CHAPITRE II
Nous avons marqué les pièces de l'habit d'Arlequin que nous avons reconnues, et il y en a beaucoup. Nous avons trouvé les Ghaldéens sur un bras, les Egyptiens sur l'autre, les Phéniciens sur l'estomac, les Indiens sur l'omoplate, les Syriens sur l'os pubis, les Grecs sur une cuisse, les Romains sur une jambe. Voyons maintenant quel usage on a fait de ces larcins innocents : jugeons l'ensemble de l'habit.
Les livres juifs sont incontestablement la base de la religion chrétienne, à ce que dit mon abbé, parce que les prophètes juifs ont
annoncé Jésus, parce que Jésus descend en ligne directe de David, l'homme selon le cœur de Dieu, malgré ses peccadilles; parce que Jésus naquit Juif, et se soumit aux cérémonies juives, et voil|, pourquoi nous ne sommes plus Juifs, voila pourquoi nous brûlons les Juifs. Voyons au reste ces livres fameux, et, comme Petit-Jean des Plaideurs, commençons par le commencement.
Les raisonneurs observent qu'il n'y a pas de succession dans Dieu; que ce qu'il a voulu dans un temps, il l'a voulu toujours: que vouloir et faire étant pour lui la même chose, le monde est éternel comme lui; mais ces raisonneurs déraisonnent, parce que la Ge." nèse prouve que Dieu a été des milliards de siècles dans l'inaction, et qu'enfin il s'avisa de la création, comme un marchand de la rue Saint-Denis propose, inopinément, une partie de Saint-Gloud ou de boulevard, système qui donne de Dieu une idée bien plus précise que celle des raisonneurs, qui voient tout en grand et en masse, tandis que Moïse nous apprend que Dieu a tout vu en petit, qu'il a fait, qu'il a défait, et que, de son aveu, il n'a rien fait de bon. Les raisonneurs prétendent que si on voulait tourner Dieu en ridicule, on ne le peindrait pas autrement que l'a fait l'auteur de la Genèse; mais encore une fois, les raisonneurs ont tort.
" C'est cependant ce que vous devriez exact miner, me dit un de ces messieurs. Le sage « discute avant de prononcer. —Hélas! mon a cher monsieur, je ne suis pas un sage: « n'importe, examinons. »
L'éduction du néant absolu est une invention assez moderne. Le texte hébreu dit &ara/i, et un rabbin de mes amis m'apprend, car je ne sais pas l'hébreu, que ce mot signifie arranger, disposer. Ce qui me fait croire que mon rabbin pourrait bien avoir raison, c'est que dans la version latine, on a traduit barah par le mot formavit, qui veut bien dire arranger, disposer, et qui suppose la matière éternelle. Dans la traduction française, on a traduit formavit par le mot créa, ce qui ne veut pas du tout dire la même chose. Ex nihilo nihil, dit un vieil adage ; mais comme la toute-puissance de Dieu est démontrée, il peut avoir tout fait de rien.
La Sorbonne, qui aime beaucoup les détails, dans lesquels elle eût pu se dispenser d'entrer, nous donne de cette puissance l'idée la plus noble, en nous apprenant que Dieu peut faire qu'un bâton n'ait pas deux bouts. {Histoire de l'Université, par Duboullay.) « Et a moi aussi, dit le raisonneur, je peux faire a qu'un bâton n'ait pas deux bouts ; je n'ai et qu'à le ployer en cerceau. — Mais, ce ne et sera plus un bâton. — Mais la Sorbonne ne a dit pas que le bâton qui n'aura qu'un bout, « ou qui n'en aura plus, continuera d'être <t un bâton. »
Au reste, que Dieu ait créé ou arrangé la matière, voilà notre petit globe lancé dans l'espace. Je dis notre petit globe, parce que Mars, Vénus, Jupiter, Saturne, le Soleil et les Etoiles fixes ne furent faits qu'une autre fois.' A la vérité, je n'entends pas trop comment ce petit globe se maintint à sa place
sans les lois de lattraction et de la gravitation ; mais il n'est pas nécessaire que j'entende cela.
Une autrje fois, Dieu fit la lumière, a II est « bien étonnant, dit le raisonneur, que Dieu, a qui pouvait faire la lumière, soit resté des a millions de siècles dans les ténèbres. — ce Dieu n'avait rien à lire, monsieur. »
Quatre jours après avoir fait la lumière, Dieu créa le soleil. « Ah ! je vous y prends, a monsieur, il y a ici une contradiction, puisse que 'la lumière émane du soleil. — Pas du a tout, monsieur; il n'y a pas de contradictt tions ; M. Mercier ne vous a-t-il pas dit « que le soleil n'est pas lumineux? Qui osera « lui contester un système dont Dieu luia même est l'auteur. »
Dieu fit l'homme à son image, a Ah! Dieu u est donc corporel, car bien certainement cf un esprit na pas de formes, et nos corps a ne sont pas limage d'un esprit. — L'argu- <r ment est fort, j'en conviens. »
Dieu avait fait l'homme mâle et femelle. La version française ne parle pas de cela; il y a bien d'autres choses que la version française ne dit pas. Dieu avait donc fait l'homme mâle et femelle. Or, il n'en avait fait qu'un, il était assez difficile à Adam de se faire des enfants à lui-même. «Qu'en pensez-vous? me a dit le raisonneur. —La chose ne me paraît « pas possible, à moins qu'Adam n'ait eu ce un sexe dans une main, et le second dans « l'autre. »
Mais ce n'est pas dans la main qu'Adam avajt ses deux sexes, et Dieu vit que son
homme n'était pas bien. Il se ravisa, et trouva bon de lui donner une compagne. Il avait fait Adam de boue et de crachat, et il trouva convenable de lui escamoter une» côte pendant son sommeil, sans dolor, à la manière des dentistes italiens. De cette côte il fit une femme.
Dieu ôta aussi à Adam le sexe féminin, qu'il appliqua à la belle Eve, vous savez où : la Genèse ne dit pas cela, parce que cela va sans dire.
Voyez-vous l'aimable vierge, la plus belle des femmes sans doute, parce qu'elle est la seule que Dieu daigna façonner de sa main ; la voyez- vous lever sur Adam son grand œil bleu ou noir, selon votre goût, le baisser subitement, rougir de ce vif incarnat qui ajoute à la beauté, et s'enfuir dans un bosquet, pour donner à Adam l'idée de courir après elle?
Voyez-vous Adam, beau, miisculeux, agile, embrasé par le regard d'Eve? le voyez -vous voler sur ses pas? Entendez -vous Dieu leur dire avec bénignité : Croissez et multipliez'!
'< Ma foi, Monsieur, dis-je au raisonneur, je « trouve le tableau fort joli. — C'est dom- « mage, reprit-il, que Dieu, qui tient tant à a la multiplication, ait imaginé, depuis, cer- « taine maladie qui afflige cruellement ceux a qui veulent exécuter le précepte dans toute a son étendue. Il est vrai qu'en indemnité il a nous a donné du sucre, du café et du mer- « cure. «
Voilà donc Adam et Eve placés dans un paradis ou jardin, et multipliant du matin
au soir, parce qu'ils trouvaient le passetemps agréable. Du lieu de volupté sortait un fleuve qui arrosait le jardin, et de là se partageait en quatre fleuves; l'un s'appelle le Phison, qui tourne dans le pays d'Evilath, où croît l'or. Le second s'appelle Gébon, et il entoure l'Ethiopie. Le troisième est le Tigre. Le quatrième est VEuplirate.
On ne connaît plus, je crois, ni le Gébon, ni le Phison, mais on sait que l'Euphrate et le Tigre sont éloignés, à la source, de plus de soixante lieues. Quel jardin que ce jardin-là !
Et le Seigneur mit l'homme dans le jardin de volupté, afin qu'il le cultivât, ce Cela vous « est bien aisé à dire. Seigneur, ajoute le a raisonneur; un pareil jardin, et une femme i^ toute neuve! — Ma foi, lui dis-je, je com- « mence à être de votre avis. »
Dieu, qui a toujours une arrière-pensée, et qui était bien aise que .l'homme péchât, avait mis dans le jardin l'arbre de la science — du bien et du mal, et il défendit à Adam d'y toucher.
Adam aurait pu lui dire : Ah! Seigneur, laissez-moi connaître le mal, si vous voulez que je l'évite, et puis, pourquoi mettre ici l'arbre, s'il ne faut pas que j'y touche! « Que '< pensez -vous du dilemme? me demanda le a raisonneur.
«—Ma foi, mon cher ami, j'examinais ce les livres juifs de bien bonne foi, sans ma- Œ lice, satisfait d'avoir découvert que nous a n'avons presque rien à nous, nous autres a chrétiens; mais vous me séduisez, vous
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« m'entraînez, je me fais raisonneur. Raisonce nons donc de concert. »
Adam s'était promis tout bonnement d'obtir; mais le serpent, qui n'était pas organisé comme les serpenfs d'aujourd'hui, puisqu'il pariait, imagina de tenter notre belle maman : cest probablement pour cela que Dieu lui avait donné la parole.
Je ne sais pas comment le serpent persuada Eve, ce quil lui dit, ce qu'il lui fit. Je présume qu'il piqua sa curiosité: elle était femme.
L'aimable enfant porta sa main timide sur le fruit défendu; elle le cueillit, elle le goûta, elle en présenta à son amant avec ce sourire auquel l'amour ne sait rien refuser. Adam s'empoisonna avec elle.
Dieu, qui connaît parfaitement l'avenir, avait prévu tout cela, et il se fâcha comme s'il ne se fût douté de rien, ce qui n'est pas loyal.
Il dit à Adam qu'il mourrait, et Adam ne mourut point. Il lui dit qu'il cultiverait la terre à la sueur de son front ; Dieu oubhe qu'il lui a dit la même chose du jardin. Il condamne toute sa postérité, et plus tard il fait dire à Ézéchiel qu'il ne punit pas, dans les enfants, les iniquités des pères, ce qui n'est pas conséquent.
La jolie, l'ingénue Eve est condamnée, pour avoir été curieuse, à enfanter avec douleur. Pauvre petite !
Bien certainement Dieu la refit, car si elle était faite comme ses arrière-petites-filles, il était difficile qu'elle enfantât aussi volup-
tueusement qu'elle avait conçu. La Genèse ne dit rien de ce petit changement de conformation, qui méritait bien d'être cité.
Depuis la condamnation du premierhomme, l'arbre de la science a disparu de la terre. C'est dommage, un peu de ce fruit-là nous eût épargné bien des travaux, et le fruit adisparu avec l'arbre ; mais Eve a laissé à ses filles des pommes plus séiaifantes peut-être, et qui nous damnent aussi sûrement.
Malgré leur disgrâce, Adam et Eve font des enfants, cela console. Ces enfants sont grands, et ils offrent des sacrifices au Dieu qui, sciemment, a fait faillir le père : ces enfants-là ne sont pas rancuneux... Ah !... ils n'étaient pas prêtres.
Dieu reçoit sans raison les offrandes d'Abel, et, sans raison il rejette celles de Caïn : voilà du caprice. Il savait, puisqu'il sait tout, que cette injustice exciterait l'animosité de Caïn; et, en effet, Caïn tue son frère. Croyezvous que Dieu ne fut pas un peu l'assassin d'Abel? Il le crut probablement, car il prit Caïn sous sa protection immédiate ; il déclara que celui qui vengerait la mort d'Abel serait puni sept fois plus que Caïn, et il donna un signe au meurtrier, atin qu'on le reconnût. On a interdit des pères de famille bien moins extravagants.
Aussi, saint Augustin, qui n'était pas sot, bien qu'il lût un des pères de l'Eglise, dit, de Genesi contra Macliinœos, qu'on ne peut conserver les trois premiers chapitres de la Bible. Origène, Philos., p. 12, convient que si l'on prend à la lettre l'histoire de la création.
elle est absurde et contradictoire. Ne voilà-t-il pas que saint Augustin et Origène sont aussi des raisonneurs.
Le septième homme, après Adam, s'appelait Eaoch, et il fut ravi au ciel, quoiqu'il ne valût pas mieux que ses contemporains, dont Dieu commençait à être très mécontent. La Genèse ne va pas plus loin; mais saint Jude, qui aimait les contes bleus, nous assure qu'avant son ascension Enoch avait écrit un livre. Les arts avaient fait plus de progrès en sept générations, qu'ils n'en firent en sept siècles après la chute de l'empire romain. Quels hommes que ces premiers hommes !
TertuUien, qui ne veut pas être en reste avec saint Jude, nous apprend, lib. 1, de Cultu Fœminarum, que le livre d'Enoch fut conservé dans l'arche, et qu'Enoch, qui n'était plus sur la terre, en fit une copie après le déluge. Quel malheur que ces deux exemplaires soient perdus! quelles lumières ils nous donneraient sur l'enfance du monde !
Nous voilà arrivés à la grande catastrophe. Dieu, qui ne sait trop ce qu'il veut, se repent d'avoir créé l'homme qu'il avait pourtant fait à son image. Il pouvait, par sa toutepuissance, changer les cœurs des humains; il aima mieux les noyer; cela n'est pas très paternel.
Il ouvrit les cataractes du ciel, qui n'a pas de cataractes, et il en fit tomber des torrents d'eau pendant quarante jours. Les bonnes femmes remarquent que, lorsqu'il pleut le jour de la Saint-Médard, nous en avons pour six semaines; mais cela ne prouve pas que,
pendant les quarante jours de déluge, il tomba sur la terre autre chose que les vapeurs condensées par le soleil, à la hauteur de l'atmosphère. Le volume de ces vapeurs a pu faire déborder la Seine et la Loire, m.ais n'a rien dû ajouter à l'Océan.
« Halte-là, messieurs les raisonneurs. Igno- « rez-vous que TOcéan déborda, et couvrit « les plus hautes montagnes? — Si l'Océan « s'est promené sur les Alpes, sur les Pyré- « nées, sur les Cordilières, son lit était donc « à sec ; les pauvres humains n'avaient qu'à « le prendre. »
Moi, qui ai l'habitude de faire des romans, je viens au secours du romancier juif, et je vous atteste que Dieu créa le volume d'eau qui couvrit le globe, qu'il l'anéantit quand il fut bien certain que tous ses enfants étaient noyés, et je vous donne deux miracles pourun.
Ce n'est pas que je ne sache fort bien qu'il est impossible à un Dieu raisonnable de faire des miracles. Ce Dieu immuable ne peut déranger l'ordre qu'il a établi sans être en contradiction avec lui-même; mais ce Dieu des Juifs est si drôle! il faut bien lui passer ses lubies. Revenons.
Dieu jugea à propos d'excepter huit personnes de la proscription générale, et le chef de cette fam.ille, le bonhomme Noé, avait ses petits défauts, comme ceux que le Seigneur venait de proscrire : c'était un ivrogne, l'Écriture le dit; mais la chanson dit aussi que
Toujours un buveur eut le cœur excellent.
LE CITATRUR 2
C'est peut-être ce qui lui fit trouver grâce devant le Seigneur. Le Seigneur ne hait pas le jus de la treille, et son fils faisait profession de l'aimer : nous parlerons du miracle des noces de Cana.
Dieu, si vindicatif, qui manifestas! grandement sa puissance, traite ensuite avec l'homme d'égal à égal. — Je mettrai, dit-il, mon arc dans les nuées, et il sera un signe de mon pacte. Quel physicien que ce Dieu-là I Y a-t-il un arc dans les nuées, lors même que nous le voyons? N'est-il pas Teffet des rayons du soleil sur ces mêmes nuages? Les couleurs sont-elles dans le prisme?
Et quelle plaisanterie de nous donner le signe de la pluie comme un gage du beau temps 1
A la vérité. Dieu n'a plus noyé personne; mais il n'est pas certain que la fantaisie ne le reprenne. Je ne me fie pas trop à l'arc ni au pacte : le Seigneur est sujet à manquer de parole, et je le prouve.
Il dit à Abraham, Genèse, chapitre XV : Je vous donnerai tout le pays depuis le fleuve d'Egypte jusqu'à l'Euphrate. Pauvre Abraham! jamais tes enfants n'ont vu les rives fertiles du Nil et de lEuphrate que pendant leur esclavage. Ils n'ont jamais eu en propre qu'un petit terrain pierreux, semé de montagnes stériles. Le fameux fleuve du Jourdain est un ruisseau qu'on passe à pied sec l'été. C'est peut-être en cette saison que Josué le passa. Adieu le miracle.
Je trouve aussi dans le Licre des juges, que le Seigneur promet deux fois la victoire aux.
Israélites qui attaquent les Benjamites, et il arrive au contraire qu'à la première affaire les Israélites perdirent vingt-deux mille hommes et dix-huit mille à la seconde. Si ce Dieu-là n'est pas méchant, il est impuissant; s'il n'est pas impuissant, il n'est pas loyal : il faut choisir.
A peine les hommes ont-ils échappé au déluge, qu'ils recommencent leurs fredaines. Les habitants de Sodome éludent le précepte croissez et multipliez, et le Seigneur juge à propos de brûler la ville. 11 envoya deux anges chanter à Loth :
Allez-vous-en, sainte famille, etc.
Les Sodomistes veulent violer les deux anges, qui étaient sans doute de très beaux garçons. Loth leur offre poliment ses deux lilles, dont les Sodomistes ne veulent pas, et le Seigneur se hâte, pour sauver la pudicité de ses anges, de mettre le feu à la ville, et Loth se hâte de faire son paquet, et il part, avec son épouse et ses deux demoiselles.
Il est assez naturel qu'une femme se retourne pour voir une ville en feu : c'est un spectacle qu'on n'a pas tous les jours. Le Seigneur, qui ne veut pas qu'on se retourne, change M"^« Loth en statue de sel. De tous les miracles du Seigneur, celui-ci est le mieux constaté : des temoi.^nages respectables l'attestent. Flavien Joseptie, Antiq., lio. i, ch. 2, certifie qu'il a vu cette statue, et que c'était bien la même. Saint Justin et saint Irénée parlent de ^ce prodige comme
d'une chose existante de leur temps, et saint îrénée ajoute : La femme de Lotli resta dans le pays de Sodome, non plus en chair corruptible, mais en statue de sel permanente, et montrant par ses parties naturelles les effets ordinaires. Doutez après cela.
Le bonhomme Loth se consola de la métamorphose de sa femme en couchant avec ses deux filles ; Jacob coucha avec les deux sœurs; Juda, plus déhonté, ravit les faveurs de Thamar, sa bru, sur une grande route, et c'étaient de grands patriarches, des hommes selon Dieu, que ces patriarches-là.
a Le fils du roi de Sichem se conglutine a avec Dina, fille de Jacob, et il va à son œ père, et il lui dit : Donnez-moi cette fille a pour femme. »
Le roi de Sichem, enchanté d'unir l'héritier du trône à la fille d'un berger, se hâte de conclure le mariage. 11 comble de richessse M^^^ Dina et son père, il reçoit MM. ses frères dans sa ville, et pour leur prouver le cas particulier qu'il fait deux, il se fait circoncire, lui, le jeune prince et tout son peuple. Il est impossible de se mieux conduire.
Comment les fils du berger répondent-ils à ces caresses? Ils attendent que la fièvre de suppuration s'établisse; Siméon et Lévi courent les rues, le poignard à la main ; il& égorgent le roi, son fils, leur beau frère, et tous les habitants. Il est assez incroyable que deux hommes égorgent tous les habitants d'une ville; mais le fait est vrai, puisqu'il est dans la Genèse, et Lévi et Siméon
étaient des hommes selon Dieu, puisqu'il en fit des cliefs de tribu.
Cependant Dieu se fàclia contre son peuple, et je ne vois pas trop pourquoi, puisque les actions des patriarches ou des bergers étaient selon lui, et qu'il n'était pas aisé aux autres d'aller au delà de l'inceste, de la trahison et du meurtre; mais enfin il se fâcha, et il en est bien le maître. Désolé, tourmenté, outré de ne pouvoir rendre sa créature telle qu'il la désire, il endurcit le cœur de Pharaon, dit l'Exode, et alors, ajoute un casuiste, Pharaon put pécher en sûreté de conscience.
Pharaon, ayant donné dans le piège que lui avait tendu le Seigneur, réduisit les Israélites en servitude, et c'est ce que voulait le Seigneur ; mais bientôt il voulut autre chose, et il punit d'une manière assez extraor dinaire le peuple de Pharaon, qui n'était pas cause que Dieu eût endurci le cœur du roi.
D'abord il changea toutes les eaux en sang, ce qui fit, dit ingénument l'Exode, que tout le poisson mourut.
Ensuite il remplit l'Egypte de grenouilles. C'était sans doute pour remplacer le poisson, et voilà pourquoi il est permis de manger des grenouilles en carême.
Après cela, il envoya des insectes très in^ portuns et qui faisaient des plaies aux hommes. La race n'en est pas encore éteinte : Dieu nous a laissé le Geoffroy.
Après cela vint la peste, qui tua tous les animaux, lesquels n'avaient pas de torts envers les Israélites; et puis les ulcères et des pustules aux hommes, et puis la grêle, et
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puis des sauterelles, et puis les ténèbres. Enfin lange exterminateur extermina, dans une nuit, tous les nouveau-nés d'Egypte ; mais comme lange pouvait prendre Pierre pour Paul, Dieu avait recommandé aux Israélites de marquer leur porte avec un peu de rouge.
Gomme le peuple chéri ne pouvait convenablement s enfuir de l'Egypte les mains vides, Dieu lui ordonne de voler les Egyptiens, Exode, et dans le Décalogue il leur défend le vol. Bon Dieu! comment voulez-vous queje vous serve, si vous ne savez comment vous voulez être servi?
Pharaon poursuit les Israélites avec toute sa cavalerie, quoiqu'il ne restât plus danimaux en Egypte; et Dieu, qui protège les voleurs, ouvre la mer Rouge devant son peuple, et la referme sur les Egyptiens, afin d'en finir tout d'un coup. Que de miracles pour l'établissement dune religion qui ne devait plus rien valoir un jour !
Mais ne voilà-t-il pas que le peuple chéri, dont Dieu croyait avoir gagné les cœurs, par cette suite de miracles, adore bêtement un veau d'or, que son souverain pontife, le propre frère de Moïse, avait jeté en moule dans une AUit!
Oh ! Dieu se mit tout de bon en colère, et il eut raison cette fois. Moïse, pour arranger l'afï'aire, fit égorger vingt-trois mille Juifs, et il n'en coûta pas un cheveu à son frère, qui avait fait l'idole parce que la personne des prêtres est sacrée.
Dieu s'apaisa : c'est quelque chose que le
sang de vingt-trois mille hommes ; mais il avait dit quil hait les peuples idolâtres, et qu'on doit les exterminer. Il est vrai qu'ailleurs Moïse défend, de sa part, de maudire les dieux des nations, et il est assez drôle que Moïse et son Dieu, qui se parlent tous les jours, ne s'accordent pas davantage.
Quoi qu'il en soit, Dieu hait les idolâtres, et un Israélite s'avisa de coucher avec une Madianite. Autre colère du Père éternel et pour l'apaiser, on massacre vingt-quatre mille hommes, qui n'avaient couché avec personne, et le Seigneur trouve cela fort bon.
Le Seigneur veut qu'on parle correctement sa langue, et il avait de l'humeur de ce qu'un grand nombre d'entre les Juifs prononçait scibolet, au lieu de schibolet.On en tua vingtquatre mille, pour apprendre aux autres à parler hébreu. C'est faire la justice à la manière'du roi de Maroc.
A ces petites fantaisies près, le Seigneur aimait vraiment son peuple, et lorsqu'il était de bonne humeur, il faisait en sa faveur des miracles, mais des miracles!
Il permet que Josué arrête le soleil, qui est fixe, et cela pour exterminer une peuplade qui ne lui avait fait rien de mal, mais qui était idolâtre, et je vous ai dit que Dieu déteste l'idolâtrie.
Une autre fois, c'est la lune que Josué arrêta sur AHon, pour avoir le temps d'achever une ma ::eureuse troupe d'Amorrhéens, déjà écrasée par une pluie de pierre, car vous saurez que, semblable aux dieux d'Homère,
le dieu des Juifs combat pour son peuple en personne.
Il est constant qu'il y a là miracle, car nous savons que la lune marche; il est constant que la terre s'arrêta aussi, sans quoi on eût vu la lumière du soleil, qui eût rendu celle de la lune inutile. Voilà deux miracles pour un, Le Seigneur gagne en prodiges ce qu'il perd en connaissances astronomiques. Il est assez singulier que le Seigneur ne connaisse rien à la marche des globes qu'il fait marcher.
Après cela, le Seigneur fait tomber les murs de Jéricho au son des trompettes; après cela, il fait fuir les Madianites au bruit des pots cassés; après cela, il se repose un peu, car le Seigneur a besoin de repos comme nous, qui sommes faits à son image, et nous ne nous reposons que le dimanche, parce qu'il se reposa après avoir travaillé six jours à la création, dont il fut toujours si mécontent. Sans doute il n'avait pu faire mieux.
Dieu, en se reposant, ne perdait pas de vue son peuple : il inspirait, quand il n'agissait pas. Sisara, général d'un roi chananéen, fuyait et cherchait un asile. Une femme se présente à lui : c'était Jahel, que le Seigneur poussait. Elle lui offre une retraite et du lait au lieu d'eau que demandait le général. Le malheureux fuyard croit avoir trouvé, dans Jahel, cette compassion si naturelle aux femmes; il se livre à la sécurité, il s'endort, et pan! l'aimable Jahel lui enfonce un grand clou dans la tête, et le Seigneur trouve le tour plaisant.
Un autre général assiégeait Béthulie et serrait la ville de près. Une très jolie veuve, Judith, se pare de ses plus beaux ornements ; elle sort de la ville, elle s'avance; elle passe les postes avancés; elle traverse l'armée ennemie, sans que personne la regarde, l'interroge, la conduise; elle arrive à la tente du général.
Holopherne est enchanté, comme de raison, des charmes de la belle veuve; il lui proposa tout bonnement de coucher avec lui. La belle veuve accepte de même. Le général s'en donne en soldat affamé. Fait à Timage de Dieu, il a besoin de se reposer comme lui ; il s'endort. Crac! la belle veuve lui coupe la tète, et, comme il n'y a plus d'armée quand le général est mort, la ville est délivrée.
Vous croyez peut-être que le peuple chéri se souvient des petites corrections paternelles que le Seigneur lui a administrées pour avoir oublié les miracles d'Egypte et avoir sacrifié au veau d'or ; vous croyez que ces derniers miracles, et deux généraux tués par des femmes honnêtes, que Dieu conduisait évidemment, attachent de plus près les Juifs à la loi de Moïse? Pas du tout; ces drôles-là adorent, pendant quarante ans, le dieu Moloch et le dieu Rempha, ainsi que nous l'apprend Jérémie, chap. VII, v. 24, Amos, ch. V, v. 26.
Ils ne s'en tinrent pas là. Ils immolèrent des enfants à ce dieu Moloch. C'est dans un trou, nommé Top/ie^près de Jérusalem, que se faisaient ces sacrifices. On faisait rougir à un grand feu une vilaine statue de cuivre, dans laquelle on jetait ces pauvres petits.
Les Juifs motlernes nient cela ; mais je tiens mon Jérémie, chap. VII, et je transcris le passage.
^dificaverimt excelsa Topheeth. qiiœ est in vaJle filiorum Hennon, ut incenderunt fillos et filias suas igni. Us ont édifié des tiauteurs dans Tophetli, qui est dans la vallée des enfants d'Hennon, pour y brûler leurs fils et leurs filles par le feu.
Le Seigneur, qui avait essayé d'un déluge, des proscriptions, des malédictions, pour ramener ces coquins-là, le Seigneur était à bout. Il permit que le peuple chéri, avec qui il avait fait un pacte, à qui il avait solennellement promis les dépouilles des nations, fût réduit sept fois en servitude dans sa mauvaise terre promise. Il permit que deux tribus fussent, pendant soixante-dix ans. esclaves des Babyloniens. Il permit que Salmanazar enlevât les dix autres tribus et les tlt disparaître de la face de l'univers. li permit qu'après le sac de Jérusalem, les Romains les vendissent au marché, comme des bêtes de somme. Il permet que ce qui en reste soit dispersé par toute la terre. A la vérité, les Juifs se consolent en nous escroquant tant qu'ils peu- . vent, et en attendant le sceptre du monde et leur Messie.
Va-t-en voir s'ils viennent, Jean.
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