‹ Le clef des grands mystèresChapitre 114 sur 123 · LE PURGATOIRE DE SAINT-PATRICE · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE DE SAINT-PATRICE

la caverne, qui a toujours été découverte et exposée aux yeiLX depuis ce temps-iù. Voici ce qu'en ditlieverell :

«Comme la légende de saint Patrice, telle qu'on la lit dans notre manuscrit, paraîtrait sans doute ennuyeuse et trop longue dans un siècle aussi impatient que le notre, j ai préféré donner ici un extrait des Acta sanctorum ; on y trouvera Fessentiel du récit de la légende, et de plus quelques détails sur les cérémonies qui se pratiquaient parmi les pénitents, avant d'entrer dans la caverne merveilleuse, qu'on ne trouve |)as dans Jiotre légende. Voici donc la substance de ce qu'on lit dans les Acla sanctorum j sous le 18 mars.

» Dans la province d'Clton, (*n Irlande, est un petit lac nommé liffer ou Derg, qui entoure une petite île, dans laquelle se trouve placé le purgatoire oucavcnié de Saint- Patrice, à qui Dieu révéla cet endroit, avec le pouvoir d'y montrer aux incrédules, (ju'il voulait convertir, le sjKîctacle des peines de l'autre vie qui était suivi de la rémission des péchés pour tous ceux qui seraient entrés dans la caverne de Saint-Patrice avec un cœur vraiment pénitent. La vertu de ce saint lieu se conserva depuis le temps de saint I^itrice, (|uoi(iue tous ceux qui entraient dans cette caverne ne s'en soient pas tirés également. Vers Tannée 1153, il arriva, au ra[)j>oit de .Matluîus Westmonasteriensis, historien anglais, et d'un religieux, nommé Uenricus Salteri<'nsis Monachus, qu'mi chevalier, nojnmé Ojuis, entra dans celte <'averneoiiil vit <les choses merveilleuses, que le religi(Hix assmi» lui avoir oui raconter. Cette dernicrt^ hisloin» (engagea i(s chanoines réguliei*s de Saint-Augustin, nouvellement établis en An-

tiS^ DÉLICES DE Là CltANDB-BRETAfilffi.

gleterre, et de là transplantes en Irlande par la conquête des Anglais, à s'établir dans le couvent, qui existait déjà avant eux dans la petite île du lac Derg. Le chevalier Œnus, animé d'un saint zèle, se soumit aux cérémonies qu'on exigeait du pénitent avant d*entrer dans la caverne sainte. D'abord il fallait se présenter à Tévêque pour en obtenir la permission. Le prélat cherchait d'abord à détourner le suppliant de son dessein et lui représentait les dangers de Tentreprise, et combien de gens, qui étaient ejitrés dans la caverne, n'en étaient jamais revenus. Quand le pénitent persévérait, l'évêque l'envoyait au prieur du couvent, qui renouvelait les mêmes remontrances. Quand rien ne l'effrayait, on le menait à réglise, où il passait quinze jours dans les jeûnes et les prières. Ensuite le prieur lui administrait le sacrement de reucharistie et l'eau bénite, et le conduisait en procession de religieux qui chantaient des litanies jusqu'à la porte de la caverne. Là, il renouvelait la remontrance, et, quand le pénitent insistait dans l'entreprise, il recevait la bénédiction de tous les religieux ; et après s'être recommandé à leurs prières et s'être signé, il entrait dans la caverne. L(î prieur en fermait la porte après lui et retournait en procession au couvent. Le lendemain, à la même heure, la procession retournait, on ouvrait la porte, et, ([uand le pénitent se retrouvait, on le reconduisait à r('*glise, où il passait quinze autres jours en jeûnes et oraisons ; mais quand le pénitent ne se retrouvait pas le second jour à la porte de la caverne, alors on le jugcîut perdu et on refermait. »

I/évêque d'Offory, David Roth, qui a écrit un traité

Lfc PunCATOmiî DK iiAlNTPATftlCfi. &8S

(lu même purgatoii*c de Saint-Patrice, dcM.Tit dans un plus grand détail toutes les cérémonies usitées dans ce dangereux voyage, qu1l dit tenir d'un religieux digne de foi de ce couvent. Il observe que les lecteurs chrétiens ne doivent rien trouver d étrange dans ces rits sacrés qui sont, dit*il, conformes aux austérités pratiquées dans la primitive Église. Le pénitent se ti^nsporte dans un bateau construit d'un seul tronc d'arbre dans Tile du Purgatoire, qui est située au milieu d'une eau stagnante ou d'un lac ; à deux ou trois cents pas environ de laquelle ou voit une autre petite ile où est le monastère des chanoines réguliers de Saint-Augustin; le pénitent passe neuf jours dans l'île du Purgatoire, durant lesquels il ne se nourrit que de pain sans sel, cuit exprès pour cet usage, pétri avec Teau du lac; cette eau lui sert de boisson; il ne doit prendre qu'un repas par jour; mais il peut bien éteindre sa soif de temps en temps. Les eaux du lac ont la propriété singulière de ne jamais surcharger l'estomac, quelcjue quantité qu on en boive. Le [>èlerin doit faire trois fois par jour le tour du lieu saint et passer la nuit couché sur la paille sans autre couverture qu'un seul manteau. Avant de fain* ces diverses stations, il se présente au père spirituel, prépose pour cet elTet par les chanoines réguliers. Après s'ctre déchaussé, il entre pieds nus dans Tcglistî de Saint-Patrice, et a|)rès y avoir prononcée ses oraisons, il fait sept tours dans l'intérieur du temple et sept tours en dehors sur le ijmetière. 11 se rend ensuite aux cellules «pron nonune pénitentielles, qui entourent réalise, et en fait sc[>t fois le tour en dehors |)ieds nus, et sept fois en dedans sur les

A8& HÉIJCES DE LA GBA5DE*nCTA4;5E.

genoux* Ensuite il fait sept fois le tour de la croix placée Kur le cimetière^ et autant de fois celui d'une autre erax lilaiM^e sur un tas de pierres. Après toutes ces processions fatigantes, sur un terrain rempli de pierres et de roc, il va baigner la plante de ses pieds dans Teau du lac en les appuyant sur une table de marbre, où Ton dit que saint Patrice se tenait autrefois quand il récitait ses prières, et sur lfl(|iiell(*' on pi*étend qu'on voit les vestiges des pieds du snint imprimés. Le pèlerin récite dans cette attitude roruison Dominicuile, la Salutation Angélique et le Symbole A|K)Ktoli(|iie, après quoi il sent ses pieds soulagés; il répète sept jours de suite ces cérémonies. Le huitième jour il redouble toutes les processions, parée qu'il floit se reposer le neuvième, (jui est celui de rentrée dans la caverne. Mais avant (ju'il entreprenne ce pas dangereux, le père spirituel lui fuit les représentations les plus vives sur h»s |)érils (pi'il va courir et lui raconte des exemples ellmyaiits de quantité de pèlerins qui y ont péri avant lui. Loi^squ'il pemste courageusement, le père spirituel le pré|miv par la conlession et le sacTcment de l'eucharistii* contre les puissances des ténèbres et les attaques du tiémon. Apivs ipi'il a re^u Tabsolution, le ihtc spirituel tenant Tétcndanl de la croix, le (»onduit à lentriH? de la tuwerue, où après avoir fait une renonciation siiicèiv et pénitente à toutes ses habitudes pécheresses et avoir pnnuis à Dieu une vie siiinte et religieuse, on TasjHM'ge deau bénite; il prend congé des assistants comme s'il allait ipiitter ce monde, et, accompagné de leurs prièiYs, vei^iant lui-même un torrent de larmes, il cnin* dans la caverne et Ton ferme la porte apivs lui; ensuile

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la procession funèbre s'en relonrnc. La caverne a la fiRure d'une jielite maison de pierre; rentrée en est si basse qu'un homme de taille ordinaice n*y peut entrer qu'en se baissant. L'intérieur ne contient précisément que l'espace qu'un homme couché est capable de remplir; au fond se trouve une grosse pierre qui couvre l'entrée du gouffre, que Dieu ouvre au pénitent, et dans lequel il voit le spectacle terrible des peines de l'autre vie. Après que le pèlerin a resté l'espace de vingt-quatre heures dans cette demeure eflrayantc sans avoir pris aucune nourriture, excepté quelque peu d'eau, le père spirituel revient à l'entrée et le reconduit aux eaux du lac, où il se baigne tout nu, et après s'être ainsi lavé et purgé, comme devant être un nouveau soldat du Christ, on le reconduit à l'église, où il rend grâces à Dieu de l'avoir conduit dans ce dangereux pèlerinage et fait va*u de porter la croix du Sauveur le reste de ses jours. Voilà le détail que fait l'évèque d'Offorj', qui ajoute que de son tem|)s encore la garde de ce saint lieu était confiée aux chanoines réguliers. Nous ne savons pas précisément en quelle temps elle a passé aux frères mineurs^ de Saint- François.

Le détail du spectacle que voyait le pèlerin[[dans la sainte caverne et qtfon trouve dans notre manuscrit, est effroyable. Imaginez-vous tout ce qu'un cerveau échauffé ou malade peut songer de phis* terrible :

Non mihi si lingua centum sint oraque centum, Ferrea vox, omnes comprendere formas Omnia posnaruni pcrcurrerc nomina possim.

&86 DÉLIGES DE LA GRANDE -BHETAGME.

. Les fleuves des enfers n'y sont pas oubliés; le pèlerin parvient enfin aux dcnteures célestes et voit aussi les joies des bienheureux. Est-il besoin après cela de répéter combien ceci ressemble aux Mystères de Cères et au sixième livre de VÉnéide! Pour satisfaire cependant la curiosité de quelques lecteurs, je vais joindre un fragment de mi légende.

EXTRAIT DU PURGATOIRE DE SAINT-PATRICE, TEL QU 0!f Ll LIT DANS LE MANUSCRIT 208 DE LA BIBLIOTHÈQUE DE BERNE.

[/auteur anonyme, après avoir fait Thistoire de la révélation de saint Patrice, telle qu'on vient de la lire, et de rétablissement des chanoines réguliers dans Tile Derg, vient au récit du pèlerinage et de la descente que fit le chevalier OEnus, qu'il appelle Élans. Voici donc une partie de sa vision :

« Ors de celle maison fut mené le chevalier des deables en une montaigne qui cstoit plaine de gens de divers aages et lui feu advis que tout ce qu'il avoit veu par avant si nestoit que ung peu de chose au regard de celle vision, car celle geiit la devant se seoient tous sur les dois de leurs pies, et si regardaient vers galerne et sem-

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