‹ Le clairon! drame en un acteChapitre 11 sur 15 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

RENÉ, seul, puis LE COLONEL et JACQUES.

RENÉ, entrant par le fond, s'arrête sur le seuil, avec amertume.

Est-ce que je les fais fuir tous ? (Secouant la tête.) Hélas ! ils en ont le droit. Peuvent-ils deviner que celui qui a résisté aux nobles paroles de son père, celui qui n'a pas abandonné ses ambitieux projets, en présence de l'appel fait à son hoimeur, à son serment... ne revient plus le même, (Il descend jusqu'au premier plan à gauche et s'assied sur la chaise, avec émotion.) Quand je suis arrivé, Cécile est accourue au-devant de moi : « René, m'a-t-elle dit, je sais pourquoi vous êtes venu... Mais, je vous en supplie, ne le dites pas ce mot, qui m'effraie... dites « au revoir ! » Hélas ! depuis hier, pas un instant, je ïi ai douté que voub dussiez partir. Tout vous le commande : La glorieuse carrière de votre père. Votre généreuse ardeur...

(Changeant de ton, avec une ironie attristée.) Pauvre chère petite 1... (Il reprend, même ton que plus haut...) Ce serment, que je vous ai entendu prob noncer, il y a quelques mois, et qui m'a rendue si fière de vous... Ne craignez donc pas de me voir faiblir, mon ami... Je veux être courageuse, me montrer... (Lentement.) digne d'être votre femme, un jour...» (// se passe la main sur le front : ) Ah!... sans l'élan de cette chère enfant, j'aurais parlé, moi ! (Avec honte.) parlé... dévoilé mes honteux calculs, mon indignité... Et, c'est dans ces yeux limpides que j'aurais lu alors ma condamnation... C'est cette douce petite main, qui, se retirant résolument de la mienne, m'aurait laissé seul, déshonoré à mes propres yeux... Que mon père avait raison de mettre son espérance en cette frêle et charmante créature, qui ne voit dans l'amour que la récompense du devoir, du dévouement à la patrie, et qui, dans sa foi aveugle, croit celui qu'elle aime, capable de tous les héroïsmes. (Se levant, très ému.) Vous avez Hvré le grand combat, sans le savoir, ma Cécile, et vous avez bien vaincu... (Avec force.) René, l'ambitieux,... l'habile politique, que vous n'avez jamais connu, vous, n'est plus... A sa place, a surgi un homme nouveau. Et celui-là, c'est votre douce voix qui l'a évoqué... (On entend au loin une sonnerie de clairon.) Ah voici le clairon !... le signal du rassemblement des volontaires. Sur ma route, à mon retour ici tous les gens du pays m'ont salué au passage, comme l'un de ceux en qui on a mis son espoir. (Voix basse.) Si j'étais resté sourd

à cet appel, jamais je n'aurais pu reparaître à leurs yeux. (Avec ardeur.) Maintenant que je puis l'entendre la tête haute, qu'il retentisse sonore, pour que, de toutes les portes, des défenseurs paraissent, pour qu'autour du drapeau, ils se rassemblent tous...

Le colonel et Jaccjues pendant la fin de cette phrase, sont entrés en scène, par le fond.

LE COLONEL, voix saccadée.

Tu le vois, Jacques... Toi, qui le défendais ; il n'est pas revenu.

RENÉ, à part.

Mon père! Il me semble qu'il parle de moi?...

JACQUES, ton de prière.

Ah ! ne le condamnez pas encore, père ! Il est impossible qu'à l'appel du clairon, René ne se souvienne pas de ce qu'il vous a promis ; il reviendra.

RENÉ, paraissant, avec force.

Il est revenu!... (La main sur l'épaule de Jacques.) Merci, frère ! (Au colonel.) Me voilà... prêt à répondre à l'appel de mes camarades, mon père : je partii'ai avec eux.

Sonnerie de clairon plus proche.

JACQUES, lui sautant au cou.

Avec nous?... Quel bonheur!

RENÉ, étonné.

Que veux-tu dire ? Il est impossible que mon père te permette...

LE COLONEL, très gravc.

... Permette, quoi? à un généreux enfant de sauver l'honneur de son père et de son nom, en se substituant à Tainé, qui refusait de faire son devoir ? [Avec fierté.) Est-ce toi, qui aurais le droit de me le reprocher ?

RENÉ, avec chagrin.

Non, hélas ! Mais, mon père, puisque je suis revenu...

LE COLONEL, sévèrc.

Trop tard!... Jacques a ma parole.

JACQUES, bas.

Père... vous savez bien...

LE COLONEL, de même.

Tais-toi ! Cela, c'est ma revanche, à moi... (Allant à René, qui semble abattu.) Dis-moi... Est-ce Cécile ?

RENÉ, avec franchise.

Oui... Sa croyance en moi était si grande, que je n'ai pas osé déchoir à ses yeux... Puis, le souver nir de vos paroles, mon père, a fait le reste.

LE COLONEL, lui tendant la main.

C'est bien ; j'ai retrouvé mon fils. (Avec autorité.) Relève la tête, maintenant.

Sonnerie du clairon très proche.

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