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de la fulmina tiou papale , qui n'est rien en cile-niènie , et qui est tout quand les sujets sont de vrais chrétiens , ne connaissant que leur dieu méchant, cruel, perfide, et s'efforçant do lui ressemhler. Ptappelonsnous un malheureux roi de France qui avait épousé sa cousine , avec dispense du marchand de dispenses.
L'inclination et le hien d^ TEtat unissaient également Robert à Bertlie : Grégoire \ osa imposer au roi une pénitence de sept ans ; il lui ordonna de quitter sa femme enceinte ; il excommunia les évêques qui avaient béni ce mariage , ou qui y avaient assisté. Toute la France se tut , et abandonna lâchement son chef ; trois domestiques lui restèrent fidèles , mais ils lui présentaient" ses alimens au bout ^'urie longue pièce de bois ; ils pu-
ri liaient par le feu ce qu'il avait louché.
Sa femme , sa cousine , son amie, tourmentée pendant sa grossesse par la crainte de Tenfer^ qu'on lui montrait sous ses pas , accouclia d'un monstre , et on eut la cruauté de le présenter à sa mère dans un plat d'argent !
Pardon ! j'avais promis d'être toujours gai , et je cède un moment h mou indignation ; mais quel Dieu que le dieu qu'il faut que je reconnaisse dans un semblable vicaire !
Ce fut encore en vertu de l'excommunication j que Raymond de Toulouse fut dépouillé de ses biens au concile de Saint-Jean-de-Latran , en I2i5. Innocent III abusa du Saint- Esprit, et traita en son nom , avec ignominie , le malheureux à qui il ôtait tout.
( 143 ) Eli 1245 , ail concile de "Lyon , Innocent iv exconiraimia Tempereur Frédéric 11 , le déposa , et lui interdit le feu et Teau. Au concile de 1 1 79 , Alexandre ni avait donné la préséance sur les évêques aux cardinaux , qui n'étaient rien dans la hiérarchie ecclésiastique : au concile de^.Ljon, Innocent iv leur donna un chapeau rouge , en signe de la guerre d'extermination qu'il voulait faire , et qu'il voulait qu'ils fissent à l'empereur. Le chapeau rouge a donc précisément l'origine du bonnet révolutionnaire , qui a déshonoré la France, (^ette guerre papale amena la destruction de la maison deSuabe, et trente ans d'anarchie en AUe-
Quand l'insolence est portée impunéinetil à ce points s'étonnera-t-oii que Tinsolent se décore d'une triple
( 549 ) Couronne , et se déclare liautemeut le supérieur clés rois ?
Cependant ces pontifes , qui foulaient les souverains aux pieds, nVtaientpasconstamnientheureux.Tous ceux qui pouvaient soudoyer un parti, voulaient être papes. A diverses épo* ques , Dieu faisait pleuvoir des papes, comme il lui plaît parfois de faire pleuvoir des pierres qui écrasent le genre humain ; et si j'écrivais l'histoire, je ferais celle de vingt guerres de papes contre papes , d'évéques contre évêques ; je rapporterais les crimes qui délivraient les prétendans de leurs compétiteurs. O Jésus ! Jésus ! pourquoi es-tu né, ou pourquoi de ton cadavre a t-on fait un vampire ?
Il y avait des gens que Texcommunication ne persuadait pas : ces gens-là parlaient ; il fallut trouver
un "saitit moyen de les réduire silence. On imagina l'Inquisition.
Rien de sacré , rien d'incontestable , rien d'aussi ancien que Tin*titution de ce tribunal : Dieu luimême l'institua, selon Louis de Paramoj par ses paroles : Adiim ubi es ?
Louis, de Paramo prétend que, «ans cette citation, la procédure de Dieu contre Adam eût été nulle , parce que tout procès commence par une assignation.
Selon Paramo j les habits de peau dont se couvrirent Adam et Eve, sont le modèle du San^Bénito.
Selon Paramo , Adam perdit , après sa chute , tous les immeubles qu'il avait dans le paradis terrestre; et c'est ce qui autorise le Saint Office a confisquer les biens de ceux qu'il condamne. £
( i5i ) Paramo assure que c'est une action très - louable de brûler des hérétiques , parce que Dieu brûla les habitans de Sodome , qui se trompaient de chemin , et qu''étre hérétique , c'est prendre une fausse route.
Paramo faitle dénombrement trèsexact de ceux que la très-sainte Inquisition avait fait brider en i5Sg , et il avoue, à son grand regret, quil n'y en a pas encore cent dix mille.
C'est un drôle de corps que ce Paramo !
Vous ne savez pas comment la très -sainte Inquisition s'établit en Portugal ? Paramo vous l'apprend encore.
Un coquin j nommé Sauéc^fa , jageait très- commode de jouer le légat. Il trouvait par- tout une bonne
table j de Fargent et des honneurs^ et pour avoir tout cela ^ il ne lui fallait qu'une jaquette ronge , qu'on se procure à peu de frais. Savédra, suivi de quelques coquins de son espèce, en soutane noire et en rabat , arriva à Lisbonne , et se présenta effrontément au roi Jean in.
Le roi Jean iir fut très- étonné que le pape Paul iv lui ait envoyé , sans l'en pré venir , un légat cliargé d'établir le Saint - Office dans ses états; mais comme le roi Jean savait bien que le serviteur des serviteurs <le Dieu ne se pique pas de politesse envers les rois , et que la mauvaise Jiumeur de Fliomme à la triple couronne avait toujours des suites fàclieuses , il se garda bien de déranger Féminence Savédra de ses fonctions, et il fit partir secrètement un rourrier pour Rome. Avant que ce
( i53 ) Courrier fût de retour à Lisbonne , le lépat Sa\édra avait fait brûler deux cents personnes j et volé deux cent mille écus.
Il faut être vrai , Savédra n'était pas prêtre ; mais le pape Paul iv l'était, et il ratifia tout ce que Savédra avait fait. Ce qui avait été bon à prendre pour Tun, fut bon à garder pour l'autre. Paramo Hist. de V Inquis.
Tout était du ressort de l'Inquisition j jusqu'à l'astronomie. Il paraît difficile de trouver des bérésies dans les raisonnemens qu'on fait sur les corps célestes; mais on en trouve oii on veut. L'Inquisition s'empara de Galilée, qui avait prouvé que le soleil est fixe , et que les planètes tournent autour de lui. On lui remontra qu'il est évident que c'est le
Soleil qui marcLe , puisque Josue Tarréta. Galilce pouvait répondre, (lit Voltaire ^ que c'est depuis ce tems-là qu'il ne marche plus. Quoi qu'il en soit, Gahlée fut mis au pain et à l'eau ; on lui fit dire régulièrement son rosaire , pratique ulile et très-instructive. S'il n'eût pas été fortement protégé par le grand-duc de Toscane, il était brûlé pour avoir eu raison, parce qu'avoir raison c'est être hérétique.
J'avoue que l'Inquisition s'est fort adoucie depuis que les yeux se sont ouverts ; je sais bien qu'un pape qui s'aviserait aujourd'hui de mettre un *Etat en interdit , se ferait rire au nez. Et à qui doit-on les lumières qui ont brisé ces armes méprisables?
à ceux qu'on calomnie tous les jours ,. qu'an peint h la canaille de toutes les classes comme des perturbateurs
( .55 ) de la société. Au reste , lorsqu^n a lié pieds et poings à un enragé , qu'importe qu il crie? L'enragé , c'est Geojf'roi.
Cependant j comme il est bon de maintenir les anciens et utiles usages, en attendant le moment de leur rendre leur vogue et leur force première , l'Eglise continue à excommunier les sorciers et les comédiens.
Il n'y a plus de sorciers ; h leur égard , Texcommunication n'a lieu que pour nous entretenir dans Tliabitude du mot. Quant aux comédiens j c'est autre chose ; l'excommutiicalion les frappe réellement , et Je SUIS forcé de convenir qu'elle est établie d'après une autorité respectable. Tertuben a fait sur les spectacles un livre qu'aucun comédien n'a jamais lu , et qu'ils devraient pourtant lire tous ^ car il me semble
( i56 ) q- 'on doit être bien aise de savoir pourquoi on est danuié. Tertullieii dit q le le diable élève les acteurs surdos brodequins, pour donner un démenti à Jésus - Christ , qui assure que personne ne peut ajouter une coudée a sa taille. C^est une idée précieuse que celle de TertulJien , et qui Justifie de reste la sévérité de l'Eglise,
Cependant, en théologie , il y a toujours , deux manières de voiries clioses 5 parce que rien n'est clair comme la théologie. Or je soutiens que , loin d'excommunier les comédiens , on devrait les béatifier , et j'ai aussi une autorité respectable en faveur de la béatification; c'est celle de saint Grégoire de Naziance?
qui vaut bien Tertullien. Or samt Gréiioire institua un théâtre. Il composait les pièces qu'on y jouait ^
( >37) et il montra quelquefois du talent.
Ses acteurs étaient ses disciples, et ils partageaient la sainteté du maître j dont ils répétaient saintement les saintes tirades. Nos comédiens sont les successeurs des comédiens de saint Grégoire : pourquoi ne partager^ent - ils pas le Riradis avec
eux ?
La France doit la bonne tragédie et Topera à deux cardinaux. Richelieu et Mazarin n'ont pas relevé les acteurs de Texcomunication : donc ils sentaient qu'elle était mal appliquée, et par conséquent nulle; donc jouer la comédie est œuvre pie.
Au surplus, pour prévenir les tracasseries, les criailleries et l'éclat, je conseille aux comédiens de renoncer à la manie de se faire porter , après leur mort , à l'église , où ils n'ont
pas mis le pied de leur vivant. Revenons encore : Tordre des matières me fait souvent oublier Tordre chronologique.