CHAPITRE II
Nous avons marqué les pièces de l'habit d'Arlequin que nous avons reconnues , et il y en a beaucoup.
Nous avons trouvé lesCbaldéens sur un bras , les Egyptiens sur l'autre.
Les Phéniciens sur l'estomac ^ les Indiens sur l'omoplate , les Syriens sur l'os pubis , les Grecs sur une cuisse , les Romains sur une jambe.
Voyons maintenant quel usage on a fait de ces larcins innocens : jugeons l'ensemble de Fhabit.
Les livres juifs sont incontestablement la base de la religion chrétienne 5 à ce que tlit mon abbé , parce que les prophètes Juifs ont annoncé Jésus , parce que Jésus descend en ligne directe de David ^ l'homme selorx
( 29) le cœur de Dieu ^ malgré ses peccadilles; parce que Jésus naquit [juif , et se soumit aux cérémonies juives ,* et voilà pourquoi nous ne sommes plus juifs j voilà pourquoi nous brûlons les juifs. Voyons au reste ces livres fameux 5 et, comme Petit -Jean des Plaideurs , commençons par le commencement.
Les raisonneurs observent qu'il n'y a pas de succession dans Dieu; que ce qu'il a voulu dans un temps ^ il l'a voulu toujours ; que vouloir et faire tant pour lui la môme cLose ^ le monde est éternel comme lui; mais ces raisonneurs déraisonnent, parce que la Genèse prouve que Dieu a été des milliards de siècles dans l'inaction, et qu'enfin il s'avisa de la création , comme un marchand de la rue Saint-Denis propose inopinément une partie de Saint -Cloud ou de Boule-
l JO )
vartj système qui duanecleDicu nue idée bien plus précise que celle des raisonneurs j qui voient tout en grand et en masse, tandis que Mojse nous apprend que Dieu a tout vu en petit , qu'il a fait, qu'il a défait , et que , de son aveu, U n'a rien fait de bon.
-Les raisonneurs prétendent que si on voulait tourner Dieu en ridicule , on ne le peindrait pas autrement que Fa fait Fauteur de la Genèse; mais, encore une fois , les raisonneurs ont tort.
« C'est cependant ce que vous de- » vriez examiner , me dit un de ces » messieurs. Le sage discute avant D d2 prononcer. — Hélas! mon cher » monsieur , je ne suis pas un sage : » n'importe cxamuions. »
L'éducation du néant absolu est une invention assez moderne. Le texte hébreu dit barah , et un rabin de mes amis m'apprend j car je ne sais pas
riiébreuj que co mot signifie arran^ ger , disposer. Ce qui me fait croire que mon rabin pourrait bien avoir raison, c'est que dans la version latine, on a traduit barah par le motybrmavit , X\m veut bien dire arranger, disposer , et qui suppose la matière éternelle. Dans la traduction française , on a iràiimX. formav'it parle mot créa , ce qui ne veut pas du tout dire la même cliose. Ejc nihilo nildl , dit un vieil adage ; mais comme la toute-puissance de Dieu est démontrée, il peut avoir tout fait de rien..
La Sorbonne , qui aime beaucoup les détails , dans lesquels elle eût pu se dispenser d'entrer , nous donne de cette puissance Tidée la plus noble, en nous apprenant que Dieu peut faire q-i'un bâton n'ait pas deux bouts. Histoire de V Université, par Duboullaj). > Et moi aussi ,
w cîit le raisonneur , je peux faire » qu'un bâton n'ait pas deux bouts ; » je n'ai qu'à le plojer en cerceau.
» — Mais ce ne sera plus un bâton.
» — Mais laSorbonne ne dit pas que » le bâton qui n'aura qu'un bout , ou V qui n'en aura plus ^ continuera d'être » un bâton. »
Au reste , que Dieu ait créé ou arrangé la matière , voilà notre petit globe lancé dans l'espace. Je dis notre petit globe, parce que Mars^ Vénus, Jupiter, Saturne, le Soleil et les étoiles fixes ne furent faits qii'une autre fois. A la vérité , je n'entends pas trop comment ce petit globe se maintint à sa place sans les lois de l'attraction et de la gravitation ; miais il n'est pas nécessaire que j'entende cela.
Une autre fois , Dieu fit la lumière.
« 11 est bien étonnant , dit le rai-
1) sonneur , que Dieu , qui pouvait )) faire la lumière , soit resté des )• millions de siècles dans les ténè- « brcs. — Dieu n'avait rien à lire, » monsieur » .
Quatre jours après avoir fait la lumière , Dieu créa le soleil « Ah!
» je vous y prends , monsieur, il y » a ici contradiction, puisque la lu- « mi ère émane du soleil. — Pas du » tout , monsieur , il n'y a pas de » contradiction; M. Mercier ne vous » a-t-il pas dit que le soleil n'est pas » lumineux ? Qui osera lui contester » un système dont Dieu lui-même )) est Tauteur. » ?
Dieu fit riiomme à son image, c Ah !
» Dieu est donc corporel , car bien » certainement un esprit n'a pas de M formes , et nos corps ne sont pas » rimaoe d'un esprit. — L'argument n est fort 3 j'en conviens »
Dieu avait f\iit Fliomine malo et femelle. La version française ne parle pas de cela ; il y a bien d'autres choses fpiela version française ne dit pas. Dieuavait donc fait Hiomme mâle et femelle : or il n'en avait fait qu'un , et il était assez difficile à Adam de se faire des enfans à lui-même. « Qu'en » pensez-vous, médit le raisonneur ?
» — La chose ne me parait pas pos- » sible , à moins qu'Adam n'ait eu un » sexe dans une main , et le second » dans l'autre ».
Mais ce n'est pas dans la main qu'Adam avait ses deux sexes , et Dieu vit que son homme n'était pas bien. Il se ravisa , et trouva bon de lui donner une compagne. Il avait fait Adam de boue et de crachat , et il trouva convenable de lui escamoter une côte pendant son sommeil , saîis dolor , à la manière des den-
.( 35 ) listes italiens. De cette cote il fit une femme.
Dieu ota aussi à Atlam le sexe féminin , qu'il appliqua à la Lelle Eve , vous savez où , la Genèse ne dit pas tout cela, parce que cela va sans dire.
Voyez - vous Falmable viergre , la plus belle des femmes sans doute, parce qu'elle est la seule que Dieu daigna façonner de sa main ? la voj^ez - vous lever sur Adam son grand œil bleu ou noir, selon votre goût 5 le baisser subitement ^ rougir de ce vif incarnat qui ajoute à la beauté, et s'enfuir dans un bosquet, pour donner à Adam l'idée de courir après elle ?
Voyez - vous Adam , beau , musculeux , agile , embrasé part le regard d'Eve ? le voyez - vous yoler
sur ses pas ? Entendez - vous Dieu leur dire avec bénignité: Croissez et multipliez ?
n Ma foi j monsieur , dis - je au » raisonneur , je trouve le tableau » fort joli. C'est dommage, reprit-il, » nue Dieu, qui tient tant à la mul- » tiplication, ait imaginé depuis cer- )j taine maladie qui afflige cruellement » ceux qui veulent exécuter le pré- » cepte dans toute son étendue. Il » est vrai qu'eil indemnité , il nous » a donné du sucre ^ du café et du » mercure » .
Voilh donc Adam et Eve placés dans un paradis ou jardin , et multipliant du matin au soir , parce qu'ils trouvaient le passe-temps agréable. Du lieu de volupté sortait un fleuve qui arrosait le jardin , et de là se partageait en quatre fleuves ,• l'un s'appelle le PJdson , qui tourne
dans le pays crEvilalh , oîi croît
Tor Le second s'appelle GéboUj
et il entoure FEtlnopie. Le troisième est le Tigre. Le quatrième est VJEuphnite.
On no connaît plus, je crois , ni le Gébon ni le Phison , mais on sait que FEuplirate et le Tigre sont éloignés à leur source de plus de soixante lieues. Quel jardin que ce jardin-là !
Et le Seigneur mit l'homme dans le jardin de volupté, afin qu'il le cultivât. « Cela vous est bien aisé à dire , » Seigneur, ajouta le raisonneur : un » pareil jardin et une femme toute H neuve ! Ma foi , lui dis-je , je com- » mence h être de votre avis ».
Dieu , qui a toujours une arrièrepensée , et qui était bien aise que riiomme péchât, avait mis dans le
jardin l'arbre de la science du bien et du mal , et il défendit à Adam d'y toucher.
Adam aurait pu lui dire : Ali • Seigneur , laissez -moi connaître le mal, si vous voulez que je Févite; et puis , pourquoi mettre ici Farbre, s'il ne faut pas que j'y touche ?
« Que pensez-vous do dilcme, me » demanda le raisonneur ' — Ma foi , « mon cher ami , j'examinais les livres » juifs de bien bonne foi , sans ma- » lice 5 satisfait d'avoir découvert que » nous n'avons presque rien à nous, » nous autres clirétiens ; mais vous » me séduisez , vous m'entraînez , je » me fais raisonneur. Raisonnons donc » de concert » .
Adam s'était promis tout bonnement d'obéir ; mais le serpent y qui iFétait pas organisé comme les serpens d'aujourd'hui puisqu'il par-
( 39 5 lait , imagina de tenter notre belle maman; c'est probablement pour cela que Dieu lui avait donné la parole.
Je ne sais pas comment le serpent persuada Eve, ce qu'il lui dit, ce qu'd lui fit ; je présume qu il piqua sa curiosité : elle était femme.
L'amable enfant porta sa main timide sur le fruit défendu , elle le cueillit , elle le goûta , elle en présenta à son amant avec ce sourire auquel l^miour ne sait pas résister.
Adauî s'empoisonna avec elle.
Dieu, qui connaît parfaitement l'avenir, avait prévu tout cela , et il se fâclia comme s'il ne se fût douté de rien, ce qui n'est pas loyal.
Il dit à Adam qu'il mourrait, et Adam ne mourut point. Il lui dit qu'il cultiverait la terre à la sueur de son front 5 Dieu oublie qu'il lui
a dit la même chose du jardin. Il condamne toute sa postérité, et plus tard il fait dire à Ezéchiel qu'il ne punit pas dans les en fans les iniquités des pères , ce qui n'est pas conséquent.
La jolie, Tingénue Eve est condamnée, pour avoir été curieuse, à enfanter avec douleur. Pauvre petite !
Bien certainement Dieu la refît , car si elle était faite comme ses arrièrepetites-filles, il était difficile qu'elle enfantât aussi voluptueusement qu'elle avaitconçu. La Genèse ne dit rien de ce petit changement de conforma tion , qui méritait bien d'être cité.
Depuis la condamnation du premier homme, Tarbre de la science a disparu de la terre. Cest dommage , un peu de ce fruit-là nous eût épargné bien des travaux , et le fruit a disparu avecFarbre; mais Eve a laissé à ses
fîUes des pommes plus séduisantes peut-être , et qui nous damnent aussi sûrement.
Malgré leur disgrâce , Adam et Eve font des enfans, cela console. Ces enfans sons grands, et ils offrent des sacrifices au Dieu qui sciemment a fait failli leur père : ces en fans-là
ne «ont pas rancuneux.... Ali ! ils
n'étaient pas prêtres.
Dieu reçoit sans raisons les offrandes d'Abeî, et sans raisons il rejette celles de Caïn : voiià du caprice. Il savait, puisqu'il sait toutj que cette injustice exciterait l'animosité de Caïnj et en effet Caïn tue son frère. Croyez-vous que Dieu ne fut pas un peu l'assassin d'Abel?
Il le crut probablement, car il prit Caïn sous sa protection immédiate j il déclara que celui qui vengerait la mort d'Abel, serait puni sept fois
plus que Caïn, et ii donna un signe au meurtrier, afin qu'on le reconnût.
0;i a interdit des pures de famille bien moins extravagans.
Aussi saint Augustin , qui n'était pas sot, bien qu'il fût un des pères de l'Eglise , dit : de Genesl contiYi 711 anichœos , qu'on ne peut conserver les trois premiers chapitres de la Bible. Origène , Philos, p. i 2 , convient que si Ton» prend à la lettre riiistoire de la création, elle est absurde et contradictoire. Ne voilà-t-il pas que saint Augustin et Origène sont aussi des raisonneurs.
Le septième homme , après Adam, s'appelait Enoch, et il fut ravi au ciel , quoiqu'il ne valût pas mieux que ses conteuiporains, dont Dieu commençait à être très-mécontent.
La Genèse ne va pas plus loin ; mais
saint JucleSj qui aimait les contes blei.s, nous assure qu'avant son ascension, Enoch avait écrit un livre.
Les arts avaient fait plus de progrès en sept générations, qu'ils nVn firent en sept siècles après ]:\ clmîe de remj>ire romain. Quels îioinmes que ces premiers hommes !
TertuUien, qui ne veut pas être en reste avec saint Judes^ nous apprend, lib. ij de Cultu Fœminarum, que le livre d Enoch fut conservé dans Farchej et que Enoch, qui n'ctaitplus surla terre, en fi tune copie aj)rès le déluge. Quel malheur que ces doux exemplaires soient perdus î quelles Juniièresils nous donneraient sur l'enfance du monde !
Nous voilà arrivés à la grande catastrophe. Dieu, qui ne sait trop ce qu'il veut, se repent d'avoir créé Thomme, qu'il avait pourtant fait à
son image; il pouvait, par sa toutepaissance, changer les cœurs des humains ; il aime mieux les noyer : cela n'est pas très-palernel.
Il ouvrit les cataractes du ciel, qui n'a pas de cataractes, et il en fit tomber des torrens d'eau pendant quarante jours. Les bonnes femmes remarquent que lorsqu'il pleut le jour de la Saint-Mcdard, nous en avons pour six semaines; mais cela ne prouve pas que pendant les quarante jours de déluge il tomba sur la ten^e autre chose que les vapeurs condensées pas le soleil , à la hauteur de Falmosplière. Le volume de ces vapeurs a pu faire déborder la Seine et la Loire, mais n'a rien dû ajouter à l'Océan.
« Alte-là, messieurs les raison- >) n^iurs. Ignorez-vous que l'Océan î> déborda, et couvrit les plus hautes
(45) » montagnes? Si FOcéan s'est pro- » mené sur les Alpes, sur les pyré- « nées, sur les Conlellières, son lit » était donc à sec; les pauvres liu- » mains n'avaient qu'à le prendre » .
Moi, qui ai l'habitude de Faire des romans, je viens au secours du romancier juif, et je vous atteste que Dieu créa le volunie d'eau qui couvrit le globe, qu'il l'anéantit (piand il fut bien certain qr.e tous sesenfans étaient noyés, et je vous donne deux miracles pour un.
Ce n'est pas que je ne sache fort bien qu'il est impossible à un dieu raisonnable tle faire des miracles. Ce Dieu immuable ne peut iléranger l'ordre qu'il a établi, sans être en contradiction avec lui-niéme; mais ce dieu des Juifs est si drôle ! il faut bien lui passer ses lubies. Revenons.
Dieu jugea à propos d'excepter
huit personnes de la proscription générale, et le chef de cette famille, le bonhomme Noë , avait ses petits défauts , comme ceux que le Seigneur venait de proscrire : c'était un ivrogne , TEcriture le dit. Mais la chanson dit aussi que
Toujours ua buveur eut le cœur excellent.
C'est peut-être ce qui lui fit trouver grâce devant le Seigneur; le Seigneur ne hait pas le jus de la treille, et son fils faisait profession de Faimer : nous parlerons du miracle des noces de Cana.
Dieu, si vindicatif, qui manifesta si grandement sa puissance , traite ensuite avec Thomme d'égal à égai.
Je mettrai, dit-il, mon arc dans les nuées, et il sera un signe de mon pacte. Quel physicien que ce Dieulà! Y a-t-il un arc dans les nuées,
M7 ) lors même crue nous le vd^^ons?
jN'est-il pas Feffet des rayons du soleil sur ces mêmes nuages? Les couleurs sont-elles dans le prisme?
Et quelle plaisanterie , de nous donner le signe de la pluie comme un gage du beau temps !
A la vérilé, Dieu n'a plus nové personne: mais il n'est pas certain que la fantaisie ne le reprenne. Je ne me fie pas trop h Varc ni an pacte : le Seigneur est sujet à manquer de parole, et je le prouve.
Il dit à Abraham, Genèse , cha~ pitre XV : Je vous donnerai tout le pa} s depuis le fleuve d'Egypte jusqu'à TEuplirate. Pauvre Abraham!
jamais tes enfans n'ont vu les rives fertiles du Nil et de l'Euplirate, que pendant leur esclavage. Ils n'ont jamais eu en propre qu'un petit terrain
( -.8 ) pierreux, semé de montagnes stériles.
Le fameux fleuve du Jourdain est un ruisseau qu'on passe à pied sec Tété ; c^est peut-être en cette saison que Josué le passa. Adieu le miracle.
Je trouve aussi dans le livre des Juges , que le Seigneur promet deux fois la victoire aux Israélites qui attaquent les Benjamites, et il arriva, au contraire , qu'à la première affaire, les Israélites perdirent vingtdeux mille hommes, et dix-huit mille à la seconde. Si ce Dieu-là n'est pas méchant, il est impuissant; s'il n'est pas impuisant, il n'est pas lojal , il laut choisir,
A peine les hommes ont-ils échappé au déluge, qu'ils recommencent leurs fredaines. Les hahitans de Sodôme éludent le précepte croissez et multipliez j et le Seigneur jugea
( 49) à-propos debrùlor la ville. Il envoya deux anges chanter à Lotli.
Allez- vous-en , sainte famille, etc., etc., etc.
Les Sodomistes veulent violer les deux anges , qui étaient sans doute de très -beaux garçons. Loth leur offre poliment ses deux filles , dont les Sodomistes ne veulent pas , et le Seigneur se hâte, pour sauver la pudicité de ses anges, de mettre le feu à la ville, etLolhse hâte de faire son paquet , et il part avec son épouse et ses deux demoiselles.
11 est assez naturel qu'une femme se retourne pour voir une ville en feu j c'est un spectacle qu'on n'a pas tous les jours. Le Seigneur , qui ne veut pas qu'on se retourne, change madame Loth en statue de sel. De tous les miracles du Seigneur , celuici est le mieux constaté j des témoil. D
gnages respcclîibles raiieslciil. Fiavi en Joseph , ÀrJ'iq. llv. ), chap. 2, certifie qu'il a vu cette statue , et que c'était bien la même. Saint Justin et saint Ircnée parlent de ce prodige comme d'une chose existante de leur temps , et saint Irénce ajoute : La femme de Lot h resta dans le pajs de Sodome, non plus en chair corruptible, mais en statue de sel permanente , et montrant par ses parties naturelles les effets ordinaires. Dou^ tez après cela.
Le bonhomme Loth se consola de la métamorphose de sa femme en couchant avec ses deux filles; Jacob coucha avec les deux sœurs; Juda , plus déhonlé , ravit les faveurs de Thamar sa bru, sur une grande roule, et c'étaient de grands patriarches, des hommes selon Dieu , que ces patriarches-là.
Le fils du roi de SlcJieni se cou-
gliitine avec Dîna , fille de Jacob ;
et il ua à son père ^ et il lui dit :
Donnez - moi cette fille pour femme.
Le roi de Sichem , enchanté d'unir rhéiilicr du trône à la fille d'un berger, se hùlc de conclure le mariage.
11 comble de richesses mademoiselle Dîna et son pore , il reçoit messieurs ses frères dans sa ville, et pour leur prouver Je cas particulier qu'il fait d'eux, il se fait circoncire, lui , le jeune prince el tout son peuple. 11 est difficile de se mieux conduire.
Comment les fils du berger répondent-ils à ces caresses ? Ils attendent que la fièvre de suppuration s'établisse; Siméon et Lévi courent les rues , le poignard à la main; ils égorgent le roi , son fils leur beau-frère, et tous les habitans. 11 est assez incroyable que deux hommes égorgent
tous les habitans d'une ville; mais le fait est vrai , puisqu^il est dans la Genèse , el Lcvi et Siniéon étaient encore des hommes selon Dieu , puisqu'il en fît des chefs de tribus.
Cependant Dieu se fâcha contre son peuple , et je ne vois pas trop pourquoi 5 puisque les actions des patriarches ou des bergers étaient selon lui , et qu'il n'était pas aisé aux autres d'aller au-delà de l'inceste, de la trahison et du meurtre j mais enfin il se fâcha , et il en est bien le maître.
Désolé, tourmenté j outré de ne pouvoir rendre sa créature telle qu'il la désire, il endurcit le cœur de Pharaon, dit l'-E'.ro Je , et alors, ajoute un casuiste , Pharaon put pécher en sûreté de conscience.
Pharaon ayant donné dans le piège que lui avait tendu le Seigneur, réduisit les Israélites eu scr-
( 53) viliicle , et c'est, ce que voulait le Seigneur ; mais bientôt il voulut autre chose, et il punit d'iuie manière assez extraordinaire lepeuplede Pharaon, qui n'était pas cause que Dieu eût endurci le cœur du roi.
D'abord il changea toutes les eaux en sang ; ce qui fit, dit ingénuement VJEjcode, que toutle poisson mourut.
Ensuit il remplit l'Egypte de grenouilles : c'était sans doute pour remplacer le poisson ; et voilà pourquoi ilestpermis de manger des grenouilles en carême.
Après cela,, il envoya des insectes très - importuns ^ qui faisaient des plaies aux hommes. La race n'en est pas encore éteinte: Dieu nous a laissé le Geaffroj'.
Après cela vint la peste , qui tua
tous les animaux, lesquels n'avaieut
pas de torts envers les Israélites; et
puis des ulcères et des pustules aux lj,ommes, et puis la grcîc , et puis des sauterelles , et puis les ténèbres. Enfin l'ange exterminateur extermina j dans une nuit, tous les nouveaux-nés d'Egypte; mais comme l'auge pouvait prendre Pierre pour Paul , Dieu avait recommandé aux Israélites de marquer leur porleavec un peu de rouge.
Comme le peuple chéri ne pouvait convenablement s'enfuir de l'Egypte les mains vides j Dieu lui ordonne de voler les Egyptiens, Exode: et dans le Dccalogue , il leur défend le le vol. Bon Dieu! comment voulezvous que je vous serve , si vous ne savez comment vous voulez être servi ?
Pli araonpoursuitlesîsraéliles avec toute sa cavalerie , quoiqu'il ne restât plus d'animaux en Egypte; et Dieii ,
qui protège les voleurs , ouvre là mer rouge devant soq peuple , et la referme sur les Egyptiens , afin d'ea finir tout d'un coup. Que de miracles pour l'élablisscment d'une religion qui ne devait plus rien valoir un jour !
Mais ne voilà- t-il pas que le peuple chéri , dont Dieu croyait avoir gagné lesc.jcurs, par celte suite de miracles, adore bétemeut un veau d'or, que son souverain pontife , le propre frère de Moyse , avait jeté en moule dans une nuit.
Oh ! Dieu se mit tout de bon en colère , et il eut raison cette fois.
Moyse , pour arranger l'affuire , fit égorger vingt-trois mille juifs , et il n'en coût i pas un cheveu à sou frère, qui avai; f il l'idole j parce ffue Li personne ucs p^c'res est sacrée.
Dieus'appaisa. C'estquelqiic cliose que le sang de vingt-trois mille hommes: mais il avait dit qu'il liait les peuples idolâtres j et qu'on doit les exterminer. 11 est vrai qu'ailleui^s Mojse défend , de sa parf , de maudire les dieux des nations; et il est assez drôle que Moyse et son Dieu , qui se parlent tous les jours , ne s'accordent pas davantage.
Quoi qu'il en soit, Dieu bait les idolâtres , et un israélite s'avisa de coucher avec une madianite : autre coKre du Père éternel ; et pour l'appaiser, on massacre vingt-quatre mille hommes qui n'avaient couché avec personne , et le seigneur trouve cela fort bon.
Le Seigneur veut qu'on parle correctement sa langue , et il avait de l'humeur de ce qu'un grand nombre d'entre les Juis prononçaient scibo-
(5?) let, au Heu de Schibolct. Ou en tua vingt-quatre mille, pour apprendre aux autres à parler hébreu. C'est faire la justice à la manière du roi de Maroc.
A ces petites fantaisies près, le Seigneur aimait vraicment sou peuple; et lorsqu'il était de bonne humeur , il faisait, en sa faveur, des miracles, mais des miracles!
Il permet que Josué arrête le soleil , qui est fixe ; et cela , pour exterminer une peuplade qui ne lui avait pas fait de mal, mais qui était idolâtre; et je vous ai dit que Dieu déteste l'idolâtrie.
Un autre fois , c'est la lune que Josué -arrêta sur Aïlon , pour avoir le temps d'achever une malheureuse troupe d'Amorrhèens , déjà écrasée par une pluie de pierres; car vous
saurez que, semblable aux Dieux JTIomèrej le Dieu des Juifs combat pour son peuple, en personne.
Il est constant qu'il y a là miracle, car nous savons que la lune marche; il est constant que la terre, s^arrêta aussi, sans quoi on eût vu la lumière du soleil, qui eût rendu celle de la lune inutile. Voilà deux miracles pour un. Le Seigneur gagne eh prodiges ce qu'il perd en connaissances astronomisques. Il est assez singulier que le Seigneur ne connaisse rien de la marche des globes qu'il fait marcher.
Après cela, le Seigneur fait tomber les murs de Jéricho au son des trompettes; après cela, ïl fait fuir les Madianites au bruit des pots cassés ; après cela , il se repose un peuj car le Seigneur a besoin de repos comme nous^ qui sommes faits
( 59) h son image; et nous ne no'js reposons le dimancbe, que parce qu'il se reposa après avoir travaillé six jours à la création, dont il fut toujours si mécontent. Sans doute il n'avait pu faire mieux.
Dieu, en se reposant, ne perdait pas de vue son bon peuple; il inspirait, quand il n'agissait pas. Sisara , général d'un roi chananéen , fuyait et chercliait un asile. Une femme se présente a lui ; c'était Jahel , ([ue le Seigneur poussait. Elle lui offre une retraite et du lait, au lieji d'eau que demandait le général. Le maî- Iieureux fuyard croit avoir trouvé, dans Jaliel, cette compassion si naturelle aux femmes; il se livre à la sécurité, il s'endort; et pan, l'aimable Jabel lui enfonce un grand clou dans la tête, et le Seigneur trouve le tour plaisant.
(6o) Un autre "éiiéral assiésait Béthulie, et serrait la ville de près. Une très-Jolie yeiive, Judith, se pare de ses plus beaux ornemens ; elle sort de la ville, elle s'avance, elle passe les postes avancés, elle traverse l'année ennemie sans que personne la regarde, l'interroge, la conduise ; elle arrive à la tente du général. Holopherne est enchanté, comme de raison , des charmes de la belle veuve ; il lui propose tout bonnement de coucher avec lui. La belle veuve accepte de même. Le général s'en donne en soldat affamé :
fait à rimage de Dieu^ il a besoin de se reposer comme lui; il s'endort : crac j la belle veuve lui coupe la tête ; et, comme il n'y a plus d'armée quand le général est mort, la ville est délivrée.
Vous croyez peut-être que le peu-
(6' ) pie chéri se souvient des petites corrections paternelles que le Seigneur lui avait administrées pour avoir oublié les miracles d'Egypte , et avoir sacrifié au veau d'or ; vous croyez que ces derniers miracles , et deux généraux tués par des femmes honnêtes, que Dieu conduisait évidemment , attachent de plus près les Juifs à la loi de Moj^se? Pas du tout; ces drôles -là adorent, pendant quarante ans, le Dieu Moloch et le Dieu Rempha , ainsi que nous l'apprend Jérémie ch, VII v. 22. Amos ^ ch, V 3 V. 26.
Ils ne sen tinrent pas là. Ils immolèrent des enfans à ce dieulMoloch.
C'est dans un trou, nommé Topheth, près de Jérusalem , que se faisaient ces sacrifices. On faisait rougir , à un grand feu , une vilaine statue de cuivre, dans laquelle on jetait ces
pauvres petits. Les Juifs modernes nient cela; mais je tiens mon Jérémie, chap. Vil ^ et je transcris le passage ,
jEdificas>erimt excelsa TopJieth, quœ est in valle Jilioruni Hennon , ut incenderent Jilios et Jîlias suas igni. Ils ont édifié des hauteurs dans Toplieth, qui est dans la vallée des enfans d'Hennon, pour y briàler leurs fds et leurs filles par le feu.
Le Seigneur, qui avait essayé d^un déluge, des proscriptions, des malédictions pour ramener ces coquins-là, le Seigneur était à bout. Il permit que le peuple chéri, avec qui il avait fait un pacte, à qui il avait solennellement promis les dépouilles des nations, fut réduit sept fois ens ervitude dans sa mauvaise terre promise. Il permit que deux tribus fussent, pendant soixante-dix ans.
esclaves des Babyloniens ; il permit que Salmanazar enlevât les dix autres tribus , et les fit disparaître de la face de Tunivers ; il permit qu''après le sac de Jérusalem , les Romains les vendissent au marcbé , comme des bêtes de somme ; il permet que ce qui en reste soit dispersé par toute la terre. A la vérité,, les Juifs se consolent en nous escroquant tant qu'ils peuvent, et en attendant le sceptre du monde et leur. Messie.
Va-t-en voir s'ils viennent , Jean.