‹ Le clef des grands mystèresChapitre 54 sur 123 · LA PUISSANCE DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE DE LA PAROLE

Ost le verbe qui crée les formes, et les formes i leur tour réagissent sur le verbe pour le modifier et le finir.

Toute parole de vérité est le commencement d un acte de justice.

On demande si Thomme peut être quelquefois nécessairement poiissé au mal. Oui, lorsqu'il a le jugement faiix cl par conséquent le verbe injuste.

Mais on est responsable d'un jugement faux comme d'une mauvaise action.

Ce qui fausse le jugement, ce sont les vanités injustes de régoïsmc.

Le verbe injuste, ne pouvant se réaliser par la création, se réalise par la destruction. 11 faut qu'il tue ou (pi'il meure.

S'il [)ouvait rester sans action, ce serait le plusgraDd de tous les d(\sordrcs, un blasphème durable contre h vérité.

Tcll(î est cette i^arole oiseuse dont le Christ a dit qu'on I rendra compte au jiïgement universel. Une parole Je plaisanterie, une niaiserie qui récrée et qui fait rire, u'esi pas une parole oiseuse.

Là PasSAMCE DE LA PAftOLE. 259

La beauté de la parole est une splendeur de vérité. Une parole vraie est toujours belle, une belle pan^le est toujours vraie.

C'est |K)ur cela que les œuvres d'art sont toujours Raiiites quand elles sont belles.

Que nrin)|>orte qu'Anaeréon chante Batylle. si, dans ses vers, j'entends les notes de cette divine harmonie (|ui est rhymne éternel de la heîuité? La |K)ésie est pure comme le soleil : elle étend son voile de lumière sur les erreurs de rhumanité. Malheur a qui voudrait soulever le voile |>our a|>ercevoir des laideurs !

I-e concile de Trente a dit qu'il est permis aux |)crsoniies sages et prudentes de lire les livres des anciens, même obscènes, à cause de la beauté de la forme.

Une statue de Néron ou d'Hélioe:abale faite comme les chefs-d 'œuvre de Phidias, ne senil-ellc pas une œuvre absolument belle et absolument bonne? et celui-là ne mériterait-il |)as les huées du monde entier (pii voudrai! qu'on la brisât parce qu'elle représenterait un monstre?

I^s statues sc^andaleuses, ce sont les statues mal taites; et la Vénus de Milo serait profanée si on la plaçait à côté des Vierges ({u'on ose exposer dans certainis églises.

On appn^nd le mal dans des livres de morale sottement écrits, bien |ilus (|ue dans les poésies deCatulle ou dans les ingénieuses allcf^ories «r Apulée.

11 n'y a de mauvais livres <|ue l(»s livres m;d pensés ou mal faits.

Tout verbe de beauté est un vciIm» de vériié. (i'i^st une lumière formulée en parole.

Mais à la plus brillante lumière, pour se pnxluirc el

se rendre visible, il faut une ombre ; et la parole créatrice, pour devenir efficace, a besoin de contradicteurs. Il faut qu'elle subisse Tépreuve de la négation, du sarcasme, puis celle bien plus cruelle encore de rindiflerence et de Toubli. « Il faut, disait le Maître, que le grain tombé dans la terre pourrisse pour germer. »

Le verbe qui affirme et la parole qui nie doivent se marier ensemble, et de leur union naîtra la vérité pratique, la parole réelle et progressive. C'est la nécessité qui doit contraindre les travailleurs à choisir pour pieriv angulaire celle qu'on avait d'abord méconnue et rejetée. Que la (îontradiclion ne décourage donc jamais les hommes d'iniliativo. 11 faut une terre à la charrue, et la terre résiste parce qu'elle travaille. Elle se défend comme toutes les vierges, elle conçoit cl enfimte lentement comme toutes les mûres. Vous donc qui voulez semer une plante nouvell(» dans le c^hamp de l'intelligence, comprenez et respectez les résistances pudibondes de l'expérience bornée et do la tardive raison.

Lorsqu'une parole nouvelle vient au monde, il lui faut i des liens et dos langes; c'est le génie qui la enfantée, i mais c'est à l'expérience de la nourrir. Xe craignez pas qu'on la délaisse et ({u'elle meure; l'oubli est [XHirelle \m re|)os lavorablo, ot les contradictions hii sont une culture. Lorsqu'il!! soleil éolot dans l'espace, il ci*ée ou atlirf d<*s inoiules. Lue seule étincelle de lumièro lîxe proniel à Tospaco un U!!ivoi's.

Toute la inagio est dans un mot, et ce mot, pronoocé kabbalisti(|uoii!ont, est plus fort que toutes les puissances du ciel, de la terre et de l'enfer. Avec le nom de Jûi h

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