LXI
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A mon ami Irénée Maire.
T 'amour que je cherchais si loin était tout près* ) Je le rêvais au ciel : il courait par les près, Sur les pas embaumés de Lise la bergère. Le printemps lui prêtait son aile messagère.
Vêtu de tendre azur et de rayons dorés, Il allait entr' ouvrir les boutons diaprés.
Dans la nue où planait ma vision si chère, La brise m'apporta sa chanson bocagère.
Lors, me sentant guéri de mon illusion,
— L'illusion qui brûle et cœur et papillon, —
J* ai quitté l'idéal pour aimer en bohème.
Fauvette et rossignol inspirent mes pensers, Et leurs voix de printemps me dictent le poème Que f écris pour Lisette au chant de ses baisers.
A Jehan-Madelaine.
TON souffle a le puissant don des métamorphoses. De la cendre des cœurs il fait naître des roses, Dans le marbre funèbre il taille un lit d'hymen, Dans le désert du doute il fait fleurir VEden.
Les sublimes clartés sous ta prunelle écloses Mettent devant tes pas for des apothéoses.
L'aurore est ton palais, Vaeur est ton jardin, Et les étoiles sont les fleurs de ton chemin.
Parfois les séraphins qu'entrevit le Corrège, ^Délaissant leur bonheur % penchent leur front de neige Pour contempler V éclat divin de ta beauté.
Mon amour m'ouvrira la céleste carrière,
OU mes yeux pourront voir ton trône de lumière
Et veiller à tes pieds durant l'éternité.
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Pites un nom de femme assez chaste, assez pur, Assez divin*; un nom virginal et limpide; De fée ou de houri, de nymphe ou de sylphide; Berceur comme un zéphyr, tendre comme F azur,
Joyeux comme un matin, doux comme un épi mûr; Léger, sonore, ailé, mignon, chantant, rapide; Vaporeux, diaphane, èthèrè, clair, splendide; Un nom plus embaumé que la rose d'As sur,
Plus radieux que l'aube et plus frais que la brise;
Évoquant l'idéal loin de la terre grise
Et chanté jusqu'au ciel par des chérubins blancs :
Ce nom, je le mettrai sous le portrait de gaze De celle qui se rit de mes pinceaux tremblants, Et devant qui mes yeux profonds pleurent d % extase f
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A mon ami Henry Mériot.
fRAXiTÈLK, tailleur de marbre et ciseleur, Ebauche lentement t œuvre de son génie.
Or, parfois, le ciseau, dans sa main engourdie, Las de mordre le bloc en son informe ampleur,
S'arrête et semble en proie à quelque âpre douleur. Mais lui, d'une voix large et pleine d'harmonie, Evoque alors Pindare et la verte Ionie, Et les temples d'Hellas, détachant leur couleur ,
Sur Vazur endormi des golfes de l'Egée ; El sa puissante main, tout à. coup soulagée, Achève les contours du chef-d'œuvre inspiré.
Puis, songeant à Phryné qu'il connaît infidèle, Il baise longuement le beau torse cambré :
Car la forme est divine et Vénus immortelle.
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QUAND la cloche du soir, qui vous remplit d'émoi, \ Annonce aux cœurs pieux l'heure de la prière, Et ravive en mon sein la douleur meurtrière, Enfant, consoles-moi t
Quand la cloche du soir, qui ravit votre foi, Dit à tous les chrétiens qu'ils ont au ciel un père, Et fatigue mon front qui lutte et désespère.
Chère âme, plaignez-moi !
Le fatal carillon berce mon agonie, Et sonne lentement le glas de mon génie,..
Ma sœur, veilles sur moi !
V airain des trépassés réveille dans ma tombe Un souvenir d'amour où chante une colombe,,.
Mon ange, endormes-moi!
L "X Libertas. 69
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JD OBUSTE, elle s'arrache aux fièvres du matin. J Sa poitrine halète encore sous l'étreinte, Et sa gorge de cygne est rose de V empreinte Qu'y laisse chaque nuit le front de Colla tin.
« Mon époux, laisse-moi, je vais filer le lin « De ta toge. Repose. •» Elle dit, et, sans crainte, Seule, d'une terrasse au delà de l'enceinte, Elle va voir si Vaube argenté VEsquilin.
Près du Tibre, à la lune, elle dévêt sa robe. Frissonnant, son beau corps marmoréen dérobe ' Sa blancheur sous l'écume âpre des vertes eaux.
Ce rude bain V exalte, et, fièrement campée Sur la rive, elle songe, oubliant ses fuseaux, Qu'elle manierait mieux la lance ou bien Vèpèe.
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Libertas.
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ls s<w/ princes. Ils ont appris fart des festins, Des débauches sans nom, des brutales ivresses. Le vice fait leur lit. Les impures caresses Attisent leur luxure aux exploits clandestins.
Après l'orgie ils vont aux glorieux destins.
Or, une ville a plus d * honneur que vingt maîtresses .- La prendre est moins aisé que dénouer des tresses Au fond des lupanars oit trônent les catins.
Ils peuvent se jouer de la vertu des femmes,
— La vertu, nom sacré qu'ils souillent, ces infâmes! —
Mais Ardèe est debout et Rome ri attend pas !
Vous pouvez outrager nos Lucrèces tremblantes r
O monstres ! mais Brut us, de ses haines sanglantes,
Jusque dans le néant vous suivra pas à pas !
T Libertas. 71 T
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TOUT dort!... Tout, hors le crime, étrange sentinelle Qui rôde et va plongeant sa sinistre prunelle Dans les rêves fleuris des sommeils innocents. Vierges, dormez ! dormez, épouses des absents !
Dormes encorl L'azur est doux, la nuit est belle; Diane gardera votre couche fidèle.
— Ahl tu mens, lâche Eros, et les dieux impuissants Ne la sauveront pas de la rage des sens !
Voici Sexius V impur, bête à la face humaine : Lève-toi pour la honte, éveille-toi, Romaine ! Ouvre à ce mendiant, sainte Hospitalité !
Mais tu ne connais pas, ô femme, ce satyre !
Car le couteau fatal qui fera ton martyre, De ton poing bondirait en son cœur dilaté !
Libertas.
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T es augures ont vu, signes mystérieux, J Des nuages ardents chevaucher par les deux. Reines traînant leur pourpre en de noires vallées. Chars royaux s' écroulant dans la nuit des mêlées,
Flèches de feu fendant les airs silencieux, Centaures éperdus harcelés par les Dieux, Titans fuyant la foudre aux plaines ètoilées, Gorgones secouant des vipères ailées :
L'orage leur fait voir un vaste enfer sanglant,
Et Tarquin a pâli sur son trône tremblant !
Des signes, justes Dieux ! Les clameurs des esclaves,
Les cris des opprimés, de la plèbe sans pain, Quels signes ! Et Brutus, le grand fou surhumain, A-t-il besoin du ciel pour briser leurs entraves ?
Libertas. 73 J
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TITK-Live devait nous faire le portrait De ce prince brutal, lubrique, atroce, immonde. Une eau-forte rendant sa face trait pour trait, Horrible à faire peur aux tyrans du vieux monde.
Il hurle, ce brigand, et son glaive en arrêt, Menaçant , étincelle en sa main furibonde, O victime, à F autel! Corps superbe, es-tu prêt? Tremble et râle £ effroi, chaste femme inféconde !
Lucrèce vient de voir tout à coup sur le seuil Son père et son époux. Pâlie, épouvantée, Découvrant sa poitrine et son beau torse en deuil,
Elle y plante une lame et rugit, indomptée :
« Mon âme est pure, mais la honte est dans mon sein.
Un monstre est étouffé : périsse V assassin 1 »
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Libertas.
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p'EST affreux, un grand sein de neige ensanglanté, J Et le baiser de mort au front de la beauté /. Cesi sublime, V effort du suprême sourire Et du dernier regard à l'heure du martyre.
Mais sur la tombe en fleurs de la virginité, Grandit l'enfant divin qu'on nomme Liberté.
La délivrance naît du deuil et du délire :
Rome brise ses fers quand la victime expire.
Les matrones ont vu sous les langes mouvants Ton corps blanc où la plaie est béante, ô Lucrèce ! Et, songeant aux beaux fils d'Ionie et de Grèce,
Elles vont d'un lait fort allaiter leurs enfants, Vertueuses, sachant qu'au bout de leur mamelle La liberté va boire une sève éternelle.
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