Le citoyen [microforme]
Qu'est-ce que le citoyen, dans le vrai sens du mot ? C’est l'homme comprenant la grandeur de sa nature et s’en rendant digne : c’est l'homme appelé à vivre en société et donnant sa juste part à ses semblables ; c'est l'homme s'agitant dans un cercle plus étroit, qui est la patrie, avec des devoirs, sinon plus étendus, du moins plus nets, mieux définis, domestiques en un mot, puisqu'elle est la famille plus agrandie.
Quel est le citoyen parfait? C’est le chrétien
tel qu'il est soumis à l'Eglise lui préchant ces deux vertus sociales et religieuses à la fois :
la subordination au pouvoir établi et aux lois qui en sont l'expression, condition d'ordre ; et le dévouement poussé jusqu'au sacrifice, condilion de progrès et de prospérité nationale.
Voilà le sujet que nous avons traité dans cet ouvrage, qui a principalement en vue les nôtres.
vi L'HOMME
Qui est-ce que nous désignons par « Îles nôtres » ?
Notre vie s'est divisée en deux parts. Les plus nombreuses années se sont écoulées au Canada : jeunesse, c'est-à-dire études, enseignement au Séminaire de Québec et au Collège de Lévis, et ministère spirituel à Saint-Roch, à la Basilique et à Saint-Malo, dont nous sommes le fondateur, dans la première ville, Ici nous nous eflorcions de communiquer, avec les classiques, le civisme à des citoyens en préparation, dont quelques-uns sont arrivés depuis à des positions honorables dans l'État ; là, nous jetions en de jeunes cœurs et des âmes affermies, de la chaire du prédicateur et de l'humble tribune du catéchiste, les flots débordants de notre amour « pour Dieu et le Roy », c'està-dire la Patrie, selon la devise de nos ancètres.
Puis, par une mission providentielle, nous avons été conduit dans un diocèse du nom de Providence, qui est tout le Rhode-Island, le plus petit mais le non moins intéressant et important État de la République Américaine.
Nous étions chez nous : nous y avons revu le Canada à cause du nombre considérable d'émigrés (1), venus du pays des « premiers jours » ;
ET LE CITOYEN vit
nous y avons senti notre sang et reconnu les empreintes de notre race, les traits caractéristiques de concitoyens qui ne sont pas à longue distance de la frontière franchie depuis peu de temps. De nouveaux devoirs se présentaient donc à notre conscience de pasteur, Les nôtres avaient une pétrie quand même adoptive : il leur importait d'y être de vrais citoye at c'était à nous, à qui ils ont si souvent ,:: ::s, de leur en indiquer les moyens.
Nous réunissons en nous le canadien-français et le franco-américain. Expliquez alors, cher lecteur, pourquoi, dans cet ouvrage, nous faisons si large part à l’histoire du Canada et à celle des États-Unis, pourquoi nous puisons dans l’une et l’autre les motifs de civisme au pays d'origine et au pays d'adoption. Nous nous adressons à ceux qui ont été en contact avec nous sur la terre ne ‘e, et à ceux qui sont abrités sous le même toi. ospitalier qui est la Constitution de Washington.
Ces ligres, écll-es en un pays séparé de l'Académie :zançaise par l'Océan, auront peutètre pour certains critiques une saveur trop américaine. Mais l’on n’est pas seulement de son temps, on est aussi de son pays.
Puis, elles ne seront pas nouvelles pour ceux qui ont entendu notre voix. La tribune sacrée
et profane a relenti de nos accents d’apôtre et d’orateur, quelque faibles qu’ils fussent. Mais l'excuse naît de ce besoin de l'écho de se répéter plusieurs fois. Le bien n'en ressortira-t-il pas ”?
Saint Paul nous recommande « d'insister à temps, à coniretemps ». Suivant son conseil, nous serail-il facile de désunir dans notre âme le prêtre et le citoyen”? Jésus ne liait-il pas dans ses discours la Jérusalem céleste, à laquelle il appelait tous les hommes, et la Jérusalem terrestre, «sur laquelle il pleura »? La Parole divine y mélait les deux (1).
A l'exemple du Maitre, nous parlons à nos concitoyens, avec cette différence que nous sommes faillible. Aussi nous prions l'Église, gardienne de la vérité, de nous rapprocher de son divin Fondateur en corrigeant notre doctrine et rectifiant nos leçons de morale, s’il y a lieu.
Henri DE Foy.
Woonsocket, R. I. U.S. 1917.
(1) Voir l'ouvrage de l’auteur « La Parole divine ».
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Mais À! ERRATA répéa-t-il PAGES 16 Lire la poussât au lieu de La poussait.
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pas 4 ils béniraient Dieu.
e son : de La Corne.
ctrine À entre Ceux qui ont précédé.
lieu. 4 Bourdages.
Hugo À. Dubuque, Fall River.
le pouvoir que le citoyen chrétien.
d'rection au lieu de distinction.
Hennepin au lieu de Hennequir.
centenaire au lieu de centre.
428 élément au lieu de évènement.
406 Vote (2) à intervertir avec Vote (1), page suiv.
L'homme,
Il n'est pas nécessaire d'être observateur de grande pénétration pour être frappé du triste spectacle que présentent les hommes. Ils oublient, semble-t-il, la dignité de leur nature, les idées élevées dépassent leur entendement étroit, les nobles sentiments n'émeuvent plus leur poitrine, les caractères bien trempés se font plus rares : on en parle comme de merveilles d'un âge passé. J.-J. Rousseau n'aurait plus la peine de dire : « Homme petit et vain, montre-moi ta puissance, je te montrerai ta faiblesse. » Étendue et profonde est la déchéance.
Cependant, faisons la part aussi large que possible aux exceptions, Il y a encore des intelligences qui planent, semblables « à ce brigand des airs » dont parle le poète, il y a des esprits emportés sur les ailes de la foi, qui s'envolent jusqu'au sein de Dieu pour de là jeter dans les âmes de sublimes vérités, des cœurs qui gémissent des misères qui désolent la terre, et ne reculent devant aucun sacrifice pour porter quelque adoucissement à la douleur. Hélas ! pourquoi tant d’élévation, tant d’héroïsme n'excitetil l'admiration que parce que c'est la marque d'êtref exceptionnellement doués *?
Les hommes rampent comme le ver, s’attachant à la matière, y puisant leurs jouissances, y fixant le but de leurs aspirations. Le capitaliste n'est heu-
eux qu'autant que montent les actions, le prolétaire S'épuise dans un travail ardu qui lui donne le Pain quotidien, le Politicien n'a d'autre ambition que de cueillir des honneurs et vendre cher son influence, le chercheur ne va Pas au-delà des expériences mises à la portée de son œil : ils ne sont plus les Michel-Ange et les Raphaël qui Maniaient le pinceau ou le ciseau Pour reproduire les beautés qu: rêvait leur génie,
Terre de l'Amérique, terre de métal: terre du Vieux-Monde, terre de ré ‘lutions, terre de voltans. Que signifie cette &uerre implacable, incessante du patron et de l'ouvrier, sinon l'appétit vorace des biens terrestres de l’un et la soif insatiable des jouissances de l'autre ? Pourquoi, au cours de l'année 1905, la perte de milliers d'existences ä-t-elle ensanglanté Je sol de la Mandchourie et ‘ougi la mer du Japon. si ce n'était Pour la possession d'un petit territoire et d'un simple port de mer ?
Les bombes n'éclatent pas seulement sous les carrosses des rois et des Présidents de républiques, elles font aussi des victimes dans les assemblées Populaires. Les meurtres se multiplient, et les sta. tistiques des cours criminelles montrent à nos YCUX épouvantés des hécatombes à faire pâlir les atrocités des temps barbares. La vie de l’homme n'a guère plus de valeur que celle d'une vile brute. Les journaux de New-York, Boston, Chi ‘ago.
seraient dépourvus d'intérêt s'ils n'enregistraient. chaque jour, avec titres éblouissants, quelques assassinats et suicides à sensation: avec quelles délices on les dévore !
l'el est notre temps, véritable reflet des âges disparus, puisque le bon roi David disait en gémissant : « Hélas! l'homme qui était né dans l'honneur n'a l'AS compris sa fin sublime: il s’est comparé aux animaux dénués da raison, et il leur est devenu semblable » (1): et que le prophète Isaïe s'écriait « La terre est désolée d'une grande désole. on, parce qu'il n’est personne qui réfléchisse en son cœur (2). » Seul le peut nier l'aveugle, seul le contredire l'optimiste quand même.
« Vous ne regardez que les ombres du tableau. nous dira-t-on, voyez plutôt les couleurs plus riantes. Jamais le génie humain n'a eu de plus grandes envolées; il a soulevé le voile qui dérobait aux Yeux profanes les secrets du monde céleste. il a fouillé Les profondeurs de ia terre.
« Quelle impor tance attachez-vous aux merveil. leuses découvertes dans le domaine des sciences ? L'électricité, ce fluide puissant, était-il conru avtrelois? Que dire du téléphone et Je la télégraphie sans fil ? Leur invention tient vraiment du prodige. La navigation sous-marine ne donne-t-elle pas un corps au rêve de Jules Verne, qu'il nous raconte «vec tant de détails pittoresques dans son roman : « Vingt mil!e lieues sous les n.ers », où son « Nautilus » évolue, dans l'imagination du grand romancier, ‘vec autant d'agilité et de grâce que les submersibles modernes ? Sa « Maison à vapeur » est devenue l'auto qui dévore l'espace, franchit les distances à une allure vertigineuse. Son ballon dirigeable
(Ga) Ps, xzvur.
{2} Is, Lvir.
imaginaire a cédé le pas au fréle aéronef fendant docilement les airs, franchissar ! les monts les plus élevés et planant à des hauteurs inouïes avec la légèreté de l'oiseau, sous la direction de son pilote,
« Les continents se sont ‘approchés sous l'effort puissant des grand: léviathans des mer; qui, en quelques jours, traversent les vastes océans. Les obstacles ont disparu de la voie du progrès devant
la formidable poussée du génie de l’homme. Les machines perfectionnées permettent à l’industrie de se développer sans entraves tout en allégeant le fardeau de l'ouvrier et en donnant à ses produits cette perfection dans leurs moindres détails inconnue jusqu’à nos jours. Le commerce ne connaît plus de bornes et les comptoirs ne sont plus assez vastes pour retenir les trésors qui sy entassent. Les entrailles de la terre déchirées, fouillées jusque dans leurs moindres replis par des bras vigoureux, laissent s'échapper en un flot continu et ininterrompu leurs immenses richesses : or. argent, pierres précieuses, minerais de toutes sortes.
€ L'architecture érige les monuments les plus audacieux, et vous profitez du confort qu'elle apporte. Les beaux-arts ont des maîtres. Immense est le progrès de la médecine. La littérature ne cesse de produire. Et vous prétendez que l’humanité décline” »
Non, nous n'aflirmons pas cela. Loin de nous l'exagération ; nous nous inelinons devant les faits accomplis ; il serait injuste de douter même des succès remportés par l'intelligence et le travail. Nous admirons l'homme dans ses grandioses mani-
Hp
ET LE CITOYEN 8 festations. Nous allons même jusqu'à lui répéter, avec J. de Maistre, en prenant la contre-partie de l'apostrophe de Rousseau : « Homme petit et vain. confesse-moi ta faiblesse, je te montrerai ta puissance. » Nous applaudissons quand il assujettit la matière et la fait plier sous son doigt,
Mais, doit-il s'arrêter là? Sera-t-il captif de la terre, comme l'esclave de ses chaines ? Ne songerat-il, comme la bête, qu'à se pencher vers elle et à en tirer sa subsistance? Traincra-t-il l'aile dans la poussière, et ne s'élancera-t-il pas dans des régions plus dignes de lui” Oubliera-t-il la noblesse de sn origine, la beauté de sa nature, l'importance de sa mission et la sublimité de sa fin ”
Le soleil embrasse les champs de son éternelle et vive clarté, il les pénètre de sa fécondante chaleur et met au jour leurs trésors longtemps cachés. Mais, ses rayons, pour se confondre à la matitre, n’en restent pas moins purs, et, à son déclin, ils remontent vers ini dans les hauteurs où il domine. L'homme. cultivant « sa part d'héritage », se garde-t-il de souiller ses mains, et, aux heures de répit. retournet-il au sommet d'où il est descendu ”
L'humanité n'est pas ur être abstrait dont le front se perd dans les nues, tandis que ses pieds plongent dans le sol; l'humanité, rest chaque homme co:nposant un grand tout. Aussi, pour la reconnaître et la juger il faut entrer dans l'intimité de chacun et en saisir les traits. Ab uno disce omnes. Hélas! cette intimité n'est pas à sa louange.
La vie de celui qui trace ces lignes s'est écoulée dans bien des milieux ; sa mission d'apôtre convieit les âmes à jeter dans son sein les mystères des con-
fidences : ila franchi les seuils; les foyers n'ont pas eu de secrets pour lui, témoin affligé des scènes les plus lamentables, qui durent de longues années, toute une existence même. L'expérience lui a appris que le soleil ne brille pas seulement sur les dehors d'une civilisation raffinée, mais qu'il met aussi à découvert les turpitudes où l'homme s’abime, une fois qu'il a perdu le sens de sa propre dignité.
De quel nom le caractériser dans ses abaissements” Est-il humain ou monstre, lorsque, rejetant de sa bouche convulsée l'odeur infecte d’une liqueur forte, il s'égare dans les divagations, lorsque son œil clignote dans une orbite empourprée d'alcool, et que ses lèvres bégaient des paroles incohérentes ou proférent de hideux blasphèmes, des reproches immérités à une épouse tremblante, lorsque, en sa présence, des enfants demi-nus, hâves, décharnés, palissent d'etlroi ? Dieu seul sait les torrents de pleurs qui coulent sous tant de toits.
Est-ce bien l'homme qui s'absorbe dans la convoitise de la chair, et n'en sort que pour donner suite à ses appétits dépravés ? Ah! si nous suivions ses pas dans les sentiers où il s'engage, dans quels dédales nous nous perdrions ! Pour garder l'estime qu'il attire par le beau coté de sa nature, il faut « détourner la face » de celui où apparaissent tant d'ignominies ! Contentons-nous de le juger par ses discours.
Arrètez-le sur son passage, inspirez-lui la confiance par la bonté que reflète votre physionomie : :] vous ouvrira peut-être son àme. Heureux serezvous si vous en faites jaillir quelques étincelles,
{ant il sera défiant ! Si souvent il a été trompé par
l'indiscrétion et la malice des gens qui se présentaient à lui sous la parure de l'amitié ! Cependant. nous craignons bien qu'il ne s'élève bien haut ; il vous sera facile de l'accompagner dans son « vol ». Il vous parlera des rigueurs de son métier, des chances de son commerce, de la hausse ou de la baisse à la Bourse, de la tactique de ses adversaires politiques, des succès de sa profession, de courses de chevaux, de la rapidité des automobiles, de joutes de base-ball ou de foot-ball.
La conversation découvre l'homme. Interrogez votre interlocuteur, ou laissez-le livré à ses épanchements, ei vous apprendrez à quel esprit vous avez affaire. Prenez garde de lui exprimer une pensée qui n'est pas « ordinaire », vous lui trancheriez le fil de son discours, d'ailleurs entrecoupé d'incidences et enchevêtré d'idées sans liaisons; il vous regarderait d'un air étonné, à la façon des anciens qui considéraient les philosophes comme des divinités tombées des cieux. Vous aurez bien peu pour la satisfaction de l'intelligence, si vous ne récoltez pas le vide. Soyez aussi parcimonieux de votre cœur, car il sourirait et dirait que « vous faites du sentiment ».
11 suffit de quelques contacts avec la masse des humains pour faire cette expérience.
Homme, mon frère, est-ce bien toi? Es-tu là l'intermédiaire entre le ciel et la terre, l'anneau qui les relie? Les Saintes Lettres t'appellent «un ange dimi-
nué ». Or l'ange est un rayon de Dieu, il n'est aucune: de ses pensées qui n'en recoive la clarté, aucun de ses actes qui n'en soit inspiré. N'aurais-tu pas, de ton côté, quelques parcelles de ses illuminations, et tes mouvements ne seront-ils pas imprimés par de divines pensées ?
« Conneis-toi toi-même », a dit le Sage à l'homme, c'est-à-dire, remonte à ton origine, et tu en tireras une fierté légitime. en même temps qu'un devoir à répondre à la plus haute des noblesses, Ainsi, la Vierge, instruite de la sublimité de sa conception, ne cessait d'admirer en elle l'œuvre du Créateur et conformait sa conduite au miracle de sa nativité. Ainsi, Jean-Baptiste, « sanctifié dès le sein de sa mère », tournait son regard vers la pureté de sa nature, et entraînait les hommes « au royaume de Celui qui devait venir ».
Ta génération est d'un Dieu. Nul roi, nul grand. aucun de ceux que l'on désigne sous le nom d'aristocrates, par opposition au «€ vain peuple », ne peut se prévaloir d'une plus haute lignée, es-tu modeste ouvric. ou simple paysan. L'Église eût applaudi à la « Déclaration des droits de l’homme », si celle-ci eût été chrétienne, si elle n’en eût été que le relève. ment. Tes traits portent l'empreinte de la majesté, quand même tu ne serais pas couvert des ornements du luxe et que ton corps n'exhalerait pas l'odeur des parfums. Tu règnes «de par la volonté de Dieu » et la dignité qu'il t'a conférée par une création exceptionnelle; tous les autres êtres « qui rampent sur la terre » sont tes vassaux, et, quand, par ton génie, tu t'en rends le maître, c'est pour établir icibas un séjour où le Seigneur est plus honoré, où tu
domines par un sceptre qu'il l'a communiqué, c'est pour que la terre soit « l'escabeau de tes pieds » et que tu montes toujours, excelsior, par la grandeur de ta pensée et la flamme de ton amour.
De quelles mains est sorti le premier homme et en quelle solennelle circonstance ? Relis la premiére page de ta genèse, et l'orgueil, orgueil juste et louable, rougira ta peau d'une pourpre qui proclame ta royauté, D'un mot le Seigneur avait tiré l'univers du néant, il avait embelli le plus vaste des palais, pour le destiner à son chef-d'œuvre ; innombrables étaient les richesses dont il l'avait décoré en artiste sans égal, la voûte était plus splendide que celle d'un temple, les animaux étaient comme suspendus dans l'atiente d'un royal dompteur, la nature entière inanimée reposait dans la silencieuse espérance d'un ouvrier qui la ferait respirer et mouvoir.
Voici l'homme, à grâce du Créateur! Bénie soit l'heure où il naît! Mais il ne vient pas, comme le reste des êtres, d'une seule parole, quelque puissante qu'elle soit. Dieu, avant de couronner son œuvre, qu'il avait pourtant trouvée « si belle », se recueille, semble s'interroger, attendre, puis enfin se répondre par cette décision pesée à la balance de la sagesse incréée : «Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes. à toute la terre et à tout ce qui rampe dessus. » Et l'homme fut fait.
C'est donc dans les profondeurs de l'éternel conseil qu'il a été élaboré: la Trinité Sainte a tenu pour lui ses grandes assises : le Père, le Fils. et le Saint-
Esprit ont délibéré avant de procéder à son apparition dans le monde.
Voilà, mon frère, d'où tu viens, du sein même de lu Divinité. Tu en es le reflet, pâle, il est vrai, mais tu l'annonces à tout ce qui l'entoure, comme la teinte rosée de l'aurore marque et devance l'arrivée du soleil. Ta stature est imposante : tu te ‘iens debout comme la colonne d'un temple: ta face brille de grandeur, selon l'expression d'Ovide : os sublime dedit; toutes les parties qui composent ton corps et s'adaptent si bien les unes aux autres, publient le génie divin de l'Architecte qui l'a conçu et de l'Ouvrier qui t'a formé, En toi les poëtes se sont inspirés, devant toi les savants ont eu des extases, sur toi les orateurs ont discouru, à cause de toi un médecin, après que sa plume se fut épuisée dans la description de ta structure, s'est écrié : € Ce n'est pas un livre que je viens de faire, c'est un hymne que je viens de chanter en l'honneur de la Divinité (1). »
Je ne m'arrèterai pas aux détails. Tu marches droit, 6 homme, parce que tu es le souverain de la terre : ne te courbe pas. comme l'animal qui se repait de viles satisfactions. Que les lignes qui dessinent ton front soient grandes comme ta pensée : que ton regard, où éclate la beauté et se creuse la méditation, recule les horizons pour les serater davantage; que ta langue qui frappe le jixlais comme une corde d’où s'échappent les sons les plus doux. ne dise que des mots de charité. Souris à la naïve enfance, soutiens l'âge mûr dans ses combats,