GERVAIS
Oui, avec M. Jacques, ils viennent d'entrer dans la petite ScJle d'armes.
MÈRE PALESTRO, UVeC vivucité.
Ça y est ! Vrai de vrai... Que je suis contente !... C'est tout comme le jour oii mon second a été décoré pour avoir pris un canon.
GÉRVAIS.
Tout seul ?
MÈRE PALESTRO, très vivement.
Tout seul... d'abord ! Les camarades sont venus ensuite pour l'aider à l'emmener. (Avec un soupir.) Ah ! C'est qu'd. avait du nerf et des jarrets, mon second...
GERVAIS, brusquement.
Votre second, quoi ? Lieutenant ? capitaine ?
fcfÈRE PALESTRO, très en colère.
Oh l'idiot ! (Criant.) Mon second mari... imbécile !
3o LE CLAIRON !
GERVAis, avec humeur.
Ah oui!... Je m'y embrouille toujours dans vos maris, moi !
MÈRE PALESTRO, tvès naturelle.
Pas moi !... D'ailleurs, c'est bien facile... (Naïve.) Je n'en ai eu que trois, alors...
GERVAIS, moqueur.
Que trois!,.. (Riant.) C'est honnête!
MÈRE PALESTRO, en colère.
Comment, s'ils étaient honnêtes? Malhonnête... Est-ce que je les aurais épousés sans cela, moi ?
Elle lui jette un des torchons à la tête. GERVAIS, rattrapant au vol.
Voyons, mère Palestro... ne nous fâchons pas. (Avec malice.) Dites-moi un peu... Comment en avez-vous épousé trois ?
MÈRE PALESTRO, très flegmatique.
L'un, après l'autre pardi ! Tu vas voir : le premier, le sergent Durlingot... un Africain.
GERVAIS, se récriant.
Un nègre ! Oh !
MÈRE PALESTRO, impatiente.
Mais non!... un soldat de l'armée d'Algérie, quoi ? sec, comme un hareng saur, et pas très commode, Durlingot. (Souriant.) sauf des quarts d'heure... oiî il n'était pas désagréable... (Avec un si-
LE CLAIRON I 3l
gne de tête.) Je l'ai perdu au Mamelon- Vert, pendant la guerre de Crimée.