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Une secte qui vnit ensuite, et qui jouit d'une grande réputation , est celle des Gnostiques. Saint Clément d'Alexandrie, dit, liv. I , n.° 7 de ses
( i59 ) Slromates : Heureux ceux qui sont enire's dans la sainteté gnostique!
Saint Epipliane^ clans son livre con^ tre les Hérésies j tome II, liv. i , peint ces Gnostiques sous des couleurs toutà-fait diflerentes.
Les chrétiens et les chrétiennes de cette secte se baisaient, dit-il, à la bouche en faisant Yagape.
Or, vous saurez quagape veut dire repos d'amour.
C'est de toutes les coutumes de la primitive Eglise, celle qui s'est le plus religieusement conservée.
Il y a tous les soirs à Paris deux ou iroismille jeunes gens qui i^onlYagape avec leurs sœurs en Christ.
Quoique ces jeunes gens soient aussi innocens que les Gnostiques, que saint Clément trouvait si saints, les rigoristes s'élèvent contr'eux, comme saint Epiphane, Pétrone et d'autres, s'élevèrent
( i6o ) contre le doux baiser de Yagape. On ne sait comment faire pour être agréable à tout le monde.
Comme l'esprit de parti ne s'arrête jamais, qu'il ne soupçonne pas même qu'il puisse se fixer des bornes , saint Epiphane accuse les Gnostiques de se chatouiller les uns les autres , hommes et femmes, de se donner ensuite des baisers impudiques j il ajoute que le mari présentait à sa femme un jeune initie', et qu'il lui disait : Fais Vagape avec mon frère.
Et à propos de cela , saint Epiphane entre dans des détails auprès desquels les poésies d'Ezéchiel et le cantique des cantiques ne sont que des bagatelles.
Je ne les traduirai pas ; mais vous les lirez dans l'original, si Justine ne vous a pas révolté.
Il faut pourtant opter entre le lémoi-
( i6i ) gnage de saint Clément et celui de saint Epipliane.
Je crois que saint Epiphane est un menteur, et ce n'est pas le seul saint qui ait menti.
C'est un menteur, parce qu'il est impossible qu'il existe une secte dont le principe le plus sacré soit l'impudicité : par-tout on aime le plaisir; nulle part on ne prostitue publiquement sa fille, sa femme, sa maîtresse.
Il se serait trouvé quelque papa , quelque mari, quelqu'amant , à qui ces étranges libertés auraient déplu, et qui eussent dénoncé les Gnostiques au gouvernement, lequel en eût fait justice.
Ainsi les Templiers furent accusés d'un autre genre de dissolution, qui ne fut pas plus prouvé que celle des Gnostiques.
( i6î ) Ils étaient riches, ils avaient des ennemis; ils e'taient faibles, on les brûla.
Ainsi on battit monnaie à la place de la Révolution j sans imputer d'auire crime a ceux qu'on massacrait, que de n'être pas de l'opinion dominante.
On n'a pas même besoin de prétexte, quand on est le plus fort. Le supplice des Templiers fut sanctionne' par un pape; celui des derniers le fut par le silence d'un peuple hébété'.
Je ne finirais pas, si je rapportais les infamies que se reprochaient les différentes sectes chrétiennes , qui toutes se disaient orthodoxes : je ne fai.s pas un supplément au Portier des Chartreux.
Les sectateurs de toute religion naissante se cachent jusqu'à ce qu'ils soient assez nombreux pour en imposer et éirc tolérés. <
Les disciples d'un Pierre, d'un Jean^ d'un Jacques ne pouvaient être que des goujats delà lie du peuple, de ces gens que le ridicule écrase, ou que la force disperse : ils avaient un double inte'ret il se cacher 5 aussi, selon Minutius Félix, ils célébraient leurs mystères la nuit, dans des caves, dans des maisons retirées.
On les laissait tranquilles, malgré les persécutions fabuleuses dont on ù\'\l tant de bruit aujourd'hui , et leur manie de fuir la lumière les fit nommer Lucif agaces ; faible vengeance des partisans de la religiou de l'empire dont ils méditaient la ruine.
Point de hiérarchie parmi eux. Saint Paul nous apprend , dans sa première E pitre aux Corinthiens j que les frères circoncis on incirconcis étant assemblés, quand plusieurs prophètes voulaient parler, il fallait qu'il n'y en eût que
deux ou trois qui parlassent. Voilà la justification des Quakers, qui n'ont pas de prêtres, et qui ne s'en trouvent pas plus mal.
Jésus avait dit avant saint Paul : Il n'y aura, parmi vous, ni premier ni dernier.
Voilà pourquoi il y a un pape souverain, des prêtres allemands électeurs, des abbcs ayant haute, basse et moyenne justice.
Ces premiers chrétiens, si pauvres, avaient en horreur le luxe des temple^ païens , parce qu'ils ne pouvaient l'imiter, et parce qu'ils détestèrent toujours tout ce qui ^n'est pas eux : n'est-il pas vrai , l'abbé ?
Origène dit, n.» 347, 4"^ ^^^ chrétiens des deux premiers siècles avaient la plus forte aversion pour les temples, les autels, les simulacres, non qu'ils ne
( i65 ) pussent en bâtir, mais par l'effet de cette aversion.
Minutius Fe'lix dit aux Romains, deux cents ei quelques années après la mort de Je'sus- Christ : Vous pensez que nous cachons ce que nous adorons?
parce que nous n'avons ni temples, ni autels; mais quel simulacre ërigeronsnous à Dieu, puisque l'homme est luimême le simulacre de Dieu? Quel temple lui bâtirons-nous, quand le monde, qui est son ovvrage, ne peut
le contenir? Ne vaut-il pas mieux
lui consacrer un temple dans notre esprit et dans notre cœur?
Très - certainement, ce Minutius Félix avait de Dieu des idées grandes , sublimes, aussi n'en a-t-on pas fait un saint. Il faut, pour être canonisé, avoir été un idiot, ou avoir rendu des services éclatans à l'Eglise, c'est-à-dire, à ses ministres.
Vers le commcement du r^2fne de Dioclëtien, les chre'tiens, plus riches . ne crièrent plus contre les temples avec le même acharnament; ils commencèrent à en Làtir :les nouveaux enrichis ne haïssent pas la représentation.
Ils n'en perse've'rèrent pas moins dans . leur haine contre les cierges, Fencîens, l'eaulustrale, les ornemens pontificaux, et tout ce qui tenait au paganisme .
mais comme les prêtres savent qu'on prend les bonnes gens par les yeux , ils adoptèrent ces usages sons Constantin.
Il y a encore loin de là à la messe. Ce qui est aujourd'hui la sainte messe, qu'on célèbre le matin à jeun, était, lors de la primitive Eglise , la cène qu'on fesait le soirj et une bourgeoise de la rue Quincampoix , qui va dévotement assister à la consécration du pain et du vin, qu'on ne consacrait pas autrefois , ne doute point que la
messe n'ait été' instituée par JésUs- Clirist. Je voudrais qu'on me citât une cérémonie, un sacrement qui eût été seulement connu des apôtres.
On me dira que Jean baptisait , je le sais bienj mais je demanderai ce que c'était que ce baptême , et à quoi il servait? Etait-il utile à des hommes qui n'attendaient que des récompenses temporelles? Et que l'on croie fermement que Dieu punit la désobéissance du premier homme jusqu'à la quatrième génération, ou que l'on admette, d'après Ezéchiel , qu'il ne le punit pas du tout, il est constant que le péché originel, celte tache que nous apportons en naissant, et dont notis lave l'eau salée du baptême, n'est annoncé ni dans les livres juifs, ni ddns les prophètes, ni dans les Evangiles, même dans ceux rejetés comme apocriphes, ni dans les premiers pères de l'Eglise.
(i68 ) Saint Augustiu est le premier qui accrédita cette absurdité, et ses confrères le laissèrent dire. Ils trouvèrent bon de s'emparer de l'homme au moment de sa naissance, de le dominer pendant sa vie, et de le faire payer jusqu'après sa mort. Il est donc clair que le baptême de Jean ne pouvait être un sacrement : ni Jésus, ni les Apôtres ne connaissaient même le mot de sacremeiit. Peut-être était-ce un usage de propreté consacré, comme les ablutions des Mahométans.