SCIPION
Alcibiade.
TiMUR Kan.
Gengis Kan.
Les GRANDS Médicis.
Franklin.
Danton.
Attila.
Charlotte Corday.
Galilée.
Camoens.
Guillaume le Conquérant.
Marie Stuart.
Benyenuto Cellini.
Raphaël.
•20 IN'rnODUCTION.
M*"^ Roland. Cervantes.
]\P"' DE Staël. Molière.
Catherine II. Gustave Adolphe.
Sapho. Charles F"".
Épictète. Louis XVI.
ViTTORIA COLONNA. NeLSON.
Guillaume Tell. L'Héloïse d'Abélard.
Byron, le poète. Bernard de Palissy, le po-
Jacquard, le mécanicien. lier de terre.
Goethe. Jeanne d'Arc.
BuFFON, le naturaliste. Tacite, etc., etc., etc. CuviER.
En tout, cent ou cent cinquante nom.s, personnifications de l'âme et de l'action humaine? Croyezvous qu'après un entretien de quatre ans avec ce concile des siècles, le lecteur superficiel n'ait pas une idée approximative de l'histoire universelle, plus étendue et plus vive qu'après avoir parcouru les pages froides et mortes d'un abrégé.^
Si l'étendue et la variété des sujets entraînait l'auteur et le lecteur, et si la vie de chacun de ces personnages historiques prenait plus d'espace que nous lui en destinons sous notre phnne , rien ne nous empêcherait de faire paraître au besoin un numéro tous les (juinze jours, afin que ce cours ne durât pas plus de trois ou quatre années.
Par ce procédé, l'histoire n'est |)Ius une étude, elle est une conversation; elle n'est plus une science, elle est un drame continu. Elle ne se re-
tient plus seulement par la mémoire, elle s'incorpore en nous par le sentiment. C'est le plus sûr des enseignements, l'enseignement par l'émotion.
Cet enseignement par la lecture sérieuse, c'est l'heure de l'entreprendre aujourd'hui dans le silence et dans l'attente qui suivent et qui précèden les grands écroulements du passé et le grand inconnu de l'avenir. L'esprit humain est d'autant plus attentif qu'il est plus indécis et plus en suspens entre ses pensées. Nous ne lui parlerons point de la politique du jour, mais de cette politique éternelle qui végète et qui grandit sous toutes les formes de gouvernement, parce qu'elh; est indépendante des formes transitoires des institutions, parce qu'elle s'adresse à l'intelligence et non aux passions, et parce qu'elle a pour but la moralité et non l'opinion.
Quand le peuple aura parcouru et résumé avec nous tous ces hommes, il sera plus apte à comprendre, à grandir, à ennoblir et à civiliser son pays. Les nouvelles phases du monde moderne, en détruisant l'esclavage et en convoquant les masses à des participations plus larges à leurs propres destinées, font de la moralité et de l'instruction deux conditions nécessaires de la liberté. Ces deux
heureuses conditions de notre temps commandent aux philosophes et aux écrivains rpii tiennent en main le miroir de la vérité de tourner en bas le côté lumineux, qu'ils tournaient jadis en haut. La lumière a assez monté, il est temps qu'elle redescende. I.a vérité s'est souvent faite homme, il est temps qu'elle se fasse foule. Nous savons combien cela est difficile. Le peuple et les écrivains n'ont pas parlé jusqu'ici la même langue, c'est aux écrivains de se transformer et de s'incliner pour mettre la vérité dans la main des masses. S'incliner ainsi, ce n'est pas abaisser le génie, c'est l'humaniser, a Qui l'humanise le divinise. » Nous sentons notre insuffisance, mais nous nous efforcerons d'élever le style de nos récits jusqu'à ce chefd'œuvre de l'art, la simplicité. La simplicité, langue universelle, qui renouvelle entre le riche et le pauvre, entre le savant et l'ignorant, entre le sage et l'enfant, ce miracle symbolique des premiers messagers de l'Évangile, qui ne parlaient qu'un seul idiome, et qui étaient compris par les disciples de toutes nations! Prenez et Usez, dirons-nous, comme le fils de l'horloger, aux familles des artisans les moins lettrées. Voilà l'histoire descendue des degrés jjoudreux des bibliothèques, dépouillée de sa pourpre et de sa pompe, et parlant la langue familière dans des récits sobres et clairs, avec vos femmes et vos enfants. Nous
essayons de nous faire son interprète. IN ous avons chanté autrefois dans la langue des poètes pour les heureux et les oisifs de la terre ; nous avons parlé plus tard la langue des orateurs dans les tribunes des hommes d'État et dans les tempêtes civiles de la patrie. Plus humble aujourd'hui , et peut-être plus utile, nous ne rougissons pas d'apprendre la langue qui va à votre intelligence par votre cœur, et de nous faire simple avec les simples, et petit avec les petits.
Mais, nous dit-on, de quoi sert l'histoire élémentaire aux hommes du travail et des humbles professions.»^ Qu'ont-ils de commun avec vos héros, vos rois, vos philosophes, vos politiques? Qu'est-il besoin de connaître les jeux de la fortune, les catastrophes des empires , la conduite des choses humaines, pour forger son fer, conduire sa navette, tailler sa vigne, filer son fuseau.^
— Sans doute, la foule n'a pas besoin de connaître l'histoire pour exercer un de ces métiers ; elle n'en a pas besoin pour vivre; mais elle en a besoin pour penser. Et la pensée étant l'homme même, si vous voulez que votre foule soit composée d'hommes et non de machines humaines, donnez-
U INTHODUCTION.
lui donc les éléments de la réflexion. 1. 'histoire est peut-être le plus sain et le plus moralisateur de ces aliments. Elle développe dans le peuple la chose qui lui manque le plus : la conscience. Elle rend la Providence visible dans la rémunération et dans l'expiation infaillible du bien et du mal. Si elle est commentée par un esprit droit et religieux , un cours d'histoire est une leçon de justice et un véritable cours de conscience pour les nations.
Mais ce n'est pas seulement une leçon de justice et un cours de conscience populaire, c'est un cours d'enthousiasme pour le beau. Cet enthousiasme pour le beau moral est un des instincts les plus rapprochés de la vertu que Dieu ait donnés à l'homme. C'est l'aspiration involontaire et passionnée de l'âme vers les sommets de la perfection en toute chose; c'est le sursum corda du genre humain, qui fait monter les cœurs d'admiration en admiration jusqu'à Dieu, source et abîme de toute beauté. Cette faculté, comme toutes les autres, ne se fortifie dans les individus et dans les masses qu'en l'exerçant. Quel plus magnifique exercice de cet enthousiasme que l'histoire! On a dit avec raison que le milieu dans lequel nous vivions, au phy-
LE CIVILISATEUR. în
sique et au moral, modifiait an bout d'un certain temps notre tempérament et notre âme; si donc vous laissez vivre un peuple en société habituelle et exclusive avec cette philosophie triviale, ces instincts ignobles, ces héros cyniques, cette littérature immonde dont il est saturé dans ses ateliers et dans ses chaumières, que voulez-vous espérer de vos générations? Elles se succéderont comme des générations de vices, la stupidité au front, l'incrédulité dans le cœur, le ricanement sardonique sur les lèvres, des légendes infâmes dans l'imagination, des couplets cyniques dans la voix, le succès pour justice, la cupidité pour dieu, séditieuses dans la liberté, serviles dans le despotisme, honte d'elles-mêmes, de leur nation et de leur siècle!
Mais si vous les élevez, par l'histoire bien choisie et bien appropriée, à la contemplation des grandes œuvres de la Providence dans l'humanité, à l'intelligence des grandes destinées de l'homme en société sur la terre, à la compréhension des grandes lois religieuses ou civiles qui régissent le monde en le perfectionnant, et si vous les mettez en société habituelle, par vos récits, avec ces grands hommes, ces hommes vertueux, ces esprits supérieurs, ces héros, ces martyrs, ces sages, ces philosophes, ces poètes, ces artistes qui, dans leur vie ou dans leurs œuvres, ont versé leur sang, leur sueur, leur âme, leur amour, leur patriotisme, leurs inspi-
rations, leurs paroles, dans ce fonds commun de grandeur, de désintéressement, de dévouement à leurs semblables, de génie, de piété, de générosité, qui fait la gloire et le titre de l'espèce; si vous inspirez ainsi à votre peuple la sainte religion de l'enthousiasme pour le nom, la pensée, les actes, les efr forts, les revers, les morts même de ces types de l'humanité, ne doutez pas que vous aurez inspiré en même temps à vos enfants l'émulation de ressembler à ce qu'ils admirent, et que cet enthousiasme, qui ne semble au premier moment que la flamme de l'imagination, ne descende jusqu'au cœur, et n'y soit bientôt un foyer de moralité nationale. L'homme est imitateur, parce qu'il est perfectible. Ce qui lui manque le plus, ce ne sont pas des leçons, ce sont des modèles. Prenez-les dans l'histoire, et tenez-les sans cesse devant les yeux de vos enfants. Ces enfants deviendront un peuple, et ce peuple vous honorera en vous surpassant. Il portera votre nom à la postérité, et votre tribut de civilisation au suprême civilisateur !
On ne sait pas assez combien la foule, dont les débordements contiennent tant de dangers et de crimes, est impressionnable au beau, et combien un
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de ses enthousiasmes renferme de magnanimité et de vertu. Qu'on me permette d'en citer un exemple, où je fus moi-même acteur et témoin, et qui n'est indigne d'aucune histoire.
Au moment où je proclamais, sur la place même des exécutions révolutionnaires, l'abolition de la peine de mort, et où je parlais au peuple frémissant et indécis pour lui faire accepter ce décret, désarmement des vengeances et amnistie mutuelle des partis, mes paroles furent coupées et mes regards distraits par un sourd tumulte sur ma droite, à quelques pas de moi. C'était un cadavre qu'on apportait à ce convoi de morts qui devait recevoir le lendemain les funérailles publiques. Le corps était celui d'un jeune homme de dix-huit ans, fils d'une pauvre veuve, qui avait été frappé par accident, trois jours avant, d'une balle de hasard échangée entre les combattants. Il était à demi recouvert par son manteau, qu'on avait jeté sur ses jambes ; un crucifix de cuivre était couché sur sa chemise ensanglantée à l'endroit du coup, vers la poitrine ; sa belle tête flottait au branle du brancard, entre quelques feuilles vertes de buis ou de laurier. Une femme suivait le corps en sanglottant dans le sentier que les porteurs s'ouvraient lentement et péniblement à travers cette foule. Arrivés au bord de la grille , auprès du perron , l'encombrement les empêcha d'accomplir jusqu'au bout leur pieux de-
voir. Ils s'arrêtèrent presque sous ma main. Un homme de cœur, secrétaire général de la municipalité de Paris, qui était en ce moment derrière moi, eut pitié de cette femme, obligée de faire ainsi, au milieu d'une multitude turbulente, la lugubre station des larmes auprès du corps nu de son enfant. Il fejidit le groupe, et, prenant la femme par la main, il l'entraîna et la mit à l'abri des ondulation de la foule entre lui et moi.
Je continuais de haranguer la multitude, tantôt éclatant en applaudissements , tantôt retombant en formidable silence; quelques groupes à ma droite semblaient suspendus entre le désir d'être magnanimes et la peur d'être téméraires. Mon généreux voisin profita d'un de ces silences pour adresser quelques mots de bienveillance et de consolation à la femme en pleurs. « Vous comprenez? « lui dit-il : l'orateur va lire au peuple, et il s'ef- « force de lui faire ratifier un des plus saints décrets « qui puissent faire pardonner par Dieu le sang fata- « lement versé dans les luttes civiles : ce décret abo- « lit à jamais la peine de mort dont les hommes en a révolution se frappaient tour à tour entre eux. Il « promulgue d'avance la tolérance des opinions, ce le respect des vaincus, l'inviolabilité de la vie ce humaine. — Oui, monsieur, je comprends, y s'écria la mère en se dressant sur la pointe des pieds pour voir le visage de son fils, et en portant plus
loin sa voix, comme si elle eût voulu Faire entendre sa parole au mort; puis, élevant avec un geste de soudain enthousiasme ses deux mains vers le ciel : « Ah ! reprit-elle, si mon pauvre enfant avait pu vi- « vre assez pour avoir connaissance de ce décret, « il aurait été heureux de mourir!... et pourtant il « m'aimait bien! » ajouta-t-elle en fondant de nouveau en larmes.
Cette exclamation de la généreuse mère, et le témoignage qu'elle rendait ainsi des sentiments de son fils vivant sur le cadavre de son fils mort, arrachèrent aux groupes les plus rapprochés un cri d'admiration qui courut rapidement de bouche en bouche dans la foule; l'enthousiasme du beau la saisit, comme l'enthousiasme de l'humanité avait saisi la mère. Je repris ma harangue, la multitude ' s'émut et le décret fut emporté.
De pareils traits ne sont pas seulement des récits, ils sont des persuasions. Ils civilisent plus que l'esprit, ils civilisent le cœur; ils révèlent la beauté morale, et, en la montrant, il la font éclater et imiter. Si le fils de cette femme n'avait pas lu dans son enfance les récits qui enseignent la beauté de la grandeur d'âme, il n'aurait jamais donné à sa mère la pensée et le droit de répondre ainsi de lui; si la mère n'avait jamais lu l'Evangile, elle aurait demandé la vengeance, au lieu de demander la magnanimité au nom du cadavre de son enfant;
si ce peuple n'avait pas été ému d'enthousiasme pour la douleur, la résignation et la piété de cette mère, il n'aurait jamais applaudi.
Voilà l'histoire! Le hls meurt, la mère pardonne, le peuple grandit, l'historien écrit cette scène, et le niveau de civilisation, qui ne redescend plus de cette hauteur, s'élève d'une émotion, d'une larme et d'une vertu.
Un mot maintenant sur le prétendu avilissement de la littérature, qui, selon certains esprits superbes, se ravale et déroge en se vulgarisant et en se monétisant à l'usage des classes les plus nombreuses et les moins lettrés. Voici, à cet égard, ime lettre inédite adressée par moi, il y a peu d'années, à un ami qui m'exprimait ce doute. Cette lettre trouve ici sa place et son application :
(c Je m'étais dit, dès mes plus jeunes années, en (c visitant la Suisse, l'Allemagne, l'Ecosse, en rece- « vant l'hospitalité dans les plus pauvres chance mières des montagnes, en rencontrant presque « partout dans mes hôtes des familles de paysans fc lettrées et artistes, en voyant dans la chambre ce commune, à côté du poêle, la Bible, une petite
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« bibliothècjiie de poètes rangés sur un rayon de a sapin à côté des ustensiles de cuivre du ménage, f. un cor de chasse, une flûte, un piano auprès de fc l'armoire de noyer et de la huche au pain, en (c écoutant le dimanche les fils ou les filles de la c( maison lire, à haute voix, les belles ballades popu- « laires retouchées par Goethe, Schiller, Burns, ou ce épelersurleclavierlescélestesmélodiesde Mozart j ce je m'étais dit : Pourquoi n'en est-il pas de même « dans mon pays? Pourquoi le paysan et l'ouvrier a français n'ont-ils, dans leur chaumière ou dans « leur mansarde, que d'ignobles gravures coloriées , « attachées par un clou au mur enfumé, des can- « tiques oii le nom de Dieu est aussi profané que ce son image est défigurée sous les traits d'un vieilce lard à face enluminée sur les vitraux d'une tabace gie flamande, et des complaintes sur quelque voce leur ou sur quelque assassin célèbre, n'imprimant ce pour tout idéal et pour tout sillon de poésie et ce de gloire que les aventures du Juif-Errant ou les ce exploits et la roue de Mandrin dans l'œil et dans ce l'imagination de nos villages?
« Est-ce défaut de goût dans l'esprit du peuple? <e Mais le peuple allemand n'a pas été doué par la ce nature de plus de délicatesse d'impression que le <c nôtre, et cependant il préfère ses grands poètes à ce ses brigands, mais le gondolier de Venise récite