GERVAIS
Possible ! connais pas.
MÈRE PALESTRO, sourïant aoec orgueil.
Le second : Fracasson... Mon zouave ! (Avec sen^ timent.) Oh! le chenapan!... En v'ià-z'un que j'ai zaimé!... Il le méritait bien aussi, l'animal! un entrain... une bravoure fallait-le voir se démener à Palestro !
GERVAIS, vivement.
A Palestro ? Là, où vous avez sauvé la vie au colonel Surdon, notre maître ?... Ce qui vous a fait décerner la médaille miHtaire, et.
MÈRE PALESTRO, gloHeuse.
... Et le surnom sous lequel, j'espère bien, qu'un jour on me rendra les derniers honneurs... Oui, mon garçon.
GERVAIS, curieux.
Qu'est-ce qui lui est arrivé à vot'second ?
MÈRE PALESTRO, navrés.
Ah ! n'en m'en parle pas... Il s'est bêtement noyé dans la Garonne, comme nous étions en garnison, à Toulouse (Avec colère.) rapport à une crêpe de trop qu'il avait mangée à son déjeuner... Une fin de chien, pour un héros comme lui... (S' essuyant les yeux.) Ce que je m'en suis fait du chagrin.,.
GERVAis, avec vivacité.
Mais vous, vous vous êtes consolée, tout de même, puisque vous vous êtes remariée, au numéro trois ?...
MÈRE PALESTRO, sccouafit la tète.
... Remariée, avec Tortignard... Mais pas consolée.
GERVAIS, avec indignation.
Comment... pas consolée ?
MÈRE PALESTRO, obstince.
Non... Non... C'est rapport à la cantine, car c'était bien chanceux pour une femme seule... Tortignard le savait... Consolée... (Avec énergie.) Jamais !
GERVAIS, avec compassion.
Pauvre Tortignard !
MÈRE PALESTRO
Ça ! tu peux le dire... C'était un bon garçon... pas aussi bel homme que les deux autres, mais aimable tout de même... Lui, je l'ai laissé au Mexique.
GERVAIS, îtonné.
Laissé ? Alors, vous n'êtes pas veuve ?
MÈRE PALESTRO, en colère.
Mais si, bêta ! C'est une façon de parler. Laissé, dans un ravin, où ces maudits Mexicains avaient dressé une embuscade. Alors, j'en ai eu assez.
GERVAis, d'un ton approbateur. Je le comprends...
MÈRE PALESTRO
De retour en France, je me suis dit : N. i...ni... fini, je quitte l'armée et le mariage. C'est alors que je suis venue trouver le colonel pour le prier de s'occuper de ma pension. Madame Surdon était déjà malade, les domestiques pillaient la maison. « Veux-tu mettre tout cela au pas ! m'a dit le colonel. Jai répondu : Moi, je veux bien. » Et puis, comme j'ai tout de suite aimé mon Jacques... qui n'était pas très heureux, je suis toujours restée... Voilà !
Elle se met à frotter vigoureusement une chaise à gauche.
GERVAis, qui l'imite au fond, non loin de la porte.
Maintenant ; j'y suis... (// compte sur ses doigts.) Numéro un : Durlingot... Numéro deux : Fracasson... Numéro trois : Torti...
MÈRE PALESTRO, cjui Va upprouvé de la tête, poursuivant.
... gnard ! (Très sérieuse.) Tâche de ne plus l'oubHer à présent.
GERVAIS, allant mettre la chaise, à côté de la porte.
J'essaierai, mère Palestro... Ah ! voilà M. René ! Et sa valise ? Lavez-vous faite ?
MÈRE PALESTRO, ricanant.
Oui... à m.a mode... J'y ai mis tout ce qu'il y a
34 LE CXAIRON I
de plus laid... Ça fait que, s'il veut faire le jolicœur une fois à Paris... (Avec malice.) Ah ce nez ! mes amis...
GERVAis, rit.
En attendant, je file. Je ne tiens pas à lui donner « du Monsieur René » pour l'instant.
Elle sort par la gauche, Gervais la suit.