LA CONSTITUTION
De nos jours où les hommes se sont presque voués à la conquête de deux biens, la richesse et la liberté, sur notre continent où ils croient et espcrent trouver l'une, comme en un inépuisable Klondike, et l'autre, comme sous un drapeau multi-étoilé, l'immigration qui déborde en Amérique des vieux pays de l'Europe et de l'Asie est-elle un obstacle à l'existence d'une pairie au Canada et aux États-
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LE CITOYEN 293 Unis? Faut-il donner à celle-ci une autre défini. tion”?
Assurément, nous ne sommes pas, comme en France, en pays d'homogénéité de race, d'origine et de formation, d'histoire et de langue, de mentalité et de vues; nous différons en cela de peuples à créations séculaires, nous mançquons d'unité, bien qu'il y ait union des membres dans l'application de leurs facultés,
l’ourtant, nous l'avons démontré. les hommes, sociables par nature, ne sauraient, pas plus ici qu'ailleurs, vivre dans un isolement qui ne serait interrompu que par « les affaires ». Ils demandent quelque chose de plus, comme d'un besoin : il leur faut un lien qui les tienne en une communauté plus étroite, bien plus doux que la chaîne de l'esclave, que l'on accepte de plein gré, qui met une main dans une autre main, qui réduit les volontés à un éme travail, qui aide le présent et prépare l'avenir, qui crée des sympathies et rassemble les indi- Vidus, partis de points divers pour arriver au même but : ce serait une nation née d'un mariage de raison (1).
Ce lien, on l'appelle la Constitution, De là cette definition qui convient particulièrement à l'Amérique : la patrie est l'ensemble d'hommes soumis aux mêmes lois sur un terrain commun.
Étrange délinition pour l'Européen qui n'a pas traversé l'Océan et n'a été témoin de l'agglomération de peuples accourus de contrées les plus distancées pour
Q) Telle serait la « nation canadienne » dont a parlé
Sir NV, Laurier. dans la démonstration de Montréal. velubre 1910,
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se placer sous l'égide de la Constitution 2 Washington ou du Dominion : étrange pour les esprits qui regardent la patrie d'un œil plus sentimental, mais « moins pratique ».
Le patriotisme est un sentiment du cœur, oui : mais, nous sommes d'un monde où le sentiment se confond avec les crues réalités du jour et de l'heure, et se perd dans l'homme aux prises avec toutes les difficultés d'une vie à gagner, d'un corps à nourrir et vêtir, d'une famille à pourvoir, d'un lendemain à assurer,
On ne les connaît bien qu'autant que l'on en comprend les étrangetés, ces pays où les institutions les plus libres et les lois protectrices du faible, comme du maître et du patron, sont bénies de tous et les réunissent en un groupe qui compléterait l'idée de patrie, si celle-ci n'atteignait sa perfection que par l'évolution des temps et le mélange des races, qui se fait, sinon par le sang, du moins par les mêmes idéaux et les mêmes attachements.
Tel fut le rêve des délégués qui siégèrent à la Convention nationale de Philadelphie, en mai 178;. Que voulaient-ils, en effet, sinon fondre en une seule nation tous les peuples qui étaient venus et venaient encore se joindre à eux ? Et quel moyen d'arriver à cette fin leur paraissait plus eflicace que de les lier tous par une constitution qui s'adaptàt juste à un nouveau corps national à créer”? De Paris, où il était délégué, Jefferson adressa à la Convention uu
plan de constitution destiné à « faire des Américains une seule nation ».
Ce plan fut en partie adopté, et « la constitution complète harmonieusement la déclaration de l'indépendance rédigée par le même Jefferson en 1796 (1)». Elle est la même aujourd'hui, à l'exception d'un amendement qui fut introduit en 1789, par lequel «le Congrès ne pourra rendre aucune loi pour établir une religion ou en prohiber le libre exercice », et où il est déclaré « qu'aucune qualification religieuse ne sera exigée pour permettre à un citoyen d'occuper une fonction gouvernementale, ou un poste de confiance dans l'État ». C'était enlever le dernier obstacle qui s'opposait à l'accord parfait des citoyens,
Gette constitution a été pétrie pour la fusion des masses qui se jetaient dans le moule. On a dit qu'elle était « l'harmonie complète de ses piincipes avec l'évolution politique de la nation (2) ». Faite pour embrasser les hommes de toutes races. elle procéda plus par douceur que par violence. Ceux-ci devaient S asseoir à son ombre, comme on s’abrite sous un arbre au tronc puissant et aux branches qui s'étendent inflexibles. Elle les attira par le plus bienveillant des accueils et les promesses d'une liberté et d'un bien-être qu'ils n'avaient connus jusque-là, ni ailleurs.
« L'Europe a les yeux sur nous, dit John Lee, au congrès de Philadelphie, 1956, elle nous demande de donner un vivant exemple de liberté qui formera
G) E, px Nevers : L'Ame américaine, 1, 209, (2) TIEGMAN : Constitution non écrite des Elats-L'nis,