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Ne croyez pas, législateurs, ministres, magistrats, à la sagesse qui naît du temps présent, L'histoire vous apprend qu'il en est pour les chefs de peuple comme pour les chefs de famille : l'expérience est la maitresse la plus sûre. Telle est leur condition d'être faible et bornée, comme tout ce qui est humain. Certes, ceux qui les ont précédés n'étaient pas infaillibles, loin de là: mais ils avaient déjà reçu une poussée, en marche depuis des siècles. D'ailleurs, qui empêche de corriger leurs erreurs avec respect et délicatesse ? Leurs faux pas nous indiquent où ne pas mettre le pied.
L'expérience, que nous livre l'histoire, est un flambeau dont on aurait tort de ne retenir que quelques flammèches : quelque lueur lointaine qu'il projette, il n'en indique pas moins la voie à parcourir, les obstacles à éviter et les sentiers aplanis qui hâtent vers le terme. Elle est aussi un soleil couchant suspendu à l'horizon : il tombera bientôt derrière les nuages du crépuscule, mais, avant d'achever sa course, il ramasse ses rayons en un faisceau plus lumineux pour le promener autour de lui, et du regard le voyageur suit les plis qui descendent de la montagne, circule à travers les méandres enrubannés de la vallée, découvre les secrets de la nature avec ses trésors, rien ne lui échappe, ni le dessin ni les couleurs du tableau.
France, d douce France, nous te saluons par ces mots qui t'honorent : Sois digne de tes pères.
Le lecteur comprend pourquoi, traitant du culte des ancètres, nous nous sommes longtemps arrêté sur la France. La voix du sang nous le commandait; puis, l'aimant comme nous l'aimons, ayant
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recu sur les genoux de notre mère les belles traditions dont ilne fallait pas laisser perdre une parcelle à notre âme, notre cœur s'est senti serré en voyant à l'œuvre des innovateurs repoussant avec mépris la vieille France aux gloir< qui en imposent encore aux peuples, et bâtissant su. un sable brillant, mais mouvant, une France nouvelle, « plus avancée ». Oh! que nous voudrions nous tromper et ne pas croire à des utopies désastreuses, à des rêves malsains et à ce travail de propagande pour « planter le drapeau dans le fumier (1) » ! Nous serions consolé, et l'avenir nous paraitrait moins sombre.
Nous sommes en Amérique, nous respirons le grand air des États-Unis. Cette liberté, qui remplit nos poumons, d'où vient-elle ? Qui en a comme imprégné l'atmosphère ? Les connaissons-nous ceux qui nous l'ont achetée au prix de leur dévouement, de leur vie mème ”? Les connaissant, quelle estime en faisons-nous ‘?
Chers concitoyens qui vous êtes fait en ce pays une patrie nouvelle, êtes-vous exempts du respect, de l'admiration, du culte, enfin, de ces hommes dont vous recueillez les fruits mûris en un sol Irboricusement cultivé ?
ILest vrai, vous n'êtes pas de leur descendance, dans vos veines ne court pas la même sève, il ne vous est pas possible d'avoir au cœur cet amour
(1) Pardon pour cette expression qui a été dite par un fameux antitilitariste, en France,
filial qui se témoigne au père : mais il est un devoir auquel il ne vous est pas permis de vous soustraire à leur égard, celui de la gratitude de l'enfant d'adoption qui a trouvé refuge et protection sous un toit étranger, qui sest mêlé à une nouvelle famille qu'il a faite sienne, et reçoit comme une part d'héritage d'ancètres qu’il n'a pas connus.
Il n'est pas nécessaire de faire aucun effort pour aimer et honorer ses pères, ce sentiment naît de la nature elle-même ; celui qui en serait privé donnerait le tristespectacle d'un être dépravé.Quand même,aux États-Unis, vous n'auriez qu'un « amour raisonné » pour ceux qui en furent les créateurs, ce serait beaucoup, ce serait noble, ce serait juste, ce serait chrétien. Et comment y arriver sans l'étude de leur histoire, de belles pages dans l’histoire du monde ?
Vous avez quitté la patrie d'origine pour chercher le pain de votre bouche, vous croyiez à l'Eldo- ‘ado américain, bien peu parmi vous songent à retourner aux vieux foyers de l’autre côté de la ligne quarante-cinquième ; bref, vous êtes chez vous. Vous y êtes plus que les Allemands, les Irlandais, les Italiens et tant d'autres peuples qui viennent d'outre-mer, parce que vous êtes d'Amérique. Mais quels moyens prendre pour ne pas être déclassés, pour effacer le nom d'étrangers, qui est, aux yeux de ceux qui vous coudoient, un signe de proscription, pour n'être pas regardés comme des plantes exotiques ? Quels moyens pour façonner l'âme de vos fils de manière à en faire les citoyens de l'avenir, tout à l'honneur de leurs pères ?
À ceux que nous avons déjà indiqués dans ce travail nous ajouterons : se pénétrer de l'esprit des
Pères de la Patrie, aimer ce qu'ils ont aimé, vouloir ce qu'ils ont voulu, continuer ce qu'ils ont commencé, travailler dans le sens qu'ils ont imprimé à leur œuvre, en un mot, les imiter.
L'artiste, peintre on sculpteur, pour tracer ou tailler un chef-d'œuvre, a besoin d'un modéle, ou une toile ou un marbre ou le spectacle de la nature. Le citoyen trouve tout faits les modèles dans l'histoire de son pays : qu'il la lise et la relise, qu'il en tire les plus belle figures, quitte à en corriger les défauts, qu'il s'en redise les actes sublimes ; et cette science expérimentale lui enseignera où et comment appliquer son intelligence et ses bras, où donner son cœur, où déterminér toute sa vie.
L'histoire est l'école où se sont formés les bons citoyens, les patriotes, les héros. Pour ne citer que des exemples les plus ressortis, Napoléon avait toujours avec lui son « César »; au milieu de ses expéditions il le dévorait sous la tente : Frédéric II de Prusse, retiré dans son cabinet de Postdam, méditait sur les faits accomplis par ses prédécesseurs ; et qui ne sait que le président des États-Unis s'inspire de ses devanciers à la Maison Blanche ?
Qui n'admirerait le respect, l'estime souvent poussée à l'enthousiasme des Américains « pur sang »et des Américains, « sang nouveau » pour les fondateurs et les libérateurs de leur pays? Qui les blâmerait de saisir de particulicres circonstances pour réchauffer le patriotisme des anciens et l’exciter chez les nombreux émigrés qui sont venus se joindre à eux? Ils savent que le culte des ancêtres esUun « moyen », et ils en usent.
ianniversaire de naissance de Washington et de
Lincoln ne passe pas inaperçu ; nous avons vu à cette occasion, à New-York, défiler en procession une longue série d'enfants agitant chacun un petit drapeau étoilé, nous les avons entendus, réunis à l'école, réciter de courts poèmes pour célébrer le héros du jour avec une conviction qui faisait beaucoup espérer de ces citoyens de l'avenir. Les fondateurs des divers États ne sont pas oubliés; nous en avons un vivant exemple à Providence, où R'ser Williams domine sur le pinacle du Capitole.
Qu'il y ait exagération, extravagance chez les ardents qui veulent surchauller le patriotisme, nous sommes prèt à le concéder : mais, cela s'explique par leurs soucis de créer un peuple homogène ; et ils croient y parvenir par ces sortes de démonstrations. Ils ne font de mal à personne ; ce n'est pas par l'épée ou le canon, ni par des prescriptions intolérantes qu'ils procèdent, comme en Alsace- Lorraine où l'Allemagne efface jusqu'aux enseignes françaises, comme en Pologne où la Russie, après s'être servie du sabre, prohibe l'enseignement du ‘atéchisme dans la langue nationale ; mais par la parole qui dit, poétise, chante les gloires ancestrales, moyen plus lent, mais plus sûr que la force brutale. L'enfant, accoutumé à entendre des noms que l'on exalte, se prend d'admiration pour ceux qui les ont portés et la terre qui les a engendrés ; toute sa vie, il a ces noms gravés dans son esprit, avec les actes qui les ont rendus célèbres, et il les redira dans un sentiment tout patriotique. Îl aimera ce sol où crürent tant d'hommes à la largeur de pensées, à la philanthropie qui embrassait dans la liberté ses pères et s'étendit jusqu à lui, aux immen-
ses travaux qui lui assurèrent un avenir dont il jouit présentement ; il deviendra plus vite américain que se feront Russes ces enfants de Pologne qui, en 1906, s'élevérent contre l'odieuse loi qui défendait de parler de leur Dieu dans leur idiome.
Oui, quel que soit le « surchauffement patriotique » auquel ils se livrent, les Américains font œuvre pratique en rappelant sans cesse à la génération qui grandit, lés ancêtres qu’, chez eux, sont entrés dans l'histoire des créateurs de nations.
Chaqué année, sur le rocher de Plymouth, ils célèbrent le jour à jamais mémorable (le 21 décembre 1620) où les Pilgrims prirent possession de cette terre qui devait être la Nouvelle-Angleterre : cest le Forefathers’ day. Quelle que soit l'opinion que l'on ait au sujet de Roger Williams, on ne saurait trop louer le Rhode Island d'avoir mis son fondateur en une place où peuvent le voir les nombreux voyageurs qui vont de Boston à New-York et les citoyens qui résident dans la capitale. Dressé sur le palais législatif, n'éveille-t-il pas l'esprit civique ? Dans la Virginie, John Smith n'est pas en moindre vénération, ni, dans le Massachusetts Endicott, Winthrop; dans le Maryland, Baltimore ; dans la Pensylvanie, Penn, et le New-York, Hudson, dont on a appelé la rivière qui le traverse. Que d'autres Forefathers qui sont dans chaque Etat « les dieux de la patrie »!
Peu d'hommes sont grands aux yeux de leurs contemporains ; la plupart prennent les proportions le haute stature par l'éloignement où se tient la postérité. Les libérateurs des États-Unis sont au nombre des exceptions ; le présent est d'accord
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avec le passé pour considérer comme des héros, dans les deux genres militaire et politique, Washington, Franklin, Bacon, HenrY, Hamilton, Jay, Jefferson, les deux Adams, John ‘Lee, Green, Paul Revere, Shuyler, Montgomery. Ellen, Gates ; nous voudrions ne pas 1bréger la liste. Dites-ies tous, vous qui profitez des créations de leur audacieux génie, de leur volonté indomptable et de leur sage prévision. Souvent ils ont semé dans le sang, toujours dans les sueurs des fatigues et des obstacles à renverser, ce germe qui est sorti d'une terre appelée à la plus grande des libertés et s'est multiplié en tiges vigoureuses, treize d'abord, plus nombreuses ensuite, qui furent les États-Unis. Les traits de valeur qui s'accomplirent à Lexington, Bunker Hill, Trenton, Princeton, Bennis Heights, pour n'avoir pas eu l'illusion d'un héroïsme chanté par un poète, n'en honorent pas moins les fastes d’un peuple.
La France est justement fière de son Napoléon, qui l'enveloppa de son manteau de gloire ; lorsque, en 1900, on représentait sur la scène «l’Aiglon (x})», son seul nom soulevait les applaudissements. Mais, elle fut morcelée après tant de victoires inutiles : Washington a fondé une nation qui s'étend sur un territoire grand comme l'Europe, Wellington, à Waterloo, abattit l'aigle impérial, grâce au secours de ‘’3lücher ; Moltke a concouru avec Bismarck à créer l'Allemagne de nos jours, maisilavait des armées fortement disciplinées, de formidables canons : Washington, avec des moyens très restreints, commande à une milice presque improvisée,
(1) De M. Edmond Rosraxp,
est servi par une marine à peine élaborée et puise dans son génie l’art de vaincre la redoutable Angleterre et la rejeter dans son île.
Cependant la figure de Washington ne doit pas être tellement éblouissante qu'elle efface ces généraux, officiers, soldats, qui, sous ses ordres, tracèrent 1975. Lui-même, dans sa générosité, sut leur rendre un digne hommage, et les Américains ont le tour de les ressusciter, lorsque l’occasion s'en présente.
Quelle que fût !: déconvenue de 1812-13, ils mettent sur un pied d'égalité, sans distinction du succès ou de l’insuccés, parce que tous se dévouèrent pour la même cause, la grandeur de la nouvelle République, dans les combats sur terre, Harrison, Wilkinson, Johnson, Jackson, Brown, Scott, Miller ; sur mer, Hull, qui commandait la « Constitution », le brave Lawrence, Perry, le héros du lac Erié et Mc Donougt.
Ils tirent orgueil — qui les en blàmera ? — d'une cpoque mémorable, où leurs pères firent du Nouveau-Monde la terre de l'émancipation de l'esclave.
Qui ne les admirerait de faire ressortir, entre lant de noms, Anderson, dont la résistance est dite « l'extraordinaire rencontre de soixante-dix et de sept mille hommes (1) », de rappeler les trois cent mille volontaires répondant à l'appel de Lincoln qui n'en demandait que soixante-dix mille, d'exalter Me Clellan, Rosecrans, Me Dowel, Banks, l'erragut, Meade, Grant, Sheridan, immortalisés
G) Sanuer : History of the United States, 29 .
par des batailles célèbres, cumme Vicksburg et Gettysburg ?
Les Américains ont un culte pour leurs présidents, depuis le premier jusqu'au dernier, quel que fût le parti, républicain ou démocrate, qui les ait montés au pouvoir. La Maison Blanche est comme un temple vénérable, À la mort de Washington, le Congrès fit cette déclaration : « That first in war, Jirst in peace, he was first in the hearts of his countrymen (1). » Ceux qui le suivirent à la tête de la nalion eurent chacun leur mention spéciale : John Adams, Jefferson, Monroe, dont le règne fut caraclérisé « {he era of good feelings (2), Lincoln dont la mort tragique enveloppa de deuil un demi-continent, Grant, que ses compatriotes récompensérent de ses immenses services par une double élection, Mc Kinley, qu'une arme meurtritre enleva à l'affection de tous, pour nommer le dernier, Cleveland, dont les funérailles furent présidées par le chef de l'État, qui, pourtant, n'avait jamais partagé ses opinions politiques (3).
Les chaires d’universités citent Cotton et Ward, l'auteur de « Bodyss of liberties of Massachusetts. vomme on étudie le Droit romain, on passe en revue les législateurs dont les travaux, au Congrès de 1774, faisaient dire à Lord Chatham : « J'ai étudié et admiré l'œuvre des plus grands esprits du monde antique ; je ne trouve nulle part réunion d'hommes qui aient égalé les membres du congrès en sagesse,
(1) «Le premier à la guerre, le premier dans la paix, il fut le premier dans le cœur de ses concitoyens. »
(2) L'ère de la bonne entente.
(3) M. T. Roosevelt.
ET LE CITOYEN 207 en puissance de raisonnement et en logique dans leurs con“lusions. » Washington, qui connaissait ses hommes et savait les choisir, forma le plus fort des cabinets par Jefferson, Hamilton, Randolph et Wilson.
Si l'on juge l'arbre à ses fruits, il faut juger les hommes à leurs œuvres, La descendance de ceux qui ont conçu la Constitution américaine, ont été les premiers à en suivre non pas seulement le mot, mais l'esprit, se sont mis de toutes leurs facultés à l'administration d'un pays si vaste et alors presque à l'état rudimentaire, et onflonne’tant de preuves de sens pratique en même temps que de dévouement sans bornes, cette descendance, disons-nous, fait acte de justice, de reconnaissance et d'éducation civique en déposant sur les lèvres des enfants des écoles et des étudiants des universités les noms de ces citoyens, dont ils sont les successeurs par l'ordre du temps, et qu'ils ont la mission de reproduire en tous leurs actes civils,
La tribune se glorifie de Calhoun, dont le seul nom fut gravé sur sa pierre tombale comme s'il portait sa célébrité ; de Henry Clay, l'orateur idéal, disaient ses contemporains, et qui mérita le titre de « pacificateur », à cause de la conciliante influence qu'ilexerça dans les terribles disputes de l'esclavage, et de Webster, dont les discours « n'auraient pas déparé la tribune anglaise (1) ».
Que l'on ne rous reproche pas d'avoir multiplié les noms ; nous l'avons fait à dessein, nous avions un double but : montrer comme l'Américain, qui
Gi) M, À. DECELLES :
Les États-Unis, 29.
veut fonder une grande patrie, sait tirer profit de ses gloires ancestrales, puis exciter la curiosité des nôtres, déjà nationalisés ou ayant renoncé à retourner au Canada, et par conséquent obligés de consulter l'histoire des États-Unis, s'ils y veulent être « quelqu'un ou quelque chose », d'étudier un passé écoulé sur une terre qu'ils habitent et dont ce serait une faute de se désintéresser. Comme l'a dit un de nos écrivains : « Les destinées des États-Unis sont d'une importance suprême pour nous, Canadiens- Français (1). » Elles s’allient aux nôtres. ajouteronsnous. Et les destinées d'in peuple ont leur berceau dans son histoire; l'ignorer, c'est reculer; la connaître, c'est avancer.
Chers concitoyens que les nécessités de la vie ou un esprit d'aventure ont conduits aux villes hospitalières de la République américaine, si vous ne devez pas y rester étrangers, mais plutôt vous pénétrer de son âme en vous nourrissant de l'histoire de son origine et de ses développements, est particulièrement pour vous un autre devoir qu'elle n'exclut pas.
Comme les Grecs, débarquant sur les rivages du Latium, avaient eu soin d'apporter de l'Asie ce qu'ils appelaient leurs « dieux pénates », ainsi, en quittant le beau pays arrosé par le Saint-Laurent, il vous importait de ne pas vous séparer de vos propres traditions nationales pour les déposer à votre nouveau foyer. L'avez-vous fait? Vous accompagnant,
) Ed. pe Navns : /bid., 1, 3.
la patrie a-t-elle traversé la fronticrea vec ce qu'elle a de gloires ? L'âme de vos pères Plane-t-elle sur la tête de votre postérité placée à vos côtés ? Avez-vous vos «dieux domestiques » ? comme disaient les anciens. Connaissez-vous si bien l'histoire du Canada que vous vous en fassiez honneur devant les divers peuples unis à vous pour former la communauté civile? Science d'autant plus nécessaire que les circonstances sont plus difficiles, que l'oubli naît de l'éloignement, et que — ceci est detriste expérience — Vous courez le danger du respect humain, une mauvaise honte de ce que l'onest. Les citoyens, qui ignorent leur histoire perdent l'estime d'eux-mêmes: hélas ! nous en avons vus rougir de leur nom, quand autour d'eux on en faisait éclater d'autresavec plus de sonorité.
L'exemple de quelques-uns des nôtres, qui ont encore l'honneur de cultiver les champs paternels, est un enseignement. Eux aussi, ils ont leurs tentations; eux aussi, ils ont leurs épreuves. Pourquoi ne se dressent-ils pas de toute leur hauteur, lorsque des poseurs en maîtres leurs jettent à la face l'injure de « race inférieure »? Ah ! le courage civique ne trouverait pas de lâches exceptions, si chacun avait présents à la pensée son origine avec les actes mémorables de ses pères.
Ouvrons quelques pages qui donnent envie de recourir à des sources plus larges et plus abondantes. Nous apprendrons qui nous sommes par ceux qui nous ont engendrés.
Le « fils de famille » étale avec orgueil les parchemins où sont inscrits les titres nobiliaires de ses ‘scendants. Quels furent les nôtres ? Étaient-ils la
lie d'une population dont on voulait purger la France comme ces convicls que Londres rejetait sur le littoral de la Virginie (1)? Non, loin de là. Comme Cartier, le découvreur du Canada, anobli par le roi, comme Roberval, que Francois Ier appelait « le petit roi de Vimeux », comme de Monts, « gentilhomme » et « gouverneur de Pors », comme Champlain, fondateur de Québec, @officier distingué de la marine «, comme le premier colon. Hébert, «un bourgeois de Paris », nos pères étaient choisis, de cette race, genus electum., dont parle l'Apôtre aux premiers chrétiens, quand il les relevait à leurs propres yeux.
Voici ce qu'en dit notre historien : « Les émigrants étaient des chercheurs d'aventure plutôt que des hommes poussés hors de leur pays par la nécessité ; des jeunes gens attirésen Amérique... qui espéraient que la fortune les dédommagerait de leurs travaux et des dangers qu'ils avaient courus ; des marins, las de la vie sur mer; d'ardents catholiques, fuyant le voisinage des huguenots, puissants dans queiques provinces, dans le Poitou, par exemple... Au reste le clergé a exercé une grande influence sur le choix des émigrés (2). »
La dernière affirmation est surtout à noter: les chefs spirituels, consultés par les chefs temporels, intéressés au succés de leur entreprise, faisaient le triage des bons.
La liste des premiers débarqués à Québec et à Montréal a été r bliée (3): plusieurs même ont eu
(Ga) E. de NEVERS, ouvr. cil., 1, 20.
ct, du Can, 11, 107.
(3) Voir FeRLAND, RousseAU et plusieurs autres historiens.
ET LE CITOYEN 211 leur biographe : certes, il ne manque pas de témreisnages qui nous les font connaître et apprécier.
Combien parmi nous dont les ancêtres étaient de l'élite de l'armée francaise ! « Le régiment de Carignan jeta sur nos rives une nombreuse population ‘ppartenant à la meilleure aristocratie, Lesofficiers supérieurs, les simples cadets, un grand nombre de nos soldats, nous apportaient, outre leur gloire personnelle, celle de leurs ancêtres (1). »
Un missionnaire, témoin des premiers temps de la colonie, écrivait : « Nous avons nombre de soldats de facon et de résolution. Le reste fait un gros de diverses sortes d'artisans et de quelques honorables familles (2). »
Mais la provenance, quelque digne ou noble qu'elle soit, ne serait rien sans les qualités de l'esprit et du cœur, Écoutons ce qui en a été dit: « Les Canadiens sont pleins d'esprit et üe feu, de capacité et d'inclination pour les arts (3). » — « J'avais peine à concevoir qu'une peuplade formée de personnes de toutes les provinces de France fût aussi accomplie qu'on me la représentait. Lorsque je fus sur les lieux, je reconnus qu'on ne m'avait rien flatté. » — « Le Canadien est obligeant, honnête, infatigable (4). » —
«Je rencontrais dans la Nouvelle-F ‘ance des con- Yersalions beaucoup plus satisfaisantes et d'un ordre élevé: les âmes y sont plus ouvertes aux choses de
(5 Mgr C,
TANGUAY : Dictionnaire généalogique, préface, Eve
©) Le P. LRIEUNE, 1636. Cité Par BE NEVERS : L'Avenir des Coradiens-Francais, 11.
(© Le P, LecLzenc : lbid.
G) De BoUGAINVILLE : Ibid., 15.