

Il n'avait donc cette multitude de clievaux que par ostentation , et Je.

ne crois pas que l'ostentation soit encore Fesprit de la sagesse.

Il avait sept cents femmes et trois cents concubines. Voilà sans doute an millier de femmes bien heureuses; mais on ne me persuadera pas que l'incontinence soit l'esprit de sagesse.

Il bâtit des temples à la déesse des SydouienSi et aux idoles des Ammo-

(85) ni tes , et ridolâtrie ne saurait être l'esprit de sagesse.

Si l'esprit de sagesse n*'est pas rinhumanité , l'intempérance , Tostentation , Tincontinence , Tidolâtrie, nous le trouverons sans doute dans les écrits de SaiomoUj car il faut qu'il se manifeste quelque part , puisque Dieu le lui a donné. Voyons donc comment écrit le roi Salomon.

« Il y a trois -choses insatiables , » et une quatrième qui ne dit jamais » c'est assez. Le sépulcre, la vulve, » la terre, qui n'est jamais rassasiée » d'eau, et le feu, qui ne dit jamais )) c'est assez.

« 11 y a trois choses difficiles , et » j'ignore absolument la quatrième.

» La voie d'une aigle dans l'air , la » voie d'un sei'pent sur la pierre, la » voie d'un vaisseau sur la mer , e t

» la voie d'uQ Iiomme dans una » femme. Prov. >»

Que cela est bien pensé ! que cela est bien écrit ! que Geoffroy serait heureux si nous écrivions comme cela !

El le cantique des cantiques, c^est eela qu'il faut lire.

u Qu'elle me baise d'un baiser de « sa bouche, car vos tétons sont meil- « leurs que le vin.

» Mon bien -aimé est comme un » bouquet de Myrte , il demeurera » entre mes tétons.

» Tes lèvres sont comme un petit )) ruban d'écarlate y sans parler de ce » que tu nous caches.

)) Mon bien -aimé mit la main au « trou 5 et mon ventre tressadlit de >j ses attouchemens.

» Ton nombril est comme une

(8- ) >i coupe oU il y a toujours quelque » chose a boire.

» Ton ventre est comme un mon- » ceau de froment, entouré de lis.

» Tes deux tétons sont comme deux » faons de chevreuil.

» Ton cou est comme une tour » d'ivoire

» Ton nez est comme la tour du » mont Liban.

» Notre sœur est encore petite , » elle n'a point de tétons. Que ferons- » nous de notre petite sœur? Si c'est » un mur^ bâtissons dessus j si c'est » une porte , fermons- la. »

Où diable est donc cet esprit de .sagesse !

Ah ! voyons les prophètes. Ceuxlà étaient réellement inspirésde Dieu, car ils ont prédit clairement tout ce qui est arrivé à l'église naissante , militante , triomphante , pourvu toute-

fois qu'on veuille bien aider h la lettre.

Prenons au hasard. Ouvrons Ezécliiel.

C'était un drôle de corps que ce prophète Ezcchiel. Mais on peut être plaisant et inspiré de Dieu^ puisqu'il est convenu qu'Ezéchiel était inspiré.

Or le Seigneur, qui savait qu'Ezéchiel entendait la plaisanterie, lui ordonna de manger pendant trois cent quatre-vingt-dix jours du pain d'orge, de millet et de froment, couvert d'excrémens humains.

Pouah j s'écria le prophète , et il refusa net des confitures d'an genre si nouveau.

Le Seigneur s'amusait, il s'amusait!... Allons, allons, dit-il, la plaisanterie est trop forte. Je me borne

à de la fiente de bœuf, mais, corMeu ! vous en pétrirez avec votre pain !

Une autre fois , le Seigneur lui commande de dormir six mois sur le côté gauche, six mois sur le côté droit, et Ezcchiel, qui a son franc -parler avec le Seigneur , lui rend goguenarderie pour goguenarderie. Il lui déclare net, chajntre xx , qu'il a donné aux Juifs des préceptes qui ne sont pas bons.

Ce n'est pas sans doute dans ces apaceries nuilurlles nue paraît Tesprit sage et prophétique d'Ezéchiel; c'est lorsqu'il peint les abominations de Jérusalem , qu'il est prophète , poète, et même poète erotique.

Il dit, dans son chap, xx : « Lors- M que vousnaquîtes, onne vousavait » pas encore coupé le boyau du nom- » bril; on ne vous avait point salée, » vous étiez toute nue; j'eus pitié de

( 90 ) » Vous. Vous êtes devenue grande > » votre sein s'est formé, \otre poil a >) paru ; j'ai passé ; je vous ai vue, M j'ai connu que c'était le temps des » amans. J'ai couvert votre ignomi- « nie, je me suis étendu sur vous » avec mon manteau, a^ous avez été » à moi. Je vous ai lavée, parfumée , » bien habillée , bien chaussée. Je V vous ai donné une écharpe de co- )) ton, des bracelets , un collier , je » vous ai mis une pierrerie au nez.,. » A la bonne heure, cela marche, cela n'est pas incohérent comme les turpitudes de Salomon : il est certain que le Seigneur a dicté cela. Ezéchiel poursuit :

« Alors , a^'^ant confiance en voire j» beauté , vous avez forniqué avec a tous les passans... Vous avez élevé » unbor-.l, vous vous êtes prostituée » jusques dans les places publiques ;

(9' ) >» et vous avez ouvert vos jambes à » tous les passans... Enfin , vous avez » payé des amans , et vous leur avez » fait des pré ens afin qu'ils couchas- » sent avec vous » .

Oui, certes, Ezécliiel avait Fespri't de sagesse 3 et il était prophète, car c'est ainsi que finisserit de nos jours les filles entretenues.

Son poème d'Oliolla et de la petil>e Oliba est bien plus roide encore , c'est-à-dire pJus prophétique.

0 Oliolla a été folle des jeunes sei- » gneurs 5 magistrats, cavaliers. Elle i) a couché, dans sa jeunesse, avec » des Egyptiens... Oliba , sa sœur, a » bien plus forniqué encore avec des » officiers, des magistrats, des cava- » liers bien faits. Elle a découvert sa » turpitude, elle a multiplié ses for- » nications; elle a recherché avec

(92 ) » emportement les embrassemens de » ceux qui ont leur membre comme » un âne^ et qui répandent leur se- » mence comme des chevaux » .

A l'harmonie près , qu'Ezéclijel n'a pas, il écrit précisément dans le genre de la fameuse ode de Piron.

Mais comme nul n'est prophète en son pays , Piron ne fut pas de l'Académie.

Le Seigneur a toujours une prédilection marquée pour les femmes galantes , témoin , la prostituée de Jéricho , et Ruth , la bisaïeule de Christ , qui se glisse la nuit dans le lit de BooZj et même la femme adultère de l'évangile , a qui notre Sauveur pardonne si aisément ; tel père, tel fils.

Or le Seigneur dit à Osée , chapitre 1 . i^. 2 : Osée , prends une fille de joie 5 et fais-lui des fils et des filles

( 95 ) de joie. Comme l'Amérique n'était pas découverte , Osée prit sans balancer la première qui se présenta , il lui fit une fille puis un fils; et le Seigneur ^ enchanté de sa docilité, lui dit, chapitre ni. Osée, va-t-en prendre une femme qui soit nonseulement débauchée , mais adultère : Osée obéit encore , et il est certaio que voilà des prohéties trèsclaires. Je conviens que je ne lei entends pas; mais il n'a pas plu à Dieu de me donner de l'esprit desagesse,

A la vérité, il n'était permis de lire Ezécliiel et Osée qu'à l'âge de trente ans , et on a eu grand soin d'ôter CCS gaillardises là et bien d*au' très, de l'extrait de la Bible qu''on fait lire aux écoliers , aux petites filles, et aux bonnes femmes , qui ne se doutent pas que Dieu ait jus-

(94) tifiéj par son style, celui du Portier des Chartreujc.

Vous remarquerez que le Seigneur n'inspirait jamais que des hommes clioi is 5 les enfans de son cœur ; il les protégait ouvertement, et voilà pourquoi le propliète Jadon fut mangé par un lion ; voilà pourquoi Jonas passa trois jours dans le ventre d''une baleine; pourquoi Habacuc fut porté à Babylone par les cheveux ; pourquoi Michée reçut un vigoureux soufflet, et fut jeté dans un cul-de-basse-losse ; pourquoi Amos eut toutes les dents arrachées; pourquoi Baruch fut persécuté ^ Ezéchiel lapidé , Jéréniie et Isaïe sciés en deux.

U arrivait toujours quelque petite chose à ceux que le Seigneur protégeait ; ils faisaient des sottises quand on ne leur en faisait pas.

Bavicl assassine Urie. Isboselh et Miphiboselli , ses compétiteurs au trône, sont assassinés ; Absalon assassine Amnon ; Joab assassine Absalon; Salomon assassine Adonias; Baasa assassine N.^dab; Zam.bri assassine Ela; Aiwi assassine Zambri ; Acbab assassine Nabotb ; Jébu assassine Achab et Joram ; les Juifs assassinent Amasias 5 fils de Joas ; Sellum assassine Zacharias; Manabem assassine Sellum:

c'est une famille de boucliers, que cette race de princes juifs, et c'est d'eux que le Seigneur fait naître son fils. C'est qu'ils étaient probablement les plus honnêtes gens de la nation : jugez alors de ce qu'était le reste.

La Genèse , l'Exode , les Nombres, le Lévitique, les Rois, le Deutéronome,sont incontestablement de Moyse , mon confesseur me l'a assuré ,

(96) et mon confesseur avait appris cela de son régent, qui avait appris cela de sa nourrice.

Comme il n'est pas permis de douter de ce qu'assure un confesseur, je croyais Moïse l'auteur de ces livres j' et il est assez égal qu'ils soient de Moyse ou d'un autre ; il suffit qu'ds aient été dictés par le Seigneur , et on s'en apperçoit aux belles choses qu'ils renferment , et à la manière dont ils sont écrits.

Mon raisonneur , qui examine tout 5 me dit : Votre confesseur peut être un saint homme , mais voire confesseur est un sot : Moyse n'a rien écrit des livres qu'on lui attribue.

Dans le Deutéronome, Moyse nous apprend comment il est mort, et on n'écrit plus quand on est mort.

Il ordonne dans le Deutéronome

d'épouser la veuve de son frère : il le

défend dans le Lëvitique. Il n'est

donc pas l'auteur des deux ouvrages.

Le Pentateuque n'est pas non plus de Moyse, puisque ce livre parle de choses postérieures à sa mort. D'ailleurs ce Pentateuque ne fut connu que sous le règne de Josias. Le grandpretre Helcias en trouva , dit-il , un exemplaire unique au fond d'un vieux coffre , et le porta au roitelet. Je suis bien tenté de croire que le pontife Helcias a fait le Pentateuque, comme un autre avait fait le Deutéronome.

Moyse a-t-il pu penser à régler la

conduite des rois , que de son temps

les Juifs avaient en horreur , lui qui ne

dit pas le mot des juges ni des pon-

( 98 ) tlfes qui lui succédèrent immédiate-

ment ?

Dans un désert où les vieux habits étaient conservés par un miracle continuel, oùDieu faisaitpleuvoir la manne, parce que son peuple n'avoit pas de pain, où TVIoyse partageait la misera publiques dans ce désert, Moyse aurait écrit que des ouvriers fondirent et coulèrent un veau d'or dans une nuit; qtie d'autres bâtirent un tabernacle entouré de trente-quatre colonnes d'airain , surmontées de chapiteaux d'argent; que d'autres tissèrent, brodèrent des voiles de lin, de pourpre, d'hyacinthe. Hé 1 morbleu, que ne se faisaient-ils des souliers et des hal^.ts • Moyse n'a pas écrit cela, parce qu 11 ku

était impossible de tromper aussi impertinemmentses contemporains. D.tes l votre confesseur qu'il faut examiner

avant de croire , et réfléchir ayant de parler.

Examinons si au total Moyse a pu écrire. Les Hébreux , pendant leur longue captivité en Egypte , devaient avoir adopté la langue de leurs maîtres; Moyse , élevé à la cour , n'en pouvait pas connaître d'autre : or les Egyptiens neseservaientencorequed'hyérogliplies gravés sur le marbre et le bois. Où.

donc Moyse aurait-il appris h écrire ?

Et il est dit que ces livres furent gravés sur la pierre ; et par qui ? par des gens qui ne pouvaient se faire des souliers. Allons , allons , ces livres ont été fabriqués dans les temps modernes de la monarchie juive; et ce qui le prouve , c'est que ni Salomon, ni Jérémie, ni Isaïe , ni aucun prophète , pas même

le psalmiste , ne parlent des livres de Moyse.

Eze'chiel se trouve en contradiction aveclui^ et si Eze'chiel eût connu Moy se, eût-il ose' lui donner un démenti ? est-il aujourd'hui un prêtre qui osât attaquer l'Evangile ? Or , Moyse dit que Dieu punit l'iniquité des pères jusqu'à la quatrième génération , Nom. chap.

XXVIII- E/échiel dit, chap. xviii : Le fils "ne portera pas l'iniquité de son père , et on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfans en sont agacées. Tournure métaphorique tout-à-fait jolie.

Je me résume. Moyse n'a point écrit: ces livres sont donc apocryphes . ces livres sont la base de la religion juive : à bas l'édifice. Demandez à votre confesseur à quelles branches il se rac-

C loi ) crocliera , car Jésus déclare dans saint Mathieu , qu'il n'est pas venu pour abolir la loi de Moyse , mais pour l'accomplir j et lisait, puisqu'il est Dieu, que cette loi est établie sur de fausses pièces. Il est difficile de se tirer de là.

A propos de Jésus , je terminerai cette revue des livres juifs par quelques mots sur le Messie j j'entends le Messie des juifs.

Le savant rabin Orobio soutint , en 1687 y que la croyance à la venue du Messie n'est établie dans aucun livre des juifs y qu'il n'est pas [dit dans Y Ancien Testamenl , que le salut d'Israël dépend de la foi au Messie j qu'il n'est pas dit que la loi de Moyse ne fut que la figure d'une autre loij que par-tout au contraire il est dit que la loi de Moyse doit être éternelle, et

( loa ) le rabin a raison : mais ce qu'il ne dit pas , et ce que je trouve , moi c'est que ISlessie , Messîas , était simplement x\n titre d'honneur. Isaïe donne ce titre à Cyrus y chap. xlv^ V. I- Eze'chiel le donne é-'alcment au roi de Tyr. Rével xxviii, y. i4> et Isaïe et Ezëcliiel n'entendaient pas que Cyrus et le roi de Tyr fussent la moitié ou le tiers de D'reu, et qu'ils fussent Fiés d'une vierge ^ pour défaire ce que l'autre moitié on les deux autres tiers d'eux-mêmes avaient fait. Comme la .«signification des mots change !

Malgré ces légères observations , je conviens que la venue de Jésus-Christ a été annoncée par mille prophéties aussi claires que les passages d'Ezéchiel et d'Osée , que j'ai cités plus haut.

( io3 ) Je conviens que l'opinion de la venue du Messie s'est c'tal)lie insensiblement parmi les juifs , et je la trouve développe'e dans un de leurs livres. Je trouve dans ce même livre , que les juifs ont tout réglé pour le jour de son arrivée, jusqu'au repas qui lui sera offert, caries juifs aiment' la l)onne chère, surtout quand elle ne leur coûte rien ; et ici c'est l'Eternel qui fait les frais.

On mettra à la broche le taureau Béhémoth , qui est si gros , qu'il mange chaque jour le foin de mille montagnes. Dieu lui avait donné une femelle y mais Dieu , qui se ravise toujours , tua la femelle ^ par-ce qu'il sentit que sept à huit de ces animaux épuiseraient en huit jours tous les pâ-» lurages de la terre.

Pour second service, le poisson

Lévialhan , qui avale d'un trait un poisson propablement moins grand que lui , mais qui ne laisse pas d'avoir trois cents lieues de long. Dieu sentit encore qu'il avait mal fait de donner une femelle à ce monstre-^là.

Il la tua , et la sala pour le festin du Messie.

Et le vin ! oh , quel vin ! il

est vieux , celui-là. C'est le vin que fit Adam dans son Paradis , et que les anges ont encavé au centre de la terre.

« Alte-là ! s'écria mon confesseur , « c'est le Talmud que vous me citez j <( et vous savez bien que le Talmud t( est un livre apocryphe. — Je vous « ai prouvé que ceux de Moyse le M sont également. Vous croyez aux M uns, et vous refusez de croire à « l'autre. — Mais votre taureau Bé-

( io5 ) « lîémoth , et votre poisson Le'\natlian « sont des extravagances. — 11 n'y en « a pas moins , mon cher docteur , « dans ce cjui nous reste à examiner. »

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