‹ Le clairon! drame en un acteChapitre 4 sur 15 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, JACQUES.

MÈRE PALESTRO, grondeuse à Jacques.

Ah te voilà ? Qu'est-ce que tu deviens donc ? Il y a l)ien deux heures que je ne t'ai pas vu ?

JACQUES, lui mettant la main sur l'épaule, très doux.

Ne me gronde pas, maman Palestre... Aujourd'hui, il ne faut pas.

MÈRE PALESTRO,, c1ierchant\ à se raidir. II ne faut pas ! Et, à cause ?

JACQUES, souriant avec mélancolie.

A cause que... tu le regretterais peut-être, un jour...

LE CLAIRON ! l5

MÈRE PALESTRO, SaisiC. ■

Ah!

JACQUES, même ton que plus haut.

J'ai mis de l'ordre dans ma chambre, serré les choses que j'aimais... Tout est fini. A présent, je viens te demander de me donner un grand morceau de forte toile, du fil solide, et de grosses aiguilles pour que je puisse me faii-e un sac...

MÈRE PALESTRO

Un sac ! (Essayant de rire.) Toi, gamin ? Ah I tu nous en ferais de la bonne couture. (Brusque.) Non... mieux que cela, j'ai, dans un coin, une espèce de vieille besace de toile grise... c'est tout à fait ton affaire.

GERVAis, à part.

Qu'est-ce qu'elle conte donc avec sa vieille besace ? Je la lui ai vu coudre ce matin-même, moi !

JACQUES

Merci bien!... Mais tu sais, maman Palestro, tu tu me donneras quand même le fil et les aiguilles? MÈRE PALESTRO, très brusque.

Ça y est ! (Très vite, avec émotion.) De plus, un morceau de savon, un peigne, une brosse, un miroir de deux sous, des allumettes, du chocolat, des mouchoirs, des chaussettes, des biscuits, une fiole de ratafia, ime idem d'alcool camphré, et... (A part.) quatre pièces de dix francs, et ma médaille de sainte Geneviève, dans un morceau du Petit Journal.

ï6 LE CLAIRON !

JACQUES, la prenant par le cou pour l'embrasser.

Ah 1 bonne et chère maman ! (Très ému.) Tu as donc deviné ?

MÈRE PALESTRO

G'te question ? Comme si tu pouvais avoir queuque chose de caché pour ta mère Palestro. (Le serrant brusquement dans ses bras.) Ah mon petit!... tout de même ; c'est dur.

JACQUES

N'est-ce pas un devoir ? Et puis, ma résolution me vaudra sans doute une bonne parole de mon père, et...

MÈRE PALESTRO, l'interrompant.

Pourquoi, n'es-tu pas descendu, tout à l'heure, quand ceux du village sont venus ? Est-ce que tu ne savais pas ?

JACQUES, très affectueux.

Si. Hier soir, ils m'avaient prévenu, mais en me demandant le secret. (Tristement.) Quant à descendre, je n'ai pas osé. Père, tu l'as bien vu, ne m'a pas demandé.

MÈRE PALESTRO, irritée.

C'est vrai !

GERVAis, qui est remonté vers le fond, regardant au dehors, très vivement.

Mère Palestro ! Voici venir, M. René...

MÈRE PALESTRO

C'est bon ! Je monte prévenir le colonel. (A Jacques.) Reste, toi...

JACQUES, allant auprès de Gervais, avec étonne ment.

Tiens ! René attache Ali près de la grille... Il a donc l'intention de repartir...

GERVAIS, avec brusquerie.

Faut croire.

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