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Alors, il est vrai, les ambitions étaient bornées, on ne rêvait pas de fortunes fabuleuses, ni « des droits de l'homme », les plaisirs avaient plus de simplicité; mais, est-ce que l'on était moins heureux loin des troubles de notre siécle ? Si les poètes du foyer nous en ont tracé un tableau fidèle, la maison était un temple de la paix, où l'on s'entretenait des vertus des « anciens », les champs étaient témoins de paisibles travaux et de purs amours, le même Credo recueillait les âmes. Si les armes, accrochées à la muraille, se réveillaient et s'agitaient, si les querelles de bastions à bastions, de ville à ville, de pays à pays, excitaient à la défense du sol, les enfants, grandis à la lumière de l'histoire, ne soullraient pas de les laisser se rendormir et devenaient autant de chevaliers (1).
Mais, ne songeons pas à poser de tels exemples devant ceux qui veulent « renouveler la face de la terre ». « La civilisation a fait tant de pas en avant depuis! Et elles sont surannées les coutumes des ancêtres! Reviendrons-nous en arrière? Brisons avec un passé moyenàgeux et recommençons l'histoire », s’exclament les « modernes ». Et ils ont ajouté un nouveau verbe au dictionnaire, mnoderniser, ce qui veut dire tout changer, remettre tout au temps actuel, faire commencer le monde à soi, créer des héros du jour, monter des génies en toutes
G@) 1 y a aussi la tradition napoléonienne, encore vivante de quelques restes de la Grande Armée. Ses braves, retournés au foyer, avaient des pleurs communicatifs d'héroisme. Le tombeau de l'Empereur, aux Invalides, estune tradition de gloires, quoique de date relativement récente. « S'il se relevait ! » semblent dire les Francais, y fixant leurs regards, dans la pensée de la « revanche ».
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Mais toute la France ne pense pas et ne parle pas ainsi; certes non, il ne nous semble pas que l'âme de la France se soit tout à fait éloignée de ses traditions ; elle a encore le souvenir de vieux noms st frissonne de gloires passées. Il y 4 des poètes qui les chantent dans l'enthousiasme des vers, des peintres qui les ressuscitert sur la toile, des sculpteurs qui les mettent debout aux yeux d'rne foule émue (1). Il y a des dramaturges (2) qui les déploient sur la scène (3). Il y a des romanciers qui font aimer les bonnes mœurs dont on vivait, dont cn vit encore en quelques coins qui ne se sont ps « modernisés (4) ». Il y a des historiens qui srrutent passionnément les archives et en exhument de grands caractères. Il y a des orateurs qui provoquent les applaudissements par des périodes concluant au sublime des faits et gestes de héros pleins de Dieu ct de la patrie. Louable est cette habitude annuelle du panégyrique de Jearae d'Arc. Il y a... nous illions dire des légis'ateurs qui vont puiser la sagesse des lois dans r'expérience des siècles ; mais, eût été aller trop ioin dans un temps où l'on veut asseoir la sociét sur des bases nouvelles.
() Regretioas qu'au salon de 1910 l'exposition n'ait offert que de la m sthologie, de l’allégorie, du paganisme, et des gluires « Loutes fraiches ». A l'exception de Jeanne d'Are, qui s'impose, la « vieille histoire » de France a été oubliée.
(2 Comme Henri de Bornier.
3) N'est-il pas à déplorer que quelques-uns montrent leurs l''sonnages jouant l'adultère, et ferment leurs pièces par le suicide
(4) Comme M. René Bazin.
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Nous renouvelons nos réserves sur le passé; poussé à l'extrême, le culte dont il serait l'objet ménerait à l'idolâtrie, comme celui des paiens qui adoraient leurs héros ainsi que des dieux. Il faut donner comme légende ce qui est légende, mais aussi ce qui est histoire comme histoire ; il faut faire le triage de ce qui est bon, juste, utile, et l'approprier au bien des nations, dissiper les nuages dorés par l'imagination, qui enveloppent une renommée, mais aussi voir la grandeur où elle est, mesurer de l'étonnement et de l'enthousiasme l'héroïsme, quand il se révèle par des actes dépassant les prévisions ordinaires et portant des coups à effets magiques.
L'exagération est un défaut ; elle est quelquefois un pieux mensonge. Mais, ce n'est pas mentir que d'éloigner d'une âme qui s'est dévouée dans le sacrifice, d'un cœur qui fut servi par des puissances, d'un génie dont les conceptions furent à l'honneur de l'humanité, des faibiesses que la postérité a ‘ut intérêt d'ignorer. Le soleil inonde le monde de sa lumière bienfaisante, et sa chaleur est la vie de la nature. Pourquoi parler de ses taches ?
Historiens, marquez d'un or pur les plus belles dates des âges d la nation, ave:, comme enluminure. les noms dont elles ont recu le relief d'entre les autres ; la patrie en tirera un motif d'amour de la part de ses enfants. Que sous votre doigt, qui rend tout immortel, apparaissent les humbles, dernie’. dans le rang, premiers dans l'action : la patrie leur suscitera des imitateurs. Montrez la plus briliante épée du chef d'armée et le sabre ébréché du soldat qui a frappé de tous côtés. Que tout près de
Napoléon soit Drouot, le ls du boulanger, celui que l'Empereur appelait le « Sage de .1 Grande Armée ». Cuique suum, disait la législation romaine, terme d'équité : faites plus grand celui qui a été grand, et grandissez celui qui est digne de l'être,
« Poètes qui toujours, loin du siècle où nous sommes »,
cherchez les sujets de vos inspirations, traduisez en vers l'épopée de la France. Et vous serez Gautier redisant Roland, dont les bardes allaient, excitant la vaillance de héros à la forte épée ; vous serez le Tasse français accompagnant de sa lyre les siens jusques sur les murs de Sion; vous serez le chantre de « Quiberon » haussant
« l'humble glaive des vicux Bretons, mettant la Vendée,
« ceinte de ses armes, «Au premier rang de nos guerriers (1).
Orateurs, qui ébranlez la tribune profane ou sacrée de votre souffle ému, soulevez le plus saint des enthousiasmes, celui qui se donne à la patrie par l'exemple des ancêtres
« Morts au champ de la gloire ».
Publicistes, qui combattez les combats du jour, vous avez des armes toutes prêtes dans l'arsenal de l'histoire : qu'elles servent, en vos mains. à la conquête des esprits pour Dieu et pour l'État !
(@) V. Huao,