CHAPITRE IX
Nous voilà arrivés au temps présent, à hier, à aujourd'hui, et nous n'avons pas examiné comment cette petite secte obscure, ignorée à sa naissance, s'est répandue sur une grande partie du globe et y a dominé.
Je sens bien que lorsqu'on a prouvé la futilité du dogme, le ridicule des cérémonies, il ne reste plus rien à prouver ; mais il peut être curieux d'observer sommairement par quels degrés ont passé les successeurs d'un marchand de turbots, pour arriver au pouvoir souverain, et tenir en tutelle toutes les autres puissances.
On ignore absolument les noms des premiers pasteurs qui gouvernèrent dans l'obscurité, à Rome, l'obscure et faible troupeau des Chrétiens. Ceux qui soutiennent que saint Pierre fut le premier évèque de Rome, n'ont lu que les œuvres de sainte Thérèse et de Marie-à-la-Coque ; qu'ils lisent la première épître de saint Paul aux Corinthiens, ils verront que dans la primitive Eglise il n'y avait point de dignités ecclésiastiques.
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Cette secte inconnue ou méprisée s'étendait insensiblement. Prêcher le mépris des richesses, c'est s'assurer l'appui de ceux qui n'ont rien, c'est leur laisser entrevoir la possibilité d'une loi agraire, et la canaille, qui n'a rien à perdre et tout à gagner dans les troubles, ne manque point d'en susciter quand on ne la réprime pas. Les empereurs sévirent contre quelques chrétiens turbulents, et aussitôt la secte crie à l'oppression ; elle se réunit, ses membres s'encouragent, les tètes séchaufifent, l'enthousiasme fait des prosélytes nouveaux, la secte devient redoutable à ses maîtres. Il faut qu'elle domine, ou qu'elle soit écrasée : la canaille chrétienne triompha.
Les meneurs des Chrétiens, car il y en a en religion comme en politique, sentirent quels avantages ils pouvaient tirer des divisions qui agitaient l'empire. Jusqu'alors ils avaient abhorré la guerre ; mais il n'est pas de prince, pas de dogme qui ne soit subordonné à l'intérêt. Les Chrétiens eurent la politique de se donner à Constance Chlore. Ils combattirent pour Constantin son fils; ils vainquirent son compétiteur au trône, et ils changèrent la religion de l'empire.
Constantin, empereur malgré les Romains, Constantin chrétien devait être détesté de tout ce qui ne suivait pas la religion nouvelle. Licinius, son beau-frère, assassiné par lui; Licinien, son neveu, massacré à l'âge de douze ans; Maximien, son beau-père, égorgé à Marseille; son fils Crispus misàmort après lui avoir gagné des batailles; son épous»
Pausta étoufïée dans un bain , tous ces meurtres n'empêchèrent pas les Chrétiens d en faire un saint, ce qui prouve assez qu'ils ne valaient pas mieux que lui ; mais ces crimes ajoutèrent à la haine des anciens Romains. Peut-être le désir de se soustraire à l'exécration publique déter-mina-t-il Constantin à transférer le siège de l'empire à Byzance. C'est à cette translation que les papes durent toute leur grandeur.
L'évêque de Rome jetait peut-être déjà les fondements de cette étonnante et ridicule puissance dont s'investirent ses successeurs; mais il n'avait aucune suprématie sur les autres évêques, et il n'avait aucun crédit dans Rome. Lorsque Alaric assiégea cette ville, en 408, le pape Innocent I'''' n'était pas assez puissant pour oser trouver mauvais qu'on sacrifiât aux dieux du Capitole, pour obtenir leurs secours contre les Goths. En Italie, Jupiter était encore plus fort que Dieu-Jésus.
Mais en l'an 451, lorsque Attila vint dévaster ces belles contrées, l'empereur envoya le pape Léon I"et deux personnages consulaires négocier avec Attila : les papes commençaient à être des personnages.
Us étaient loin cependant de la splendeurdont brillait le clergé d'Orient. Je juge de la différence par la conduite que tenait, à peu près dans le même temps un Léontius, évêque de Tripoli, car il y a eu des évêques à Tripoli, et la côte de Barbarie n'a pas toujours appartenu à ces damnés musulmans, qui vous damnent à leur tour. Ce Léontius devait son siège à l'impératrice Eusébie;elle
désira le voir, et le saint évêque lui fit dire qu'il n'irait point la voir, à moins qu'elle ne le reçût d'une manière conforme à son caractère épiscopal ; qu'elle ne vînt au-devant de lui jusqu'à la porte, qu'elle ne reçût sa bénédiction en se courbant, et qu'elle ne se tînt debout jusqu'à ce qu'il lui permît de s'asseoir. Il faut être bien riche pour se brouiller ainsi avec sa bienfaitrice, et bien puissant pous traiter impunément sa souveraine avec cette grossière impertinence.
Aussi ne fût-ce que des siècles après qu'Innocent III fut assez fat pour dire que l'évêque de Rome est le souverain maître de l'univers; que Jes princes, les magistrats, lesévèques, n'ont d'autre autorité dans l'Eglise, ou dans l'Etat, que celle qu'il veut bien leur accorder.
Ce fut plus longtemps après encore que Boniface VIII dit,, dans sa bulle Unum sanetum, l'Eglise a deux glaives, l'un temporel, l'autre spirituel : les princes sont et doivent être soumis au dernier, et ils ne peuvent disposer de l'autre que par l'ordre et la volonté des pontifes.
Quel changement depuis le jour où leDieu de ces humbles prêtres avait comparu sans résistance davant un officier de police de Jérusalem ! Mais revenons.
Après le partage du monde connu en deux empires, les papes ménagèrent longtemps les empereurs d'Occident : ces prélats n'étaient pas encore assez forts pour être impertinents. C'est de l'empereur qu'ils recevaient la dignité pontificale, c'est à l'empereur
qu'ils étaient soumis, c'est l'empereur qui les protégeait contre leurs ennemis, et ils n'en manquaient pas.
Pépin leur donna quelques terres de l'exarcat de Ravenne; Gharlemagne leur avait donné la Sicile, la Corse, la Sardaigne. Il n'y avait qu'une nullité dans la donation, c'est que rien de tout cela n'appartenait à Gharlemagne ; mais le? papes prenaient toujours, parce que saint Paul a dit aux Corinthiens, chapitre o : N'avons-nous pas le droit de vivre à vos dépens et de mener avec nous une femme? Ce mot de saint Paul n'a pas un rapport très direct à la chose ; mais on l'appuie d'un autre dictum de Jésus à ses apôtres : Prenez ce qu'on vous donnera.
Cet autre mot ne signifie pas : Prenez des effets volés; mais il ne veut pas dire le contraire, ainsi les papes ont pu prendre en sûreté de conscience.
L'appétit vient en mangeant. Adrien l^" fit valoir une donation de Constantin, qui faisait présent à l'Eglise de Rome d'une portion de l'Italie, et ce qui prouve incontestablement fauthenticité de cette pièce, c'est qu'il fut défendu d'en douter à peine d'être déclaré hérétique, et cette déclaration-là vous menait loin.
Les successeurs d'Adrien s'occupèrent constamment du soia d'étendre le patrimoine de saint Pierre, qui ne posséda en propre que ses filets. C'est sans doute en vertu de ces filets que les papes ont prétendu depuis à l'empire des mers.
Henri lil, empereur, donna à l'Eglise Bé-
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névent, qui ne lui appartenait pas plus que la Sicile à Gharlemagne. Le duc régnant était le plus faible, et le pape, qui avait toujours présent à l'esprit le prenez ce qiCon vous donnera, s'accommoda de Bénévent.
La malheureuse Jeanne de Naples fat obligée de vendre à l'Eglise le comtat d'Avignon. L'Eglise]acheta et;ne paya point, en vertu du dlctuia de Paul : N'avons-nous pas le droit de vivre à vos dépens ?
Grégoire VII hérita de la princesse Mathilde, sa douce amie, en vertu d'un testament par lequel elle abandonnait tout à l'Eglise, pour le salut de son âme et celui de ses parents décédés. 11 est assez drôle que Mathilde dépouillât ses parents vivants pour le bien de ses parents morts. Mais il était tout simple que le pape acceptât, parce que rien n'est respectable comme la dernière volonté d'un mourant.
Alexandre VI enrichit considérablement le saint-siège, Bologne, Rimini, Paënza, Pérouse, Ostie, Forli, Urbin furent escamotés à leurs propriétaires par des moyens un peu extraordinaires à la vérité : la perfidie, l'empoisonnement, l'assassinat ne sont pas prescrits par l'Evangile; mais aussi l'Evangile ne défend rien de tout cela au pape, et il est dans les droits de l'homme de faire tout ce que la loi ne défend pas. Au reste, pour tout arranger, Alexandre VI donnait des indulgences in articulo mortis à ceux qu'il expédiait pour l'autre monde.
Jules II ajouta, par des moyens plus doux, à la puissance temporelle des papes, et lors-
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qu'on règne par la force et par l'opinion, il n'est pas de bornes où on doive s'arrêter.
Gomme les propriétés territoriales dépendent de mille cas fortuits que la prudence humaine ne peut prévoir ni éviter, il est bon de joindre au produit des terres qu'on peut perdre un revenu certain, et c'est encore ce que firent les papes. En prenant à droite et à gauche^ ils lisaient les auteurs sacrés et même les profanes.
Ils trouvèrent que les prêtres égyptiens avaient toujours joui des dîmes et étaient exempts de toute charge publique. Il était difficile de faire valoir l'exemple des prêtres païens en faveur de ceux du vrai Dieu; mais on trouva que Mo'ise, Egypt'en lui-même, avait adopte l'usage commode des ministres du dieu Apis : Moïse n'était pas prêtre, et cette autorité pouvait être récusable; mais Aaron, son frère, était premier pontife, et lui et ses lévites jouissaient de la dîme. Or, les papes, qui détestent les Juifs, sont incontestablement les successeurs du juif Aaron, et Innocent II pria le Saint-Esprit de déclarer, au concile de Latran, en 1139, que les dîmes sont de droit divin. Le Saint-Esprit, qui s'intéresse au bien-être des ecclésiastiques, fit plus qu'on ne lui demandait, il déclara, en outre, que tous les laïques qui posséderaient des dîmes seraient excommuniés d'e droit.
A ce droft de dîme on joignit le droit d'annates, le droit d'indulgences, le droit de dispenses. Jean XXII ajouta à tous ces droits le droit de crime. Pour quatre tournois lai laïquô
pouvait coucher avec sa mère ou sa sœur. Le père et ]a fille payaient plus cher, mais ils pouvaient s'amuser chrétiennement en payant au Saint-Père dix-huit tournois. Un diacre pouvait assassiner pour douze tournois. L'abbé, révêque, plus riches, n'avaient le droit de poignarder leur homme que pour la somm» de trois cents livres. Pour quelque argent on pouvait faire un petit monstre à sa chèvre, et gagner honnêtement sa vie en le montrant. On payait, et on allait pécher après. .Joinville nous apprend que le cardinal de Lorraine avait une indulgence qui lui remettait d'avance, et à douze personnes de sa suite, trois péchés à leur choix.
Pour percevoir tranquillement ces impôts, il fallait que la soumission des esprits allât jusqu'à l'aveuglement, et il était tel, que personne ne doutait que le pape n'eiît les clés du paradis, et bien des gens le croient encore : idée burlesque, diificile à expliquer, car par paradis on entend le ciel, et les étoiles fixes, et les planètes ne sont certainement pas le ciel. Si par le ciel on entend l'espace dans lequel roulent ces globes, il y a erreur; car où il n'y a rien de solide, il n'y a pas de portes, et par suite point de clés. 8i on suppose un paradis matériel, situé on ne sait où, il y a erreur encore, car des âmes nont pas besoin qu'on leur ouvre la porte, elles passent fort bien par le trou de la serrure. C'est pourtant avec ces clés qu'on a mené le genre humain par le mez.
La preuve essentielle en France de la puàssance spirituelle du p«ape.. c'est que Jésus a
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dit à Pierre : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Eglise. Il ne serait pas étonnant que Dieu-Jésus, qui chantait, fît aussi des jeux de mots. Mais celui-ci est évidemment de la composition d'un prêtre français, car Pierre, nom propre, est en italien Pietro, en espagnol Pedro, en anglais, en flamand, Peter; et ni Pietro, ni Pedro, ni Peter ne signifient pierre ou caillou. Aliez dire à une dévote de la rue Saint Denis que Jésus n"a pas dit : Vous êtes Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Eglise, et tâchez de vous en tirer un œil de reste.
Pendant qu'on menait la canaille et qu'on lui extorquait de l'argent avec des mots, on cherchait à miner l'autorité des souverains et à étendre la sienne sur tout le monde chrétien.
Hildebrand, né pour la condition la plus vile, et parvenu au pontificat par ses menées, comme tant d'autres, cet Hildebrand, connu sous le nom de Grégoire VII, ôta vér.tablement la ville de Rome aux empereurs d'Occident. Il s'attribua exclusivement le titre de pape, que partageaient avec lui les évèques ; il fut le premier pontife souverain. Pour se maintenir, il excita des troubles de tous les côtés et parvint à mettre l'Europe en feu. La nuit dans les bras de sa Mathilde, le matin faisant son Dieu, combattant le soir le pot en tète et la dague à la main, il se comparait à Booz coifchant avec Rulh, à Moïse voyant Je Seigneur, lui parlant, et le touchant dans le buisson de feu; à saint Pierre coupant les oreilles à Malchus ; et on lui trouva une res-
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sembiance si parfaite avec ces trois hommes divins, qu'il fut fait saint de la façon de Benoît XIII. On composa même un office de saint Grégoire. C'est bien dommage que Mandrin a été laïque! nous aurions peut-être l'office de saint Mandrin.
C'est beaucoup d'être souverain et de traiter ses anciens maîtres comme ses égaux; mais le lieutenant-général de Dieu peut-il n'être pas indigné de cette égalité? Les premiers papes se prosternaient devant les empereurs, et Adrien I"" avait exigé qu'on lui baisât les pieds en paraissant devant lui. Cet acte était avilissant; mais on voulait bien n'y voir qu'un simple cérémonial. Le croirezvous, le représentant de ce Dieu si pauvre ne fut pas satisfait d'être souverain et de se faire baiser les pieds!
L'ambition des papes vous choque; vous trouvez extraordinaire, vous trouvez mauvais qu'ils soient souverains. Que vous êtes bon! Les Japonais n'ont-ils pas été gouvernés pendant dix-huit cents ans par leurs daïris, ou souverains pontifes? Les Brachmanes n'ont ils pas régné dans l'Inde au nom de leur dieu Brama? Numa Pompilius, qui avait des conférences avec la nymphe Egérie, et qui ne parlait que de la part des dieux, n'était-il pas •roi et pontife? Les druides ne gouvernaient-ils pas les Celtes? Mahomet et les califes ses successeurs, n'ont-ils pas soumis et gouverné une partie de la terre? De nos jours, le roi d'Angleterre n'est-il pas chef de l'Eglise anglicane? Vous me direz que ces ge as-là sont des païens ou des hérétiques ,et que ce n'est pas chez eux
que le pape doit chercher des exemples : ma foi, on en prend partout quand ils sont bons à suivre. Félicitez-vous de ce que la théocratie n'est point universelle. Les hommes sont si faciles à persuader, si aisés à mener, si bêtes quand on leur parle au nom de Dieu!
Les papes sont tellement convaincus de cette vérité, que, maîtres de l'esprit des peuples, ils n'ont pas balancé à parler aux souverains le langage du diable à Jésus-Christ : Hœc omnia tibi dabo, si cadens, adoraveris me. Je te livrerai tous tes sujets pieds et poings liés, si tu veux t'humilier devant moi. Il n'est pas beau d'emprunter le langage du diable ; mais qu'importe, pourvu que les souverains obéissent.
Résistent-ils, le royaume en interdit, les sujets déliés du serment de fidélité, la guerre civile; et si tout cela ne suffit pas, le poignard.
Depuis Philippe I" jusqu'à Louis VIII, tous les rois de France ont été excommuniés. Tous les empereurs l'ont été depuis Henri VI jusqu'à Louis de Bavière. Plusieurs rois d'Angleterre ont été frappés de la fulmination papale, qui n'est rien en elle-même, et qui est tout, quand les sujets sont devrais Chrétiens, ne connaissant que leur Dieu méchant, cruel, perfide, et s'efforçant de lui ressembler. Rappelons-nous un malheureux roi de France qui avait épousé sa cousine, avec dispense du marchand de dispenses.
L'inclination et le bien de l'Etat unissaient également Robert à Berthe. Grégoire V osa
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imposer au roi une pénitence de sept ans ; il lui ordonna de quitter sa femme enceinte, il excommunia les évêques qui avaient béni ce mariage ou qui y avaient assisté. Toute la France se tut et abandonna lâchement son chef; trois domestiques lui restèrent fidèles, mais ils lui présentaient ses aliments au bout d'une longue pièce de bois; ils purifiaient par le feu ce qu'il avait touché.
Sa femme, sa cousine, son amie, tourmentée pendant sa grossesse par la crainte de Tenfer, qu'on lui montrait sous ses pas, accoucha d'un monstre, et on eut la cruauté de le présenter à sa mère dans un plat d'argent !
Pardon, j'avais promis d'être toujours gai, et je cède un moment à mon indignation; mais quel Dieu que le Dieu qu'il faut que je reconnaisse dans un semblable vicaire !
Ce fut encore en, vertu de l'excommunication que Raymond de Toulouse fut dépouillé de ses biens au concile de Saint-Jean-de-Latran, 1215. Innocent II abusa du Saint-Esprit, et traita^ en son nom, avec ignominie, le malheureux à qui il ôtait tout.
En 1245, au concile de Lyon, Innocent IV excommunia l'empereur Frédéric II, le déposa, et lui interdit le feu et l'eau. Au concile de 1179, Alexandre III avait donné la préséance sur les évêques aux cardinaux, qui n'étaient rien dans la hiérarchie ecclésiastique. Au concile de Lyon, Innocent IV leur donna un chapeau rouge, en signe de la guerre d'extermination qu'il voulait faire, et qu'il voulait qu'ils fissent à l'empereur. Le chapeau rouge
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a donc précisément Torigine du bonnet révolutionnaire qui a déshonoré la France. Cette guerre papale amena la destruction de la maison de Souabe, et trente ans d'anarchie en Allemagne.
Quand l'insolence est portée impunément à ce point, s'étonnera-t-on que l'insolent se décore d'une triple couronne, et se déclare hautement le supérieur des rois?
Cependant ces- pontifes, qui foulaient les souverains aux pieds, n'étaient pas constamment heureux. Tous ceux qui pouvaient soudoyer un parti voulaient être papes. A diverses époques, Dieu faisait pleuvoir des papes, comme il lui plaît parfois de faire pleuvoir des pierres qui écrasent le genre humain; et si j'écrivais l'histoire, je ferais celle de vingt guerres de papes contre papes, d'évêques contre évèques; je rapporterais les crimes qui délivraient les prétendants de leurs compétiteurs. 0 Jésus ! Jésus! pourquoi es-tu né, ou pourquoi de ton cadavre a-t-on fait un vampire?
Il y avait des gens que l'excommunication ne persuadait pas; ces gens-là parlaient. Il fallut trouver un saint moyen de les réduire au silence : on imagina l'Inquisition.
Rien de sacré, rien d'incontestable, rien d'aussi ancien que l'institution de ce tribunal. Dieu lui-même l'institua, selon Louis de Paramo, par ces paroles : Adam.ubi es?
Louis de Paramo prétend que, sans cette citation, la procédure de Dieu contre Adam eût été nulle, parce que tout procès commence par une assignation.
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Selon Paramo, les habits de peau dont se couvrirent Adam et Eve sont le modèle du San-Benito.
Selon Paramo, .\dam perdit, après sa chute, tous les immeubles qu'il avait dans le paradis terrestre, et c'est ce qui autorise le saint-office à confisquer les biens de ceux qu'il condamne.
Paramo assure que c'est une action très louable de brûler les hérétiques, parce que Dieu brûla les habitants de Sodome, et qu'être hérétique c'est prendre une fausse route.
Paramo fait le dénombrement très exact de ceux que la très sainte Inquisition avait fait brûler en 1589, et il avoue, à son grand regret, qu'il n'y en a pas encore cent dix mille. C'est un drôle de corps que ce Paramo!
Vous ne savez pas comment la très sainte Inquisition s'établit en Portugal. Paramo vous l'apprend encore.
Un coquin, nommé Savédra, jugeait très commode de jouer le légat. Il trouvait partout une bonne table, de l'argent et des honneurs, et pour avoir tout cela, il ne lui fallait qu'une jaquette rouge, qu'on se procure à peu de frais. Savédra, suivi de quelques coquins de son espèce, en soutane noire et en rabat, arriva à Lisbonne, et se présenta effrontément au roi Jean III.
Le roi Jean III fut très étonné que le pape Paul IV lui ait envoyé, sans l'en prévenir, un légat chargé d'établir le saint-office dans ses Etats; mais comme le roi Jean savait bien que le serviteur des serviteurs de Dieu ne se pique pas de politesse envers les rois,
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et que la mauvaise humeur de l'homme à la triple couronne avait toujours des suites fâcheuses, il se garda bien de déranger Téminence Savédra de ses fonctions, et il fit partir secrètement un courrier pour Rome. Avant que le courrier fût de retour à Lisbonne, le légat Savédra avait fait brûler deux cents personnes, et volé deux cent mille écus.
Il faut être vrai, Savédra n'était pas prêtre; mais le pape Paul IV l'était, et il ratifia tout ce que Savédra avait fait. Ce qui avait été bon à prendre pour l'un, fut bon garder pour l'autre. Paramo, Histoire de l'Inquisition.
Tout était du ressort de l'Inquisition, jusqu'à rastronomie.il paraît difficile de trouver des hérésies dans les raisonnements qu'on fait sur les corps célestes; mais on en trouve où on veut. L'Inquisition s'empara de Galilée, qui avait prouvé que le soleil est fixe, et que les planètes tournent autour de lui. On lui remontra qu'il est évident que c'est le soleil qui marche, puisque Josué l'arrêta. Galilée pouvait répondre, dit Voltaire, que c'est depuis ce tempslà qu'il ne marche plus. Quoi qu'il en soit, Galilée fut mis au pain et à l'eau : on lui fit dire régulièrement son rosaire, pratique utile et très instructive. S'il n'eût j)as été fortement protégé par le grand-duc de Toscane, il était brûlé pour avoir eu raison, parce que avoir raison, c'est être hérétique.
J'avoue que l'Inquisition s'est fort adoucie depuis que les yeux se sont ouverts; je sais bien qu'un pape qui s'aviserait aujourd'hui de mettre un Etat en interdit se ferait rire
au nez. Et à qui doit-on les lumières qui ont brisé ces armes méprisables? à ceux qu'on calomnie tous les jours, qu'on peint à la canaille de toutes les classes comme des perturbateurs de la société. Au reste, lorsqu'on a lié pieds et poings à un enragé, qu'importe qu'il crie? L'enragé, c'est Geoffroi.
Cependant, comme il est bon de maintenir les anciens et utiles usages, en attendant le moment de leur rendre leur vogue et leur force première, l'Eglise continue à excommunier les sorciers et les comédiens. Il n^y a plus de sorciers; à leur égard, l'excommunication n'a lieu que pour nous entretenir dans l'habitude du mot. Quant aux comédiens, c'est autre chose, l'excommunication les frappe réellement, et je suis forcé de convenir qu'elle est établie d'après une autorité respectable. Tertullien a fait sur les spectacles un livre qu'aucun comédien n'a jamais lu, et qu'ils devraient pourtant lire tous, car il me semble qu'on doit être bien aise de savoir pourquoi on est damné. Tertullien dit que le diable élève les acteurs sur des brodequins pour donner un démenti à Jésus- Christ, qui assure que personne ne peut ajouter une coudée à sa taille. C'est une idée précieuse que celle de Tertullien, et qui justifie du reste la sévérité de l'Eglise.
Cependant, en théologie, il y a toujours deux manières de voir les choses, parce que rien n'est clair comme la théologie. Or, je soutiens que, loin d'excommunier les comédiens, on devrait les béatifier, et j'ai aussi une autorité respectable en faveur de la béatification; c'est
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celle de saint Grégoire de Naziance, qui vaut bien Tertullien. Or saint Grégoire institua un théâtre; il composait les pièces qu'on y jouait, et il montra quelquefois du talent. Ses acteurs étaient ses disciples , et il partageaient la sainteté du maître, dont ils répétaient saintement les saintes tirades. Nos comédiens sont les successeurs des comédiens de saint Grégoire : pourquoi ne partageraient-ils pas le paradis avec eux?
La France doit la bonne tragédie et l'opéra à deux cardinaux. Richelieu et Mazarin n'ont pas relevé les acteurs de l'excommunication, donc ils sentaient qu'elle était mal appliquée, et par conséquent nulle ; donc jouer la comédie est œuvre pie.
Au surplus, pour prévenir les tracasseries, les criailleries et Téclat, je conseille aux comédiens de renoncer à la manie de se faire porter, après leur mort, à l'église, où ils n'ont pas mis le pied de leur vivant. Revenons encore : l'ordre des matières me fait souvent oublier l'ordre chronologique.