‹ Le clavier d'or: sonnetsChapitre 9 sur 23 · SONNET DU SEIZE MAI · texte numérisé non relu

SONNET DU SEIZE MAI

r* E maître est presque un ser/ t ce père est en tutelle. J A ce noble semeur on mesure le pain ; Ce nourrisseur d'esprits a pour hôte la faim. L'allumeur de flambeaux n'a pas une chandelle.

Il a le haut devait d'être en tout un modèle, Mais un homme , non pas ! Sa part est le bambin. Bruit, poussière, air impur, voilà son lot enfin. On lui permet encor d'être un bedeau fidèle,

Et d'enseigner qu'un roi n'est jamais un tyran, Qu'un jésuite est un saint et que le monde est g%and! Il a pour droit celui de la supercherie !

L'homme qui, dans nos jours d'énervantes langueurs, Donne une âme aux soldats, un courage aux vengeurs, Est puni à? être libre et d 'aimer la Patrie !

Le Carquois.

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T E corps est souple et prend la forme étudiée : J Des pieds jusqu'à la tête il se plie à merci. L'âme, doublure lâche, est façonnable aussi, Et, plus que la chair jeune, est molle et déliée.

La noble gymnastique, avec art enseignée, Montre aux yeux étonnés plus d'un tour réussi : La vieille rhétorique, au langage choisi, Traite la conscience en fille résignée.

Vous êtes saltimbanque : on sera comédien ;

Vous grimpes sur un mât : on corrompt le gardien ;

Vous inventes des jeux : on vole une épopée.

Tu disloques tes reins : il parjure sa foi ; Tu brises tes jarrets : il viole la loi ; Fais le saut périlleux : il rendra son épée !

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Le Carquois.

II UGUENOT dAubignè, grand de 'cœur, fort d'èpée, ) Ardent de foi, bouillant cC audace, beau £ orgueil, Toi qu'effrayait la honte et non pas le cercueil ', Héroïque soldat d'une sombre épopée,

Ne tressaillis-tu pas dans ta tombe fermée, Quand la ville des preux, oublieuse du deuil, Devant le « reistre noir » qui profanait son seuil, Ensanglanta F honneur de notre pauvre armée ?

Ne vis-tu pas alors, pendant ces jours d'horreur, Ceux qui « léchaient les pieds » vils d'un lâche empereur, Egorger t fils d? enfer, les enfants de leur mère ?

O vieux livre vengeur, vers sublime et brutal, Reviens, pour terrasser le crime en son repaire, Joindre le feu de Dante au fer de Juvènal !

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Le Carquois 103

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P justice, justice ! ô toi que Von profane Dans le noir carrefour des intérêts fiévreux ; Toi qui cours les tripots des acheteurs véreux Et vends ton déshonneur comme une courtisane,

Ta duplicité lâche et froide se pavane,

Ta voix est hypocrite et tes regards terreux,

Tes discours sont du vent et tes grands mots sont creux :

Tu souilles gravement ta robe diaphane !

Oh ! combien d'affamés, de martyrs fiers et beaux, De prisonniers meurtris couchés dans les tombeaux, Attendent fans leur nuit l'antique vengeresse

A qui ton masque vil vole un visage pur !

Bt c'est pourquoi, dans l'ombre où mon âme se dresse,

Je suis sûr d'un enfer autant que de l'azur.

Le Carquois.

/E reviens dans ta forge, ô vieux maître Régnier, Fourbir et retremper F arme de ma satire !

Tant que la vérité sainte sera martyre, Et tant que l'injustice aura loi de régner ;

Tant que les grands voleurs garderont leur métier ; Tant que nous tomberons de monarque en empire, De licence en bandit, de vautour en vampire ; Tant que sera le peuple éponge et marchepied ;

Que le vice doré prêchera la morale ;

Tant qu'or et cotillons rendront lâche et vénale

L'âme du juge ou bien l'honneur du magistrat ■*

Il faudra qu'acéré pour Vincessante escrime, Ce fer, ce fer brûlant, redouté du forçat, Aille jusqu'à Végout trouver le cœur du crime !

Le Carquois. 105

Il * quarante an*

1UT AiNTENANf *7 *s/ chauve et ternes sont ses yeux. J Sa figure est ridée et sa lèvre se plisse.

Il ne sait plus sourire, et, pour peu qu'il agisse, Son corps ruiné prend les tics qu'on voit aux vieux.

Or, il a quarante ans. Ses galons glorieux Ont été bravement conquis, sans artifice, Dans les boudoirs salis par l'écume du vice : L'alcool et l'orgie ont façonné ce preux.

Ce Love la ce dit : « C'est un pauvre stupide ! » Si quelque jeune cœur, four la première fois, Bai aux mots de l'amour et veut croire à sa voix.

Si quelque jeune cœur, plein d'un sang intrépide,

Bondit à tes accents, ô sainte liberté,

Ce don Juan répondra : « C'est un pauvre exalté ! »

T ioô Le Carquois.

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Tls sont pachas, ils sont sultans, ces parvenus! ) Le Grand Turc va passer : veuilles plier V échine. Voici le mandarin et nous sommes en Chine :

Au palanquin doré tous les honneurs sont dus.

— Quel est ce gueux sans gêne, aux faux airs ingénus, Nous montrant par défi son dédain sur sa mine,

Et qui pour nous railler à nos côtés chemine ? Sait-il qu'un coffre-fort contient bien des vertus ?

— Je le sais, ô pachas, ô mandarins sans gêne I Oui, nous sommes des chiens menés de laisse en chaîne; Oui, le limon grossier dont nous sommes pétris

N'est pas la noble boue où votre orgueil se traîne : Mais je puis vous donner dans les vers que f écris Le soufflet du silence et le fouet du mépris.

Le Carquois. 107

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T^CLATANT et vengeur, l'ïambe de Barbier, ) Embouchant ton clairon, ô muse des colères, Jette sa voix d'airain dans les bruits populaires, Et monte en la bataille avec un geste altier.

Et c'est toi, le César couronné de laurier ; Cest vous, tous les tyrans avec tous vos sicaires ; C'est vous, les rois maudits, faiseurs de grandes guerres ; C'est vous, les pourvoyeurs sinistres du charnier ;

Et à est toi, la licence avec tes saturnales ; Toi t la débauche avec tes danses infernales ; Toi, l'anarchie avec ton cortège sartglanl :

C'est vous, crimes, viols, bassesses, boucheries, Que ce vers implacable, ainsi qu'un fouet brûlant, Poursuit jusques aux bras frémissants des Furies i

Le Carquois.

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fLACE ! TOKft fes chiens ! Encore, encor des places ! Voici les affamés qu'un chaud fumet de sang Rue en meute féroce autour d'un corps gisant. Mâchoires des repus, n'êtes- vous jamais lasses ?

Les cadavres par vous sont changés en carcasses. Depuis le toutou sale et le barbet puant, Jusqu'au lévrier sec, cagneux et défiant, Jusqu'au dogue engraissé, plein d'appétits voraces :

Tous, plantés sur la bête, ils déchirent ses flancs,

Se disputent entre eux ses membres pantelants

Et s'étranglent parfois pour un lambeau d'entrailles.

La gueule du plus fort a des crocs allongés,

Ses griffes ont V aspect atroce des tenailles,

— Et les petits mangeurs tremblent à? être mangés !

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