EDOUARD GRENIER
V otre ville paisible est comme un nid d'oiseaux Qui cache ses amours à l'abri des collines Et mêle ses chansons aux musiques câlines Que murmure le Doubs entre les verts roseaux.
La vigne grimpe au flanc de ses riants coteaux ; L'air pur et le vin clair abreuvent les poitrines De ses robustes fils, et les fleurs purpurines Des pêchers en avril neigent dans ses enclos.
C'est là-bas qu'au printemps, ainsi qu'une hirondelle, Vous regagnez, pieux, la demeure fidèle Où votre tendre mère aima tant son Marcel.
Fuyant le tourbillon où Paris nous entraine,
Vous revenez goûter la volupté sereine
De vivre loin du monde et plus voisin du ciel.
A EUGÈNE MANUEL A V auteur des Poèmes populaires
ous avez dans le cœur une immense tendresse Pour les déshérités, les faibles, les petits ; Vous savez ce qu'on voit dans l'ombre des taudis Et ce qu'un bouge cache à nos yeux de détresse.
Vous avez visité l'orphelin sans caresse,
Les malheureux sans pain, les passereaux sans nids,
Les anges égarés sans place au paradis.
Votre pitié revient d'un enfer de tristesse.
Vous vous êtes assis près des mères en deuil, Et vous avez pleuré sur le pauvre cercueil, Ranimant leur espoir à la flamme du vôtre.
O Maître, vous parlez le langage divin
D'où tombe sur la plaie un peu d'huile et de vin,
Et Jésus, l'Inspiré, vous eût fait son apôtre !
Mhi
pvUAND *7 eut achevé V instrument merveilleux
v. Q 1 ** Pleure par ma voix et chante par ta bouche, V Harmoniste divin, essayant chaque touche, En fit jaillir l'essor des sons mystérieux.
La gamme des ris clairs et des éclats joyeux Egrena son délire enivrant sur ta couche :
La chanson des soupirs et du regret farouche Tinta lugubrement dans mon être anxieux.
Sous les doigts du plaisir tressaille chaque fibre
De ton corps amoureux, et toute ta chair vibre
Au contacta? un baiser comme au vent les grands fiols.
Sous la main du rruxlheur mon âme se lamente, Et tu pourrais sentir mon cœur, heureuse amante, Dans un funèbre accord se briser en sanglots.
A André Theuriet.
Mous comparons souvent ettite elles les saisons. ) Nous avons pour chacune un moi de bienvenue
Frais lilas, épis blonds t grappes d'or, neige nue, Éveillent tour à tour l'écho de nos chansons.
L'art cisèle en joyaux le givre et les glaçons. L'hiver, morne vieillard à la mine bourrue,
Entendant les rimeurs louer sa barbe drue, Caresse en grelottant les branches des buissons.
L'automne a ses amants et Pété ses poètes :
La grive, soûle encor, répond aux alouettes ; Bacchus rit à Cérès et lui verse du vin.
Moi, j'aime le printemps, père des douces choses ;
Je suis fils de la vie et ne sais de divin
Que les chants de l amour à la saison des roses.
f^OMME un manteau de deuil semé d'abeilles d'or, J L'ombre calme descend des collines prochaines. Les ailes des ramiers^ closes sur les vieux chênes ', Frissonnent dans le vent apaisé qui s'endort.
On entend expirer les derniers sons du cor :
Tel un soupir d'adieu dans les brumes lointaines. Delà mousse discrète ou chantent les fontaines, Mystérieusement monte un tremblant accord.
Des parfums pénétrants de rose et d'herbes mûres Glissent dans les gazons et les vertes ramures ; Et tandis que ta voix, comme un hymne des deux,
Transporte ma pensée au paradis des 'songes, Je regarde, charmé par tes divins mensonges.
L'étoile de V amour se lever dans tes yeux.
Élu»
A Maurice Rollinat.
T^lle va sous le ciel, belle, altière, sereine J Et lente, dans les plis ondoyants de sa traîne, Sans tourner ses regards fascinateurs vers nous, Les esclaves d * amour courbés à ses genoux.
Elle passe ainsi, noble, en costume de reine ; Elle s'avance avec la grâce souveraine D y une Junon pi omise au divin rendez^oous, Sans pitié pour les cœurs que sa beauté rend fous.
Comme un vaisseau tranquille et berçant sa carène Sur les flots verts % rythmés par un chant de sirène, Elle laisse un sillage où nous nous perdons tous.
Un jour enfin, hélas l sur la mouvante arène, Quand nous croyons saisir celle qui nous entraîne, Elle s'évanouit nous faisant les yeux doux.
A José Maria de Heredia.
Pans la blancheur de lait d'un marbre florentin, y ai mis tout mon amour, mon rêve et mes ivresses, y ai sculpté le bandeau constellé des déesses, Tressé des cheveux d'or qu'embaume le matin,
Incrusté deux saphirs sous l'arc du front hautain, Evoqué sur la bouche un doux vol de caresses, Eveillé dans les chairs des notes charmer esses, Fait tinter sur les dents le ris clair et mutin,
Pétri deux seins de pourpre où le frisson se noie. Planté la hanche noble et le jarret qui ploie Sur deux pieds de corail vibrants de volupté :
y ai dressé mon idole au sommet de la nue,
Et, d? en-bas, la voyant belle en sa splendeur nue,
J'ai cru qu'elle portait la bleue Immensité.
M fi» ] ^
A Madame Ch. A.
Quand vous ries, Madame, écartant vos dents blanches,
V Sonores comme les touches d'un clavecin, Un insouci vainqueur soulève- votre sein D'où s'échappe vers l'aube un vol de gaîtês franches ;
Quand, pareille à V oiseau qui redit sous les branches- L'hymne des clairs printemps aux nids qui n'ont pas faim, Votre voix de cristal monte en l'azur divin.
Chantant la floraison des cœurs et des pervenches ••
Vous ne remarques pas, ô jeune mère heureuse , V enfant douce qui penche, émue et langoureuse, Sa nuit dans vos rayons, dans vos fêtes son deuil /
Vous ne vous' doutez pas que sa pauvre âme neuve, Sans connaître Phymen, est pourtant déjà veuve, Et qu'un rêve infini d'amour fait son cercueil.
Hf'
LU
A Achille Millien.
PJÈS f'aufre Us faucheurs èpars dans la prairie J Renversent V herbe drue en de larges andains ; Parfois grince la faux sous la pierre qui crie ; Vècho répète un bruit clair de sons argentins.
Au lever du soleil, comme une draperie
De neige % le brouillard flotte dans les lointains.
Faneuses et faneurs accompagnent Marie,
La fille de la ferme aux longs cheveux châtains.
J 'ai suivi tout rêveur la troupe dans la plaine. Marie a su l'amour dont mon âme était pleine t% Mais la moqueuse a ri tout bas de ma langueur \
Et depuis lors, en juin, le beau mois où Von fane, Quand f entends la chanson de quelque paysanne, L'odeur des foins nouveaux me fait un mal au cœur.
TS
VIIÏ
A François Coppée.
Pnfance, illusions, printemps, bonheur, ivresses, Délices de V amour, plaisirs des jours passés, Songes évanouis, beaux rêves effacés, OU donc vos paradis, heures enchanteresses?
Ah ! laissons au bébé la mère et ses caresses, Les frères et leurs jeux, le père et ses baisers ! Laissons au cher berceau les doux soins empressés, Les sourires émus et les voix charmeresses !
Laissons au jeune enfant la joie et le soleil, La franche insouciance et le divin sommeil :
Ah ! laissons-lui toujours les ris et V espérance,
La liberté, la foi, les chansons et les fleurs l O Dieu, tu peux tarir la source de mes pleurs : Donne-moi dans ton ciel une éternelle enfance !
mm
A Jean Aicard.
Cl fêtais un enfant, je voudrais pour parrain J Non pas le roi Crésus, mais Aicard le poêle. Aussi doux qu'un grand-père, il ne veut pas qu'on fouette L'être mignon qu'il traite en petit souverain.
On dit que les enfants qu'il mène par la main Vont trouver une fée amusante et coquette.
Qui leur ouvre le ciel du bout de sa baguette, Et sème de bonheurs leur radieux chemin.
Je n'aurais pas de Vor, mais f aurais une mère, Et mon trône serait les bras forts de mon père, Mes bijoux des chansons, des jeux et des baisers.
Mes chagrins à sa voix seraient vite apaisés ;
Les oiseaux et les fleurs charmeraient ma puissance
Ma foi serait l'amour, mon rêve l'innocence.
Hi«
io Le Clavier d'Or;
A André Lemoyne.
f levrette du printemps, doux regard, clair sourire! Sourire qui séduit les plus tendres rayons, Regard qui rend jaloux les plus beaux papillon*, Ton image me charme et ta grâce mHnspire.
La brise qui se joue avec des sons de lyre Sur tes lèvres de neige, emporte tes frissons Dans l'âme des oiseaux s y envolant en chansons. Et les amants rêveurs te content leur délire.
Les baisers du soleil font du miel en ton sein OU s'abreuve sans trêve un diligent essaim, Et ton petit cœur s'ouvre en vase d'ambroisie.
Pâquerette des champs, béni soit ton retour !
Tu mets quelques rayons de blanche poésie
Dans mes regrets d'enfant et mes chagrins d'amour.
ht
JD ose, qu'as-tu fait de la rose J Que tu m'as prise ce matin ?
V aurais-tu mise tout èclose Sous ton blanc corset de satin ?
Si c'est bien là qu'elle repose, A Vabri comme en un jardin, La dent de la bise morose N'y mordra V éclat de son teint.
En ce doux nid, ô ma colombe !
Ne volera le papillon Déflorer neige et vermillon.
Ah ! quand ma jeunesse succombe, Que ton sein soit aussi la tombe De ma dernière illusion !
t Ji
$M élégtftpt*
TUT ignonne, veux-tu pas venir dans les buissons J Voit trembler sous le vent des neiges d'èglantines ?
— J'y verrais mon sang pur dégoutter aux épines, Etfy craindrais encor le chattne des frissons.
Mignonne, veux-tu pas venir dans les gâtons Voir sous les rayons d'or briller des perles fines ? — J'y verrais mes pleurs pendre aux herbes purpurines Etfy craindrais encor V odeur des floraisons.
Chère mignonne, allons, parmi l'ombre et les mousses, Écouter du ramier les confidences douces.
— Ah! je croirais ouïr mon infidèle amant!
Chère mignonne, allons dans la clarté des ondes Mirer ton jeune front, blanc sous tes tresses blondes.
— J'y vais... mon lit d'amour sera le flot dormant !
Mfc-
Le Clavier. d'Or. i£ r
î|<tw
T TNE amante angèlique a traversé mon rêve.
J Sous un ciel idéal plein de bleus alcyons, De frais Amours rieurs dont Vaile se soulève Caressaient V essaim blanc de mes illusions.
Le zéphyr parfumé qui se meurt sur la grève Est moins mélodieux et moins pur que les sons Mystérieux et doux qui murmuraient sans trêve Parmi les branches d'or des célestes buissons.
Dans ces bois enchantés où l'on dort sur la mousse, En écoutant des voix près de V herbe qui pousse. Je songeais tristement aux bonheurs envolés.
Elle vint, belle encor comme aux beaux jours d'ivresse.
« Es-tu mort?» me dit-elle, et moi, fou de tendresse .• « Ramenons dans leur nid ces charmants exilés. »
Le Cltritr d'Or.
tnmtm
T ES nids vont chanter» les près vont fleurir, J Vècorce a des bruits de sève qui pousse.
Un faune narguais, riant dans la mousse, Invite les coeurs dès Vaube à s'ouvrir.
Ce grincheux d'hiver, qui fait tant souffrir, , Nous dit : Au revoir l de sa voix qui tousse ; Le printemps lui souffle une haleine douce Au dos, comme pour un peu V attendrir.
Ce matin fai vu voler V hirondelle, Le cher messager, pieux et fidèle, Le frêle exilé qui revient toujours.
Et fai dit, songeant aux buissons en fête :
« Oiseau démon cœur, petite fauvette, Veux-tu revenir au nid des amours ? »
Le Clavier d'Or. 15 T
Hh
A mon ami Charles Fuster.
£\UAND V avril frissonnant a dégrafé sa robe,
V Les Amours échappés, avec des regards d'aube, Dans les nids et les cœurs s'abattent par essaims, Sournois, mutins et doux, — Ô mes chers assassins !
Sous leurs ailes d'azur Jeur carquois se dérobe. Leurs pieds capricieux, effleurant notre globe, Poursuivent sans repos leurs éternels desseins. Ils prennent pour berceau la chaleur de nos seins.
En s' endormant, frileux, au fond des jeunes rêves, Ils savent le secret qui fait sourdre les sèves Et dans V ombre entrouvrir les Uèdes floraisons.
Ils ont le repentir mystérieux des choses .* Dans la plaie oïl leur flèche a porté ses poisons, Ils reviennent en paix faire éclore des roses.
hH
Mk
A mon ami Auguste Fourès.
T, es rayons de mai font pointer V her bette ; J Leurs flèches d'or vont au cœur des boutons, Amoureux baisers, éveiller la fête Du Printemps folâtre et des papillons.
Voilà que sourit douce pâquerette A ses blanches sœurs, voilà que chansons Agacent V Amour sous une coudretie.
On sent palpiter les nids aux buissons.
Tout chante, tout rit, tout frémit, tout aime, La fleur et V oiseau : baisers et frissons .
Préparent vos fruits, futures moissons»
Sur Yècorce lisse éciôt le poème
Que grave un couteau sous Vœil des Amours,
Le poème éternel d'un seul mot : Toujours l
iU.
%. ÏM t tiUm
TA chanson d'avril, mignonne et coquette, Est comme une fée avec sa baguette, Une fée ouvrant la porte au Printemps Pour lui dire : « Entrez, prince, entrée dedans I
« Qu y on apporte aux prés leur robe de fête ! Appelés les fleurs : qu'en hâte on les vête D'émeraude, cCor et de diamants, De pourpre, d'azur et d'enchantements !
« Invitez les nids dont les notes pures, Dans les aubépins remplis de murmures \ Chantent le réveil de V astre du jour,
« Caresse à V enfant ! baiser à la mère l Sourire au vieillard ! trône à la chimère l Au ciel, les rayons ! sur terre, l'amour ! »
A Armand Silvestre.
P chantre harmonieux de la forme immortelle, Adorateur fervent de V antique Beauté, Nous entrons avec toi dans le temple sculpté Où ton amour païen brûle V encens fidèle!
Epanouissement de la splendeur charnelle, OU se baignent nos yeux comme en un flot lacté; Floraison des seins blancs et de la nudité, OU nos regards vont boire une extase éternelle !
O gloire des contours et des méplats sereins, O triomphe des corps et des plis souverains, O courbes oU la grâce onduleuse se noie,
O Beauté ! nous suivons le prêtre à tes autels, Ne désirant pour nous que la suprême joie De voir Vénus sourire à nos chants fraternels !
$e* knx %$t*
yOUS étiez une enfant charmante que j'adore.
Sous vos cils veloutés, vos grands yeux ingénus Semblaient deux oiseaux bleus des paradis perdus. Exilés vaguement dans un rêve à! aurore.
Vous aviez la voix douce et le rire sonore.
Quand les mois parfumés nous étaient revenus. Vous allies dans les verts chemins, et vos pieds nus Couraient parmi les fleurs que l'été fait éclore.
Or, vous aviez quinze ans et vous m'aimiez un peu. Cest l'âge où Von ne sait compter que les caresses, Et les baisers divins et les pures ivresses.
Mais vous êtes dans Page où F on se fait un jeu De V amour t et vos doigts } que le calcul maîtrise, t Comptent tous les cœurs fous que votre dédain brise.
JD ime légère, J O messagère, Vole à ses pieds Tant épiés !
A ma bergère, Sœur mensongère Des doux ramiers Extasiés ;
A finjidèle, A la plus belle, Pour V attendrir,
Va dire encore Que je V adore Jusqu'à mourir.
Le Clavier d'or. 21 t .
$» $fami
/H voulais attraper au vol des papillons.
Et, dans la course folle où ma chanson s'égrène, Je perdis sans le voir tous mes joyaux de reine, y eus beau redemander ma bague aux oisillons,
Ma couronne aux bluets, mes perles aux sillons : La nature restait insensible et sereine.
Lors je vins en pleurant tout dire à la marraine, N'ayant plus à mes bras frileux que des haillons.
« Ce n'est que ça ? » me dit la bonne fée Alise ; « Ouvre ce coffret rose et puis le dévalise, » O bonheur ! mon écrin se trouvait en lieu sûr.
Hier, avec Amour, je jouais sur la porte...
Las I il m'a dérobé ma ceinture d'asur,
Et m'a dit, le fripon, que ma marraine est morte l
wjtte
/U bord, elle a cueilli tout plein son tablier De fleurettes, afin a" effeuiller leurs pétales. Ses petits pieds cahtbrês sont chaussés de sandales. Légère, dans la barque elle entre sans crier.
Elle s'assied au bout, sans peur de se mouiller, Pour que, bercée au bruit clair des rames égales, Auquel répond là-bas la chanson des cigales , Elle consulte en paix son destin familier.
Ses doigts roses, sur Veau que la brise parfume, Jettent un essaim blanc qui tournoie en V écume. Elle dit lentement : « Je t'aime ! un peu ! beaucoup !
«toujours !.. .Jet 'aime 7. . .» Et quand la nacelle s' apprête A rentrer dans la baie, elle dresse le cou, Froissant de dépit sa dernière pâquerette.
t Le. Clavier d'Or. 23 r
A Louis Mercier.
T A rive est verte et douce. Au bout des caps fleuris ) Sont' des temples dorés sous le ciel qui s 1 azuré, La vague dort t le vent est calme et l'anse sûre. Mais d'où viennent alors ces informes débris ?
Ecoutez. Une barque est partie. Elle a pris Le grand chemin qu'emplit un éternel murmure. Elle court, glisse, vole. Oh I comme l'onde est pure l Oh I venez avec eux, venez voir les Péris !
Du sein des flots pourprés surgissent des baigneuses Aux pieds blancs, au col rose, aux voix harmonieuses. Veau, cavale indomptée, en cadence jaillit.
Les rameurs sont bientôt dans les bras longs des femmes. V algue fête l'hymen... Mais ces beautés infâmes, Après Vanter baiser les rejettent du lit I
A Ernest Détré.
PE V aveugle écoutes la tremblante chanson ; Ecoutes dans Voir pur sa voix mélodieuse Et vibrante, tantôt triste, tantôt joyeuse ; Ecoutée ce refrain qui lui donne un frisson.
D'où vient donc la douceur enivrante du son ? Que dit le pauvre aveugle en sa pose pieuse ? Quel rêve nonpareil sa bouche radieuse Traduit-elle aux oiseaux' ravis dans le buisson ?
Il chante F horizon bleu que le matin dore ; Il chante dans sa nuit le soleil et r aurore, Les palmiers, les lotus, les bengalis, le jour.
Ainsi, mon cœur couché dans son linceul de neige, De ses illusions s'est fait un blanc cortège Et chante V oasis où croît la fleur d'amour.
r Le Clavier d'Or. 25 r
fa***»
fARFOlS, pour égayer ma triste solitude, Au piano je joue un air brillant et fol.
Mes doigts, lutins légers qu'emporte V habitude, Ouvrent aux sons captifs le libre champ du vol.
Ces oiseaux délivrés gazouillent un prélude, Sautillent dans les fleurs, et, déjà las du sol, Leur essaim vagabond, sans guide et sans étude, Fait une fugue au ciel en ton de si bémol.
Ils montent, plus subtils t vers Vaube immaculée, Vibrant dans les rayons, baignés dans Véther pur, Planant comme un soupir dans la plaine ètoilèe.
Mais voilà qu'en cherchant au delà de Vasur La patrie où V amour berça leur doux mystère, Ces pauvres fugitifs retombent sur la terre.
■*rH
|e 4*kitt
pHÈRB enfant^ l'âge d'or qui fait votre cœur pur r J Couronne votre front de candeur et d'azur.
Vos lèvres ont l'éclat d'un frais bouton de rose, Et la blancheur du lys en votre âme se pose.
Ainsi qu'un clair rayon dans la paix d'un blé mûr, Votre charmant sourire apporte quelque chose De divin sur la route où votre pas est sûr, Et votre rêve tient encor son aile close.
Enfant, vous regardes les étoiles au ciel Avec des yeux de sœur, et vous buvez le miel Qu'elles versent la nuit à votre bouche heureuse.
Or, demain, ma chère ange, il vous faut un cahier
Pour aller à V école avec cet écolier
Qui s'appelle l'Amour et qui vous rend peureuse.
■JH
Le Clavier d'or. 27 T
jfofck
/MANT <fes muses boca gères, Au bord des clairs ruisseaux chantants, J'égrenais les rimes légères Et les ris perlés et mordants.
Les ans rapides et sévères Chassent mes songes palpitants.
Vertes saisons des primevères, Oh ! revenez, mes beaux printemps !
Je savais V odeur des fleurs douces, Entrouvertes parmi les mousses, Au penchant des coteaux boisés.
Tièdes parfums des violettes,
Des muguets aux blanches clochettes,
Vous durez plus que les baisers !
VWT;
/B vous aimais pourtant, Marie, Du plus vivace des amours ; J'aurais pour vous, belle chérie, Sacrifié tous mes beaux jours.
Hélas ! ma lèvre s'est meurtrie En baisant vos noirs cheveux lourds, Et ma prunelle s'est flétrie Au fond de vos yeux de velours.
Votre bouche me fut traîtresse :
Vous vous moquiez de ma tendresse, Pour un jouet prenant mon cœur.
Vos mensonges gais ou moroses M'ont appris à douter des roses, Et de l 1 amour et du bonheur !
$attlU$ i'wAtmt
13 ameaux *n dteutï, tremblez au souffle de V automne ! J Bosquets harmonieux, pleures* votre couronne l Pauvres feuilles, dansée J L'archet des aquilons Grince en mordant le givre aux arbres des vallons*
Il vous berce en sa valse amère et monotone.
Mais avant que V hiver ténébreux n'environne Les bois, vous recevez des lointains horizons La caresse d'adieu de leurs derniers rayons.
Roses de mon printemps, chansons de mon délire, O mon ange, Ô ma foi, mes rêves, ô ma lyre l Effeuillez-vous, fuyez l Brise-toi sans retour l
Mais du moins qu'en pleurant ma divine maîtresse, Pleine encor du parfum de notre ancienne ivresse, Apporte sur ma tombe un dernier mot d'amour.
Cl f avais les trésors qu'en mes rêves f admire, y Entassés par delà les sables de Palmyre, Comme un mont fabuleux, gigantesque et vermeil, Portant jusqu'au zénith son éclat nonpareil ;
Si, pour combler le vide où mon âme soupire, Je tenais dans mes mains les destins d'un empire ; Si V Orient ^ qui fait le magique sommeil, Me donnait ses palais, ses trônes, son soleil .-
J'irais, f irais, vêtu de la pourpre suprême, Adorer â genoux la douce enfant que faime Et lui dire, enivré de ses regards d'azur :
« Ange, voici ton ciel! Reine, voilà ton trône! Alhambras, ouvrez-vous : sur son front jeune et pur Un astre va briller en guise de couronne ! »
Ml-
Me
Le Clavier d'Or. 31 y
A Martial Moulin.
T a candeur des petits garçons baigne leur âme
) D'un parfum d'innocence et de naïveté.
Leur tendresse ingénue adore la beauté.
Et rien ne leur est doux comme un baiser de femme.
Leur premier idéal est l'amour (fuie dame
Qui berce de sa voix leur beau front enchanté,
Et qui mêle souvent aux tranches de pâté
Des moU qu'ils puissent boire ainsi qu'un pur dictante.
Plus tard, épris sans fin de la virginité Que leur donna V épouse en sa fidélité, Ils brisent leur idole et cessent leur prière.
Lors t pour se consoler des paradis rêvés,
Ils peuplent saintement leurs sommeils retrouvés
De vierges de paros et de femmes de pierre.
^fattmtn h 4 atome
p 'était le jour des Morts. L'effroi des deuils passés J Enveloppa mes yeux dans un songe sévère.
Je vis monter le long des pentes du Calvaire Une procession de pâles trépassés.
Or, c'étaient des martyrs dont les membres lassés Fléchissaient sous la croix que leur âme révère. Chacun portait la sienne, hormis un vieux trouvère Cachant une grande urne entre ses bras glacés :
Vase plein de soupirs et de larmes sanglantes Que ce damné d amour aux jambes chancelantes Traînait comme le poids d'un crime inexpié.
Ils gravirent ainsi le mont du Sacrifice, OU se dressait encor le bois de ton supplice, Piédestal de ta gloire, Ô doux Crucifié!
Mh
T Le Clavier d'Or. 33 J ^
A mon ami Gustave Vinot.
T A neige et le silence enveloppent la terre ) Dans un linceul glacé plus lourd qu'un poids d'airain; Le bouton de la fleur et le germe du grain Dorment profondément sous Vaile du mystère.
Plus de concerts joyeux montant dans la lumière ! Plus de chants de jeunesse au suave refrain ! Et si le ciel d'hiver est placide et serein , C'est pour mieux enchâsser la nature en sa bière.
Ainsi que sur la terre il neige dans mon cœur, Le doute froid y filtre avec un bruit moqueur Et congèle mon sang dans ma chair qui s'effare.
Le printemps doit renaître au fond du nid futur : Mais est-il un soleil pour réveiller Lazare Et dans son noir tombeau ressusciter l'azur ?
VW)j
t 34 Le wavier crur. r
A Jean Richepin.
£\uelle es4u, lèvre rose où frémit la caresse
\ Arrière de Vorgueil indompté qui t'oppresse ? Quel superbe carmin baigne tes plis moqueurs ? Je le sais, c'est le sang pur de nos jeunes cœurs.
Mes larmes font ta joie et mes cris ton ivresse ; Tu sens mes deuils avec le flair d'une tigresse. Tu bois mon âme avec des claquements vainqueurs, El nourris tes dédains de mes lâches langueurs.
Et pourtant quand la mort, choisissant la revanche, De ses longs doigts viendra tordre, ô ma goule blanche, Dans un spasme glacé, ta gorge avec tes seins,
y irai pleurer encore à ton lit d'agonie, Pleurer les ris cruels de ta bouche flétrie Et le feu mal éteint de tes yeux assassins !
t Le Clavier a'w. 35 y
A Jean Rameau.
yOTRE taille, Chryza, je la veux enlacer Dans un grand vers a* amour avec des mots étranges ; Vos bras et votre cou blancs, je les veux bercer Dans un long chant divin où se pâment des anges ;
Vos doux yeux débauchés, je les veux enchâsser Dans un sonnet royal plein de folles louanges ; Vos superbes cheveux noirs, je les veux tresser Avec des rimes d'or, gazouillantes mésanges;
Vos lèvres de carmin, je les veux agacer
Dans un rondeau flatteur enivré de Champagne;
Vos petits pieds sournois, oh ! je les veux baiser
Dans un gai madrigal grisé de vin d'Espagne : — Et votre cœur hautain, je le veux transpercer ; Puis boire votre sang pour me désabuser.
tH
WH
yoici le petit jour, et je rentre du bal.
Mes jarrets sont lassés , mais f ai la nostalgie Fiévreuse de la valse, et je rêve d'orgie ; Mon sang donne à mon cœur un incurable mal.
V amour pur des vingt ans, comme un lis virginal, Fleurissait dans mon âme en sainte poésie :
La danse aux tours lascifs, mouvante frénésie, Va flétri sous le feu de mon désir brutal.
Aujourd'hui, quand je vois venir ma fiancée
Souriante en mes bras, mon ingrate pensée
Se meurt dans les regrets brûlants du souvenir.
Demain, quand mes baisers éveilleront ma femme, Aura-t-elle senti que ma bouche est infâme Et que sa chaste couche est le lit d'un martyr F
SJL
A Henri de Lapommeraye.
T e soir, la lutte douce et paisible se penche JPourvir les cygnes blancs nager sur les lacs bleus, ; De son une d'opale et d* argent elle épanche Ses pureslarmes d'or sur les flots onduleux.
La brise fleuri dans un dernier frisson de branche, Vénus, Vioile reine, à pas lents et pieux } Se lève i V horizon, et ses cils de pervenche S* ouvrei avec langueur sur V infini des deux.
Comme me pâle veuve, avide d'espérance t
Si cachni dans la nuit quelque grande souffrance,
La lun semble ainsi pleurer un amant mort ;
Cependant que Vénus , belle fille impudique, DétoU dans Vawur les plis de sa tunique Bt s**it clairement au soleil qui s'endort.
%ibttt* m pfo
A Henri de Bcmier.
T E calme èlysèen des soirs de FOrient j ) Enveloppe d'amour cette scène idyllique} De son balcon d'asur un ange souriant I Penche son front divin sur le groupe bibliqie.
Vers les palmiers discrets le vieillard confiât
S'incline et voit descendre une forme pudiqu\ Pénétré longuement d'un charme inconscient^ Son rêve ému se noie en cette grâce antique. <
Rèbecca, jeune et belle, a mouillé ses pieds bines,
En abreuvant au puits les grands chameaux fkides,
Lassés du long voyage et des sables brûlants. À
\ Grave et douce, demain, la fille aux yeux limpus
Portera le trésor de sa virginité \
Bien loin, à f inconnu digne de sa beauté. \
a Le Clavier d'Or. 39 y
— — — — — ■ ii 111 ii 1 ■■■ 1 1 m ~ *'-i
^muit i'tnimtt
)fo\3S souvient-il encot du temps des violettes, Quand nous allions cueillir, nous bambins, vous fillettes, Leurs bouquets embaumés sous L j s buissons ombreux, Le long du vieux chemin oh vont les amoureux ?
Vous souvient-il toujours du temps des pâquerettes, Quand nos doigts effeuillaient leurs blanches collerettes, Imitant gravement les beaux couples heureux Qui ne nous voyaient pas et souriaient entre eux ?
Joyeux > nous rapportions autour de nos casquettes
Des cocardes de buis, et vous orniez vos têtes
De rameaux de pervenche èmaillès de leurs fleurs.
Oh ! ces jours de bonheur, comme ils ont fui, ma chère !
Le temps, cette harpie à la griffe légère,
Nous prend tout, excepté les regrets et les pleurs.
MH
hL
|tttw A amitié
T 'amour que je désire et que je cherche en vain, J C'est la pure amitié d'une enfant vierge d'âme, Quume donne parfois de ses lèvres de femme Le baiser d'une sœur au sourire divin.
L'amitié que je rêve et dont j'attends la main, C'est r amour d'un grand frère au fier regard de flamme, Qui se dresse, puissant, au bord de mon chemin, Pour broyer du talon, serpent, ta tête infâme.
V amour que je désire est mort avec ma sœur ;
Il est enseveli dans son lit funéraire,
Et rien ne m'en rendra Vineffable douceur.
V amitié que je rêve est morte avec mon frère; Elle est couchée, hélas l dans le même cercueil. Et rien ne me rendra ce noble et tendre orgueil.
ifr
Le Clavier d'Or. 41 T
jfbtMtm
A Richard O'Connor.
T^ntrons. Elle est assise en son appartement, J Seule, bien seule, car elle a chassé Vantant, Le grand lit de damas aux lascives peintures Sommeille dans la paix discrète des tentures.
Il est vierge aujourd'hui de tout embrassement. Témoins silencieux d'un étrange serment, Deux vases laissent pendre en long deuil leurs verdures. Dans l'air pèsent le vide et les heures futures.
Soudain elle tressaille en son morne abandon
Et pousse un long soupir, car elle vient £ entendre
La voix douce du Christ annonçant le pardon.
Retrouvant F espérance à cet appel si tendre, La pécheresse pleure, et son amour fatal S'est changé tout à coup en rêve virginal.
^n t^mUrn
TUT a douce foi <V enfant, née au pied de V autel, J Fut abreuvée au sein de sa sœur poésie ; Sa couche fut V encens % son berceau V harmonie. Les beaux enfants Jésus flottants dans un bleu ciel,
Les vitraux peints où plane un ange Gabriel, Le dais aux franges d'or où mon œil s'extasie, La voix grave du prêtre ému gui communie, L'orgue inondant la nef d'un hymne solennel,
La procession blanche et pieuse des vierges Défilant dans le jour vague et tremblant des cierges; Ces chants et ces parfums, ces triomphes du beau,
Ces visions d'amour } ces décors de féerie, Portaient au paradis ma jeune âme attendrie.
Mon cœur naïf est mort : V église est un tombeau !
a Le Clavier d'Or. 43 T
A Emile Richebourg.
T ES voisins sont venus en cercle curieux.
J Entre les vieux chenets le sarment flambe et brille.
Un grillon familier, lutin béni, babille
Et charme le bambin qui t } écoute joyeux.
Dans la pénombre vague, un groupe de famille Où se détache un pur profil de jeune fille.
Parfois, tout en filant, la mère suit des yeux La belle enfant qui coud son trousseau luxueux.
Dans un coin, un jeune homme à la franche figure
Venveloppe d'un long et doux regard a* amour,
Qui la trouble au point qu'elle en gagne une piqûre.
Lhôte, afin de ne pas le gêner dans sa cour, Verse à boire ; V aïeul tisonne et la grand'mère Dit un conte berceur où sourit la chimère.
% m fy
un
yiEiLLARD, tu ne sens plus la fougue généreuse Qui ? enflammait le cœur et le front à vingt ans. Que te font nos espoirs et nos transports ardents ? Ton repos comprend mal l'activité fiévreuse.
Autrefois, il est vrai, ta force valeureuse Fut éprise de gloire et fêta le printemps; Tu bus l'enthousiasme aux ruisseaux débordants, Et tu portas la coupe à ta lèvre amoureuse.
Mais ton vieux sang débile a perdu ses élans, Car V ancien tourment a fait tarir la sève Aux sources de ton âme en déflorant ton rêve.
Et si tes fils perdus sur les grands fiots hurlants, Suivent la même voie en narguant la tempête, Toi, tu hausses Y épaule et tu hoches la tête !
g Mmtm
At rende
Pebout, dormeur s! Aux champs ! Eveillez-vous, fillette t Vaube dans le ciel bleu découvre ses doigts blancs. Le firmament éteint ses lumignons tremblants. On entend dans Pair pur le chant de l'alouette.
Dans les sillons dorés, pleins de nids palpitants, V amour fait ses adieux aux enfants du printemps. Debout, mes fils! Les coqs ont secoué leur crête, Le baril sonne sourd, chaque faucille est prête.
Le berger matinal reprend son chalumeau, Auquel ont répondu les brebis du troupeau.
Les blés sont mûrs, partons vers les blondes javelles.
Les beaux épis sont lourds et le maître est heureux. Riez, les frais garçons l Dansez, les jouvencelles ! Faites Vœil doux, ma nièce, à vos trois amoureux.
4ô Le Clavier d'Or.
$m fwa&
«mtte
Pr effroi de dormir dans le tombeau du temps, Où le vide et V oubli garderont ma mémoire!
O la peur de tomber dans une gueule noire Engloutissant mon être et mes légers instants!
Aubes, rayons, ciel bleu, sourires du printemps, Zéphyrs, chansons, baisers pleins d'un charme illusoire, J'ai perdu mon amour, ma folie et ma gloire, En vous voyant passer au souffle des autans !
J'ai pleuré mon amour après la mort des roses,
y ai laissé ma folie au pied des arbres nus,
y ai gémi sur ma gloire au fond des nuits moroses.
Et J'attends que les nids d'avril soient revenus, Que mon rêve renaisse en des formes nouvelles, Et que les papillons aient retrouvé leurs ailes.
xLvn
Tes lèvres de carmin ont une voix ihetUeuse, Tes dents de pur ivoire ont un sourire faux, Tes yeux sont deux saphirs qui ri ont pas de rivaux Dans l'art de couler doux une œillade moqueuse ;
Tes cheveux d'or, noués sur ta nuque fougueuse, Ont l'odeur meurtrière et lourde des tombeaux, Et les camélias piqués à tes chapeaux Abreuvent de poisons la phalène hideuse ;
Et mon âme elle-même, ô fascination!
Est semblable à la brute enivrée, éperdue Qui se tord sous le feu de ta séduction.
Et quand tes pieds hautains s'avancent sous la nue, Je demande à grands cris qu'un puissant séraphin Terrasse le mensonge en ton beau corps divin.
TUT aintenant que j'ai fait le tour de toute chose J Et cherché quelque part, n'importe où, le bonheur r Que je suis fatigué de cet ingrat labeur, Un accablant ennui pèse en mon front morose.
y adorai la beauté : mais la plus belle rose Cache des aiguillons ! Le devoir et l'honneur Enflammèrent un jour de foi mon jeune cœur :
Mais le vénal troupeau qui bafoue et qui glose,
Et garde ses respects pour r honneur frelaté, Se chargea de guérir ma naissante folie !
La gloire me parut une divinité :
Son front touche au soleil, mais sa robe est salie Et traîne dans la boue! Et las de m' abuser, Je souhaite mourir ou vivre sans penser.
Le Clavier d'Or. 49 j
^Atttim
A Maurice Bouchor.
P paresseuse enfant, qui t'assieds mollement Dans les plis ondoyants de ta couche embaumée, L'invincible désir torture longuement Le jeune sang qui bat ta poitrine pâmée!
Et lorsque tu t'endors, belle fleur altérée.
Dans la fraîche oasis oit f appelle l'amant, Un dieu jaloux, charmé de ton. sourire aimant t T'entraîne aux paradis de l'extase éthérée.
Tandis que tu frémis, ivre de volupté,
Dans l'adoration immense je me plonge.
En prosternant ma foi devant ce doux mensonge.
Mais à ton cher réveil, ô fille d'As tarte,
Tu viens gronder l'enfant sacrilège qui laisse
S'éteindre sur l'autel le feu de la déesse.
IJI
%t fat* At* $ îatx
A Edouard Bodin.
yBNEZ au beau pays des mystères antiques !
Parions dans les bois verts des coteaux radieux Où les vierges dHellas, sous leurs voiles pudiques, Dispersent aux échos leurs chants mélodieux!
Venez, ma jeune amante, au bord des fleuves bleus! Nous mêlerons nos voix, sous les sacrés portiques, Aux hymnes des enfants dont le chœur onduleux Se développe autour des blancs piliers doriques.
Sur les gazons fleuris de VHymette au doux miel, Nous nous endormirons aux musiques du ciel.
Venez au beau pays des fécondes ivresses!
VOlympe est rayonnant, V encens y fume encor : Les Dieux bons souriront à nos tendres caresses, En chantant leurs amours avec des lyres d'or.
T Le Clavier d'Or. 51 T
A mon ami Charles Abram.
Telles souriaient, les fleurettes, ) Dans t herbe pleine de rayons,
Et sous les ramures discrètes,
Ils gazouillaient, les oisillons.
Pourquoi riiez-vous, pâquerettes, Dans V ondoiement mol des gazons ?
Pourquoi, linotes guillerettes, JasUuHoous dans les verts buissons ?
Elles s'ouvraient, les fleurs mi-closes, Aux baisers parfumés du jour :
Les oiselets, comme les roses,
Répétaient le duo d'amour.
Et sur le soir, à la chapelle, Je f adorais, ma colombe lie.
îï*.
hHE fr t
■iH
LU
A Alfred de Vigny.
psT-iL un âge où l'âme innocente et candide, J Ne sachant rien du mal, croit au bien éternel ? Est-il dans chaque vie un jour où tout mortel Voit pour lui s'enir 'ouvrir le ciel pur et splendide ?
Toi dont le cœur saignant ne trouve que le vide, Dont les genoux meurtris ont renié V autel; Toi qui, cherchant la voix d'un esprit fraternel, N'entends que la discorde enflammée et perfide;
Toi dont le front hautain, par le malheur sacré, Se tourne vers Vazur, morne et désespéré , Apprends-nous le secret de ton premier martyre !
Poète que le doute en sa geôle écroua,
Est-ce en vain que ta bouche \ ouverte en un sourire,
Attendit les baisers de la vierge Eloa ?
LUI
$tt ty*t\t$
T es cloches du baptême ont un gai tintement, J Comme uH gazouillis clair et joyeux d'hirondelle, Que V enfant, chérubin rose qui n'a pas d'aile, Ecoute de sa couche avec ravissement.
Les cloches de la noce ont un écho fidèle Comme un hymne d'espoir sur des lèvres d'amant, Que la chaste épousée, à t heure solennelle, Sent vibrer dans son cœur avec tressaillement.
La voix de l' Angélus, large, douce, apaisée, Descend comme un pardon sur la terre lassée, Endormant Ut souffrance et calmant le remord.
Mais nous ne savons pas, dans le dernier mystère, Quel sombre Te Deum chantent les vers de terre Quand sanglote le glas des cloches de la mort.
•iM
►Hfc-—
Jh
A Charles Grandmougin.
"M"B pouvant plus aimer, je ri ai plus qu'à souffrir. ) Ayant perdu la foi % ma pauvre âme s'exile Sur une mer Recueils trop lente à s'entrouvrir. Cest en vain qu'à la mort je demande un asile.
Sur les flots orageux, je m' épuise à courir, Sans rencontrer le gouffre où tend ma nef fragile; J'implore la tempête et ne puis Vattendrir, Et les monstres n'ont pas pitié de mon argile.
Si du moins je pouvais trouver le bleu chemin Du golfe cFIschia qu'embaume le jasmin, Parmi des vols de cygne et des chansons de joie!
Grasiella, P enfant qu'on ne peut apaiser, Afeniraînant sous la vague où son amour se noie, Consolerait mon cœur dans son dernier baiser.
A Madame G.
Quand Vaftiste divin voulut créer la lyre,
\ // troubla pour un temps le saint repos des deux. Empressés à sa voix, ses messagers pieux Apportaient sous ses doigts les notes qu'il désire.
Des hymnes de la vierge et de l'enfant joyeux, Il fit la corde d'or qui dans F azur soupire; • Des chansons de V amour oh frémit le délire, Il fit celle d'argent au son mystérieux;
De la voix des héros, des cris de V homme libre, Il fit celle d? airain qui dans l'avenir vibre ; , Puis, essayant l'accord, il entendit des pleurs :
C'étaient ceux des martyrs couverts d'ignominie, Qui, répondant au Christ à son bois d'agonie, Venaient y joindre encor la corde des douleurs.
hl
Imite
*AI porté sans faiblir un supplice gui tue
Et cherché comme un fou le bonheur d'être aimé.
Maintenant Je maudis celle qui m'a charmé Et qui torture encor ma pauvre âme éperdue.
y implore ce démon qui fascine ma vue :
Hélas! ce cœur de marbre à ma plainte est fermé ! En vain y pour V attendrir t je me suis consumé A poursuivre la gloire au plus haut de la nue.
Je ne puis oublier le son tendre et cruel
De sa voix, de sa voix qui m'attire et me damne:
y ai toujours devant moi son sourire éternel.
Et je veux, moi V impie, et je veux, moi profane t
Mériter un enfer tranquille et diaphane,
Uoii je voie à jamais mon bourreau dans le ciel!
y Le uiavier <ror. 57 t
t* JP
tmt$
A Sully Prudhomme.
JD ÊVER, aimer, douter, pleurer, souffrir, agir : J Poète, ce sont là les épreuves fatales Que l'inflexible sort, sur nos routes banales, Oasis ou déserts, devant nous fait surgir.
yen sais dont les regards, avant de s'endormir Dans T éternelle paix des aubes idéales, Ont souri longuement aux formes virginales Que leur rêve divin voyait au ciel blêmir.
Hélas! nous n* avons pu, fils de V épreuve même, Mourir, sereins comme eux, dans un rêve suprême. Au soleil du matin levé pour un beau jour.
Le doute est assassin, la douleur meurtrière, Le devoir est glacé, la science est altière ' Et nous ne savons rien qui remplace V amour.
JU
J, $tt4û <î^ém#
TU m'as conduit au bord des fontaines chantantes. Où la jeune naïade aux longs cheveux dorés, La napée aux yeux verts, la nymphe aux doigts nacrés, La dryade aux pieds lents, appellent, haletantes,
Le triton écumeux, plein de sèves ardentes, Le faune à l'œil narquois assis au bord des prés, Et le satyre roux, sous les chênes sacrés Tordant ses bras lascifs avec des voix stridentes.
y ai suivi ta jeunesse au temple de tes dieux; y ai sur tous leurs autels brûlé V encens pieux : Et quand je vois passer tes pâles élégies,
En grand deuil, sous Faeur clément et radieux, Je sens l'acre poison qui fait les nostalgies Mordre mon rêve au cœur et me voiler les deux.
^ fyuMU i[tmt
T gs Grecs, fils de l'azur et du jour, sont vos frères. ) Vénus vous a nourri dans le temple des dieux.
Vous menez noblement les chœurs harmonieux, Comme un prêtte suivi de blancs thuriféraires.
Les sœurs du mont sacré, de leurs pleines patéres, Vous versent en chantant le vin fort et joyeux Qui fait aimer la vie et rayonner les deux, Dans Venivrement lent des éternels mystères.
Tantôt, jetant des fleurs aux éphèbes d'Argos, Vous berces leurs amours au rythme de la lyre; Tantôt, vous unissant aux doux bergers de Cos,
Vous redites au vent leur immortel délire;
Puis, dans F onde où leurs pieds nus viennent se baigner,
Vous folâtres avec les nymphes de Chénier.
A Juliette Lamber.
T 'ai su qu'au doux pays des myrtes et des roses t ) Une Muse, fuyant Vair des cités moroses.
Lyre en mains, s'asseyait au bout des caps dorés. Invoquant l'esprit pur des rythmes inspirés.
Et Von dit que tombaient de ses lèvres mi-closes Des mots mélodieux, pleins de divines choses; Ses chants ioniens, vibrants d'accords sacrés, En triomphe montaient sous les 'deux azurés.
La paix des golfes bleus traversés par des cygnes Abreuvait son amour de tendresses insignes Et mettait dans ses yeux l'enivrement du beau.
Bercé d'un noble espoir par sa voix de sirène, y ose aller au devant de cette auguste reine, Qui répondra peut-être à mon clair chalumeau.