‹ Le citateur (volume 3)Chapitre 3 sur 7 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LoKSQUE les prêtres chrétiens se furent bien agités , bien débattus, bien gourmandes pour arranger leurs sacremens du mieux qu'il leur fut possible , et cependant assez mal , les gens raisonnables espéraient qu'ils se tiendraient tranquilles , et qu'on pourrait Tétre enfin , en paraissant en tout de leur avis : le sage , comme le grand bomme , sait sacrifier à la paix. Pas du tout ; ils abandonnèrent des clii mères pour en adopter d'autres.

Ils reconnaissent une Providence qui régit tout , et ils blasphèment cette Providence en admettant qu'elle accorde la grâce à quelques êtres

(87 ) privilégiés , et qu'elle la refuse a la presque totalité des liuniaiiis. Mais pourquoi Dieu refuse -t -il sa gruce aux MUS y et Taccorde-t-il aux autres?

que ne la donne -t- il à tous , ce serait bien plus équitable. « J'en.

» conviens , répond saint Thomas ; » mais comment Justifier certaines » choses, certaines actions faites par » certaines gens, si la grâce ne leur i> est pas refusée ? Et ce fameux pas- " sage de TEvangile , miiltl sunt » uocatl , panel i^ero electl , peut- » on le supprimer ? — Ah ! c'est to pour justifier un passage que vous n 'avez imagina la grâce ? -— Sans » doute j monsieur. Nous ne nous » sommes jamais entendus là-dessus; » mais nous avons la grâce, etbeauj) coup d'espèces de grâce , avec des » divisions et des subdivisions : no«« » 9vcj3â la igvâeeintéfieiirelf'la grûoc

» médicinalej la grâce extérieure , la » grâce de santé, la grâce coopérante , » la grâce suffisante, la grâce con- » grue, la grâce prévenante, et quel- » ques grâces encore sur lesquelles » Soto , Tourneli, Molina ont écrit, » et très-longuement. Lisez saint Tlio- « mas et Cajétan, qui sont aussi clairs » que les autres » . Voltaire , qui a bien plus d'esprit que moi, mais qui aime comme moi la plaisanterie, définit les effets de la grâce par une comparaison diabolique.

Le roi de Maroc , Mulei-Ismaèl , eut dit-il cinq cents enfans ; il leur donna à dîner à tous, et il leur parla ainsi à la fin du repas :

Je suis Mulei-Ismaël , qui vous ai engendrés pour ma gloire, car je suis fort glorieux : je vous aime tous tendrement ; j'ai soin de Vous , comme une poule couve ses poussins. J'ai

( 89) décrété qii\in de mes cadets aurait le royaume de Tafilet, qu'un autre posséderait à jamais Maroc ; et pour mes autres chers enfans, au nombre de quatre cent quatre-vingt-dix-huit, j'ordonne qu'on en roue la moitié, et qu'on bride l'autre; car je suis le seigneur Mulei-Ismaèl.

Pendant qu'on disputait sur la grâce, il y avait grand bruit au sujet des images. Ces chrétiens, qui trouvaient d'abord que le coeur était le seul temple digne de Dieu, parce qu'ils étaient pauvres, avaient l>âti Sainte-Sophie de Constantinople aussitôt qu'ils l'avaient pu, et ils trouvèrent très-bon d'avoir de beaux tableaux et de belles statues, dès qu'ils purent les payer. Les uns prétendaient que le culte des images était idolâtrie, les autres soutenaient que non; et en dépit du parti de

ropposition, les églises farent décorées de Fimage de Dieu le père, portant belle barhe grise ; de celle de son cher fils pendu à un gibet; et comme on ne savait comment peindre le Saint-Esprit, on en fit un pigeon.

L'empereur Léon, qui n'aimait ni les pigeons, ni les gibets, ni les barbes grises, les supprima de son autorité privée; mais eu 787, Irène, veuve de Léon , imnératt'xce très-cbrétienne j mil fit crever les jeux h son fils, nhablit les images, qui depuis sa sont mainlenues; et c'est h elle que nous devons nos petites vierges, nos petits boî-is dieux et nos agnus dei : très-jolies bagatelles. Hist. des Conciles.

Pendant qu'on disputait sur tout cela, on disputait encore sur le carême. Jésus avait dit à ses apôtres :

(9' ) Prenez ce qu'on vous donnera. Saint Talc, chapitre lo, a». 8. Saint Paul avait écrit aux Corinthiens, chap. 8 .* Ce qu'on mange n'est pas ce qui rend agréable à Dieu; si nous mangeons, nous n'aurons rien de plus devant lui , ni rien de moins si nous ne mangeons pas. Il était difficile do trouver dans ces deux passages l'institution du carême , et bien des gens n'en voulaient pas. On leur répondait que le carême avait été visiblement institué par Jésus-Clirit, qui ieûna quarante jours dans le désert.

Ils répliquaient que ce }eune ne coûtait rien à Jésus, qui avait deux natures J que c'était sûrement la nature divine qui faisait carûme, parce qu'il n'est pas de nature humaine qui résiste à un jeûne absolu de six semaines. Malgré les opposans, le carême passa : on mit les mutins à la

(90 raison en les brûlant; et quand il n'y eut plus de mutins, on permit à tout le monde de faire gras, avec la permission d'un curé, qu'on obtenait sur un certiiicat de médecin, et dont on se passe fort bien aujourd'hui.

Pendant qu'on attachait à Fhabit d'Arlequin de nouvelles pièces grossièrement cousues, de graves docteurs méditaient profondément sur le plus ou le moins d'énoruiité des péchés, sur les pénitences plus ou moins graves qui peuvent les expier. Ils firent de leurs méditations un métier ignoré jusqu'alors j et depuis, ces messieurs sont connus sous la dénomination de casuistes. Personne n'a montré une expérience aussi consommée en ce genre que le révérend père Sanchez; il avait essayé de tout. Il demande : UtrUm

(93) liceat extra i>as natuvale semen emittere ? — De altéra fœminâ cositare in coita cum sua uocore ?

— Seminare consulta, separathn?

— CongrecVi cum uxore, sine spe seminandi ? Inpotentlœ , tactibus et illecehris opitulari ? — Se rett^ahere quando mulier seminavit ? — Virgain alibi intromittere , dîiin in vase débita semen effiindat? Il discuté :

TJtrîim virga Maria semen emiserit in capulatione cum Spiritu Sancta ?

Il y a dans le révérend P. Sanchez beaucoup d'autres gentillesses du même genre, et je suis bien facile de ne pouvoir traduire celle-ci en français.

Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'on nous dit , sans rire , que le christianisme, que vous avez vu former pièce à pièce , est scellé du sanj^ des martyrs morts, selon les livres chré'-

tiens, avant la tenue du premier concile de Nicée; et "vous savez ce qu'on a foit depuis ce temps-là : apparemment que le sang des martyrs a tout scellé j par un effet rétroactif.

Voyons un peu ce que c'est que ces martyrs.

Saint Polieucte s''avise d'entrer dans un temple au moment des sacHfîces ; il renverse tout, il bat le pontife : on le punit, on fît bien.

Un cbrétien déchire et foule aux pieds publiquement un édit de Tempereur Diocîé.tien : on le punit, et ses frères en font un saint. Qu'il soit saint là-baut, à la bonne heure, puisque tout s'y fait de travers; mais ici-bas, quand on trouble Tordre public, on doit être puni.

Nous lisons dans l'Histoire Ecclésiastique, que Novatien disputait à Corneille le siège épiscopal de Rome ,

( 95 ) que Novat disputait à Cyprien celui de Cartilage : les partisans de ces quatre dignes prêtres assassinaient leurs adversaires à la plus grande gloire de Dieu. L^empereur Décius, qui n'aimait pas les assassins, fit punir tous ceux dont on put se saisir; et les scliismatiques des quatre côtés crièrent à la persécution, et leurs enfans crièrent à la persécution, et nos cliers abbés crient encore à la persécution, et les bonnes femmes, leur écbo , crient encore que Décius, dont elles n'ont pas lu Tbistoire, fut un monstre.

Je sais bien qu'on trouve dans la Légende dorée, des martyrs d'un genre étonnant; on y fait jouer un grand rôle à l'empereur Adrien, lequel, selon riiistoire , gouvernait, tant bien que mal, l'univers connu, et se délassait de ses travaux au

(9^) milieu d'une cour empressée à lui plaire. Savez-vous à quoi il s'amuse, dans la Légende dorée? il fait fendre un chrétien depuis le front jusqu'au- bas du ventre; il fait ouvrir le frère de celui-là depuis les épaules jusqu'aux hanches; il fait rompre vif le troisième frère de ces deux-là; il fait percer le quatrième frère à Festomac; il fait percer le cœur à un cinquième, égorger le sixième, et fourrer dans la poitrine du septième un paquet d'aiguilles; enfin, il fait noyer sainte Simphorose, leur maman.

L'auteur de la Légende, dom Ruinart, bénédictin, ne savait seulement pas qu'aucun de ces supplices n'était en usage chez les Romains: dom Ruinart méritait d'être capucin.

Vous trouverez auss dans la Lé-

(07 ) geiide qu'Antonin le pieux fit mourir sainte Félicité et ses sept enftiiis ; car les grandes saintes ont toujours sept enfans.

Vous y trouverez sept vierges d'Ancyre, dont la plus jeune a soisanteneuf ans, condamnées à être violées par les jeunes gens de la ville; et les jeunes gens de la ville reculant, comme de raison, il reste démontré que Dieu prend soin delà pudicité de ses vierges.

Vous y trouverez sainte Perpétue s'ébattant toute nue contre un coquin

qui voulait vous savez bien; et

sainte Perpétue, devenue tout-à-coup bomme , et bomme vigoureux^ rosse son adversaire. "

Vous y trouverez saint Simpliorien déclaré coupable de lèse-iu:*jesté divine et humaine ^ quoique ji. E

(98) ]es Romains ne connussent pas cette formule -là.

Voue y trouverez un petit bonhomme nommé saint Romain ^ à qui Ton coupe la langue , et qui jase comme un merle après Topération.

Vous y trouverez mille et une aventures plus impertinentes les unes que les autres.

« Mais 5 monsieur, le livre que vous » citez n'est pas canonique. — Je le » sais bien, labbé : il n'en est pas » moins vrai que c'est dans cette rap- )) sodie-là que la canaille étudie Tliis- )i toi re des martyrs».

J'oppose h la liste aussi prodigieuse que fausse de vos martyrs, un témoignage irrécusable : c'est ce passage d'Origène , contemporain , et chrétien aussi follement zélé qu'un autre ; voici ce qu'il dit, liv. 3 de son ombrage

( 99) contre Celce : Il y a eu très-peu de martyrs, et encore de loin en loin; cependant les chrétiens ne négligent rien pourfaire embrasser leurreligion h tout le monde : il courent dans les bourgs, dansles villes, dansles villages.

« Biais toutes ces fables absurdes, » fussent-elles vraies , qu'en résulte- » rait-il? — La mort des martyrs » prouve la vérité de la religion, » car on ne meurt pas pour Terreur.

)> . — Vous n'y êtes pas, Tabbé! on » meurt pour son parti, et non pour D la vérité; on meurt parce quil y » a des imbécilles opiniâtres d'un » côté, et des barbares de l'autre. Re- » gardez-vous comme des martyrs n les Réformés que vous avez cliari' » tablement grillés à petit feu? re- » gardez-vous comme des martyrs » les Osmanlis, qui se sont fait tuer » pour conquérir au prophète une

( ïoo ) )j partie de FAsie et de TAfrique, et » pensez-vous que ces gens-là crus- » sent mourir pour Terreur ? Les Ré- )) formés et les Turcs ont trouvé bon » d'en faire des saints^ comme vous » avez béatifié les vôtres. Mon cher >' ami, pas de religion qui n'ait ses > martyrs et ses miracles; pas de * sectateur qui ne défende sa secte » au nom de son dieu; et cela prouve >j seulement que par-tout on trouve » des moyens de persuader la ca- )) naille et de la faire aboyer , quand r> les chefs temporels sont canaille » eux-mêmes.

» Vous vous déchaînez contre » quelques empereurs qui ont véri- « tablement châtié quelques fidèles )) insolens, perturbateurs et meur- » triers, et saint Jean Chrisostôme » G-^t^elle Théodose, le pieux, le )) rléiiient,le saint, le grand Théo-

» dose. Qa'a-t-il fait pour mériter » ces titres pompeux? Les liabitans )> d'Antioclie lui demandent une di- » mmution sur Tiuipôt, et il en fait » périr la plus grande partie. Une » autre fois il fait massacrer quinze i) mille hommes à Tliessanolique , )) et saint Jean Chrysostôrae ne parle » pas de cela ; mais il appelle Théo- » dose, grand, pieux, clément, » parce que Tliéodose était consubs- » tantionnel et qu'il persécuta ver- >y tementles anti-consubstantionnels- » Saint Jean Chrysostôme montre » le petit bout d'oreille, et vous » aussi » .

Si vous n'aviez vu, cher et bénévole lecteur, que chaque secte a ses martyrs et ses miracles, si vous n'étiez persuadé que des hommes qui disputent toujours, ne disputent pas sur les élémens d'Euolide, ne

sériez-vous pas convaincu que ces cîirétiens, qui font tant de bruit de leurs martjrs, vivaient entr'eux dans la plus entière union? Mais, liélas ! je vous Fai déjà dit, dès le premier siècle du christianisme, on comptait environ cinquante hérésies ou schismes, et cela presqu'au moment où le Saint-Esprit s'était communiqué avec toutes ses lumières et l'abondance de ses grâces, comme dit le catéchisme. Saint Pierre, reniant Dieu-Jésus, fut le premier schismatique; saint Paul, refusant de baptiser les Corinthiens, et coupant le prépuce de son disciple, fut le premier hérétique. C'est pour ce crime affreux de saint Paul que cinquante mille malheureux ont été brûlés par l'Inquisition, convaincus par elle de judaïsme, ou d'être hérétiques, et l'Inquisition n'a pas tort,

( io3 ) car pourquoi ces malheureux-là ne reçoivent-ils pas la religion à mesure qu'on Tarrange, et aussitôt qu'on leur présente la pièce nouvelle de l'habit d'Arleqiun V

Je vous ai cité comme premiers hérétiques ou schismatiques, les GaliléenSj les Nazaréens, les disciples de Jean^ les Cérinthiens , les ThéodosienSj et tant d'autres dont les noms riment h rien.

11 est indubitable que le' siège de l'empire ayant été transporté à Constantinople 5 l'église grecque avait la suprématie sur toutes les autres, et le patriarche de cette Eglise était le souverain pontife de la chrétienté.

Les papes, qui profitaient, pour s'agrandir, de l'absence des empereurs, s'agrandirent au point de ne vouloir céder en rien au patriarche

de CoiîSlaDtiîîople. C'est dans cette capitale, ou clans les villes voisines-^ que se tenaient les conciles. Le pape ne manquait pas d'y envoyer des commissaires, que depuis on a nommés des légats , ce qui veut dire quelque chose de moins. Ces commissaires étaient plus ou moins impertinens, selon que les circonstances leur étaient plus ou moins favorables; et au concile de Calcédoine, en 4^1 > naquirent les divisions qui amenèrent le schisme des deux Eglises, que le Saint-Esprit inspirait alors toutes deux , ce qu'elles croient fermement encore chacune en leur faveur; que le Saint-Esprit n^inspire plus ni Fune ni Tautre, ce qu'elles se reprochent mutuellement, et toutes deux pourraient bien avoir raison.

Les deux Eglises séparées, le pa-

Iriarclic ne me-nagea plus le pape, qu'il considérait comme un simple évéque soumis à sa discipline. Dans le concde convoqué , en 680, par Conslantin le Barbu, le patriarche condamna le pape Honorius premier comme Monotélite , c'est-à-dire soutenant que Dieu-Jésus n'a qu'une volonté.

Plus lard, l'Eglise grecque excommunia et déposa, par contumace, le pape Nicolas premier. L'Eglise romaine, assez; forte alors pour disputer le gâteau, se donna le petit plaisir d'analîiématiser à son tour l'église grecque dans un petit concile convoqué dans Tassez petite église de Saint Jean de Latran.

\ous croyez peut-être que les membres de l'église romaine s'entendirent parfaitement, lorsqu'ils eiïrent abandonné l'égUse mère? Pua

du tout. Joan xxii , fut déclaré hérétique pour avoir assuré que les Saints ne jouiraient de la vision Léatifîque qu'après la résurrection. C'était un <*rand coquin que ce Jean xxiij ainsi que nous le verrons plus tard; mais je crois qu'il ne se trompait pas en prétendant qu'il ny aurait pas de de vision Léalifique avant la résurrection. 11 pouvait ajouter qu'd n'y en aura pas davantage après.

Alexandre vi et quelques-uns de .ses confrères, commirent bien quelques peccadilles j mais ils ne furent jamais coupables d'hérésies, parce t(ue le vol, le viol, l'empoisonnement, le meurtre, rincesle ne sont pas hérésie.

Vous croyez sans doute qu'il n'y a jamais eu qu'un pape à la fois, parce que le Saint-Esprit sait bien qu'il n'en faut nommer qu'un ? Pas du tout

( ^07 ) plusieurs fois il y eut trois papes , dont deux sans doute étaient hérétiques et sclîismatiquesj et je ne saurais dire lesquels, parce que j'ignore vraiment qui des trois le Saint-Esprit avait nommé.

Vous croyez peut-être qu un pape, en possession paisible de la tiare , laissait reposer en paix la cendre de son prédécesseur? Pas du tout:

Etienne vn fit exhumer Formose , et voulut qu'on mutilât son cadavre.

Etienne punissait Formose du crime d'hérésie, ou en était-il-lui-même entaché?

Nous comptons, de compte fait, quarante schismes qui ont souillé la papauté ; des quarante , vingt-sept ont fait couler beaucoup de sang; mais ce n'est pas la faute des serviteurs de Dieu , c'est celle de ceux qui veulent bien croire au pape.

C io8 )

Luther et Calvin étaient sans doute (le mauTais moines ^ et un njauvais moine ne saurait être un bon prêtre; mais ils prêchèrent des hommes fatigués du joug papal j et voilà encore deu\ grandes hérésies dans Téglise romaine, toujours conduite par le Saint-Esprit.

Un Jeune Jacobin suisse, nommé JTetzeT'y était mal avec son prieur; son prieur Tempoisonna dans une hostie saupoudrée d'arsenic. JTetzer , fortement constitué, résista h la v^iolence du poison, et se plaignit h révêrpie de Lausanne. Le saint-prélat, indigné qu^ln moinillon osât se plaindre de son supérieur, voulut qu'on imposât silence au plaignant en le suffbfp.iant dans une chemise de soufre. Les Bernois appelèrent du jugement, firent apostasierYetzer, et apostasièrent avec lui :. encore une hérésie, au

C î09 ) grand déplaisir de notre saint père le pape.

Henri v m, semblable au Roi David^ détestait l'adultère; supérieur au roi David 5 il détestait la fornication.

Jamais il ne coucha avec une jolie femme qu'elle ne fut légitimement à lui; il a t'ait un moyeu sûr de se défaire de celles dont il était las, il leur faisait couper le cou. Le pape Clément vii eut le courage de s'opposer a cette manière de convolera de nouvelles noces; mais il ne s'attendait point à ce qui arriva : Henri viii se fit pa])e de rAngleterre et dlrlandc.

Encore une hérésie.

Je ne finirais pas sur la nomenclature des héf^sies , qui sont toutes consignées dans l'Histoire delà Religion réformée, dans THistoire ecclésiastique^ etc. ; mais ce qu'il y a de

( ■■0 ) drôle, c'est que tous ces liérétiquesîàs'accuseut mutuellement d'hérésie, et les Réformés vont plus loin encore que le pape ; ils prétendent qu'il est visiblement FAntheclirist , et voici comment Voltaire définit à peu près l'Antéchrist.

Le Christ a vécu juif , et vous faites brûler les Juifs ; il a vécu pauvre, et vous êtes riche; il a payé le tribut, et vous exigez des tributs; il a été soumis aux puissances , et vous êtes devenu puissant; il marchait à pied, et vous allez en carrosse; il mangeait tout ce qu'on lui donnait , et vous nous défendez de manger une côtelette le vendredi ; il défendait à Pierre de tirer l'épée , et vous, vous avez une armée de trente cents hommes. Donc , faisant tout le contraire de ce que faisait le Christ, vous êtes l'Antéchrist.

G^est un grand mallieiireux que ce Voltaire ! Quel dommage qu'il ait toujours raison !

Moi , j 'avoue que je ne sais pour qui prendre parti, de rAntechrist ou des hérétiques. Je crois que je resterai neutre jusqu'oïl ce qu'il plaise au Saint-Esprit de m'inspirer ; et s'il a cette bonté , je le supplie surtout d'être d'accord avec lui-même.

En attendant cette inspiration, je trouve très-bon qu'on persécute les hérétiques , c'est-à-dire ceux qui ne sont pas de l'avis des plus forts, car les plus faibles ne persécutent jamais. Je trouve fort bon qu'au seul nom dliérélique on entre en fureur; c'est par -là qu'on parvient à fêler dignement le grand saint Bartliélemi.

Notre bon roi saint Louis disait à Joinville : Quand un laïque entend médire de la religion chrétienne, il

doit la défendre non -seulement de paroles , mais à la bonne épée tranchante , et en frapper les médisans à travers le corps , tant qu'elle peut entrer. Diicange , pa^e i. Il a remis le jargon de Joinville en français.

Il est fâcheux que saint Louis délestât plus les fidèles que les médi- »ans de son royaume, à qui il pouvait imposer silence. Il ne fut pas mort de la peste sur la côte d'Afrique , s'il n'eût été plaider à coup de sabre, devant des gens qui ne l'entendaient point, la cause de Dieu, qui ne l'en chargeait point.

A propos d'hérésies , quelle bévue j'allais faire ! J'ai jeté un coup d'œil sur celles qui ne présentent qu'un fatras insipide , où on ne trouve pas le mot pour rire , et j'en laissais une bien ridicule, bien

drôle , et qui peut nous égayer un peu. Il y a des gens qui disent :

Dieu m'a fait un estomac pour digérer ^ des mains pour saisir les objets j des jambes pour marcher , et

certaine chose vous savez bien ,

afin que je ne m'en serve pas.

Les apôtres , au contraire ;, disaient : Dieu m'a donné tous mes

membres, même certaine chose

vous savez bien , afin que je m'en serve ; et ils s'en servaient, et beaucoup. Tenir une conduite opposée à lu leur , c'est hérésie , incontes'ablement.

Or saint Paul ne se servait pas de certaine chose illicitement. S'il manqua la demoiselle Gamaliel , dont ilétaité perduement amoureux, il se maria à une autre , h ce que dit positivement saint Clément d'Alexandrie , Stromat , lib. 1 1 1 . Le

même saint nous apprend qae saint Pierre avait des enfans. Stromat , iib. VII.

Nous lisons dans les Actes des Apôtres j chap. XXI, que les filles de saint Philippe prophétisaient ; ce qui ne prouve pas qu'elles aient prophétisé j mais ce qui prouve que saint Philippe était marié.

Eusèbe , livre III chapitre 29 , dit que Nicolas, choisi par les Apôtres pour être adjoint à saint Etienne dans l'apostolat , avait une très-belle femme , avec laquelle il ne se mortifiait point à la manière de saint Adlielme, et Nicolas avait raison.

Mais 5 selon Tusage de la plupart des maris qui ont dî très - belles femmes , Nicolas était jaloux de la sienne ^ et Nicolas avait tort , car cette maladie -là ne remédie à rien.

Les Apôtres , qui pensaient comme

( >>5) moi sur l'article de la jalousie , le lancèrent vivement. Contre l'usage des maris jaloux , Nicolas ameua sa belle femme au milieu de rassemblée, et pour faire voir qu'en véritable apôtre, il était maître de lui, il dit ces propres mots à ses confrères : QyiQ celui qui la voudra , réponse.

Eusèbe ne dit pas que personne prit Nicolas au mot. Mais l'historiette d'Eusèbe prouve non - seulement que les premiers successeurs des apôtres se mariaient , mais qu'ils étaient sujets à toutes les faiblesses des maris.

Les Apôtres entendaient si bien que leurs successeurs se mariassent , que Paul écrivait h Tite , chap. I :

Choisissez pour prêtre celui qui n'aura qu'une femme, ayant des enfans fidèles j et non accusés de luxure.

ïl (lit la même chose à Tliimotliée, cliap. III ^ V. D..

Je trouve dans les constitutions apostoliques , liv. iv, chap. i , ouvrage très postérieur : LMvéque ne peut avoir qu'une épouse, qui prenne bien soin de sa maisons. Il pouvait au moins en avoir une.

Mais le clergé sentit bientôt qu'il ne compterait absolument sur ses membres , qu'autant qu'ils se détacberaicntdela société pour être toutà-fait à TEglise j et le clergé sentait bien. Je pense , comme lui , qu'une femme aimable, de jolis enfans , feraient souvient oublier à un bon curé , et le pape et ses bulles , et il faut qu'un curé qui fait bien son métier, ressemble à une sentinelle , qu'il ait toujours l'œil et l'oreille au guet , qu'il ne reconnaisse personne, et qu'il suive strictement sa consigne.

C'est d'après ce principe que plusieurs évèques proposèrent , au fameux concile de Nicée , ran 325 , qu'il ne fut plus permis aux prêtres ni aux évoques de coucher avec leurs femmes. Il y avait à ce concile un évéque de Thèbes , nommé Paphnuce , surnommé le maHyr , qui s'opposa vigoureusement à la motion; il déclara que coucher avec sa femme c^est chasteté, et il ramena le concile à son avis. Voyez Sozomène , lib. i , et Socrate , qui n'est pas le grand Socrate , lib. i.

Le bon saint Paphnuce ne ce doutait pas des avantages du célibat ; il n'avait pas d'idée des jolies gouvernantes j des dévotes qui se laissent diriger, et de tout plein de moyens innocens d'appaiser certames choses.... vous savez bien; moyens qu'on trouve avec le leiiips, parce que l'es-

prit liumain fait toujours des progrès ; moyens qu'on emploie si évidemment, que lorsque le célibat fut devenu loi de rigueur , il fut expressément défendu d'ordonner un homme qui ne serait pas au ^rand complet. Si ce grand complet ne devait servir à rien , il eût été bien plus sage 5 bien plus simple de mettre nos abbés dans Timpossibilité de pécher^ en les arrangeant comme on faisait des prêtres de Cybèle , et beaucoup de maris sont de cette opinion.

D'abord ils auraient la voix plus belle , ce qui rendrait le culte plus auguste ; ensuite , il n'y aurait plus de scandale , ce qui est quelque chose : et le grand complet a causé beaucoup de scandale.

Jean x sentait je ne sais quoi au grand complet lorsqu'il voyait Théo-

(>'9) dora , femme du marquis de Toscane : Théodora aimait beaucoup les grands complets , et elle fit nommer le porteur de celui-ci pape par son fils Adalbert.

Malheureusement pour Jean x , son grand complet n'était pas du goût deMazozie^ fille de Tliéodora; elle le fit étrangler , et mit sur la chaire de saint Pierre, Jean xi ^ fils adultérin qu'elle avait eu du pape Sergius m.

Le grand complet de Grégoire vu plut tellement à la princesse Mathilde , qu'elle donna au porteur sa personne et ses biens.

Jean xxiii éprouvant la même chose que Jean x , enleva de Naples une femme nommée Catherine , et vécut publiquement avec elle.

Alexandre vu , plus que complet probablement , fit quatre fds et une

fîlle à Vanosie dame romaine , mariée à Dominique Arimano. On prétend que sa fille Lucrèce , très-utile à ses quatre frères , le fut aussi à son papa, mais le fait n'est pas prouvé; et je ne crois point qu'un homme que conduisait le Saint-Esprit , pût aller jusqu'à Finceste.

Paul III s''amusait aussi à faire des enfans , dont il faisait ensuite des cardinaux. Il faut que tout le monde vive.

Ali ! par exemple, Jules m avait, dit-on , un goût fort extraordinaire :

il avait pour maîtresse un joli petit garçon , dont il fit un petit cardinal ; ce qui fit beaucoup jaser.

Or, comme la conduite des grands influe beaucoup sur celle des petits, les évéques, les prêtres, les moines , et même les moinillons, prirent aussi eoût au scandale , et scandalisèrent

si

si Lien qu'on iîit enfin insensible au scandale. Ces messieurs avouaient leurs petites faiblesses , comme une femme mariée convient , sans façon , qu'elle est grosse. Voltaire cite le testament d'un Crouï , évèque' do Camliray, mort en lôiy : il laisse plusieurs legs à ses bâtards , et déclare qu'il tient une somme en réserve pour ceux qu'il espère que Dieu lui fera la grâce de lui donner encore , au cas qu'il réchappe de sa maladie.

Je n'ai pas ouï dire qu'aucun évéquç des derniers temps ait fait de testament de ce genre ; mais nous avons vu de nos jours des évéques entretenir des filles d'Opéra , et on les appelait des prélats de cour.

Cependant il J a toujours eu des esprits de travers qui prennent singulièrement les choses. Au dixième

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