‹ Le clairon! drame en un acteChapitre 2 sur 15 · SCÈNE PREMIÈRE LE COLONEL, MÈRE PALESTRO, GERVAIS · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LE COLONEL, MÈRE PALESTRO, GERVAIS

LE COLONEL, sur le seuil de la porte au fond, parle à des gems qui sont à la cantonade.

Oui, mes amis!,.. A ce soir! A l'appel du clairon... mon fils... {Il s'arrête brusquement. Voix émue.) Au revoir, mes amis!... Au revoir... (Il

quitte le seuil, et descend lentement, — à part, avec douleur.) Je n'ai pas osé en dire plus, j'ai craint de mentir. Ce soir, René répondra-t-il à cet appel ? Ah ! s'il s'y refuse ; c'est la honte pour moi... (Portant la main à son front.) Comme je souffre!... (// fait quelques pas en avant.) Qu'aije donc?... II me semble que je m'en vais.

// veut se redresser, chancelle, mais à ce moment, mère Palestro et Gervais, qui se sont rapprochés avec inquiétude, arrivent à son secours.

MÈRE PALESTRO, uvcc unc brusqucrle cordiale. Appuyez-vous sur moi, mon Colonel ! Aie pas peur... le bras est solide. (Vivement à Gervais.) Approche donc le fauteuil, toi, flandrin ! LE COLONEL, s'usscyont.

Merci, mes amis ! Ce n'est rien... (Hochant la tête.) Les émotions d'hier, le chagrin, causé par nos désastres, et puis, tout à l'heure, la contrariété que m'a causée l'absence inexplicable de René, au moment de la démaixhe de ces braves gai'çons... MÈRE PALESTRO, hochatit la tête.

Ben sûr, mon colonel. Il n'en faut pas tant que ça pour abattre un homme... (Avec un soupir.) La Providence nous en fait voir de grises, à nous autres Français. (Avec colère.) Que de défaites, depuis quinze jours !

GERVAIS, avec vivacité.

Oh!... hier, /j septembre... ça été le bouquet!

V'ià-t-il pas qu'on apprend d'un coup, que Sedan a capitulé, et que l'Empereur s'est rendu prisonnier avec une armée de 86000 hommes...

MÈRE PALESTRO, émue.

Pauvres garçons ! (Farouche.) Quant à c't'autre... Bon voyage ! C'est pas son oncle ; c'est sûr. (Avec dédain.) Depuis que je lui ai vu faire si sottement la paix après Solférino... (Se frappant la poitrine.) Alors que nous n'avions qu'à jouer du jarret pour entrer à Venise... J'me suis dit : Toi, mon gars, tu n'es qu'un gâcheur d'ouvrage.

GERVAis, d'un air capable.

Venise!... C'est bientôt dit, Mère Palestro !

MÈRE PALESTRO

Mais non... nous étions si bien en train. Ah j'sais bien qu'on nous a dit alors que si on n'avait pas fait la paix, les Allemands seraient entrés dans la danse... M'est avis pourtant que, si nous leur avions donné une bonne frottée jadis, nous n'aurions peut-être pas, à cette heure, sur le dos ce millier de milliasse de gredins... Pas vrai, mon colonel ?

LE COLONEL, se levant avec effort.

Oui... je le crois comme toi... (Très grave.) Aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est résister... (// fait quelques pas vers la gauche, puis se retourne.) Je monte dans ma chambre, Palestro. Dès que René sera de retour, tu viendras me le dire, j'ai à lui parler.

MERE PALESTRO

Bien, mon colonel. ;

LE COLONEL, Qvec irritation.

Personne de vous ne sait donc où il est allé?"

MÈRE PALESTRO

Non... mon colonel. Il a décampé dès patron Minette. Comme j'ouvrais les contre-vents de la. cuisine, j'ai été étonnée de voir M. René, harnacher lui-même AU, pour filer comme un Basque. J'ai pensé alors que mademoiselle Cécile, sa fiancée^ ayant été toute saisie, hier au diner, par les mauvaises nouvelles, M. René s'en allait savoir comment elle avait passé la nuit.

GERVAis, narquois.

Vous n^y êtes pas, mère Palestro!... Mais là..» pas du tout. C'est pas du côté de la maison de M, Langlois, le père de mam'zelle Cécile que s'en est allé M. René, c'est vers la ville... Et au grand gttlop encore !

LE COLONEL, Gvec colèrc.

Vers la ville ! Qu'avait-il à faire, à la ville ?

GERVAIS, hochant la tête.

Oh ça ! mon colonel... Vous pensez ben que je n'ai pas oser le lui demander.

LE COLONEL, ton bref.

C'est bon ! Dès qu'il sera là, je veux le voir tout de suite... Tu entends, Palestro?

MÈRE PALESTRO, d'un air bougon.

J'ai t'y l'habitude d'oublier la consigne, moi ? Une fois suffisait... (Voyant le colonel sortir par la droite, elle hausse les épaules.) Son René!.., toujours... Il ne s'inquiète seulement pas de ce que fait le petit... .\h ! ce que cela m'enrage...

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