CHAPITRE PREMIER
DE LA TRANSFORMATION. — LA BAGUETTE DE CIRCÉ. — LE BAIN DE MÉDÉE. — LA MAGIE VAINCUE PAR SES PROPRES ARMES. — LE GRAND ARCANE DES JÉSUITES ET LE SECRET DE LEUR PUISSANCE.
La Bible raconte que le roi Nabuehodoiiosor, au plus haut point de sa puissance et de son orgueil, fut tout à coup [changé en l)ete.
Il s'enfuit dans les endroits sauvages, se mit à brouter rheri)e, laissa croitre s;i barbe, ses cheveux et tout le poil Je son corps, ainsi que ses ongles, et demeura en cet élat pendant sept ans.
Dans notre Dogme et rituel de la haute magie, nous ivons dit ce que nous pensons des mystèi^es de la lycan- Ihropie, ou de la mélamorphose des hommes en loupsgaroux.
Tout le monde connaît la fable de CMvé et en compremi rallégorie.
Vascendant fatal d'une personne sur une autre est la véritable baguette de Circé.
On sait que presque toutes les physionomies humaines portent quelque ressemblance d'un animal, c'est-ù-dire b signature d'un instinct spécialisé.
Or, les instincts sont balancés par les instincts contraires et dominés par des instincts plus forts.
Pour dominer les moutons^ le chien exploite la peur du loup.
Si vous êtes chien^ et si vous Voille» (^u*uhe jolie petite chatte vous aime, vous n'avez qu'un moyen à prendre: c'est de vous métamorphoser en chat.
Mais comment? t*ar l'observation, l'imitation et l'imagination. Nous pensons qu'on entend ici notre langage figuré, et nous recommandons cette révélation à tous les magnétistes ; c'est là le plus profond de tous les secrets de leur art.
En voici la formule en termes techniques :
n Polariser sa prttpre lumière animale^ enahtaganiim équilibré avec un pôle contraire. «
Ou bien :
Concentrer en soi les spécialités absorbantes pour diriger les rayonnantes vers un foyer absorbant ; et vi» versa.
Ce gouvernement de notre polarisation magnétique peut se faire à l'aide des formes animales dont nous iTOBB parlé, et qui serviront à lixer Timagination.
Donnons un exemple :
Vous' voulez agir magnétiquement sur une persofioe polarisée comme vous, ce que vous pourrez saToir m premier contact, si vous êtes magnétiseur ; teulenioit, elle est un {)eu moins forlç que vous : c'est une souril, vous êtes un rat. Faites-vous chat^ et vous la prendrez.
Dans un des admirables contes qu'il n'a pas inveolÀi mais qu'il a racontés mieux que personne, Penraull met
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en scène un maître chat qui* par ses ruses, engage un ogre à se métamorphoser en souris ; et la chose n*est pas phitôt fait(^, que la souris est croquée par le chat. Les contes (le la mère FOie seraient-ils , comme TAne d'or d*Apulœ, (le véritahles légendes magiques, et cacheraient-ils, sons dos apparences puériles, les formidables secrets de la science î
On sait <pie les magnétiseurs doiment à Teau pure, par la seule imposition des mains, c'est-n-dire de leur volonté expriuiée par un signe, les propriétés et la saveur du vin, des licfueurs et de tous les médicaments possibles.
On sait aussi que les dompteui^ d'animaux féroces subjuguent les lions en se faisant eu\-m(Mnes mentalement et niagnétiquement plus forts et plus larouches que les lions.
Jules Gérard, Tintrépidc lueur des lions d'Afrique, serait dévoré s'il avait pour. Mais, [K)ur n'avoir pas peur d'un lion, il faut, par un elTort (rimagination et de volonté, se faire plus fort et plus Siuivage (|ue cet animal lui-même; il faut se dire : (]'est moi ((ui suis le lion, et relie béte devant moi n'est qu'un chien qui doit avoir [jcur.
Fourier avait iTvé les antilions; Jul«»s (îéranl a réalisé cette chimère du rêveur |»halanslorion.
Mais i>our ne pas craindre los lions, il suffit d'otre un homme do cœwv et d'avoir dos armes, dirn-t-on.
— Non, (*ela no suflit pas. Il faut savoir son lion par cinu\ pour ainsi dire, oalouh'r li's élans do lanimal, deviner ses rus(»s, dgouer sos grillos, prévoir S4^s uioum»-
ments, être en un mot passé maître au métier de lion, comme dirait le bon Lafontaine.
Les animaux sont les symboles vivants des instincts et des passions des hommes. Si vous rendez un homme craintif, vous le changez en lièvre; si, au contraire, vous le poussez à la férocité, vous en faites un tigre.
La baguette de Circé, c'est la puissance fascinatrice de la femme; et les compagnons dXlysse changés en pourceaux ne sont pas une histoire uniquement de cp temps-là. ^
Mais aucune métamorphose ne s'opère sans destruction. Pour changer un épervier en colombe, il faut le tuer d'abord, puis le couper en morceaux, de manière i détruire jusqu'au moindre vestige de sa première forme, puis le faire bouillir dans le bain magique de Médée.
Voyez (comment les hiérophantes modernes procèdent pour accomplir la régénération humaine; comment, par exemple, on s y prend dans la religion catholique pour changer en un stoïque missionnaire de la compagnie de Jésus un homme plus ou moins faible et passionné.
Là est le grand secret de cet ordre vénérable et terrible, toujours méconnu, souvent calomnié et toujours souverain.
Lisez attentivement le livre intitulé les Exercices à saint Ignace, et voyez avec quelle magique puissance cet homme de génie opère la réalisation de la foi.
Il ordonne à ses disciples de voir, de toucher, d'odorer, de goûter les choses invisibles ; il veut que les sens soient exaltés dans l'oraison jusqu'à rhallucination vcdontaire. Vous méditez sur un mystère de la foi, saint Ignace ^
COMMENT ON PRIfr CONSERVER LA JEUNESSE, ETC. 399
:emps pour tout le monde un homme de trcntc-ointi ans. Son acte de naissance dirait antre chose, s'il osait s<!! montrer ; mais personne ne le croirait.
Capliostro a toujours été vu au même âge, et prétendait jmsséder non-seulement un élixir cpii rendait aux vieillanls, pour un instant, toute la vigueur de la jeunesse, mais il se flattait aussi d'opérer la régénération physique par des moyens que nous avons détaillés et analysés dans notre Histoire de la mayie,
Cagliostro et le (*omte de Saint-(iermaiii attribuaient la conservation de leur jeuness<î à rexistenceet à Tusagede la m<HJecine universelle, cherchée inutilement par tant dé souffleurs et d'alchimistes.
Un initié du xvf siècle, le bon et savant Guillaume Posicl, ne prétendait pas posséder le grand arcane de la philosophie hermétique ; et |)Ourtant, apri»s avoir été vu vieux et cassé, on le revit avec un teint vermeil et sans rides, une barbe et des c»heveux noirs, un (»or|>s agile et vigoureux. Ses emiemis prétendirent (pi'il se fanlait et qu'il se teignait les cheveux ; cmr il faut bien aux moqueurs et aux faux savants une ex|)licalion quelconque des phénomènes qu'ils ne comprennent |)as.
Le grand moyen magique pour conserver la jeunesse du corps i c'est d*empêcher l'âme de vieillir en lui con- Bervant prét^ieiisement cette fraîcheur originelle de sentiments et de pensées que le monde corrompu nomme des illusions^ et que nous appellerons les mirages primitifs de la vérité éternelle.
Croire au bonheur sur la terre, croire à Tamitié, croire i l'i h fSWf^ k JU^ Providence malernelle qui compte