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CHAPITRE III

Malgré ses fréquents accès de colère, ses fantaisies, ses petites injustices, le Seigneur avait toujours parmi son peuple des hommes d'élite, des enfants gâtés, sur qui il aimait à reposer ses affections.

C'est ainsi que, pendant un jour ou deux, il chérit Adam," avec lequel nous le voyons dans tous les tableaux d'église se promener familièrementenbelle robe de chambre bleue.

Après Adam le Seigneur aima Noé, le patron des buveurs.

A Noé, succéda dans ses affections, Abraham, bien qu'il fût idolâtre et que le Seigneur détestât Tidolâtrie. Sans doute cet idolâtre était plein de vertu, puisque Dieu en a fait la tige des patriarches. Il fut vertueux, à peu près comme ses descendants, dont je viens de vous citer quelques traits.

D'abord, Abraham quitte les bords fleuris de l'Euphrate, pour all^r dans le malheureux pays de Sichem, en Palestine. Il fait plus de cent lieues, il traverse des déserts, sans qu'on sache pourquoi. Dieu voulait, dit-on, lui faire voir la terre promise à ses descendants. Quelle terre, devait dire Abraham, et quel cadeau, mon Dieu!

A peine est-il arrivé dans ce pays de Sichem, où Dieu l'a conduit, que la famine l'en chasse, le Seigneur a toujours quelque niche à faire à ses amis. Or, comme le Seigneur

n'avait pas encore inventé la manne, Abraham va en Egypte pour avoir du pain, et il n'y a guère que deux cents lieues de Sichem à Memphis ; mais Abraham était encore ingambe : il n'avait que cent quarante ans.

Il menait avec lui sa femme Sara, petite brune très séduisante, et qui n'avait alors que soixante-cinq ans. Le doigt du Seigneur se montre partout : Abraham résolut de tirer parti des charmes de sa femme. Feignez, lui dit-il, que vous êtes ma sœur, afin qu'on me fasse du bien à cause de vous. Parmi les nombreux enfants attribués à Abraham, il est incontestable que le conseiller Bonneau descend de lui en ligne droite.

Le roi devint amoureux fou de la jeune Sara, et Sa Majesté, quoi qu'on en dise, en usa probablement selon son bon plaisir, car elle donna au frère beaucoup de brebis, de bœufs, danesses, de chameaux, de serviteurs et de servantes, et Sara est évidemment la patronne de toutes les femmes faciles, nées et à naître, qui ont eu et auront des maris complaisants.

Le Seigneur, enchanté de ce qui s'était passé, voulut contracter avec Abraham une alliance toute particulière, et en signe d'icelle il lui ordonna de se couper le prépuce. Le Seigneur a des idées originales.

Sara, reconnaissante de l'agrément que son mari lui avait procuré à la cour d'Egypte, lui glissa un jour, sous sa couverture, sa jolie servante Agar, et l'homme de Dieu

trouva que la variété a son petit mérite. Bientôt Agar fut impertinente, selon l'usage des servantes honorées des caresses du maître, Sara la châtia dune vigoureuse manière, ce qui n'empêcha point Agar de donner le jour à Ismaël, dont les descendants donnèrent bien du tintouin à l'Eglise.

Le Seigneur craignant que si x\gar donnait un second fils à Abraham, il n'y eût plus d'Eglise du tout, jugea à propos de lui en faire faire un du chef de Sara, et la petite espiègle n'avait guère que quatre-vingt-dix ans et son cher époux cent soixante, lorsque Dieu leur annonça la naissance d'Isaac.

Sara et Abraham ne purent s'empêcher de rire de la promesse du Seigneur, quoique les commentateurs nous assurent qu'il n'y avait pas là le mot pour rire, parce que les années de ce temps-là étaient plus courtes que celles d'aujourd'hui; mais les commentateurs ne savent ce qu'ils disent, car de quoi Sara et Abraham auraient-ils ri si la promesse du Seigneur eût été naturelle"/

Abraham, qui s'était bien trouvé de ses premiers voyages, se remit en route avec sa petite Sara, toujours jeune et jolie, et grosse avec cela. Il arriva dans le désert de Gadès, le moins habitable des déserts. 11 y avait pourtant un roi dans ce désert-là, et probablement un peuple dont la Genèse ne parle point.

Abraham ne manqua point de présenter sa femme à la cour : les rois de ce temps-là étaient accessibles, comme les procureurs de nos jours. Ce roi devint, comme de raison

amoureux de la petite Sara. Il donna aussi à son frère des brebis et des bœufs. Beaucoup de maris ont de jolies femmes; mais tous ne trouvent pas des rois. Multi sunt vocatif pauci vero tlecti.

Le Seigneur, qui trouva très mauvais, plus tard, que les Juifs sacrifiassent leurs enfants à Moioch, ordonna un jour à Abraham de lui sacrifier son tils; c'était, dit-on, pour l'éprouver. Voici, ce me semble, comment Abraham devait prendre la chose ; il devait dire : Dieu condamne l'infanticide, il faut qu'il soit dans ses goguettes pour le commander aujourd'hui; attendons. Pas du tout. Abraham, qui avait vécu dans deux cours brillantes, se conduisit en courtisan. Il se hâta de mener le petit Isaac sur la montagne et le chargea même du bois du bûcher, ce que le Seigneur ne lui avait pas prescrit; mais un courtisan habile va toujours au delà des ordres do maître.

Le Seigneur, qui depuis encouragea son peuple au meurtre, eut cependant quelque scrupule de laisser consommer celui ci. Il vit qu'Abraham n'était qu'un sot, et il le laissa mourir quelque temps après.

Jai vu à Anvers, il n'y a pas quarante ans, un tableau qui représentait le sacrifice d'Abraham. Le peintre avait armé le patriarche d'un fusil, avec lequel il tenait son fils enjoué. Un ange, du haut du ciel, pissait dans le bassinet et faisait rater l'arme. Ce peintre-là méritait de peindre toute la Bible; il était aussi plaisant qu'elle.

Isaac avait sans doute appris de son père

l'utilité des voyages. Quand il fut marié, il conduisit vite sa femme Rébecca dans le désert de Gérar, où il y avait un roi comme dans tous les déserts. Sa Majesté devint amoureuse de M™^ Isaac, comme d'autres Majestés l'avaient été de M°^« Abraham, et ]saac ne manqua pas de dire comme monsieur son père, que sa femme était sa sœur. Il était moins honteux probablement de prostituer sa sœur que sa femme.

Au reste, les fautes de cet Abraham et d'Isaac ne sont que des misères. Celles de David, l'ami par excellence du Seigneur, celui qu'il aima le plus, après le doux Moïse, qui n'égorgea guère que qaarante mille Israélites, les fautes de David, dis-je, sont un peu plus sérieuses.

Nous savons que le prophète Samuel, irrité de ce que Saûl refusait d'entrer dans ses vues, le déclara déchu de la couronne, par son droit divin, qu'il transmit aux papes, et dont ils usèrent si amplement.

Avant cette époque, le roi Saùl était tourmenté de la maladie qui afflige quelquefois le roi régnant d'Angleterre, et David, qu'on ne connaît pas encore, guérit son prince en jouant de la harpe devant lui. Ce remède a perdu son efficacité, et c'est dommage :plus d'un harpiste embarrassé irait faire fortune à Londres.

Comme l'on n'e&t recherché à la cour qu'autant qu'on y est utile, Saûl guéri fit assez peu de cas de son musicien, et le petit David, très irascible, rassemble, on ne dit pas comment, quatre cents voleurs, et le roi le laisse faire.

et le grand-prêtre Abimélech trouve cela bien, lui ceint l'épée de Goliath, et lui donne les pains consacrés. Rois, ch. xxi, v. 13.

David, selon le cœur de dieu qui n'a 2Jas de cœur, s'en va, avec ses quatre cents bandits, voler le bon homme Nabal, qui n'avait pas méprisé sa harpe, et qui ne lui avait pas donné son congé. Le bon homme meurt, peut-être comme Urie mourut depuis, et Da-\ vid épouse tout de suite M°^^ Nabal. Ch. xxi,\ V. 10 et 11. \

Le grand roi Acliis, propriétaire d'une petite partie du petit canton de Getli, avait rendu des services au petit David. Pour les reconnaître, David court chez lui en flibustier, et pille son bienfaiteur ; il tue tout Jusqu'aux enfants à la mamelle, de peur que ces enfants n'allassent avertir le grand roi Achis. Comme;cela est spirituel ! C/iap. xxv, v. 8, 9,11. David avait les plus grandes obligations à son ami Jonathas; il le paya d'ingratitude comme les autres. Il détrôna son frère et fit massacrer ses enfants et ses neveux.

Un chef de bandits ne peut pas trop compter sur la subordination. Les bandits de David veulent le lapider. Il se tire d'affaire en homme qui sait son métier. Le Seigneur vient de lui dire qu'il faut attaquer les Amalécites, et que ces voleurs s'enrichiront. Chap. xxx. L'oint du Seigneur, Saûl, avait conservé son trône, malgré l'anathème de Samuel, comme quelques princes chrétiens ont gardé le leur, malgré l'excommunication, quand le pape n'était pas le plus fort; mais le Seigneur, qui avait des vues sur le brigand

David, permit que Saùl et son fils Jonathas se fissent tuer dans une bataille contre les Philistins. Isboseth, son second fils, lui succède; mais David est assez fort pour lui faire la guerre. Isboseth est assassiné, et David veut être roi comme un autre. Il surprend la bourgade de Raba, et, pour se concilier l'esprit de ses nouveaux sujets, il les fait scier en deux, déchirer avec des herses de fer, et cuire dans des fours à briques : manière de guerroyer tout à fait selon Dieu, car c'est ainsi que guerroya toujours son peuple. Rois 2, cil. XII.

Ces brigandages furent suivis de la famine, car ni les tués, ni les tuants ne fertilisent la terre. Le saint roi David, qui n'avait pas besoin de chercher d'autre cause de la famine, demande pourtant à Dieu pourquoi il y a famine, et Dieu, qui ne fait jamais que des réponses saugrenues, lui dit que c'est parce que Saûl a tué autrefois des Gabaonites.

David trouva très juste de punir Saûl dans sa postérité, ne pouvant le punir lui-même, attendu qu'il était mort. II donne aux Gabaonites sept petits-fils de Saiil à pendre, exécution militaire très propre à assurer le trône à David, et qui fut très agréable à Dieu, car la famine ne dura que trois ans. Rois 2, ch. XXI.

Le saint roi David n'ayant plus à faire la guerre à ses ennemis, la fit, par espèce de passe-temps, aux maris de ses Etats. Il enleva Bethsabée au bonhomme Qrie, ou Uriah.

L'époux bénévole ne se plaignait pas, semblable aux époux de tous les temps, enchan-

tés de faire fortune par le canal de leurs femmes; mais David, qui détestait l'adultère, fit assassiner Urie, afin qu'il n'y eût plus que fornication.

Le Seigneur n'avait rien dit de tous ces petits péchés-là, parce que le Seigneur aimait beaucoup David; mais David eut envie de savoir à combien de milliers d'hommes il commandait, et le Seigneur n'entend pas qu'un berger compte son troupeau. Le Seigneur so fâcha sérieusement, et le Livre des Rois ne nous dit pas de quoi se fâcha le Seigneur; mais le Seigneur se fâcha si complètement, qu'il ne laissa à l'homme selon son cœur que le choix de la guerre, de la famine, ou de la peste. Les rois font la guerre par leurs généraux ; ils ne craignent pas le danger ; ils ne redoutent pas non plus la famine, parce qu'il est convenu que cent familles honnêtes mourront de faim avant que le roi ait an entremets de moins sur sa table ; mais la peste peut le frapper comme le dernier de ses sujets, témoin saint Louis. David choisit la peste, et c'est la seule action estimable qu'il fit de sa vie : mais savez-vous ce qui arriva? Soixante-dix mille sujets de David, qui n'avaient pas fait seulement le dénombrement de leur basse-cour, moururent de la peste en trois jours. Le roi n'en fut point attaqué, et voilà comme le Seigneur fait justice.

David mourut très repentant, très pénitent; mais aimant toujours les petites filles. Lors de son décès, il en avait une nommée Abisaff. qui lui réchauffait les pieds, ne pouvant faire mieux.

Il laissait un fils légitime, Adonias ; mais le Seigneur, qui na ni règle ni raison, lui préféra Salomon, iils de l'adultère Bethsabée, et le doua de lesprit de sagesse, pour preuve de sa singulière affection.

Salomon succéda à un roitelet, qui avait succédé à Saûl, qui n'avait pas un ouvrier en fer, et qui entra en campagne contre les Philistins avec deux épées. Salomon, sans qu'on sache comment, se trouve, dit le Livre des Rois, maître d'un grand royaume, lequel s'étendait de l'Euphrate à la mer Rouge et à la mer Méditerranée. C'est en effet un beau royaume que ce royaume-là ! mais, malheureusement, l'auteur du Livre des Rois se blouse et se coupe comme tous les menteurs. Il parle d'an roi d'Egypte qui régnait en même temps, ce qui rétrécit de beaucoup le grand royaume. Ce roi égyptien conquit une partie du pays de Chanaan, ce qui diminua d'autant l'empire de Salomon. L'auteur dit qu'il y avait alors un roi à Damas, ce qui réduit le grand royaume à un domaine ordinaire ; et que l'auteur en convienne ou non, il est constant que Tyr et Sidon étaient à cette époque des états très florissants.

On ne peut, je l'avoue, convaincre le romancier de mensonge, lorsqu'il fait l'énumération des richesses de Salomon. Il n'y a là ni fautes de chronologie, ni de géographie à reprendre, et on n'a qu'un mot à lui répondre : Vous en avez menti.

En effet, David laisse, dit-il, à Salomon cent trois mille talents d'or, et un miUion treize mille talens d'argent. M. Ramon, ins-

tituteur, rue de Tournon, et grand calculateur, a trouvé que cette somme ferait environ cinq milliards six cent quarante-huit millions de France, et il est douteux qu'il y ait, même à présent, une pareille somme en espèces dans le monde entier.

Ajoutez à cela des pierreries, la vaisselle dor et d'argent, et le revenu annuel, qui devait être en proportion, et cela dans la Palestine, le pays de la terre le plus ingrat... L'auteur en a menti, il a menti.

Et ce qui prouve qu'il ment, c'est qu'il nous conte, ailleurs, que Salomon envoie ses flottes chercher de l'or au pays d'Ophir. Hé ! qu'en voulait-il faire ? Ce qui prouve qu'il ment, c'est que Salomon, loin de pouvoir équiper ses flottes, ne posséda jamais que le malheureux petit port de Joppé, qui ne vaut pas celui de Gravelines. Ce qui prouve qu'il ment, c'est que Salomon fit demander à Hiram, roi de Tyr, des fendeurs de bois et des ouvriers, pour façonner les cèdres du Liban. Comment ? un potentat si riche n'a pas un charpentier, lorsque ses misérables ancêtres du désert avaient des statuaires, des fondeurs, des ciseleurs, pour leur faire un veau d'or ; des tisserands, des brodeurs, pour orner l'intérieur du tabernacle de l'Arche d'alliance, et leurs autres brimborions. Je le répète, l'auteur en a menti. Tout cela n'empêche pas que Salomon n'ait reçu du Seigneur l'esprit de sagesse. Cette opinion est presque devenue un article de foi. Voyons un peu ce que c'est que l'esprit de sagesse.

En montant sur le trône, Salomon fait as-

sassinsr son frère Adonias, qui ne lui demandait que la main de cette pauvre petite Abisag, qui avait réchauffé le saint homme David dans sa vieillesse. L'esprit de sagesse n'est donc pas l'esprit d'humanité.

Sa cuisine ressemblait fort à celle de Gargantua. Cinquante bœufs et cent moutons pour son dîner et son souper. L'esprit de sagesse n'est donc pas l'esprit de sobriété.

Douze mille écuries pour sa cavalerie, dans un pays si montagneux qu'on n'y peut monter que des ânes! Il n'avait donc cette multitude de chevaux que par ostentation, et je ne crois pas que l'ostentation soit encore Tesprit de sagesse.

Il avait sept cents femmes et trois cents concubines. Voici sans doute un millier de femmes bien heureuses; mais on ne me persuadera pas que l'incontinence soit l'esprit de sagesse.

Il bâtit des temples à la déesse des Sîdoniens et aux idoles des Ammonites, et l'idolâtrie ne saurait être l'esprit de sagesse.

Si l'esprit de sagesse n'est pas l'inhumanité, l'intempérance, l'ostentation, l'incontinence, l'idolâtrie, nous le trouverons sans doute dans les écrits de Salomon, car il faut qu'il se manifeste quelque part, puisque Dieu le lui a donné. Voyons donc comment écrit le roi Salomon.

« Il y a trois choses insatiables, et une « quatrième qui ne dit jamais c'est assez. Le « sépulcre, la vulve, la terre^qui n'est jamais « rassasiée d'eau, et le feu qui ne dit jamais « c'est assez.

« Il y a trois choses difficiles, et j'ignore « absolument la quatrième. La voie d'un a aigle dans l'air, la voie d'un serpent sur la <c pierre, la voie d'un vaisseau sur la mer, et ce la voie d'un homme dans une femme.

« Prov. »

Que cela est bien pensé ! que cela est bien écrit! que Geoffroy serait heureux si nous écrivions comme cela!

Et le Cantique des Cantiques! C'est cela qu'il faut lire.

a Qu'elle me baise d'un baiser de sa « bouche, car vos tétons sont meilleurs que ce le vin.

« Mon bien-aimé est comme un bouquet ce de myrte ; il demeurera entre mes tétons.

<t Tes lèvres sont comme un petit ruban <c d'écarlate, sans parler de ce que tu nous « caches.

« Mon bien-aimé mit la main au trou, et « mon ventre tressaillit de ses attoucheo: ments.

ce Ton nombril est comme une coupe où il •< y a toujours quelque chose à boire.

a Ton ventre est comme un monceau de ce froment, entouré de lis.

« Tes deux tétons sont comme deux faons •' de chevreuil.

<r Ton cou est comme une tour d'ivoire.

«■ Ton nez est comme la tour du mont Lice ban.

a Notre sœur est encore petite, elle n'a <c point de tétons. Que ferons -nous de notre « petite sœur? Si c'est un mur, bâtissons ce dessus; si c'est une porte, fermons-la. »

OÙ diable est donc cet esprit de sagesse!

Ah! voyons les propliètes. Ceux-là étaient réellement inspirés de Dieu, car ils ont prédit clairement tout ce qui est arrivé à 1 église naissante, militante, triomphante, pourvu toutefois qu'on veuille bien aider à la lettre.

Prenons au hasard, Ouvrons Ezéchiel.

C'était un drôle de corps que ce prophète Ezéchiel. Mais on peut être plaisante! inspiré de Dieu, puisqu'il est convenu qu'Ezéchiel était inspiré.

Or, le Seigneur, qui savait qu'Ezéchiel entendait la plaisanterie, lui ordonna de manger pendant trois cent quatre-vingt-dix jours du pain d'orge, de millet et de froment, couvert dexcréments humains.

Pouah ! s'écria le prophète, et il refusa net des confitures d'un genre si nouveau.

Le Seigneur s'amusait, il s'amusait!... Allons, allons, dit-il, la plaisanterie est trop forte; je me borne à de la fiente de bœuf, mais, corbleu ! vous en pétrirez avec votre pain !

Une autre fois, le Seigneur lui commande de dormir six mois sur le côté gauche, six mois sur le côté droit, et Ezéchiel, qui a son franc-parler avec le Seigneur, lui rend goguenarderie pour goguenarderie. Il lui déclare net, chapitre xx, qu'il a donné aux Juifs des préceptes qui ne sont pas bons.

Ce n'est pas sans doute dans ces agaceries mutuelles que paraît l'esprit sage et prophétique d'Ezéchiel. C'est lorsqu'il peint les abominations de Jérusalem, qu'il est prophète, poète, et même poète erotique.

Il dit, dans son Chapitre xx: « Lorsque « vous naquîtes, on ne vous avait pas encore « coupé le boyau du nombril ; on ne vous « avait point salée; vous étiez toute nue.

a J'eus pitié de vous. Vous êtes devenue a grande ; votre sein s'est formé ; votre poil Œ a paru. J'ai passé, je vous ai vue, j'ai a connu que c'était le temps des amants. J'ai -'( couvert votre ignominie; je me suis étendu « sur vous avec mon manteau: vous avez '< été à moi. Je vous ai lavée, parfumée, « bien habillée, bien chaussée. Je vous ai « donné uneécharpe de coton, des bracelets, a un collier; je vous ai mis une pierrerie au « nez... »

A la bonne heure, cela marche, cela n'est pas incohérent comme les turpitudes de Salomon: il est certain que le Seigneur a dicté cela. Ezéchiel poursuit :

a Alors, ayant confiance en votre beauté, « vous avez forniqué avec tous les passants... « Vous avez élevé un bor..l ; vous vous êtes a prostituée jusque dans les places publiques, « et vous avez ouvert vos jambes à tous les « passants... Enfin, vous avez payé des amants « et vous leur avez fait des présents, afin qu'ils a couchassent avec vous. »

Oui, certes. Ezéchiel avait l'esprit de sagesse, et il était prophète, car c'est ainsi que finissent de nos jours les fifies entretenues.

Son poème d'Oholla et de la petite Oliba est bien plus raide encore, c'est-à-dire plus prophétique.

« OhoUa a été folle des jeunes seigneurs, a magistrats, cavaliers. Elle a couché dans

a sa jeunesse avec des Egyptiens... Oliba, sa a sœur, a bien plus forniqué encore avec des « officiers, des magistrats, des cavaliers bien « faits. Elle a découvert sa turpitude; elle a « multiplié ses fornications; elle a recherché « avec emportement les embrassements de « ceux qui ont leur membre comme un âne, a et qui répandent leur semence comme des " chevaux. »

A l'harmonie près, qu'Ézéchiel n'a pas, il écrit précisément dans le genre de la fameuse ode de Piron. Mais comme nul n'est prophète en son pays, Piron ne fut pas de l'Académie.

Le Seigneur a toujours eu une prédilection marquée pour les femmes galantes, témoin la prostituée de Jéricho, et Ruth, la bisaïeule de Christ, qui se glisse la nuit dans le lit de Booz, et même la femme adultère de l'Évangile, à qui notre Sauveur pardonne si aisément : tel père, tel fils.

Or, le Seigneur dit à Osée, cliap. i^', v. 2 : Osée, prends une fille de joie, et fais-lui des fils et des filles de joie. Gomaie l'Amérique n'était pas découverte. Osée prit sans balancer la première qui se présenta; il lui fit une fille, puis un fils; et le Seigneur, enchanté de sa docilité, lui dit, chap, m, Osée, va-t-en prendre une femme qui soit non-seulement débauchée, mais adultère; Osée obéit encore, et il est certain que voilà des prophéties très claires. Je conviens que je ne les entends pas ; mais il n'a pas plu à Dieu de me donner de l'esprit de sagesse.

A la vérité, il n'était permis de lire Ezéchiel et Osée qu'à l'âge de trente ans, et on a eu

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grand soin d'ôter ces gaillardises-là et bien d'autres, de l'extrait de la Bible qu'on fait lire aux écoliers, aux petites filles et aux bonnes femmes, qui ne se doutent pas que Dieu ait justifié, par son style, celui du Portier des Chartreux.

Vous remarquerez que le Seigneur n'inspirait jamais que des hommes choisis, les enfants de son cœur; il les protégeait ouvertement, et voilà pourquoi le prophète Jadon fut mangé par un lion ; voilà pourquoi Jonas passa trois jours dans le ventre d'une baleine; pourquoi Habacuc fut porté à Babylone par les cheveux; pourquoi Michée reçut un vigoureux soufflet et fut jeté dans un cul de basse-fosse; pourquoi Amos eut toutes les dents arrachées ; pourquoi Baruch fut persécuté, Ézéchiel lapidé, Jerémie et Isaïe sciés en deux.

Il arrivait toujours quelque petite chose à ceux que le Seigneur protégeait; ils faisaient des sottises, quand on ne leur en faisait pas.

David assassine Urie; Isboseth et Miphiboseth, ses compétiteurs au trône, sont assassinés; Absalon assassine Amnon; Joab assassine Absalon; Salomon assassine Adonias; Baasa assassine Nadab; Zambri assassine Ela; Amri assassine Zambri; Achab assassine Naboth; Jéhu assassine Achab et Joram; les Juifs assassinent Amasias, fils de Joas; Sellum assassine Zacharias; Manahem assassine Sellum. C'est une famille de bouchers, que cette race de princes juifs, et c'est d'eux que le Seigneur fait naître son fils. C'est qu'ils étaient probablement les plus

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honnêtes gens de la nation : jugez alors de ce qu'était le reste.

La Genèse, l'Exode, les Nombres, le Lévitique, les Rois, le Deutéronome sont incontestablement de Moïse : mon confesseur me l'a assuré, et mon confesseur avait appris cela de son régent, qui avait appris cela de sa nourrice.

Comme il n'est pas permis de douter de ce qu'assure un confesseur, je croyais Moïse l'auteur de ces livres, et il est assez égal qu'ils soient de Moïse ou d'un autre : il suffit qu'ils aient été dictés par le Seigneur, et on s'en aperçoit aux belles choses qu'ils renferment et à la manière dont ils sont écrits.

Mon raisonneur, qui examine tout, me dit: Votre confesseur peut être un saint homme ; mais votre confesseur peut être un sot : Moïse n'a rien écrit des livres qu'on lui attribue.

Dans le Deutéronome, Moïse nous apprend comment il est mort, et on n'éci'it plus quand on est mort.

Il ordonne dana le Deutéronome d'épouser la veuve de son frère ; il le défend dans le Lévitique. Il n'est donc pas l'auteur des deux ouvrages.

Le Pentateuque n'est pas non plus de Moïse, puisque ce livre parle de choses postérieures à sa mort. D'ailleurs ce Pentateuque ne fut connu que sous le règne de Josias, Le Grand Prêtre Helcias en trouva, dit-il, un exemplaire unique, au fond d'un vieux coffre, et le porta au roitelet. Je suis bien tenté de croire que le pontife Helcias a

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fait le Pentateuque, comme un autre avait fait le Deutéronome.

Moïse a-t-il pu penser à régler la conduite des rois, que de son temps les Juifs avaient en horreur, lui qui ne dit pas le mot des juges, ni des pontifes qui lui succédèrent immédiatement?

Dans un désert, où les vieux habits étaient conservés par un miracle continuel; où Dieu faisait pleuvoir la manne, parce que son peuple n'avait pas de pain ; où Moïse partageait la misère publique; dans le désert, Moïse aurait écrit que des ouvriers fondirent et coulèrent un veau d'or dans une nuit; que d'autres bâtirent un tabernacle, entouré de trente-quatre colonnes d'airain, surmontées de chapiteaux d'argent; que d'autres tissèrent, brodèrent des voiles de lin, de pourpre, d'hyacinthe ! Hé ! morbleu ! que ne faisaientils des souliers et des habits! Moïse n'a pas écrit cela, parce qu'il lui était impossible de tromper aussi impertinemment ses contemporains. Dites à votre confesseur qu'il faut examiner avant de croire, et réfléchir avant de parler.

Examinons si, au total. Moïse a pu écrire. Les Hébreux, pendant leur longue captivité en Egypte, devaient avoir adopté la langue de leurs maîtres. Moïse, élevé à la cour, n'en pouvait pas connaître d'autre. Or, les Egyptiens ne se servaient encore que d'hiéroglyphes, gravés sur le marbre et le bois. Où donc Moïse aurait-il appris à écrire "i* Et il est dit que ces livres furent gravés sur la pierre; et par qui? par des gens qui ne pouvaient se

faire des souliers. Allons, allons, ces livres ont été fabriqués dans les temps modernes de la monarchie juive, et ce qui le prouve c'est que ni Salomon, ni Jérémie, ni Isaïe, ni aucun prophète, pas même le Psalmiste, ne parlent des livres de Moïse.

Ezéchiel se trouve en contradiction avec lui, et si Ezéchiel eût connu Moïse, eût-il osé lui donner un démenti? est-il aujourd'hui un prêtre qui osât attaquer l'Evangile ? Or, Moïse dit que Dieu punit l'iniquité des pères jusqu'à la quatrième génération, Nom., chapitre XXIII. Ezéchiel dit, chap. xviii : Le fils ne portera pas l'iniquité de son père, et on ne dira plus : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en sont agacées. Tournure métaphorique tout à fait jolie.

Je me résume. Moïse n'a point écrit: ces livres sont donc apocryphes. Ces livres sont la base de la religion juive : à bas l'édifice. Demandez à votre confesseur à quelles branches il se raccrochera, car Jésus déclare dans saint Matthieu qu'il n'est pas venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour l'accomplir, et il sait, puisqu'il est Dieu, que cette loi est établie sur de fausses pièces. Il est difficile de se tirer de là.

A propos de Jésus, je terminerai celte revue des livres juifs par quelques mots sur le Messie; j'entends, le Messie des Juifs.

Le savant rabbin Orobio soutint, en 1687, que la croyance à la venue du Messie n'était établie dans aucun livre des Juifs ; qu'il n'est

pas dit, dans VAncien Testament, que ie salut d'Israël dépende de la foi au Messie; qu'il n'est pas dit que la loi de Moïse ne fût que la figure d'une autre loi; que partout, au contraire, il est dit que la loi de Moïse doit être éternelle; et le rabbin a raison; mais ce qu'il ne dit pas, et ce que je trouve, c'est que Messie, Messias, était simplement un titre d'honneur. Isaïe donne ce titre à Cyrus, Chap. XLv, V. 1. Ezéchiel le donne également au roi de Tyr. Revel. xxviii, v. li; et Isaïe et Ezéchiel n'entendaient pas que Gyrus et le roi de Tyr fussent la moitié ou le tiers de Dieu, et qu'ils fussent nés dune vierge, pour défaire ce que l'autre moitié ou les deux autres tiers deux-mêmes avaient fait. Comme la signification des mots change!

Malgré ces légères observations, je conviens que la venue de Jésus-Christ a été annoncée par mille prophéties, aussi claires que les passages d'Ezéchiel et d'Osée que j'ai cités plus haut.

Je conviens que l'opinion de la venue du Messie s'est établie insensiblement parmi les Juifs, et je la trouve développée dans un de leurs livres. Je trouve, dans ce même livre, que les Juifs ont tout réglé pour le jour de son arrivée, jusqu'au repas qui lui sera offert, car les Juifs aiment la bonne chère, surtout quand elle ne leur coûte rien, et ici c'est l'Eternel qui fait les frais.

On mettra à la broche le taureau Béhémoth, qui est si gros, qu'il mange chaque jour le foin de mille montagnes. Dieu lui avait donné une femelle; mais Dieu, qui se

ravise toujours, tua la femelle, parce qu'il sentit que sept ou huit de ces animaux épuiseraient en huit jours tous les pâturages de la terre.

Pour second service, le poisson Léviathan, qui avale d'un trait un poisson, probablement moins grand que lui, mais qui ne laisse pas d'avoir trois cents lieues de long. Dieu sentit encore qu'il avait mal fait de donner une femelle à ce monstre-là. Il la tua, et la sala pour le festin du Messie.

Et le vin!... oh! quel vin! il est vieux, celui-là. C'est le vin que fit Adam dans son paradis, et que les anges ont encavé au centre de la terre.

a Halte là! s'écria mon confesseur, c'est le a Talmiid que vous me citez, et vous savez « bien que le Talmud est un livre apocryphe, a — Je vous ai prouvé que ceux de Moïse le a sont également. Vous croyez aux uns, et a vous refusez de croire à l'autre. ~ Mais « votre taureau Béhémoth et votre poisson « Léviathan sont des extravagances. —Il n'y a en a pas moins, mon cher docteur, dans ce « qui nous reste à examiner. »

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