‹ Le citateur (volume 3)Chapitre 5 sur 7 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

?s^ous voilà arrivés au temps présent 5 h hier , à anjonrd'hiii , et nous n'avons pas examiné comment celte petite secte obscure, ignorée h sa naissance , s"est répandue sar une grande parlie du globe , et y a dominé.

Je sens bien que lorsqu'on a prouvé la futilité du dogme, le ridicule des cérémonies , il ne reste plus rien à prouver ; mais il peut être curieux (i'observer sommairement par quels d'jgrés ont passé les successeurs d'uu marchand de turbots, pour arriver mx p.ou voir souverain . et tenir en (ulelle toutes les autres puissances.

On ignore absolumeiil les noms

( '26) des premiers pasteurs qui gouvernèrent dans Tobscurité , à Rome , Tobscur et faible troupeau des chrétiens : ceux qui soutiennent que saint Pierre fut le premier évêque de Rome,, n'ont lu que les oeuvres de sainte Thérèse et de Marie-h-la- Coque; qu'ans lisent là première épitre de saint Paul aux Corinthiens , ils verront que dans la primitive Eglise, il n'y avait point de dignités ecclésiastiques.

Cette secte inconnue ou méprisée s'étendait insensiblement. Prêcher le mépris des richesses , c'est s'assurer l'appui de ceux qui n'ont rien, c'est leur laisser entrevoir la possibilité d'une loi agraire; et la canaille, qui n'a rien à perdre et tout à gagner dans les troubles, ne manque point d'en susciter quand on ne la réprime pas. Les Empereurs sévirent

( 1^7 ) contre quelques chrétiens tiirhmlcns, et aussitôt la secte crie à Foppression ; elle se réunit , ses membres s'encouragent , les têtes s'échauffent , renlhousiasme fait des prosélytes nouveaux , la secte devient redoutable à ses maîtres ; il faut qu'elle domine , ou qu'elle soit écrasée : la canaille chrétienne triompha.

Les meneurs des chrétiens , car il y en a en religion comme en politique, sentirent quels avantages ils pouvaient tirer des divisions qui -agitaient l'empire. Jusqu'alors ils avaient abhorré la guerre , mais il n'est pas de principe , pas de dogme qui ne soit subordonné à l'intérêt.

Les chrétiens eurent la politique de se donner à Constance Chlore. Ils combattirent pour Constantin son jQls ; ils vainquirent son compéti-

teur au trône, et ils cliaiiPÔrent la religion Je reiiipire.

Coîislajitin 5 empereur malgré les Romains, Constantin chrétien , de- Yait être rlétesté de tout ce qui ne suivait pas la religion nouvelle. LiciniuSj son heaii-frère , assassiné par lui; Licinien , son neveu , massacré à l'âge de douze ans ; Maximien , son beau-père , égorgé à Marseille ; son fils Crispus mis à mort après lui avoir gagné des batailles; son épouse Fausta étouffée dans un bain , tous ce.^ meurtres n'empêchèrent pas les chrétiens d'en fliire un saint, ce qi^ prouve assez qu'ils ne valaient pas mieux que lui ; mais ces crimes ajoutèrent à la haine des anciens Romains. Peut-être le désir de se soustraire a l'exécration publique détermina-t-ib Constantin à transférer le siège deTemp-ire àByzance : c'est h

( '-^-9 ) cette Iraiîslr.lion que les papes Jurent toute le'.ir grandeur.

L'éveque de Rome jetait peutêtre déjà les foïidemens 'de cette étonnante et ridicule puissance dont s'investirent ses successeurs ; mais il n'avait aucune suprématie sur les autres évoques, et il n'avait aucun crédit dans Rome. Lorsqu'Alaric assiégea cette ville ^ en 4o8 , le pape Innocent premier n'était pas asseiz puissant pour oser trouver mauvais qu'on sacrifiât aux dieux du Capitole , pour obtenir leur secours con tre les Goths. En Italie , Jupiter était encore plus fort que Diou-Jésus.

Mais en Tan /^Si , lorsqu^Altila vint dévaster ces belles contrées , l'empereur envoya le pape Léon premier , et deux personnages cOi;isu^, laires j négocier avec xittila ': les

papes commençaient à être des personnages.

Ils étaient loin cependant de la isplendeur dont brillait le clergé d'orient. Je juge de la diflférence parla conduite que tenait, à-peu-près dans le même temps , un Léontius , évêque de Tripoli ; car il y a eu desévêques à Tripoli ^ et la côte de Barbarie n'a pas toujours appartenu à ces damnés musulmans , qui vous damnent à leur tour. Ce Léontius devait son siège à l'impératrice Eusébie : elle désira le voir , et le saint évêque lui fit dire qu'il n'irait point la voir, à moins qu'elle ne le reçût d'une manière conforme à son caractère épiscopal , qu'elle ne vînt au-devant de lui jusqu'à la porte, qu'elle ne reçût sa bénédiction en se courbant, et qu'elle ne se tînt debout jusqu'à ce qu'il lui permît de &'as>-

seoir. Il faut être bien riche pour se brouiller ainsi avec sa bienfaitrice et bien puissant pour traiter impunément sa souveraine avec cette grossière impertinence.

Aussi ne fut-ce que des siècles après qu'Innocent m fut assez fat pour dire que l'évèque de Rome est le souverain maître de l'univers ; que les princes, les magistrats , les é vêques n'ont d'autre autorité dans l'église ^ ou dans d'Etat , que celle qu'il veut bien leur accorder.

Ce fat plus long-temps après encore que Boniface viii dit^ dans sa bulle Uiiiim sanctuni ,Vl^a^ïse a deux glaives , l'un temporel , l'autre spirituel : les princes sont et doivent être soumis au dernier, et ils ne peuvent disposer de l'autre que par l'ordre et la volonté des pontifes.

Quel changement depuis le Jour

«îi le Dieu (le ces Iiumbles prêtres avait comparu satis résistance devant un ofilcier de police de Jérusalem. !

Mais revenons.

Après le partage du monde connu en deux empires, les papes ménagèrent long - temps les empereurs d'Occident : ces prélats notaient pas encore assez forts pour être impertineus. C'est de Fempereur qu'ils , recevaient la dignité pontificale, c'est h l'empereur qu'ils étaient soimiis , c'est l'empereur qui les protégeait contre leurs ennemis , et ils n'en manquaient .]^s.

Pépin leur donna quelques terres de l'exarcat de Ravenne ; Charlemaerne leur avait donné la Sicile , la Corse , la Sardaigne. Il n'y avait qu'une nullité dans la donation , c'est que rien de tout cela n'appartenait à Gharlemagne ; mais les papes

( >33) prenaient toujours, parce que saint Paul a dit aux Corinthiens, cli. IX, n'avons-nous pas le droit de vivre à vos dépens, et de mener avec nous une femme? Ce mot de saint Paul n'a pas un rapport très-direct à la chose; mais on l'appuie d'un autre dictuin de Jésus à ses apôtres : Prenez ce qu'on vous donnera.

Cet autre mot ne signifie pas :

Prenez des effets volés; mais il ne veut pas dire le contraire, ainsi les papes ont pu prendre en sûreté de conscience.

L'appétit vient en mangeant.

Adrien premier fit valoir une donation de Constantin, qui faisait présent à FEgljse, de Rome et d'une portion de l'Italie; et ce qui prouve incontestablement l'authenticité de cette pièce, c'est qu'il fut défendu d'en douter à peine d'être déclaré

( '34) hérétique, et cette déclaration-là vous menait loin.

Les sucessseurs crAdrien s''occupèrent constamment du soin d'étendre le patrimoine de saint Pierre , qui ne posséda en propre que ses filets : c'est sans donte en vertu de ces filets que les papes ont prétendu depuis à l'empire des mers.

Henri ni, empereur, donna à l'Eglise, Bénévent qui ne lui appartenait pas plus que la Sicile à Charlemagne. Le duc régnant était le plus faible, et le pape, qui avait toujours présent à l'esprit le prenez ce qu'on "VOUS doJinera^ s'accommoda de Bénévent.

La malheureuse Jeanne de Naples fut obligé de vendre à l'église le Comtat d'Avignon. l'Eglise acheta et ne paya point, en vertu du dictum

( '35) de Paul : N'avons-nous pas le droit de vivre a vos dépens ?

Grégoire vu hérita de la princesse Mathilde, sa douce amie^ en vertu d*un testament par lequel elle abandonnait tout à rEglise^ pour le salut de son ame et celui de ses parens décédés. Il est assez drôle que Mathilde dépouillât ses parens vivans, pour le bien de ses parens morts.

Mais il était tout simple que le pape acceptât, parce que rien n'est respectable comme la dernière volonté d'un mourant.

Alexandre vi enrichit considérablement le saint siège. Bologne , Rimini, Faënza, Pérouse, Ostie , Forli, Urbin, furent escamotés à leurs propriétaires par des moyens un peu extraordinaires à la vérité :

la perfidie, l'empoisonnement. Tas sassinat ne sont pas prescrits par

TEvangUe; mais aussi FEvangile ne défend, rien de tout ctîla au pape, et il est dans les droits 'de l'homme de faire tout ce que la loi ne défend pas. Au reste, pour tout arranger, Alexandre vi donnait des indulgences, in articulo mortls , à ceux qu'il expédiait pour Fautre monde.

Jules II ajouta, par des moyens plus doux, à la puissance temporelle des papes; et lorsqu'on rogne par la force et par Topinion, il n'est pas de bornes où on doive s'arrêter.

Comme les propriétés territoriales dépendent de mille cas fortuits que la prudence humaine ne peut prévoir ni éviter, il est bon de joindre au produit des terres, qu'on peut perdre, un revenu certain , et c'est encore ce que firent les papes. En prenant à droite et à gauche, ils lisaient les

( '^'7 ) iii'Jears sacrés^ et même les pro- 11'. nos.

Ils trom L'renl que les prêtres égyptions avaient ton joues joui des dîmes, et étaient exempts de toute c-ir.rge publique. Il était difficile de iaire valoir l'exemple des prêtres Païens , en faveur de ceux du vrai Dieu ; mais on trouva que Moyse^ égyptien lui-même, avait adopté Fusage commode des ministres du Dieu Apis; iSîoj'se n'était pas prêtre, et cette autolité pouvait être récnsable; mais Auron son frère, était premier pontife, et lui et ses lévites jouissaient de la dîme. Or les papes, qui détestent les Juifs, sont incontestablement les successeurs du Juif Aaron; et Innocent ii pria le Saint- Esjnit de déclarer, au concile de Latran, en iiSq, que les dîmes sont de droit divin. Le Saint-esprit,

qui s'intéresse au bien-être des ecclésiastiques, fit plus qu'on ne lui demandait; il déclara en outre que tous les laïques qui posséderaient des dîmes, seraient excommuniés de droit.

A ce droit de dîme, on joignit le droit d'annates, le droit d'indulgences, le droit de dispenses. Jean XXII ajouta à tous ces droits le droit de crime. Pour quatre tournois un laïque pouvait coucher avec sa mère ou sa sœur. Le père et la fille payaient plus cher^ mais ils pouvaient s'amuser clirétiennement en payant au Saint-Père dix-liuit touriiois. Un diacre pouvait assassiner pour douze tournois. L'abbé ^ l'évêque, plus riches, n'avaient le droit de poignarder leur homme que pour la somme de trois cents livres. Pour quelqu'argent on pouvait faire un

( '39) petit monstre à sa chèvre , et gagner ]ionnetement sa vie en le montrant.

On payait , et on allait pécher après.

Joinville nous apprend que le cardinal de Lorraine avait une indnigence qui lui remettait d^avance, et à douze personnes de sa suite 3 trois péchés à leur choix.

Pour percevoir tranquillement ces impôts, il fallait que la soumission des esprits allât jusqu'à Taveuglement, et il était tel, que personne ne doutait que le pape n'eût les clefs du Paradis, et bien des gens le croient encore : idée burlesque, difficile à expliquer , car par Paradis on entend le ciel ; et les étoiles fixes, et les planètes, ne sont certainement pas le ciel. Si p;îr le ciel, on entend l'espace dans lequel roulent ces globes, il y a erreur, car oîi il n'y a rien de solide^ il n'y a pas de portes.

et par suite, point de clefs. Si on suppose un paradis matériel, situe on n? sait où, il y 'a erreur encore; car des âmes n'ont pas besoin qu^on leur ouvre la porte , elles passent fort bien p:ir le trou de la serrure C'est pour* tant avec ces clefs qu'on a mené le genre liumain par le nez.

La preuve essentielle en France de la puissance spirituelle du pape, c'est que Jésus a dit à Pierre : Vous êtes Pierre j et sur cette pierre j'établirai mon Eglise. Il ne serait pas étonnant que Dieu-Jésus , qui chantait, fit aussi des jeux de mots. Mais celui-ci est évidemment de la composition d'un prêtre français, car Pierre , nom propre , est en italien Pielro, en espagnol, Pedro, en anglais, en flamand. Peter; et ni Pietro, niPedro,niPeter, ne signifient pierre ou caillou. Allez dire à une dé vole

de la vue Saint-Denis ^ que Jésus n'a pas dit : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Eglise, et tâche* de vous en tirer ayec un œil de reste.

Pendant qu'on menait la canaille, et qu'on lui extorquait de l'argent avec des mots, on cherchait à miner l'autorité des souverains, et à étendre la sienne sur tout le monde ( tien.

Hildebrand, né dans la condition la plus vile, et parvenu au pontificat par ses menées, comme tant d'autres, cet Hildebrand, connu sous le nom de Grégoire vn, ôta véritablement la ville de Rome aux empereurs d'Occident. Il s'attribua exclusivement le titre de pape, que partagaient avec lui les Evêques, il fut le premier pontife souverain.

Pour se maintenir^ il excita des troubles de tous les côtés, et parvint à mettre l'Europe en feu. La nuit, dans les bras de sa Mathilde, le^niatin faisant son Dieu, combattant le soir le pot en tête et la dague à la main, il se comparait à Booz couchant avec Rutli; à Moyse vojant le Seigneur j lui parlant, et le touchant dans le buisson de feu; à saint Pierre coupant les oreilles à Malchus; et on lui trouva une ressemblance si parfaite avec ces trois hommes divins, qu'il fut fait saint de la façon de Benoit xni : on composa même un office de saint Grégoire.

C'est bien dommage que Mandrin a été laïque! nous aurions peutêtre roflice de saint Mandrin.

Cest beaucoup d'être souverain, et de traiter ses anciens maîtres •comme ses égaux; mais le lieute-

( 143) liant général de Dieu peut- il n'être pas indigné de cette égalité? Les premiers papes se prosternaient devant les empereurs, et Adrien premier avait exigé qu'on lui baisât les pieds en paraissant devant lui. Cet acte était avilissant, mais on voulait Lien n'y voir qu'un simple cérémonial. Le croirez-vous, le représentant de ce Dieu si pauvre ne fut pas satisfait d'être souverain et de se faire baiser les pieds !

L'ambition des papes vous choque ; vous trouvez extraordinaire, vous trouvez mauvais qu'ils soient souverains. Que vous êtes bon ! Les Japonais n'ont-ils pas été gouvernés pendant dix-liuit cents ans par leurs daïris, ou souverains pontifes? les Bracmanes n'ont-ils pas ré-^ gné dans Flnde, au nom de leur Dieu Brama? Numa Pompilius,

qui avait des conixireiices avec ki nymphe Egérie, et qui iie parlait que de la part des dieux, irétait-il pas roi et pontife? Les druides ne gouvernaient-ils pas les Celles ? Mahomet et les califes ses successeurs, n'ont-ils pas soumis et gouverné une partie de la terre ? De nos Jours, le roi d'Angleterre n'est-il pas chef de FEglise anglicane ? Vous me direz que ces gens-là sont des païens ou des hérétiques, et que ce n'est pas chez eux que le pape doit chercher des exemj)les : ma foi, on en prend par-tout, quand ils sont bons à suivre. Félicitez-vous de ce que la théocratie n'est point universelle; les hommes sont si faciles à persuader, si aisés à mener, si bêles quand on leur parle au nom de Dieu.

Lespapes sont tellement convaincus

(lo cette vérité, que, maîtres de Tesprit des peuples, ils n'ont pas balancé à ])arler aux souverains le lan^asc du diable à Jésus-Christ :

Hœc omnia tibi dabo , si cadens y adoi'ai'eris me. Je te livrerai tous tes .sujets pieds et poings liés , si tu veux t'iiumilier devant moi. Il n'est pas beau d'emprunter le langage du diable , mais qu'importe , pourvu que les souverains obéissent, Résis'tent-ils ? le royaume en interdit , les sujets déliés du serment de fidélité , la guerre civile • et si tout cela ne suffit pas ^ le poignard.

Depuis Philippe premier jusqu'à Louis VIII 5 tous les rois de France ont été excommuniés ; tous les empereurs l'ont été , depuis Henri iv jusqu'à Louis de Bavière. Plusieurs rois d'Angleterre ont été frappés

Page 1