EAU
ET
Estilbesoin'de rappeler ici que cette conquête se fit en vue d'étendre le royaume de Dieu et du Roy, de répandre par ce moyen les bienfaits de la civilisation chrétienne et francais ©
IS n'étaient pas des hommes de rien, « de race
inférieure », nos ancêtres que le Marquis de Vaudreuil, retourné en France après la Cession, et qui les avait si bien connus, caractérisait en ces termes : «En général, les Canadiens semblent nés soldats ; une éducation mâle et toute militaire les endurcit de bonne heure à la fatigue et au danger. Le détail de leurs expéditions, de leurs voyages, de leurs entreprises, offre des miracles de courage, d'activité, de patience dans la disette, de sang-froid dans le péril, de docilité aux ordres des généraux, qui ont coûté la vie à plusieurs sans jamais ralentir le zèle des autres, Ces commandants intrépides, avec une poignée de Canatiens.. ont déconcerté les projets, ruiné les préparatifs, ravagé les provinces et battu les troupes des Angleis huit à dix fois plus nombreuses que leurs détachements. Ces talents étaient précieux dans un pays dont les frontières étaient si vastes (1). »
Lorsqu'on entend parler de la sorte de ses ancétres, lorsqu'aucune voix disco; dante ne s'élève ni de ceux qui les ont vus à l'œuvre ni de ceux qui les ontscrutés par l'étude de l’histoire, ni encore d'autres qu'un sang diflérent, qu'une langue étrangère, une foi dissemblable, que des intérêts opposés auraient pu incliner, sinon à la partialité, du moins à la sévérité dans leurs jugements, en un mot, lors-
(1) GARNEAU : /bid., 11, 380.
qu'il y a en leur faveur unanimité, on ne saurait sans s'abdiquer, sans se mépriser soi-même, sans mentir aux générations présentes et à venir, sans se classer parmi les anciens esclaves importés de l'Afrique, ignorants d'aïeux, sans soulever le mépris d'autres peuples plus soucieux de traditions, rougir de sa généalogie. Non, qu'il n'y ait pas parmi nous de ces lâches exceptions. Levons le front : nous avons une histoire.
Noblesse oblige, chers compatriotes. Descendant de tels pères, soyez de tels fils, en tous lieux et en tous temps, au Canada comme aux États-Unis, aujourd'hui, demain; citoyens à l'intelligence qui s'élève, concevant des entreprises qui, en vous hono- ‘ant, profitent à la société ; citoyens au cœur solide, opposant une résistance à ce qui est organisé pour la ruine de l'État et votre propre perte ; citoyens à la volonté énergique dans ses résolutions et forte à l'action, usant, enfin, d'une valeur qui vous a été livrée dans un testament signé de leur main. Imaginez le plus grand des miracles : vos pères sortis tout à coup du tombeau où ils dormaient dans la paix du devoir accompli. Leur premier regard se porterait sur l'œuvre où ils ont mis toute leur âme et épuisé leurs forces. Ils interrogeraient chaque pierre de l'édifice national dont ils ont posé le fondement, et rechercheraient les ouvriers auxquels ils ont passé l'outil, au départ de cette vie. Que penseraient-ils en contemplant ce que vous avez fait? Oh!s'ils étaient contents des héritiers de leurs noms, ils rentreraient consolés dans l'éternel repos, la terre serait plus légère à leurs cendres, et ils béniraient d'une double nmortalité celle qui les prolonge, ici-bas, dans
leur postérité, et l’autre qui couronne leurs vertus dans le lieu des perpétuelles rémunérations.
Nous avons parlé d'orgueil de famille, 11 se soulève pour ainsi dire à chacun des pas qu'ils ort marqués dans cette marche de géants du golfe Saint-Laurent à l'Océan Pacifique, de la Baie d'Hudson à la mer du Mexique,
. domptant les flots des Grands Lacs orageux l'’ranchissant la savane et les marais fangeux, Pénétrant jusqu'au fond des forêts centenaires (1).
ils étaient bien les nôtres par tout ce qui fait l'âme et le corps d'un peuple, ces téméraires découvreurs, ces opiniâtres fondateurs, ces infatigables colonisateurs qui ont tracé de nouvelles lignes et frappé de nouveaux points sur la carte du monde. Combien parmi nous se réclament de leur descendance directe ou indirecte (2) ! Qu 'les raisons pour nous de les saluer tous, comme on salue le portrait brécieusement gardé d’un aïeul !
Salut à toi. Cartier, hardi marin,
Qui le premier foulas de ton pas souverain Les bords inexplorés de notre immense fleuve ! Salut à toi, Champlain !.…
Cartier, qui fis à la France don du plus beau terriloire, dont elle regrette la perte ; Champlain, que
(1) L.-H, FRÉCHRTTE.
(2) Georges E. Cartier, l’un des Pères de la Confédération, isccndait du découvreur du Canada,
le Canada et les États-Unis acelament dans un même hommage de reconnaissance, elles te publient, ces vastes mers intérieures d'Ontario et de Huron aux rives semées de populeuses villes ; il te redit, ce lac de ton nom qui vit les deux nations te célébrer dans un concert unanime (1); Nipissingue, qui attire le colon, tant et de si belles rivières, qui seraient des fleuves en Europe, l'Outaouais en particulier, qui mène à la capitale du pays dont tu as révélé les richesses, te chantent des grandes voix de leurs ondes. Cartier, Champlain, vous êtes à nous; vous ne vous sépariez pas de nous dans vos visions de l'avenir, prophètes d'un peuple naissant que vous établissiez comme Israël sur les rives du Jourdain, les collines de Jérusalem. les montagnes de Gelboé, les plaines de Saron. Notre cantique est à votre adresse, ainsi celui de Moïse et de Daviü, le chantre de ses ancêtres.
Saluons Marquette, le découvreur du lac Micuigan, au fond duquel est assise la reine de l'Ouest, Chicago; Joliette (2), le révélateur du Mississipi, Hennepin, du Missouri. Saluons de Niverville, le premier à gravir les pics altiers des Montagnes Rocheuses, ces Alpes de l'Amérique; La Vérendrye, l'immortel pionnier des plaines de l'Ouest, qui ouvrit à notre monde des plaines encore plus grandes, les nappes de l'Océan Pacifique ; La Salle, l'explorateur de l'Ohio, & la belle rivière », qui greffa à la couronne de France ce superbe joyau, la Louisiane.
(1) Juillet 1909.
(2) Né à Québec,
Si nous ne craignions d'être fastidieux, en dressant une liste trop longue, nous signalerions, toujours à l'honneur de notre race, d'autres découvreurs apportant de nouveaux trésors à la colonisation; nous saluerions en particulier Dablon, explorant la rivière Saguenay, de Quen, pénétrant, par un zèle apostolique, jusqu'au Lac Saint-Jean : même des plus modernes, des humbles, cachés dans la forêt, s'avançant vers de plus profondes régions, agrandissant notre territoire. Mais il est inutile de nous étendre davantage.
Faisons, cependant, une courte dissertation au sujet des fondations qui se développèrent sur des bases solides et permanentes.
Nos ancêtres n'étaient pas des aventuriers dans la force du terme, navigateurs sans boussole de lacs et de rivières, coureurs de plaines, chasseurs des bois, non certes ; ils accomplirent des œuvres moins passagères : ce furent des fondateurs de pays et de villes. On a encore toutes fraîches à la mémoire les solennités par lesquelles, en 1908, Québec célébrait son troisième centenaire. Montréal avait devancé son aîné en élevant en face de Notre-Dame la statue de celui qui jeta les fondements de Ville-Marie.
Salut à toi, Champlain ! à toi, de Maisonneuve,
Illustres fondateurs de deux fières cités
Qui mirent dans ses flots (du fleuve) leurs rivales [beautés!
Ajoutons : Salut à toi, La Violette, qui unis ces deux villes sœurs par ce trait d'union qu'est Trois- Rivières !
Ce serait, pour les provinces de l'Ouest, la plus
grave des injustices que d'oublier les noms français qui présidèrent à leur éclosion. Combien de villes ne furent tout d'abord que des pied-à-terre pour nos pères, dans leurs courses lointaines, ou des places où ils se retranchèrent, comme Kingston, dans Ontario, en premier lieu Fort Frontenac !
Non, ils ne passaient pas légèrement sur ce sol nouveau ; ils s'y appesantissaient et y laissaient des traces que le sable mouvant des rivages ou l'herbe des prairies n'ont pas effacées.
L'histoire des États-Unis, écrite par des auteurs qui leur appartiennent, n'est ni étroite ni mesquine. Rendons-lui ce témoignage, à l'encontre de ces francophobes du Canada qui mettent une enseigne anglaise, quand elle devrait être française. Les Américains, qui ont plus de largeur de vue, font acte de reconnaissance ; ils savent, en certaines circonstances solennelles, prononcer les noms des nôtres, fondateurs d'États ou de villes, ils en ont mème baptisé beaucoup de celles-ci. D'Iberville, parti de Québec, fonde la grande Louisiane; de La Salle, le Texas; Bienville, la Nouvelle-Orléans ; Lamothe-Cadilhac, Détroit; Duquesne, Pittsburg : Marquette, le Sault-Sainte-Marie ; du Luth, la ville appelée de son nom ; Dubuque, de même ; Guérin, Saint-Paul; Juneau, Milwaukee ; avant eux, Denonville, Niagara ; au commencement, ce furent des Français ; plus tard et en grand nombre, ce furent des Canadiens ; les Américains les unissent dans leurs discours. Voyez une carte que l'on accroche aux murs des écoles, et vous croirez être chez vous, comme des héritiers des travaux de leurs ancêtres.
Mais, ce n'est pas lout de s'asseoir sur les bords
d'une rivière où d'une mer, de s'arrêter dans une aventureuse expédition et de planter un pieu avec cette inscription : Ici s'élèvera une ville; il faut plus que quelques coups d'arquebuse portés contre les indigènes pour imposer la civilisation ; à l'épée, le véritable fondateur doit ajouter la charrue, selon cette devise : ense et aratro. La gloire du soldat se chante là où celle du colon reste silencieuse ; celle-ci se fait sans éclat à l'ombre de l'épaisse forêt, mais elle est plus durable dans ses créations : là où se dressait la tente, elle ensemence un champ ; là où retentissai: le bruit des armes, monte la voix joyeuse du village; là où brillait le costume du régiment s'aperçoit à peine l'habit aux couleurs ternies de l'humble laboureur; puis à celui-ci succède l'industriel, le marchand, le banquier, le magistrat, et les pauvres cabanes «en bois ronds » disparaissent sous de magnifiques édifices, les petits sentiers s'élargissent en belles avenues, voilà une ville.
Si l'on remonte à son origine, c'est toujours le colonisateur qui nous apparait le vrai père d'un pays. Quelque avantage que puisse tirer le militaire de Ta comparaison, il a besoin que ïa charrue creuse un sillon là où son épée a fait un cercle, tracant des limites qui ne doivent pas être franchies. Disons plutôt que l’un et l'autre se complètent sans celui-ci, la barbarie n’eût pas été vaincue, sans celui-là la civilisation n’eût rien prouvé de son utilité, des progrès dont elle se vante. Or, nos ancêtres allièrent en eux les deux états de soldat et de colon : on ne sait lequel mérite le plus notre ‘dmiration. Disons quelques mots de ce dernier,
Voici Hébert, Finiliateur de la colonisation dans la Nouvelle-France : le plateau de Québec n'est plus une terre inculte; par son labeur, aidé de mains venues de la méère-patrie, le sol sauvage se transforme et produit des richesses inattendues à ceux qui ne savaient «ce qu'on allait faire au Canada ». Voici Couillard qui, en même temps qu'il cultive sa part de « l'habitation », multiplie les branches d'une nombreuse descendance. Voici, à Mont Royal, de « bons laboureurs », choisis en provinces par de Maisonneuve : oh: s'ils voyaient cette florissante ville qui s'élèverait, un jour, sur les rives du fleuve où ils se courbent pour les féconder ! Plus de deux siècles plus tard, voici Labelle aux conceptions grandioses, qui ouvre le Nord, jusqu'à iui inconnu, aux espérances de la colonisation. Voici le régiment de Carignan qui remplace ses armes de guerrier par celles de l'agriculture, se réjouit plus des trophées formés de faisceaux de blé que de ses victoires, et laisse son nom à ses vaillants qui continuent à jeter de ses sueurs dans un sillon.
Voyons-les, ces hommes « qui jalonnent les rives du Saint-Laurent et du Mississipi dans un espace de douze cents lieues (1) », poussant jusqu'au Texas pour « en devenir les fondateurs », ne s'arrêtant qu'aux bouches de ce dernier fleuve, s'étabiissant sur les bords de la Mobile, premiers colons de la Louisiane, et « les plus prospères », au dire de Bancroft.
. Bientôt, de robustes colons,
(1) GaRNEAU : Jbid., 1, 71,
Austères travailleurs de la sainte corvée, Viennent offrir leurs bras à l'œuvre inachevée… Le mot d'ordre est le même ; ces nouveaux venus Atfrontent à leur tour les dangers inconnus.
Vainement autour d'eux chaque élément conspire, Ces enfants du sillon fonderont un empire (1).
Le poète a-t-il raison ? Ont-ils fondé un empire * Oui, si l'on entend ici ce territoire à bornes si recu lées, s'étendant des États du centre et de l'ouest, auquel il faudrait ajcuter tout le Dominion du Canada ; oui, si l’on compte les milliers et les milliers d'hommes qui s'y rendent, chaque année, par l'émigration venue de loin, si l'on considère ces immenses pays, ces villes puissantes qui attirent l'attention de l'univers.
Hélas ! du premier empire qu'ils voulaient maintenir dans l'unité, il ne leur resta que la Nouvellel‘rance et quelques terres lointaines et inhabitées . un trait de plume, inspiré par la Pompadour, leur enleva le sud et l'est des grands Lacs, et le conquérant du Vieux-Monde, nous l'avons dit, avant de tomber à Waterloo, livra à leurs evnemis le pays, tout plein d'excellentes promesses, qui eût été le prix de leurs travaux.
Qu'importe qu'ils aient été trahis par un lâche “bandon ou vendus par un esprit mercantile ; qu'importe que des peuples, autrefois étrangers, jouissent des fruits de leurs peines, l'empire, quoique passé en d'autres mains, à été fondé par nos pères ; à eux
(1) L.-H. FRÉCHRTTE : 1bid.
en revient la gloire. Pourquoi ne nous vanterionsnous pas, nous qui sommes leurs fils, surtout si, encore aujourd'hui. nous donnons à l'Amérique ses meilleurs colons? Le Manitoba et ses provincessœurs ne sont-ils pas notre œuvre, et ne font-ils pas un appel incessant à nos bras ?
Dans notre revendication de gloire nationale, nous sommes arrivés à un point où il sera facile «le l'établir. Nous entrons dans « l'âge héroïque du Canada », selon le mot du gouverneur Elgin, où «chaque laboureur était soldat (1) », où tout un peuple se montre grand (2) », où combattent «ces braves gens, aussi Français de cœur que s'ils avaient vécu au milieu de la France (3) », ces hommes dont Montcalm disait : « Ah! quelles troupes que les nôtres ! je n'en ai jamais vu de pareilles (4). »
Glorieux sont les peuples dont les actes se sont élevés à la hauteur de épopée ! Le Canada n'a pas eu d'Homère et de Virgile pour amplifier des
exploits imaginaires sous le souffle de quelque divinité. Son histoire est une épopée vraie ; ses chantres, Charlevoix, Garneau, Ferland, ont été inspirés par la vérité, c'était là leur muse: ils n'avaient qu'a la suivre en racontant, et ils créaient un
poème.
(1) GARNEAU : Jbid., 1, 147.
(2) MaRrIN : Jlist. de France.
(3) Sismondi, cité par GARNEAU : {bid., 51, 347, (4) 1bid., 294.
Notre épopée ! où donc chercher sous le so!eil D'exploits prodigieux e ichaînement pareil ?
Dans quelle autre légende trouverai-je
De modestes héros plus glorieux cortège { 1) ?
Dans notre histoire, un nom de pays évoque un nom de victoire. Et la victoire n'était pas facile, il fallait l'emporter sur les indigènes qui, au nombre, loignaient la férocité et le mépris de la mort, et sur les colons de la Nouvelle-Angleterre, possédant des armées plus nombreuses et n'ayant pas, comme leur ennemi du Nord, à se plaindre de l'incurie ou de l'indifférence de la métropole. Washington, après la bataille de Monongahéla, fit cet humiliant aveu « Nous avons été battus, honteusement battus par une poignée de Français. Quelques instants avant l'action, nous croyions nos forces égales à toutes celles du Canada : et cependant, contre toute probabilité, nous avons été complètement défaits, et nous avons tout perdu (2). »
’arcourons une carte de notre continent dès ses temp primitifs; voyonsces contréess'étendant en un lointain d'horizon qui s’eflace presque, traversées, en de nombreux méandres, par des fleuves aux lits larses et profonds, au cours rapide, aux cascades bouillonnantes, aux cataractes pleines de majestueuse horreur, comme le Niagara; ces contrées parsemées de mers plutôt que de lacs, dont les forêts Vierges étaient souvent impénétrables et cachaient l'Iroquois dans leurs ombres épaisses, contrées sur lesquelles planaient les terreurs de la solitude qui
(i) LH, FRÉCHRTTE.
(2) Lettre à Robert Jackson. GARNEAL : Ibid, 1, 235,
ne s'interrompait que pour laisser place à des visions d'hommes barbares, cruels, devenus furieux à l'aspect des « figures pâles », liés par le serment de scalper jusqu'à la dernière tête des envahisseurs de leur domaine. Voilà un monde qui proclame héros ceux qui passérent en vainqueurs à travers tant d'obstacles.
Et nous ne pourrions les compter. Faisons ressortir, cependant, Champlain qui eut l'honneur de deux blessures, le régiment de Carignan, dont nous avons parlé, qui déjà s'était illustré à la journée de Saint-Gothard, en 1664, et dans la guerre de la Fronde, aux sanglants combats d'Étampes et de Saint-Germain de Paris, en 1652, a: * Turenne commanda lui-même à l'attaque d'u e (1), et de Salières, son chef dans la Colonie, Sorel l'intrépide, de Courcelles qui descendait de son poste de gouverneur de la Nouvelle-France pour poursuivre les ennemis jusque chez eux, de Tracy, le vice-roi, qui arma son épaule de l’arquebuse ; — et l’oublierions-nous ? «la milice canadienne qui s'est distinguée si souveni par sa bravoure, sa patience, ct surtout par la hardiesse de ses expéditions lointaines (2) » sous la conduite de La Vallières, Saint- Denis, Giflord et le Gardeur, « tous braves gentilshommes ».
Il y a peu d'épisodes plus dignes de l'épopée que la courageuse résistance de Dollard et de ses seize compagnons, au Long-Sault, contre sept cents Iroquois. N'omettons pas celui qu'on appelle encore le major
(Gi) J6id., +, p. 15.
(2) Ibid., 209.
Closse, qui est passé de l'histoire au roman pour jouer un rôle magnanime (1).
Non, nous ne manquons pas de héros à citer, lomére et Virgile eussent été heureux de les avoir pour sujets de leurs chants. Pour eux qui élevaient les hommes à la divinité, d'Iberville eût été bientôt un dieu, I n'est pas exagéré ce jugement qu'en porte
un auteur : « Si ces campagnes prodigieuses par leurs résultats, obtenus avec les plus faibles moyens malériels, avaient eu l'Europe pour témoin et non les mers sans retentissement des voisinages du pôle, leût eu de son vivant et aprés sa mort, un nom aussi célèbre que ceux des Jean Bart, des Duguay- Trouin et des Tourville, et fût, sans aucun doute, parvenu aux plus hauts grades et aux plus grands commandements dans la marine (2). » Cependant, son roi le créa chevalier de Saint-Louis et le nomma capitaine de frégate, et tel il était connu que « sa parole avait un grand poids à Paris (3) ».
On a peine à le suivre dans ses expéditions, tant il esUrapide dans les combats et les conquêtes. Il vole de la Nouvelle-France à la Baie d'Hudson. de celleci à l'Acadie, puis à Terreneuve; de là, en circulant Par les terres arrosées par le Mississipi, à l'extrémilé de la Louisiane, qu'il appelle du nom de son roi, enfin aux Antilles. En lisant ses exploits, on ‘croirait en face du merveilleux ou d'une trame inventée par l'imagination d'un romancier.
Pourtant rien n'est plus authentique, comme ce
G) Mad, Laure Coxax : L'Oublié.
©) Léon Gvénix : /listoire marilime de France: Gan- NEAU : {bid., 1, 15.
CO) bid., 358.
qui nous est rapporté des hauts faits de Napoléon. L'Acadie par Saint-Jean et Pemaquid, Terreneuve par Saint-Jean dans cette ile, qu'il soumit tout entire, «avec les Canadiens », au nombre de cent vingt-cinq, « qui s'étaient attachés à sa fortune (1) », la Baie d'Hudson par Rupert, Sainte-Anne et Nelson, et la mer du Mexique avec ses rivages semés de forts où il fit des prodiges de valeur, ne laissent aucun doute sur les faits qui nous en sont racontés.
Ce qui ne diminue pas sa gloire, ce qui plutôt l'augmente et donne du lustre à nos familles canadiennes, c'est qu'il entraine avec lui ses frères, « autant de héros », dit Guérin : de Sainte-Hélène, le vainqueur de Corlar (2), qui meurt d'une blessure reçue dans la défense de Québec, assiégé par Phipps : de Maricourt, que les rivages de la Baie d'Hudson connaissent ; de Longueuil, encore un défenseur de la capitale de la Nouvelle-France : de Sévigny qui, sur l'ordre d'Iberville, passe de Terreneuve à la Louisiane et fonde Mobile ; de Chàteauguay, qui tombe au fort Nelson en livrant à notre histoire un nom célèbre; de Bienville, que la Nouvelle-Orléans honore comme son fondateur. Il est des noms qui glorifient une nation : ceux-ci n'en seraient-ils pas ?
En voici d'autres, des héros canadiens dans toute la force du mot : ces deux suivants, « anoblis pour leur bravoure », Hertel de Rouville s° ‘istinguant à Salmon Falls (N. H.) avec cinquaue-deux des
(1) ibid, 363.
(2) Aujourd'hui Schenectady, N. Y.
nôtres, et Juchereau de Saint-Denis, mortellement blessé à Beauport, mais repoussant avec ses trois cents coloniaux les treize cents hommes de Phipps ; l’ortneuf, qui a tant de traits de valeur à son avoir, entrautres ceux de Casco et d'Haverhill, partageant sa gloire avec son frère de Chambly et Verchères, « qui demeurèrent sur place » (1): ces quelques centaines de Canadiens qui, sous de Castin, se signalèrent en Acadie et, à Terreneuve, sous de Beaucourt et de Montigny, « dont le nom seul faisait tomber l2s armes des mains des plus rés. lus (2) et qui eut pour successeur immédiat et marchant sur ses traces son fils Testard, à Niagara et Oswego ; et, dans la même île, cette « colonne conduite par les Canadiens Despensens, Duplessis, La Chesnaye, d'Argenteuil, d'Ailleboust et Joannès » semparant de deux forts, « qui auraient pu arrêter une armée entière (3) »; le chevalier de Corne, Cofficier canadien de mérite », qui fit respecter le drapeau français en Acadie, de Villiers, frère du brave Jumonville, avec ses six cents Canadiens, vainqueur de Washington (4).
Nous faisons sortir de l'ombre des noms dont les ‘crivains européens ont peu ou point parlé et qui ne Sont pas assez connus chez nous. Nous continuerons à en mettre d'autres en lumitre. Raisons de justice Pour eux et d'honneur pour nous. S'ils eussent vécu
(1) Ibid., 1, 29.
OC) CHARLEVOIX : 1bid., 35.
CG) Jbid., u, 35.
C9) lbid., 113, 199, 209. Nous avons tenu à préciser les ren- ‘vis, afin que le lecteur puisse aisément aller au récit des ‘Ycnements que rappellent les courtes citations.
dans l'ancien continent, pourtant accoutumé aux exploits d'hommes fameux, si leurs actes avaient eu un théâtre plus vaste et une scène plus haute, iln'en est pas peut-être dont la statue n'eût dominé une place publique. Mais ils étaient d'un petit peuple à ses débuts, pour la plupart «des gens du pays », des Canadiens longtemps ignorés du « grand monde ». Il semble que, à cause de cela, une nébuleuse poétique devrait les envelopper et que les littérateurs devraient en faire des sujets héroïques ; il semble que, maintenant qu'ils sont « découverts », on ferait acte de justice historique en les dévoilant, comme on abat la toile qui recouvre un marbre ou un bronze sculpté aux traits d'un génie ou d'un héros : il semble aussi que la race, dont ils sont issus, à droit sinon à plus d'honneur. du moins à plus de respect. Mais nous vivons en des temps où la valeur se mesure par le nombre, où la minorité compte pour peu, temps d'intérêt plutôt que de désintéressement.
Persistons, cependant, chers concitoyens, dans la revendication de nos gloires. Qui sait si elles ne trouveront pas d'écho dans des àmes symprthiques. vibrant de tout ce qui est noble, sublime, en dehors du cercle où elles se meuvent ? Déjà, même, quelques plumes françaises et américaines, à l'instar de Longfellow, y puisent de l'inspiration.
Pour nous, leurs fils, les héros de notre histoire brillent à l'égal de leurs frères du Vieux-Monde pour le motif qui les anime, pour le courage dans des difficultés qui paraissent insurmontables à d'autres qu'à eux, pour la bravoure en face du danger, la science et l'habileté aux prises avec la force, pour
leur triomphe là où, selon les prévisions ordinaires, ils devraient succomber. Surtout ils soutiennent et mème dépassent la comparaison avec leurs rivaux que l'Angleterre et plus tard les États-Unis ont prônés avec tant d'emphase, et qu'ils humiliérent par de fréquentes défaites. Poursuivons.
Cependant, en ceux qui ont précédé et ceux qui vont suivre, ouvrons une parenthèse pour considérer ces héroïnes dont les actions, en même temps qu'elles émeuvent, excitent l’étonnement.
La femme au Canada et en Acadie ne fut pas au dernier rang dans la défense du sol conquis, par la portée de ses coups et l’effusion de son sang. Dans les entr'actes de ses travaux domestiques, aux jours où l'approche de l'ennemi la faisait suspendre les semailles ou la moisson, alors que l'époux et les enfants devenus grands étaient partis en guerre contre les sauvages et les Anglais, elle savait se mettre au guet et décharger un mousquet ; dans les assauts d'un château, d'un fort, de quelque place dont elle avait la garde, elle savait tenir en respect les assaillants, et, au besoin leur courir sus. Oh ! que l'on a raison de chanter : Vive la Canadienne ! Ce n'est pas seulement un élan de notre cœur, c'est encore un cri d'admiration, c'est une louar:ge ‘dressée à nos mères et à nos sœurs, il est vrai, si ‘iinables par leur gaieté simple et naïve, et si timantes par les attentions d'un dévouement qui ne se lasse jamais ; mais aussi à leurs aïeules qui leur
ont transmis leur âme. La France a sa Marseillaise, ayons notre Canadienne.
Elles étaient bien Canadiennes les de Latour ct de Lanaudière, la première qui, au siège de Saint- Jean, en Acadie, obligea ses ennemis « à fuir devant une femme (1) », et la deuxième connue sous le nom de « l'héroïne de Verchères ». Si l’on nous demandait : Quelle est notre Jeanne d'Arc ? Nous n'aurions qu'à montrer celle-ci. Elle ne fut pas dans des circonstances identiques, elle n'eut pas à déployer autant de science dans l'art de guerroyer, sa mission n'eut pas tant de solennité, mais la Pucelle eût joué le même rôle que Madeleine — tel était son prénom — dans l'action qui fit sa célébrité dans notre histoire.
L'une de ses descendantes en a donné un récit des plus justes, des mieux dits et tout plein d'émotion (2).
En résumé, Madeleine se signale, dès sa douzième année (1690), dans une attaque dirigée contre le manoir de Verchères par les Iroquois que seule, avec un simple mousquet, elle met en fuite. Deux ans plus tard — quatorze ans, c'est être bien jeune pour être non seulement ferme devant un ennemi farouche et plus nombreux, mais aussi pour le repousser, — elle reçoit du chevalier Crisasy, accouru à son aide, cet éloge, quand il remet les armes de la défense aux braves qu'elle a commandés : « Mademoiselle, elles ne pouvaient être en
(1) 1bid., 1, 163.
€ M": J.-P. Bergeron, née Boucher de la Bruère, conférence au Cercle dramatique et littéraire de Woonsocket, R. 1., ie 10 imars 1907.
meilleures mains ». Lorsque, épouse du seigneur de la Pérade, elle est assiégée dans son manoir, elle oppose une résistance qui a un heureux rctentissement dans toute la Nouvelle-France.
Il faudrait aussi tracer le portrait d’autres femmes qui ont été l'honneur de leur sexe et de la patrie ; nous souhaitons que des plumes aussi bien taillées que celle du biographe de Madeleine de Verchères, accomplissent cette tâche qui serait plus que belle, patriotique enfin.
Chers compatriotes, lisez le livre de notre Garneau, sous ce titre : Guerre de Sept Ans; iln'ya pas de roman plus intéressant, et ce n'en est pas un, c'est la vérité toute pure. Vous vous y attacherez,
vous sentirez le feu de l'enthousiasme vous monter au front, et votre cœur battra plus fort, parce que vous avez de tels ancêtres dans de telles actions.
Mais, nous balbutions : comment en parler dignement ? Garneau lui-même a confessé sa faiblesse, au début de son récit. Il faudr :‘* le talent narrateur d'un Thierry, les accents : imés d'un Hugo, l'âme d'un historien et l'à : in poète pour donner au langage la mesure d. . et.
Jetons, cependant, quelques traits vifs et rapides.
Voyez ce petit peuple de soixante-dix mille âmes, y compris l'Acadie et la Louisiane, comme il se dresse fièrement devant cet autre qui se compte à un million deux cent mille (1)! C'est déjà de l'hé-
(1) Selon Franklin,
roisme que d'être sept mille contre quinze mille. Pourtant il ne recule pas, il avance même ; et, quand enfin le nombre lui oppose un mur qui répare ses brèches, il ne désarme pas: ce n'est pas la conquête, c'est la cession (1).
A l'origine de cette époque, nous éprouvons une tristesse, nous baïissons la tête de honte pour ceux qui furent nos ennemis devant cette ignominie que l'histoire appelle « l'exportation des Acadiens », unis à nous par la fraternité, les mêmes travaux et les mêmes combats. Qui n'a été ému par la lecture de l'Évangéline du poète de Portland (2)? Qui n'a bondi d’indignation contre ces « barbares civilisés », représentants d'une nation qui se nommait « la fière Albion », exécutant l'acte le plus inhumain contre lequel s'élèvent aujourd'hui les auteurs anglais et américains ? Le jugement de l'histoire a été porté. @ Il n'y a pas d'exemple, dans les temps modernes, d'un châtiment infligé à tout un peuple paisible et inoflensif avec autant de calcul, de sangfroid et de barbarie que celui dont il est ici question (3). »
Oh : ces victimes de la « dispersion » se sont en grand nombre perdues dans la foule de tant d'émigrés qui échelonnérent des rivages de l'Acadie à la Floride ; mais, disons à l'honneur de leurs descendants que leurs noms et aussi leur âme n'ont pas été effacés du sol américain : on les y reconnait
Gi) On ne dit pas que l'Angleterre a conquis le Canada, mais que la France le lui céda. Cession, et non pas conquête.
(2) Longfellow est honoré par cette ville du Maine, Etats- Unis, comme le plus illustre de ses citoyens.
(3) GARNEAU : 1bid., 11, 229.
encore. Il semble qu'ils sont sur le point de la revanche. Comme l'arbre qui revit dans sa racine et reprend une sève vigoureuse dans de nouvelles branches, les Acadiens, soit qu'ils n'aient pas complétement disparu de leurs « Grands Prés » et aient lait souche, soit que, par une obstination nationale, nous dirions normande en rappelant leur origine, ils y soient revenus, à la grande surprise de ceux qui ava'ent espéré exploiter leurs propriétés, acquises et cultivées par les labeurs tes premiers colons, ont reconquis dans leur descendance leur vie avec une influence qui compte dans l'État. Ils forment des villages entiers, ils sont en nombre respectable dans les villes, ils ont des représentants dans le Parlement canadien, dans la magistrature et le sénat (1), leurs collèges sont des pépinières de bons citoyens (2). Bref, ils vivent, quoi que l'on ait fait pour leur porter le coup de mort. Et ils vivront. Puissent-ils résister à une autre conquête qui, pour n'être pas brutale, n'en est pas moins dangereuse, celle d'une langue étrangère envahissante des anciens ennemis ! Alors la victoire sera complète.
Mais, tout ne fut Pas surprise et défaite, les succes même l'emportèrent ; autant de noms, presque «ulant de victoires.
D'abord Monongahéla. De Beaujeu, dont la des- “endance est si fière, et Dumas, qui en a laissé une nombreuse, mettent en déroute, avec deux cents Canadiens, de fameux généraux anglais, ainsi que Washington, dont nous avons donné plus haut le
(1) Les Honorables Landry st Poirier.
(+) Memrameook, N.B., et Church Point. N. E.
poor | rase eee non rr pre nine ONE © EN
témoignage au sujet de la valeur de nos ancêtres.
Oswégo, où ceux-ci eurent affaire aux régiments de Shirley, Pepperell et Shuyler, forts de leur réussite à Louisbourg. La prise de cette place, si importante parce qu'elle éloignait l'ennemi, fut due au génie militaire de Montcalm et à la puissance d'exécution de Bourlamaque; mais, rendons justice à Rigaud de Vaudreuil « qui passa la rivière à la nage avec un corps de Canadiens et de sauvages et chassa ces troupes » qui inquiétaient le général (1).
William-Henry ! Citez encore Montcalm et Bourlamaque, joignez-y Lévis : mais, ne passez pas sous silence Villiers qui « marcha contre les ennemis avec un petit corps de Canadiens ». Nous vous saluons, braves guerriers, venus en si petit nombre de la mère-patrie pour combattre le grand nombre jeté sur nos terres par un voisin fortifié de secours que lui envoie une métropole puissante ; nous faisons large part de vos triomphes, mais nous osons distribuer quelques-uns de vos lauriers à nos milices nées de notre sol. Vous êtes bien à nous, officiers et soldats aux armes frappées du sceau de la France, vous êtes à nous, comme ceux que réclament de l'ancienne mère-patrie les colonies américaines, nous vous montrons aux yeux des peuples qui sont sans passé en Amérique et, cependant. nous regardent de haut, comme un apanage légitime de gloire. Mais, vous êtes plus à nous, miliciens, humbles dans le service, combattant à l'ombre du drapeau, mais qui teniez en main le sort de l'armée, qui, tant de fois avez rendu l'action décisive.
QG) Ganxeau : Jbid., u, 256 el suiv,
Louisbourg. On l'a dit, il y a des défaites équivalentes à des victoires. Telle fut celle des braves qui furent ici sur la défensive. Ils étaient deux mille six cents contre trente mille. Ce n'est pas un saule pleureur qui devrait couvrir de son symbolisme funèbre les champs où tombérent quinze cents héros, mais un palmier aux branches dont on couronnait autrefois les vainqueurs.
Parler de Carillon, c'est presque faire des redites :
.tant de fois il a été chanté, si bien il a été raconté (1), tant il a forcé l'admiration d'hommes qui n'ont pas gardé la rancune des vaincus, tant il émeut encore ! Ia été la source des plus enthousiastes inspirations ; les fibres du cœur vibrent aux notes touchantes qui montent à la poitrine du vieux soldat revenant, après de longues années d'absence, planter au champ de bataille le drapeau de la victoire :
O Carillon, je te revois encore,
Non plus, hélas ! comme en ces jours bénis Où dans tes murs la trompette sonore
Pour te sauver nous avait réunis.
Je viens à toi, quand mon âme succombe Et sent déjà son courage faiblir.
Oui, près de toi, venant chercher ma tombe, Pour mon drapeau je viens ici mourir.
Cet étendard qu’au grand jour des batailles Noble Montcalm, tu plaças dans ma main, Cet étendard qu'aux portes de Versailles, Naguère, hélas ! je déployais en vain,
Je le remets aux champs où de ta gloire
(1) Particulièrement par M, Thomas Cuapais, dans La \ouvelle-France de Québec,
Vivra toujours l'immortel souvenir, Et, dans ma tombe, emportant ta mémoire, Pour mon drapeau je viens ici mourir (1)?
Nous l'avons encore, ce drapeau,
O radieux débris d’une grande épopée, Héroïque bannière au naufrage échappée ;
oui, il reste
… Sur nos bords comme un témoin vivant Des glorieux exploits d'une race guerrière (2).
Aux grandes solennités nationales, la foule se découvre à son passage. Il ne se peut déployer au souffle de la brise, comme à la journée où il fut criblé de balles, «il n'est plus qu'une guenille, mais
une guenille abreuvée de gloire (3): c'est pour lui que le poète devait dire :
Il faut le baiser à genoux (4).
La question du drapeau n'est pas encore résolue chez nous: longtemps nous avons eu le tricolore qui ne nous appartenait pas. Pourquoi nous perdre en discussions inutiles ©? Il est trouvé. Non, ce ir'est pas celui d’une France qui nous à abandonnés, ou d'une autre qui vient à peine de nous connaître.
(1) Crémazie : Le Drapeau de Carillon, musique de W.-0. SABBATTIER.
(2) Le Séminaire de Québec conserve cette précieuse relique.
(5) Scton le mot du R. P. Monsabré.
(9 L.-H. FRÉGHETTE.
Cest celui de Carillon. Ilne nous a pas quittés, lui. Le voir, c'est lire une des plus belles pages de notre histoire ; le vénérer, c'est honorer nos ancêtres; le garder, c'est entendre ses enseignements.
Ah! bientôt puissions-nous, à drapeau de nos pères !
Voir tous les Canadiens, unis comme des frères,
Comme au jour du combat se serrer près de toi !
Puisse des souvenirs la tradition sainte,
En régnant dans leur cœur, garder de toute atteinte Et leur langue et leur foi (1)!
Une date est pour nous remarquable : c'est le vingt-quatre juin que Montcalm partit de Montréal pour Carillon (2); c'est le vingt-quatre juin que nous célébrons la fête nationale. Ce drapeau s'en allait à la gloire, ce jour-là ; il semble qu'il y trouvait sa
prédestination : comme autrefois nos pères se pressaient autour de sa hampe pour se raffermir sur le champ de bataille, groupons-nous sous les plis de sa croix bleue, signe de sérénité et de salut, et que de nos âmes vibrantes comme les cordes d'une lyre touchée par des doigts tremblants d'émotion, s'élève cet hymne patriotique :
O Carillon, je te revois encore !
Oui, nous reverrons encore là-bas, sur une terre que les États-Unis, en la possédant après tant de revers, regardent comme sacrée, la « petite armée » cinq fois moins forte que l’ennemie, si la valeur se
(1) CRÉMAZIE : fbid.
(2) GARNEAU : 1bid., 11, 285.
comptait sur le nombre (1), nous reverrons le grand Montcalm s'écriant : «Nous combattrons ; nous nous ensevelirons, s'il le fant, sous les ruines de la colonie (2) », l'irréductible Lévis, dont il a été dit : « On gagna toutes les batailles où il assista (3) », Bourlamaque, de Bougainville, plusieurs fois héros: nous reverrons ces Canadiens qui préparèrent la grande victoire (4) et firent sous les feux des deux ‘amps opposés la première sortie qui devait l'assurer. O drapeau de Carillon, que de gloires tu agites sur nos têtes sous la brise qui te déploie fièrement!
Montmorency, c'est-à-dire treize mille contre trente mille (5). Et le côté qui l'emporte n'est pas seulement composé de soldats aguerris en Europe, mais « de vrais habitants du pays », de Canadiens, « de vieillards de quatre-vingts ans et d'enfants de douze à treize ans, qui ne voulaient jamais profiter de l'exemption accordée à leur âge (6) ».
Voyez, non loin des côtes de Beauport, cette flottille de deux frégates et de quelques légers bateaux qui fait une ligne de défense contre dix frégates, dix-huit bâtiments de guerre et un grandnombre de transports. Que prévoir, sinon que nos vaisseaux seront coulés, nos troupes accourues à Québec écra-
(1) Ambherst se trouva à la tête d’euviron cinquante mille hommes, dont vingt-deux mille soldats, outre des milices de réserve qui portèrent, dit-on, le nombre des combattants dans les provinces anglaises à plus de quatre-vingt mille. » 1bid, 278. A Carillon 3.600 contre 15.000.
(2) Lettre au ministre de la Guerre, 16 juin 1758.
(3) GanNEaAU : lbid., 355.
(5) Jbid., 289, 291.
(5) /bid., ‘0, avec note intéressante.
(6) bid., 317.
sées, la ville prise et le Canada forcé d'ouvrir ses portes à l'ennemi ? Mais les héros de Carillon sont là avec, en plus, Dumas et ses miliciens, et de Repentigny. Les inquiétudes cessent, les espoirs renaissent, les rivages retentissent des acclamations de la victoire : Wolfe disparait avec prudence, il se retire devant ce qui est faible, parce qu'il se sent plus faible encore. Beauport et Montmorency, deux noms éclatants sur nos bannières.
Plaines d'Abraham. Telles sont les vicissitudes des champs de bataille que les plus grands succès sont suivis des plus grands revers ; après Austerlitz, Wagram, Iéna : Waterloo. Mais ces reversn'amoindrissent pas les statures de guerriers qui se dressent avant de tomber sous une force qui se répare comme l'hydre de Lerne ; ils les rehaussent plutôt. Témoin, les défenseurs de la Colonie, de la Nouvelle-France qui s'en va, hélas ! réunis sur ces plaines un contre deux, et trahis par ce € Bazaine de jadis (1) »; témoin Montcalm avec Wolfe qui,
… Dans leurs étendards..….….. drapés, Vainqueur comme vaincu, tombaient enveloppés Dans le même désastre.
Tu fus grand, Vaudreuil, avec ta milice canadienne, « arrêtant les ennemis par un feu violent et sauvant les fuyards (2) ». Vous fûtes grands, chers ancêtres, « aussi Français de cœur que si vous aviez véeu au milieu de la France (3) », grands dans la
G@) Vergor, L.-IL. FrécuetrTe : Les Plaines d'Abraham. (2) GARNEAU : fbid., 340.
63) Sismonpi : lbid., 34;
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douleur de vous séparer de la patrie, li première, celle « d'au-delà de la mer », pleurant comme des enfants arrachés des bras maternels, et lui offrant encore, pour qu'il n'y ait pas d'adieu, jusqu on dernier souffle d'une vie qui lui u été consacrée. Vos fils sont aussi fiers de vous dans la défie que si vous eussiez passé sous un are de triomy he Sainte-Foye. Le dernier coup de canon nl d'annoncer la reddition du pays à FAngleterre, fut un signal de victoire. Les Plaines d'Abraham, ni dominent le fleuve, eurent leur contrepoids sur l'immense plateau qui regarde les Laurentides. « L'Europe entière crut que la prise de Québec finissait la grande querelle de l'Amérique Septentrionale, Personne n'imagina qu'une poignée de Français, qui manquaient de tout, à qui la fortune méme semblait interdite jusqu'à l'esperance, osas sent songer à retarder une destinée inévitable (1). » Mais, il fallait compter sur le géme de Lévis qui avait écrit : « Assurez le roi que je ferai tout ce qui sera possible pour la gloire de ses armes et pour lui conserver cette colonie (2) »; il fallait compter sui « le brave colonel Rhéaume », d'Aiguebelles, de Répentigny, Pentleroy ‘à Vauquelin, un héros qu'eût envié la Grèce (3); il fallait compter sur « cette petite armée. composée en majeure partie de Canadiens, car on en fait entrer dans les régiment réguliers, faute de recrues européennes (4) »: que disoas-nous? IL fallait compter sur tout un peuple
(YREYNAL : 1bid., 352.
(2) Lettre au ministre de la Guerre.
(3) L.-H. FRÉCHETTE : Z'.lialantie.
(5) Lettre prée., 355.
qui fut grand ». À ceux qui parlerxient de la de ou, sous les murs de Québec, tomba Mont: ln.
opposons Sainte Fove, où Murray fut le fuvard Les vainqueurs finivent pur céder le terrain, il est vrai: mais la Francen'usaitone quatre cents hoimm : leur fournir. lorsque ! \azleterre rie: on! eux trois grindes armers en plus es q evaient les colonies américains (1); ils avaient pue trois petites pioces de campagnes contre © ingt- ‘UX canons. Qui a droit à Faurcote ?
Arrêétons-nous devant ectte page d'i st
Nos conquerants étaient maîtres du rrit
Cerne dans Montréal, le marquis de :udre Apres plus de sept ans de luttes et ; - deui Après plus de sept ans de gloire et de soufl-an Ne voyant arriver aucun secours Fran:
Dans sa détresse amère avait cs itul
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sions le maniement et en usions d'un commun accord (1).
1555 et 1812 : voilà deux dates mémorables dans l'histoire de l'Amérique Septentrionale, la première par la déclaration de l'Indépendance des Colonies, formant les treize États-Unis ; la seconde par les tentatives de ceux-ci pour expulser du Canada la domination britannique.
Quelle a été la conduite de nos ancêtres en ces circonstances si solennelles, d'où dépendait le sort de la métropole qui auparavant avait forcé leur allégeance”?
Au point de vue du nombre, ils ne valaient pas plus qu'avant. Mais Montcalm avait écrit : « Dix Canadiens sont suffisants contre cent colons anglais (2) », parole qui se réalisa encore plusieurs fois : ils inscrivirent de nouvelles victoires dans leurs annales.
Les touristes américains, en descendant le fleuve Saint-Laurent, avant de tourner la pointe du Cap Diamant ct de contempler les hauteurs de Québec, ont leurs regards attirés par une planchette aux lettres d'or fixée aux flancs du rocher, et ils en ressentent de profondes émotions. Que dit-elle ? « Ici tomba Montgomerey. » Ce fut la nuit du 31 décembre 1955, où ce général ainsi que Cheeseman ct
(1) Sir John Mc Donald fut longtemps premier ministre du Canada, et Sir Wilfrid Laurier eut cet honneur, grâce à la Province de Québec.
(2) 1bid., 355.
Me Pherson perdirent l'espoir d'ajouter à leur conquête le Canada qu'ils enviaient comme une belle proie et une proie facile, Qui leur porta le cou fatal et conserva à l'Angleterre le « diamant » de Québec, clef de voûte de tout le pays ? Nos artilleurs, sous le commandement de Chabot et Picard. puis Dumas, Marcoux, Dambourgès. Chose étonnante, ce furent ses enfants adoptifs qui la sauvèrent ici de ses enfants légitimes, s'échappant de sa tutelle.
Que serait-il aussi arrivé, en 1812, si nos aïeux n'étaient venus à sa rescousse ? Elle eût replié son drapeau, et les « étoiles » eussent flotté sur la vi-ille citadelle.
Vous fûtes glorieux, jours de dix-huit cent douze, Quand nos pères, grands cœurs qui battaient sous la [blouse, Oubliant d'immortels affronts, Sous les drapeaux anglais, cn phalanges altières, l carabine au poing se ruaient aux frontières.
Nos conquérants d'hier, pâles dans la tempête. Se regardaient tout effarés.
Soudain un cri partit : Français à la rescousse !
Maintenant, sur nos murs, quand un geste ironique Nous montre, à nous Français, l’étendard britannique Que le sang de Wolfe y scella, Nous pouvons, et cela suflit Pour vous confondre, Indiquer cette date, 6 railleurs ! et répondre : Sans nous il ne serait plus là ! (1)
6) LH, FRéCHkTTe : Chäteauguay.
C’est, dans notre histoire, une époque célèbre que celle où « toute la population mäle capable de porter les armes dans les colonies anglaises de l'Amérique du Nord (1), » c'est-à-dire du Canada, ent contre elle cent soixante-quinze mille hommes de la frontière Sud. Garneau l'a dite en style magistral, et, ce qui n'est pas à négliger pour nous, les historiens de la partie adverse non seulement ne l'ont pas contredit, mais encore sont allés puiser dans sa narration, comme à une source authentique. Aussi dirons-nous à nos concitoyens, des nôtres par le sang et des nôtres par les devoirs civiques, quoique étrangers par l'origine : lisez ces pages, que vous feuilletons en ce moment, et vous apprendrez ce que furen: les Canadiens dans le sièc': qui nous a précédés.
Estil possible, dans le plus rapide des coups d'œil, de les considérer tous avec les faits qui les caractérisent ? Voyons-en quelques-uns qui sont un peu plus en relief : Bedard et plusieurs autres, « rétablis dans leurs grades militaires », prouvent par leurs services qu'ils ne furent pas traîtres : « Rolette, commandant d'un brigantin armé, aborde et prend, en plein jour, dans une chaloupe, avec six hommes seulement, un navire américain chargé de troupes et de bagages »: Tallon repousse le major Van Horne. sous le fort Détroit ; Pothier et « ses deux cents voyageurs » résistent à Mackinac ; puis les héros de Lacolle et Châteauguay, deux noms réunis en un seul : de Salaberry.
(1) GARNEAU : Ibid, x, 154 et suiv.
ps les un es, ent S :
rde six de jor ses uis ns
Arrêtons-nous à Châteauguay. Les nôtres n'étaient pas quatre cents contre sept mille ; mais leur victoire « eut toutes les suites d'une grande bataille ». Ainsi la résistance heureuse de quelques compagnies de milice détermina la retraite d'une armée de quinze à vingt mille hommes, et fit manquer le plan d'invasion mieux combiné que la république des États-Unis eût encore formé pour la conquête du Canada. »
Et puis, l'arme à l'épaule ! au vent les chansonnettes ! Un jour, pour repousser sept mille baïonnettes,
On leur crie : Enfants, haut les cœurs !
Ils ne sont que trois cents, serrés comme des piques ; Mais nos trois cents, mieux que tes Grecs épiques,
O Léonidas, sont vainqueurs ! »
Nous avons nommé Châteauguay ! {il semble que nous ne devrions pas poursuivre plus loin : il semble qu'il est le dernier mot d'un poème tiré de notre histoire. Pourtant, quel que soit le bläme qui entoure la Rébellion de 1836-1837, nous avons la tentation de citer Saint-Denis et Saint-Eustache. Ils lurent sincères, en même temps que braves, vrais ratriotes comme on en trouve peu de nos jours, Nelson et Chénier (1). Le mot de celui-ci restera. « Soyez tranquilles, dit-il à ses volontaires se plaisnant de n'avoir pas d'armes, il y en aura de tués parmi vous, et vous prendrez leurs fus ‘'- ‘2), »
(1) On lui a élevé une statue en face du : :é Viger, à \lontréal.
(2) GARNEAU ; /bid., 1, 36,
I n'y a pas que l'épée qui brille dans notre histoire, il n'y a pas que le canon qui réveille les échos de nos rivages et ébranle les rochers de notre fleuve. La plume jette aussi son éclat d'acier, et la parole a des retentissements formidables. A celle-ci comme à celle-là la victoire rend hommage.
Nous avons eu des publicistes qui, da::s des protestations adressées aux gouverneurs angiais el portées jusqu'au trône de Londres, revendiquèrent nos droits, qui nous firent des défenseurs au sein du Parlement et créèrent des amis de notre cause là où l'on ne nous connaissait pas, et qui, par le journal, instruisirent le peuple de ses devoirs et entretinrent l: feu de son patriotisme. Nous avons eu nos orateurs à la voix puissante, chaude de convictions, classique même par sa beauté, Démosthènes invincibles : nous avons eu nos parlementaires qui ne désarmèrent qu'après concessions faites par un pouvoir surpris de leur ténacité et de leur courage, et nos ministres grandis à la hauteur d'hommes d'État, dont quelques-uns décorés de titres honorifiques par la Couronne.
Rappelons ceux que l'histoire a jugés.
Voici du Calvet. Sa vie, comme sa mort fut mystérieuse.
Personne n'a connu ta tombe, 6 Du Calvet (1).
(1) LH, FRéÇurTiE.
Mais ses œuvres restent. Son « Appel à la justice de l'État » fat un des plus ardents et plus forts plaidoyers en notre faveur. « Il contribua à nous faire accorder une chambre élective (1) »: c'est à lui qu'est due l'organisation d'un régiment canadien à deux bataillons. Puis, ilfut martyr politique, il passa trois ans dans un cachot militaire. IL faut lire, pour les admirer et en être ému, les lignes qu'il adressa € au roi, au prince de Galles, aux ministres, aux Canadiens » même. Quels gémissements il poussait en voyant son peuple écrasé sous un pouvoir tyrannique ! « Bataille, première bataille de Québec, nous frapperez-vous toujours ? » s'écriait-il.
Voici Adhémar qui s'éleva contre la prétention du gouvernement d'imposer aux Canadiens, pour les détacher de l'Église, leur sauveur et leur garde, des ministres indignes et « déshonorés »; Bédard, dont notre historien a dit : « Il combattait ses adversaires avec une force de logique irrésistible, ct rien n'était capable d'intimider son courage ou de faire fléchir ses convictions (2) », qui, lui aussi, fut victime du « règne de la terreur » et châtié, par l'isolement de la prison, de son zèle à défendre ses compatriotes. Pourquoi ne pas mentionner ici un autre Bédard, et celui qui devait être le grand évêque Plessis, tous deux passant du terrain spirituel au terrain des combats pour les libertés constitutionnelles de leurs concitoyens (3)? Voici Panet (Jean
(Gi) Ganxracu ; 1bid., 49, 52, 101.
(2) Ibid., 82.
(3) L'abbé Rédard, supérieur du Séminaire de Quéhee, cl Mgr Plessis, alors furé de gette ville, furent, en 1793,
Antoine), un défenseur de notre langue au sein du Parlement, dont il fut le premier président (+1), de Lotbinière, de Rocheblave, Blanchet, Borgia, Taschereau (2), Bourgades, Quesnel, Cuvillier et Viger (D. B.). ces deux derniers porteurs de nos griefs à Londres. Tous ils vécurent en des «temps périlleux »: mais le danger ne les eflraya pas, ils étaient au poste du devoir.
Arrétons-nous devant les deux Papineau, le père, dont notre historien à fait le portrait : « Une stature haute et imposante, une voix bien sonore, une éloquence véhémente et argumentative, lui donnaient une grande influence dans les assemblées publiques. Il conserva jusqu'à la fin de sa vie un patriotisme pur et la confiance de ses concitoyens, qui aimaient à entourer de leur respect ce vieillard » ; le fils qui dépassa le père.
Il fut toute une époque, et longtemps notre race N'eut que sa voix pour glaive et son corps pour cui- [rasse (3).
Puis vinrent Morin, le rédacteur des 042 Résolutions ; La Fontaine, qui imposa silence aux députés anglais obstinés à ne pas entendre notre langue dans l'enceinte parlementaire; Taché (E. P.), un
membres d'une assemblée constitutionnelle, ayant pour but la revendication d’un gouvernement représentatif.
(1) 1bid., 82 et suiv,
(2) 1 se sépara de ses coilègues, après avoir longtemps combattu dans leurs rangs. Pourquoi douter de sa sincérité ? Il croyait, du moins il le disait, que ses opinions favorisaient ses compatriotes.
(3) LH. FRÉGHETTE : Papineau 11.
nps neËons
ET LE CITOYEN 249 chef du ministére dans la colonie où le mot d'ordre était d'exclure les Canadiens des fonctions publiques; Cartier, qui nous garantit l'autonomie provinciale dans le pacte de la Confédération ; Parent, une plume de feu dans la défense de notre cause : Duvernay, l'un des fondateurs de notre société Saint-Jean-Baptiste, et combien d'autres qui, à les montrer, feraient ici un trop large cadre !
Oui, nous avons des noms qui sont à notre perpétuel honneur. Ils constituent toute une noblesse de caractère et de force, une noblesse d'esprit élevé, de camr qui se dévoue, d'âme qui se dépense presque au delà de ses limites, Selon le mot de saint Paul, super impendar (1), noblesse qui les a fait grands aux yeux de tout observateur des hautes actions de l'humanité, qui soutient toute comparaison avec celle de n'importe quel peuple de notre entourage, qui souvent même la surpasse, noblesse la plus méritée, la plus vraie, celle qui ne meurt pas dans la postérité.
Chers ancêtres, non, vous n'êtes pas disparus de la patrie, vous vivez dans nos âmes par la pensée elle souvenir, comme vous vous continuez par le “ang de nos veines. Des uns nous gardons, creusés dans notre mémoire, les traits énergiques, tels que le burin sait en donner en bronze ; des autres que ous n'avons pas vus, parce qu'ils étaient d'un âge trop éloigné, nous contemplons avec un amour filial ce qu'en à tracé le peintre ou le statuaire, Et vous, que le génis de l'artiste n'a pas fait revivre par la alière, nous vous grandissons d'idéal, d’un idéal
()E Cor., x, 1,
que notre imagination, frappée de vos travaux, pousse sans limites, et dont elle n'est satisfaite qu'à demi. Non, il nous semble, ce n'est pas par une erreur qui vous fait tels que vous n'étiez pas, ce n'est pas par une illusion qui enveloppe un fétiche, que nous déposons sur le front de tous l'auréole de la gloire ; encore une fois, il nous paraît éclatant comme la lumière du soleil que vous êtes dignes de celle qui se gagne à si haut prix dans l'histoire d'un peuple. Oui, nous sommes sincères, ct nous ne saurions trop dire notre enthousiasme à nos concitoyens de langue étrangère, au monde tout entier, qu’ nous parlons de nos héros,
A l'honneur qui, de votre vie, rejaillit sur nous, se joint une espérance. Il ne se peut que vous ayez semé en vain. Après avoir tiré du champ ce qui a déjà germé de vos sueurs et de votre sang, nous attendons une plus abondante moisson. Le dernier mot de notre existence nationale n'a pas été dit, et bien des problèmes nous inquiètent sur cette terre qui fut à vous et qui est à nous. Nous sommes d’une race forte et expansive : nous voulons vivre et nous développer comme l'enfant qui a hérité de ses pères une nature forte et débordante. Le courage nous manquera-t-il au milieu de difficultés, de contrariétés qui, semblant vaincues en certains jours, renaissent le lendemain, souvent avec d'autres encore plus grandes? Céderions-nous, comme. hélas ! nos frères de la Louisiane envahis par un élément qui les a engloutis ?
Nous levons nos yeux vers vous, comme le nautonier vers une étoile qui le guide et le rassure dans la tempête, où Îl se perdrait sans cette douce
ne
lumière, Nous avons confiance, parce que vous avez été prophètes de Dieu, qui, dans vos visions, vous montrait sur cette terre privilégiée du Canada, une France à la foi inébranlable et poursuivant en Amérique la mission de la Fille aînée de l'Église ; nous avons confiance, parce que la Providence n'eût pas permis que tant de vertu, de grâce, d'héroisme, aboutit au néant, parce que la promesse est venue du ciel que « le grain de sénevé », jeté en sol fertile par VOS mains, € germerait »: nous avons conlance, parce que du royaume où vous recueillez les fruits de vos labeurs, vous êtes intermédiaires entre Dieu et la Patrie, nos anges tutélaires vers lesquels nous nous tournons dans nos luttes et nos espoirs. Oh” soyez à nous comme vous le fûtes au temps où vous nous portiez dans vos âmes,
Chantez dans les cieux l'hymne des Confesseurs : comme eux, vous vous êtes donnés tout entiers au régne de Jésus-Christ en ouvrant en ces pays barbares la voie à la civilisation chrétienne. Chantez l'hymne des Martyrs : vous avez passé par les mêmes tribulations et les mêmes souffrances, victimes de l'amour qui se dévoue pour un peuple à créer heureux et libre. Glorifiez Dieu dans l'extase de ses éternelles beautés et puisez-y les infinies recompenses des sollicitudes et des larmes dont nous étions l'objet.
Mais, implor: : miséricorde pour nus fautes que nous dirions nai:nales, et demandez au Seigneur la sagesse de Salomon Pour nos conducteurs, chefs de notre peuple, la charité pour des frères qui se divisent, la vertu pour les défaillants de notre ‘rmée, et le retour pour ceux qui ont déserté nos
Neue lospmnes + le unes CEE De on Ce
‘angs. Que par votre intercession, descende en tous les membres de la nation le don de force qui résiste à l'ennemi et triomphe du nombre, puisque nous sommes la minorité en ce coin du monde ; ce don que redoublent des convictions profondes, une constante énergie, un courage qui ne faiblit jamais; ce don qui, d'abandonnés que vous fûtes sur le champ de 1:60, fit de vous, sinon les maitres, du moins les possesseurs reconnus de droits incontestables, et assit sur les débris de la Nouvelle-France un Canada Francais!
Ainsi étudié, le culte des ancêtres servira d'enseignement à notre civisme ; et nous serons sans cesse rappelés à notre devoir par cette parole de Celui qui traçait leur conduite à ses Apôtres et à leurs successeurs : Exemplum dedi vobis. je vous ai donné l'exemple. Allez, faites comme moi, et l'univers est à vous.