‹ Le clairon! drame en un acteChapitre 7 sur 15 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

LE COLONEL, seul, puis JACQUES.

LE COLONEL, se laissant tomber dans le fauteuil, avec ^douleur.

Quel châtiment ! Mais, combien mérité, hélas !

Je paie aujourd'hui ma coupable faiblesse aux volontés d'une mère dont l'amour imprévoyant et excessif a perverti l'esprit de son enfant ; c'est elle, qui se mettant toujours entre René et ses devoirs, en a fait l'homme égoïste et vain qu'il est aujourd'hui. Et moi, moi, qui aurais dû virilement le remettre dans le droit chemin, je me suis associé à cette œuvre mauvaise en faisant une trop inégale part de tendresse entre mes deux fils,.. Ah ! la semence du mal a bien germé mais, que faire, aujourd'hui ? (^Jacques paraît à droite.) Que faire, dans quelques heures, pour qu'au nom si respecté jusqu'ici du colonel Surdon, ne soit pas accolée l'épithète infamante de renégat?.,.

// se cache le front dans ses mains.

JACQUES, qui est arrivé doucement jusqu'au fauteuil, très timide.

Père I

LE COLONEL, tressaillant très brusque.

Qu'est-ce? {Plus doux.) Ah! toi... Jacques? Que veux-tu ?

JACQUES, plus résolu.

Vous supplier de m'accorder votre autorisation pour quelque chose... très grave... père.,. Tout à l'heure vous m'avez ordonné de remonter dans ma chambre... {Montrant le plafond.) là-haut... Vous parliez fort avec René... Sans le vouloir, j'ai tout entendu.

LE COLONEL, l'examinant.

Ah !.. . Et alors ?

JACQUES

Alors, je viens vous prier de me permettre de m'engager... (Mouvement du colonel.) Oh ! ne croyez pas que ce soit une mauvaise pensée à l'égard de mon frère qui me fasse agir ainsi, non ! Depuis le commencement de cette triste guerre, c'est mon plus ardent désir, ma pensée de tous les instants. Deux personnes pourront vous le certifier, père... Ma petite sœur, Cécile, ma confidente, et aussi, maman Palestro, qui a tout deviné...

LE COLONEL, SB levant, ton de regret.

Et moi !... Moi qui n'ad rien vu !

JACQUES, (ton de prière.)

Vous voulez bien, père, n'est-ce pas ? Eh, ce soir, quand ils viendront !

LE COLONEL, avec vivacité, le prenant dans ses bras, voix forte.

Quand ils viendront, enfant ! Je leur dirai : Prenez avec vous celui-là... C'est mon vrai fils, lui ! Pourtant, je vous le donne, comme ce que j'ai de plus précieux au monde... (Avec mélancolie.) Trésor, longtemps méconnu, mais qui ne m'en est que plus cher. (L'embrassant.) Mon petit!... Mon Jacques... J'ai à te payer un arriéré de tendresse, mais si tu savais quel sera désormais pour toi mon amour... Pour toi... dont le cœur est si

semblable au mien, et que je n'entendais pas battre à mes côtés.

JACQUES, avec bonheur.

Ah père !... père, que vous me rendez heureux !

LE COLONEL, avec force.

Et toi... Ne fais-tu donc rien pour moi, à cet instant où le désespoir m'accablait ? Toi, qui vas permettre à ton vieux père de garder la tête haute. (Avec un soupir.) Aller te battre, toi... si jeune !... Sais-tu tenir une arme, au moins ?

JACQUES, souriant.

Pas beaucoup, père... A peine, m'avez-vous permis... I

LE COLONEL, l'entraînant vers le fond.

Viens!.,. Je veux au moins que tu puisses ne pas paraître trop novice, quand tu seras devant tes chefs...

Ils sortent par le fond. — La mère Palestre paraît.

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