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CHAPITRE X

Les papes ayant établi leur empire sur toute la chrétienté, voulurent étendre la chrétienté sur toute la terre : ils n'avaient que ce moyen-là de se faire baiser les pieds

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par les princes qui n'ont pas le bonheur de croire en Dieu-Jésus. Ils prêchèrent des croisades, et les chrétiens partirent en foule pour s'aller faire tuer ou mourir de la peste en Syrie, en Egypte, en Palestine. Ces preux guerriers n'oubliaient pas de donner, avant de partir, leurs biens aux moines; tout le monde faisait ses affaires.

De l'hab tude des croisades contre les infidèles, il était aisé de passer à celle des croisades contre les hérétiques. Un prince qui avait déplu au pape était hérétique, et rien ne se prouve aussi facilement qu'une hérésie : Voltaire en trouve trois ou quatre dans V Oraison dominicale.

Notre père qui êtes aux ciei^J?... Dieu est partout, ainsi hérésie.

Que voire volonté soit faite... Vouloir et faire sont pour Dieu la même chose, ainsi hérésie.

Ne nous induisez point en tentation... On a traduit le nec nos inducas par ne nous laissez pas succomber; mais il y a ne nous induisez point, Siinsi hérésie et blasphème qui fait Dieu auteur du mal.

Lorsque le prince qu'on voulait perdre était convaincu dhérésie, on ameutait contre lui ceux qui espéraient piller ses Etats et ceux à qui on les promettait. On égorgeait ses sujets, et les fidèles qui se faisaient tuer dans ces saintes opérations mouraient chargés d'indulgences dont ils faisaient beaucoup de cas.

Quand le prince hérétique se défendait vigoureusement, on ranimait le courage des

assaillants en leur rappelant l'exemple de saint Cyrille, qui, seul avec ses moines, voulut faire à Alexandrie une révolution qu'il devait commencer par l'assassinat d'Oreste, gouverneur de la ville. Quand le prince hérétique était vaincu, on excitait les vainqueurs à ne faire de quartier à personne, à l'exemple de saint Cyrille, qui égorgea la belle, la savante, la vertueuse Hypatie, qui mit son corps en pièces, et qui en traîna les lambeaux par les rues. Nos soldats chrétiens allaient encore plus loin que saint Cyrille : avant d'égorger une belle femme, ils prenaient la peine de la violer.

Il y avait en France un parti très fort, plus qu'héritique, car il était calviniste. Ce parti avait souvent alarmé la cour et traité avec elle d'égal à égal. Les calvinistes étaient toujours sur leurs gardes, il n'était pas facile de s'en défaire : les prêtres arrangèrent cela. Ils mettaient sans cesse sous les yeux des catholiques élevés par eux dans la haine des huguenots, Aod massacrant le roi Eglon, Samuel massacrant le roi Agag sans égards aux traité?, le grand-prêtre Joad assassinant sa reine, Judith coupant la tête de l'homme à qui elle venait de prodiguer ses faveurs. Ces images sinistres échauffaient les imaginations ; ces crimes consacrés encourageaient au crime.

On se servait encore utilement de ce passage de la Genèse : « Lorsque le Seigneur vous aura livré les nations, égorgez tout sans épargner un seul homme, et n'ayez pitié de personne. » Or ce fut une nuit qui précédait

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le jour de la Saint-Barthélémy que le Seigneur livra les calvinistes de Paris à leurs frères les catholiques, qui suivirent à la lettre le précepte de la Genèse. En commémoration de cette belle nuit, le pape fit faire des réjouissances à Rome, et cela devait être. '

Un Génois trouva au nouveau monde, découverte si funeste à ses habitants et même à ses vainqueurs. Alors le ciel ne fut plus de cristal, et au hasard de ne savoir où mettre le paradis, le pape convint que les cieux entourent la terre; mais voilà la conséquence qu'il en tira : Jai les clefs du ciel, quel qu'il soit; le ciel entoure la terre, et il serait absurde de penser que je sois maître du contenant sans l'être du contenu; ainsi le Nouveau-Monde est à moi. Je veux bien vous laisser de l'autre ce que je n'ai pu vous prendre.

Cette logique ne paraissait pas convaincante. Le pape reprenait : Il est dit dans saint Augustin, lettre 153= : Le monde entier appartient aux fidèles, et les infidèles n'en possèdent rien légitimement; or je suis fidèle, ajoutait le pape. Mais nous le sommes aussi, répondaient Ferdinand et Isabelle. Hé bien ! répliquait le pape, vous aurez la terre et moi les fruits, parce que saint Augustin dit dans sa 93^ Epitre : Tout appartient de droit divin au juste, d'après le passage du psaume : «Le juste mangera le fruit du travail de l'impie. » Or les Américains sont des impies, et ce n'est pas vous qui êtes le juste; c'est moi, puisque je vous absous

de vos péchés et que je vous bénis tous les jours.

La querelle s'échauffait. Le roi et la reine d'Espagne ne voulaient pas faire des conquêtes pour le pape; ils allaient renoncer à l'entreprise, et les pauvres Péruviens étaient sauvés. Le pape voulut bien se borner, en Amérique, à l'exercice du pouvoir spirituel, et il chargea les vaisseaux espagnols d'inquisiteurs et de missionnaires.

Ces inquisiteurs et ces missionnaires firep.t si bien, qu'en peu d'années douze millions d'hommes disparurent de la surface du globe, et certainement le Seigneur dut être très satisfait d'une conduite aussi conforme à ses principes ; car le Seigneur dit :

Tu gouverneras toutes les nations que tu nous soumettras, avec une verge de fer; tu les briseras comme le potier fait d'un vase. Psaume 2.

Tu briseras les dents des pécheurs. P^awme 3.

Dieu brisera leurs dents dans leur bouche. Il mettra en poudre leurs dents mâchelières. Ils deviendront à rien, comme de Teau, car il a tendu son arc pour les abattre. Ils seront engloutis tout vivants dans sa colère, avant d'attendre que les épines soient aussi hautes qu'un prunier. Psaume 57.

Les nations viendront vers le soir, affamées comme des chiens, et toi. Seigneur, tu te moqueras d'elles et tu les réduiras à rien. Psaume 58.

Bienheureux celui qui prendra tes petits enfants, et qui les écrasera contre la pierre. Psaume 136.

Le style du prophète-roi n'est pas brillant, mais il est d'effet.

Pendant que les missionnaires et les inquisiteurs travaillaient en grand^n Amérique, leurs confrères d'Europe, émerveillés, s'agitaient en tous sens pour ramener, par-ci par là, quelque huguenot à l'Eglise romaine, hors laquelle il n'y a pas de salut. Ils se lassèrent de ces conversions rares et sans éclat, qui ne font pas d'honneur à l'ordre. Les jésuites, toujours jaloux d'éclipser les autres sociétés monacales, imaginèrent d'aller convertir la Chine et le Japon.

Les jésuites avaient de l'esprit, des connaissances ; ils étaient insinuants ; ils plurent à l'empereur de la Chine, et parvinrent en peu de temps jusqu'à la faveur. Ils s'en servirent pour exciter des divisions cruelles dans la famille impériale. Ils avaient converti trois princes qui ne voulaient plus obéir à leur père; ils avaient fait des prosélytes parmi le peuple. L'empereur prévit des troubles prochains, et ses affaires avaient toujours été bien avant l'arrivée de Dieu- Jésus et de ses prêtres. Il fut assez ferme pour les congédier tous ensemble, et assez poli pour mettre des égards dans leur expulsion.

Cette modération de l'empereur Youtchin est d'autant plus remarquable, qu'il n'ignorait pas que d'autres jésuites, fidèles au compelle intrare, avaient fait au Japon ce que ceux-ci se proposaient vraisemblablement de faire à la Chine.

Il y avait au Japon douze sectes qui vivaient

dans l'union; le christianisme devint la treizième.

Bientôt les Chrétiens voulurent dominer au Japon comme partout. Ils eurent quelques démêlés avec un grand de l'Etat : on les humilia. Ils n'étaient pas les plus forts; ils demandèrent pardon : on leur pardonna.

La vengeance est le plaisir des dieux, et les représentants des dieux peuvent aussi aimer la vengeance : nos missionnaires conspirèrent contre le gouvernement.

Les Hollandais prirent un vaisseau espagnol, et y trouvèrent des lettres du consul d'Espagne au Japon, par lesquelles il ne demandait que quelques vaisseaux pour aider les fidèles à s'emparer du pays.

Les Hollandais portèrent cette lettre aux magistrats. On arrêta le consul, on lui fit son procès, et on le brûla.

Les disciples des jésuites voulurent venger leur frère. Ils prirent les armes au nombre de trente mille. Ilyeut une guerre civile affreuse, qui ne finit que par l'extermination du dernier Chrétien.

C'est une si belle chose que le titre de Chrétien, qu'on peut l'acheter par les plus grands sacrifices. Cependant, si l'on veut que le Christianisme dure, il ne faut pas égorger tous les hommes, et on y a quelquefois été d'un train à faire croire que bientôt il n'en resterait plus. Voltaire, qui avait beaucoup lu, et qui avait de la mémoire, a fait le compte de ceux qui sont morts pour la gloire de Dieu, et il n'en trouve que neuf millions sept cent dix-huit mille huit cents,

en réduisant avec bonne foi d'un tiers, de moitié ou deux tiers, les rapports des historiens qui peuvent être exagérateurs. « Neuf millions sept cent... allons, allons, cela ne se peut pas, dit mon abbé. — Non ! hé bien. mon très cher, je vais vous mettre sous les yeux, un abrégé du compte de Voltaire. »

L'an 251 Novatien disputait la papauté au prêtre Corneille. Dans le même temps, Gyprien et un autre prêtre, nommé Novat, qui avait tué sa femme à coups de pieds dans le ventre, se disputaient lèépiscopat de Carthage. Les Chrétiens des quatre partis se battirent, et il y a modération en réduisant le nombre des morts à deux cents, ci 200

L'an 313, les Chrétiens assassinent le fils de l'empereur Galère ; ils assassinent un enfant de huit ans, fils de l'empereur Maximin, et une fille du même empereur, âgée de sept ans; l'impératrice leur mère est arrachée de son palais, et trainée avec ses femmes par les rues d'Antioche, et l'impératrice,' ses enfants et ses femmes sont jetés dans l'Oronte. On n'égorge pas, on ne noie pas toute une famille impériale sans massacrer quelques sujets fidèles, sans que les sujets fidèles ne perforent quelques égorgeurs. Portons encore le nombre des morts à deux cents, ci 200

Pendant le schisme des donatistes

A reporter. . . 400

18'2 PIGAULT-LEBHUN

Report 400

en Afrique, on peut compter au moins quatre cents personnes assommées à coups de massue, car les évéques ne voulaientpas qu'on se servit del'épée, parce que l'Eglise abhorre le sang, ci. 400

La consubstantialité mit l'empire en feu à plusieurs reprises, et désola, pendant quatre cents ans, des provinces déjà dévastées par les Goths, les Bourguignons, les Vandales.

Mettons cela à trois cent mille Chrétiens égorgés par des Chrétiens, ce qui ne fait guèi-e que sept à huitcents par an, ce qui est très modéré, ci.. 300.000

La querelle des iconoclastes et des iconolâtres n'a pas certainement coûté moins de 60,000 vies, ci. . . . 60.000

L'impératrice Thédore, veuve de Théophile, fit massacrer, en 845, cent mille manichéens. C'est une pénitence que son confesseur lui avait ordonnée, parce qu'il était pressé, et qu'on n'en avait encore pendu, empalé, noyé, que cent vingt mille, ci. 120.000

N'en comptons que vingt mille dans les vingt guerres de papes contre papes, d' évéques contre évêques, c'est bien peu, ci . . , 20 . 000

La plupart des historiens s'accordent et disent que l'horrible folie des croisades coûta la vie à deux millions de Chrétiens. Réduisons le

A reporter. . . 500.800

Report 500.800

compte de moitié, et ne parlons pas des

Musulmans tués par les Chrétiens, ci . 1.000. 000

La croisade des moines-chevaliersporte- glaives, qui ravagèrent tous les bords de la mer Baltique, peut aller au moins à cent mille morts, ci. . . . 100.000

Autant pour la croisade contre le Languedoc, longtemps couvert des cendres des bûchers, ci. . . 100.000

Pour les croisades contre les empereurs depuis Grégoire VII, nous n'en compterons que trois centmille, ci. > 300.000

Au quatorzième siècle, le grand schisme d'Occident couvrit l'Europe de cadavres. Réduisons à cinquante mille les victimes de la rabbia pa.pale . 50 . 000

Le supplice de Jean Hus et de Jérôme de Prague fit beaucoup d'honneur à l'empereur Sigismond ; mais il causa la guerre des liussites, pendant laquelle nous pouvons hardiment compter cent cinquante mille morts, ci 150.000

Les massacres de Mérindol et de Cabrières sont peu de chose après cela. Vingt-deux gros bourgs brûlés; des enfants à la mamelle jetés dans les flammes ; des filles violées et coupées en quartiers ; des vieilles femmes qui n'étaient plus bonnes à rien, et qu'on faisait sauter par le moyen de la poudre à canon qu'on leur enfonçait dans les deux orifices ; les

A reporter.., 2.200.800

1 84 PIGAULT-LEBRUX

Report...... 2.200.800

maris, les pères, les fils, les frères, traités à peu près de même : tout cela ne va qu'à dix-huit mille, et c'est bien peu, ci 18.000

L'Europe en feu depuis Léon X jusqu'à Clément ÏX ; le bois renchéri dans plusieurs provincee par la multitude des bûchers ; le sang versé à flots partout ; les bourreaux lassés en Flandre, en Hollande, en Allemagne, en France, et même en Angleterre ; la Saint-Barthélémy, les massacres des Vaudois, des Cévennes, d'Irlande, tont cela doit aller au moins à deux millions, ci 2.000.000

On assure que l'Inquisition a fait brûler quatre cent mille individus.

Réduisons encore de moitié, ci. . . . 200.000

Las Cases, évèque espagnol, et témoin oculaire, atteste qu'on a immolé à Jésus douze millions des naturels du Nouveau-Monde. Réduisons cela à cinq millions; c'est être beau joueur, ci 5 . 000 . 000

Réduisons, avec la même économie, le nombre des morts pendant la guerre civile du Japon : on le porte à quatre cent mille, et je n'en compterai que trois cent mille, ci. . 300.000

Total. 9.718.800

Le tout, ajoute Voltaire, ne monte qu'à la somme de neuf millions sept cent dix-huit mille huit cents personnes égorgées, noyées, brûlées, rouées ou pendues pour l'amour de

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Dieu. Dans ce compte ont été oubliés deux cent mille Saxons égorgés parCharlemagne, afin de persuader aux autres l'excellence du christianisme. J'espère qu'on n'aura plus de pareils calculs à faire ; mais à qui en aura-ton l'obligation ?

Les hommes qui veulent avilir Voltaire et les écrivains de mérite qui l'ont secondé, ne seraient-ils pas bien aises qu'on pût continuer ces calculs-là? hein, Geoffroi ?

Une observation que Voltaire n'a pas faite (un grand homme n'est pas obligé de penser à tout), et que je fais, moi, pauvre petit, c'est que nos chers abbés se servent des passages de leurs livres qui favorisent leurs passions ou leurs intérêts, et qu'ils laissent les autres dans la poussière des bibliothèques. Moi, j'aime à fouiller dans cette poussière-là, et j'y trouve la condamnation des persécuteurs quels qu'ils soient et de quelques prétextes qu'ils s'appuient.

Saint Hilaire. liv. 1", dit : Si on usait de violence pour la défense de la foi, les évoques s'y opposeraient.

Lactance, liv. 3, dit : La religion forcée n'est plus la religion; il faut persuader et non contraindre.

Saint Athanase, liv. i^", dit : C'est une exécrable hérésie de vouloir attirer par la force, par les coups, par les emprisonnements, ceux qu'on n'a pu convaincre par la raison.

Saint Augustin dit : Persécuterons-nous ceux que Dieu tolère?

Saint Bernard dit dans ses lettres : Conseillez, et ne forcez pas.

Combattez ces gens-là, Geoffroi; démentezles, vous en êtes digne.

Il est fâcheux qu'après s'être ainsi prononcé, saint Augustin ait persécuté les donatistes, et que saint Bernard ait prêché les croisades. Nous autres bourgeois de Paris, nous raisonnons aussi sensément que les saints, quand nos passions ne nous dominent pas, et les samts déraisonnent comme nous, quand leurs passions les dominent.

Il est si malheureusement vrai que les mêmes hommes réunissent tous les extrêmes, que les ministres protestants, qui reprochent aux prêtres romains leurs vices, leurs cruautés, qui rejettent avec horreur et l'excommunication et l'inquisition, ont donné dans les mêmes excès.

François Gomar, théologien protestant, soutenait que Dieu a destiné de toute éternité la plus grande partie des hommes à brûler éternellement. Ce dogme est celui de toutes les sectes chrétiennes. Le grand-pensionnaire de Hollande, Barnevelt, trouvait, à soixantedouze ans. de la consolation à croire qu'il serait sauvé, parce que Dieu ne peut haïr ses créatures. Il publiait son opinion, honorable au créateur: qu'arriva-t il? Un synode s'assembla, le fit comparaître, et le condamna, le 13 mai 1619, à avoir la tête tranchée, pour aooir, dit la sentence, contristé, au possible, l'Eglise de Dieu. Après cette multitude d'exemples, le diable lui-même ne voudrait pas être Chrétien, et nos bonnes femmes abjureraient leur religion, si elles la connaissaient.

Œ Mais, mon cher monsieur, me dit mon

« abbé, pourquoi cet acharnement? — Mon « cher, il faut dire la vérité aux hommes. — « J'avoue que, dans mille occasions, des « prêtres indiscrets. . . — Ah ! indiscret est « joli. — Des prêtres indignes de leur mi- « nistère... — A la bonne heure. — Ont dés- « honoré la religion. — Je vous défierais de « le nier. — Mais la religion est bonne. — « Ses principes sont atroces. — Et puis, le oc fanatisme est éteint. — Il dort, l'abbe; il « faut garantir les hommes du réveil. »

Il n'y a guère que deux cents ans depuis que le pape Clément VIII refusait de reconnaître Henri IV pour légitime roi de France, à moins qu'il ne se soumît à certaines conditions, plus impertinentes les unes que les autres. La plus révoltante était d'exiger que le grand, que le brave Henri se coucherait sur le ventre et recevrait les étrivières de M. le légat. Il fallut que le roi composât avec ce faquin de Clément. Tout ce qu'il put obtenir, après bien des négociations, c'est qu'il serait fouetté à Rome, par procureur, et de la main même de sa sainteté.

Ce même Clément VIII convoitait la ville de Ferrare, et il fallait un prétexte pour s'en saisir : le pape prétendit que César d'Esté, prince souverain de cette ville, n'était pas assez noble du côté de sa grand'mère; qu'ainsi les enfants qu'elle avait faits étaient bâtards et inhabiles à hériter, et il s'empara de Ferrare; et cette friponnerie, apostoliquement scandaleuse, n'éprouva aucune espèce d'opposition.

Ah : le fanatisme est éteint; et il n'y a pag

plus de cinquante ans que des jésuites entrèrent dans la conspiration ourdie contre la personne du roi de Portugal; et il n'y a que cinquante ans que ce prince se crut obligé de demander à Rome la permission de faire juger ces prêtres assassins.

Il y a quarante-trois ans qu'un fanatique assassina le roi de France, et il répondit, à son premier interrogatoire, qu'il avait obéi à sa religion, et que qui n'est bon que pour soi n'est bon à rien.

Ce qu'il y a de plaisant, si on peut plaisanter sur pareille matière, c'est que les rois, constamment victimes du fanatisme, en ont eux-mêmes été infectés. Giiillaume-ie- Bâtard s'ingéra de guérir les écrouelles arec le bout du doigt. Les rois de France furent bien aises de faire des miracles, comme les rois d'Angleterre, leurs vassaux, et ils touchèrent aussi les écrouelles. Cette prérogative leur fut fidèlement conservée, et Jacques II, qui perdit le trône d'Angleterre pour avoir trop aimé la messe, Jacques II, qui vivait à Saint-Germain des aumônes de Louis XIV, avait l'impertinence d'y toucher les écrouelles, d'après son titre de roi de France, que ceux d'Angleterre ont gardé jusi[u'à Georges III inclusivement.

Sous ie règne de Louis XV, on imprima un livre intitulé l'Accord de la ReUgion et de VHumaniié. L'auteur, très humain, dit, pag.89 et 90 : S'il y a chez vous beaucoup d'hétérodoxes, ménagez-les, persuadez les. S'il n'y en a qu'un petit nombre, mettez en usagre la potence dt les galères, et vous vous wi trou-

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verez bien. Il dit, pag. 149 : L'extinction totale des protestants en France n'affaiblirait pas plus l'Etat qu'une saignée n'affaiblit un malade bien constitué! La Sorbonne s'est tue! Gela ne m'étonne pas ; le parlement s'est tu : c'est que l'aut-ur était un homme d'Etat.

Un prêtre du pays de Galas, l'abbé de Cavayracafait imprimer, il y a trente ans, une apologie de la Saint-Barthélémy.

Il y six mois qu'un curé persuada à un mari auvergnat d'étrangler sa femme, parce qu'elle était jacobine. La malheureuse périt, et son époux, plus malheureux, porta sa tète sur l'échafaud.

Oui, le fanatisme dort; mais il ne faut, pour le réveiller, que des prêtres qui puissent tout dire, et des chrétiens qui osent tout faire.

« Je le répète, éclairons les hommes, déac masquons les fripons. — Je le répète, vous a êtes un athée.— Vous êtes un croque- Dieu. »

Il faut une morale. La véritable est celle qui assure le bien de tous. La plus simple est la plus auguste, la plus certaine. Prêtres, refaites vos livres, ou plutôt brùlez-les. Supprimez, sans retour, ces fables qui abrutissent l'esprit humain; abjurez ces principes atroces qui cent fois ont fait de ce globe un immense cimetière. Annoncez la vertu dans toute sa pureté; peignez-la douce, aimante, tolérante surtout. Prêchez-la par votre exemple, et le monde que vous avez trompé, dévasté, oubliera tout pour vous bénir.

Le rôle qui vous reste «st encore assaz bww. PIN DU aTATEUR

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