V. Herbert, massier
Louis Chesnel, porte-verge.
Silard, sonneur de cloches.
Pinel, Gouin, Daumer, Tinténiac, enfants de chœur.
Sillard et Amice, choristes.
9 octobre 1191. — [Fête de la proclamation de la Constitution. Te Deurn chanté dans l'église ci-devant cathédrale entonné par M. le curé de Dol et chanté par le clergé et les citoyens.]
13 octobre 1791. — A été remontré par M. le procureur de la commune que les sieurs Jouey, Mancel et Dupuy. obitiers de cette paroisse, n'assistent plus à l'office paroissial, et affectent surtout de se retirer de l'église au moment où l'on sonne la grande messe pour détourner le peuple d'y assister ; cependant, comme obitiers de cette paroisse, les devoirs des sieurs Mancel et Dupuy est de faire diacre et sous-diacre et le sieur Jouey de porter la chappe.
Le but des obitiers de cette paroisse est de persuader le peuple qu'ils ne peuvent assister à la grand'messe parce qu'elle est célébrée par le curé constitutionnel.
Nous les laisserons libres dans leur opinion, qui n'est qu'une formalité; mais il est de notre devoir de montrer que des hommes qui se rendent aussi criminels en se coalisant pour égarer le peuple, de remontrer combien il est instant de faire cesser ce scandale : d'après ces considérations, je requiers que les revenus de l'obiterie soient arrêtés aux mains du receveur, à compter depuis trois semaines jusqu'à ce jour qu'ils ont cessé de faire le service, ou, si vous aimez mieux, depuis le dimanche 9 octobre où les trois obitiers ont déclaré au général assemblé qu'ils n'assisteraient plus au service de la paroisse parce qu'ils ont une opinion différente de celle du curé constitutionnel; ils ont refusé de signer la délibération qui fait mention de leur refus. On sait que cette opinion est contraire au serment exigé par la loi pour tous les fonctionnaires publics.
Vous sentez sans doute qu'il serait souverainement injuste de continuer à payer des prêtres qui refusent de remplir les fonctions attachées à leur état d'obitier ; que lesdits obitiers doivent être déchus, attendu que l'art. 24 du titre 1er du décret du 24 août 1790 sur la constitution du clergé a supprimé toutes les places qui étaient à titre perpétuel :
D'appliquer au profit des sieurs Miette et Vadet les revenus de l'obiterie [restés libres] par le décès de Delespine Chanteloup, laquelle obiterie ne peut être remplacée conformément aux art. 24, M. le curé se chargeant d'acquitter ou faire acquitter les messes. Que la majorité du général s'étant com-
portée en fanatiques furieux au point qu'un de ses membres a porté le poing sous le menton du curé constitutionnel en l'insultant gravement, qu'un pareil général soit dissout, et [déclaré] incapable et même incompétent de continuer les fonctions qui lui étaient jadis commises; que les fonctions dont il se croit encore chargé soient commises au corps municipal où seront invités d'assister les deux trésoriers en charge et le curé constitutionnel.
Demande le procureur de la commune que sa remontrance ainsi que son réquisitoire soient inscrits sur le registre des délibérations de la municipalité, qu'une copie en soit communiquée à MM. les administrateurs du directoire du district pour avoir leur avis, et même les prier d'obtenir du département un arrêté sur les objets ci-dessus s'ils le jugent bon.
Rêver d'Hermont, procureur de la commune.
lk octobre 1191. — [Les volontaires nationaux arrivés sont logés dans la maison de la retraite dont Mme la supérieure a remis les clefs à la municipalité.]
11 octobre. — [Déclaration des membres de la Société des Amis de la Constitution, établie en la ville de Dol et dont font partie les ecclésiastiques suivants : P. -F. Guillot, curé de Dol, secrétaire; L. Lesénéchal, curé du Mont-Dol ; Penaut, curé; Hamon, curé de Saint-Brolade.]
« Les membres des Amis delà Constitution soussignés, pour obéir à l'art. 14 du titre Ier du décret de l'Assemblée nationale du 5 juillet dernier, concernant la police municipale, déclarent à MM. le maire et officiers municipaux de la ville qu'ils tiennent leurs assemblées ordinaires dans l'un des appartements de la maison occupée par l'administration du district, le jeudi de chaque semaine ; qu outre cela chacun d'eux s'y rend tous les jours, si bon lui semble, pour y lire les papiersnouvelles et que la société y tient des séances extraordinaires quand les circonstances paraissent l'exiger.
Fait à Dol le 1er juillet 1791.
Suivent quarante signatures.
21 octobre. — L'assemblée, désirant nommer un principal et des régents pour le collège de Dol, a chargé M. le maire décrire à MM. Daron et Egault, curé et vicaire de la paroisse de Saints, pour leur demander s'ils voudraient accepter une place de principal ou de régent dans le cas où la municipalité se porterait à les nommer à une des susdites places, et les prie de faire réponse le même jour si c'est possible, attendu qu'il est on ne peut plus instant de mettre le collège en activité.
Sur la représentation du procureur de la commune qu'il n'est pas possible de différer davantage la nomination des régents, attendu que les écoliers sont sur le point de faire leur rentrée; le conseil général, en procédant sur-le-champ à l'élection de quelques régents, a nommé M. Vadet professeur de huitième, M. Sénéchal fils professeur de sixième et de septième, M. Stévan professeur de cinquième et de quatrième, et M. Boison professeur de troisième et seconde, et a réservé la nomination d'un professeur de rhétorique, d'un professeur de philosophie et d'un principal.
[Le sieur Vadet remercie et n'accepte pas la place de régent.]
Rétractation de M. Guillot l.
Ce fut une chose bien triste à voir, bien tragique surtout que le spectacle de sa rétractation : il la fit publiquement, l'évêque l'avait ainsi voulu. La scène eut lieu sous le portique de la cathédrale de Dol le jour de la fête de Saint-Etienne. Debout au milieu d'une foule compacte qui l'entourait, Guillot, vêtu d'une aube blanche, fit hautement sa rétractation. Alors il étendit les bras, il tourna ses yeux mouillés de larmes vers le ciel, il s'agenouilla et il pria. Il demanda pardon et à Dieu qui le voyait du haut du ciel et aux hommes qu'il avait scandalisé, ensuite il invoqua saint Etienne. Sa foi sublime, sa douce physionomie qui contrastait si bien avec l'idée du crime, tout en lui émou-
1. Papiers de Toussaint Gautier, possédés par son frère. M* Gautier, à Gondé-sur-Noireau.
vait les cœurs. Noble jeune homme, il avait commis une faute dans un moment d'exaltation et il venait humblement, à la face de tous, la confesser et la pleurer. Qui ne lui eût accordé le pardon qu'il demandait si ardemment. Néanmoins, et nous le disons à la honte de l'humanité, il se trouva parmi la foule quelques misérables qui voulurent lui lancer des pierres et renouveler ainsi sur sa personne le martyr douloureux du saint dont ce jour-là même on célébrait la fête; on les en empêcha. J'ai appris, non sans frémir, les noms de ces êtres à âme basse et cruelle ; ils n'existent plus. Nous ne dirons point le secret que renferme leurs tombes; Dieu fasse paix à leur âme.
Signé : Jean Guélé.
En note. — Guillot de Folleville était très agréable en conversation: il était chéri de la plupart de ses paroissiens. Son extérieur était charmant. C'était un bon homme.
Signé : Paul Robidou ' .
Registre de la municipalité.
26 octobre. — La municipalité assemblée extraordinairement, relativement aux agitations et suragitations qui se manifestent à Dol. sans doute par des rebelles à la loi; encore particulièrement aujourd'hui, relativement à une personne morte à la ci-devant paroisse de l'abbaye réunie à celle de Dol, que les curé, prêtres et obitiers de la paroisse de Dol refusent d'enterrer dans le cimetière de ladite paroisse de Dol, sans même vouloir donner la sépulture à aucun mort du faubourg de l'abbaye depuis la rétractation de serment du curé de la ville de Dol, sans des ordres autant de fois de la municipalité de Dol pour les y autoriser, ce qui entretient le peuple dans une erreur funeste, capable de produire à la fin du compte les plus grands désordres : l'assemblée, en conséquence, après avoir entendu le procureur de la commune, enjoint aux curé,
1. Jean Guélé, chapelain insermenté de Brouellan. — Paul Robidou s'enrôla dans des bandes de chouans.
prêtres et obitiers de la paroisse de Dol, dans l'absence des uns des autres, de s'arranger si bien entre eux que les baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de Dol et de celle de l'abbaye y réunie, soient administrés dans l'église et cimetière de Dol sous peine de répondre personnellement des désordres et d'être poursuivis extraordinairement comme perturbateurs de la sûreté et tranquillité publique, ordonne qu'à la diligence du procureur de la commune la présente délibération sera surle-champ notifiée au curé et au sieur Desrieux, doyen des obitiers de la paroisse de Dol, même à Guillaume Deruet, demeurant au faubourg de l'abbaye, paroisse de Dol, dont la femme est morte hier à ce qu'il n'en ignore et puisse faire enterrer sa femme dans le cimetière de la paroisse de Dol.
Du même jour et auparavant de lever la séance, la municipalité déclare être vivement touchée d'être dans l'obligation de rapporter que le sieur Guillot, curé de Dol, et le sieur Desrieux, prêtre chapelain de l'hôpital de Dol, sont montés dans la chaire de vérité dimanche dernier un moment avant la grand'messe paroissiale, aux dix heures du matin, pour rétracter leur serment de fidélité à la constitution civile du clergé; qu'ils l'ont effectivement rétracté en présence d'un peuple assemblé en si grand nombre qu'on ne peut pas douter qu'il n'avait été prévenu par des rebelles à la loi pour soutenir cette scène scandaleuse et capable de mettre le plus grand désordre dans tout un canton, de tout quoi la municipalité a rapporté le présent procès-verbal pour servir ainsi qu'il appartiendra.
1er novembre 1101. — Sur des avis multipliés que la municipalité a reçus que des mauvais citoyens excités par le fanatisme devaient se réunir pour renouveler les vêpres siciliennes ou une Saint-Barthélémy au sortir des vêpres des morts, a arrêté sur l'avis de M. le procureur de la commune, de prendre les précautions que leur dictait impérieusement leur devoir et comme officiers municipaux et comme citoyens zélés pour assurer la sûreté et la tranquillité à chaque citoyen, qu'en conséquence il sera donné un réquisitoire à M. le colonel de
la garde nationale, lequel réquisitoire portera qu'il sera requis de prendre les précautions que les circonstances et sa prudence lui dicteront afin d'écarter les malheurs que le fanatisme et les scélérats nous préparent; môme de prier ledit sieur commandant de requérir la gendarmerie nationale au besoin, d'après un réquisitoire qui sera envoyé au commandant de la gendarmerie par la municipalité.
Dol, le 11 novembre 1791.
Le directoire du district au département.
Nous vous avons adressé à deux époques différentes l'état des ecclésiastiques assermentés de ce district. Les 53 paroisses qui le forment n'en n'ont fourni que 22, de ce nombre, M. Guillot, curé de Dol, Desrieux, chapelain de l'hôpital, se sont rétractés. M. Macé, curé de Rimou, en a fait autant. M. Gallon, curé de Chauvigné, est décédé.
Les électeurs de ce district nommèrent le 29 mai dernier aux cures des paroisses de Roz-Landrieux, La Fresnaye. Saint-Brolade, Chauvigné, Saint-Ouen de la Rouerie. Tremblaye, Bazouges-la-Pérouse, Sens, Feins, Dingé, Combourg. Cuguen, Trans, Laboussac, Pleine-Fougères et Sougeal. Onze de ces paroisses sont seulement pourvues de curés, trois ont des vicaires, quatre ecclésiastiques ont refusé, l'un d'eux avait été nommé ailleurs, le cinquième, prémontré de Paris, a dû accepter, mais il n'a pas encore pris possession. Six de ces curés avaient été pris dans d'autres districts.
On ne s'est pas occupé d'un second remplacement ? la
constitution civile du clergé ne convenait pas à beaucoup de prêtres et c'en était assez pour qu'elle déplut à plusieurs ; cela est si vrai, et tout le monde l'a remarqué, que dans les paroisses assez heureuses pour avoir des prêtres dociles à la loi du serment, il n'y est arrivé aucun trouble, aucun mouvement ne s'y est fait sentir; il n'en n'a pas été ainsi dans d'autres où les curés ont été remplacés, la présence des anciens
a fait un mal incalculable. Leur éloignement des paroisses a eu quelqu'efîet, mais ils reviennent et partout on est moins tranquille et moins raisonnable qu'auparavaut leur retour.
En général le changement ne plaît pas au peuple, celui des campagnes surtout est attaché à son curé et à son vicaire. 11 voit avec étonnement, peut-être avec inquiétude quelques prêtres assermentés et beaucoup qui ne le sont point; il prend alors un parti et c'est toujours pour le plus grand nombre qu'il se décide. Cependant il faut convenir qu'aucune insurrection n'a eu lieu dans ce district à raison de la constitution du clergé; de petits mouvements s'y sont fait sentir mais ils n'ont eu aucune suite éclatante : les municipalités, les gardes nationales ont singulièrement contribué à la tranquillité publique. Il ne nous appartient pas de juger les intentions et nous devons dire que les actes, les procédés des habitants de ce district annoncent que l'exécution de la constitution du clergé ne leur a pas répugné et qu'elle leur aurait même convenue si les ecclésiastiques y avaient été plus dociles.
Au surplus il n'existait dans l'étendue du district de Dol que deux communautés religieuses d'hommes et un séminaire, ces trois maisons sont évacuées, les biens qui en dépendent ont été vendus.
Registre de la municipalité.
15 novembre. — [On charge le commandant des gardes nationales du département de la Manche de faire réintégrer dans l'église paroissiale les chaises qu'elles se sont permises d'enlever.]
Dol, 1er décembre 1791.
Le directoire du district à la municipalité.
Nous fûmes instruits hier et nous l'avons encore été aujourd'hui, Messieurs, que la porte de la bibliothèque de la maison des Carmes a été enfoncée et qu'on a enlevé beaucoup de
livres; nous avons également appris qu'on a enlevé les scellés apposés sur la porte de la bibliothèque de l'abbaye et qu'on y a enlevé des livres. Si ces avertissements sont vrais il est facile de connaître les auteurs des délits qui peuvent avoir été commis par ceux qui habitent ces maisons. Nous vous prions, Messieurs, de vérifier ces faits et d'en rapporter procès-verbal. Vous voudrez bien prévenir M. le commandant du bataillon qu'on le rendra responsable des méfaits de ses soldats en quelqu'endroit qu'ils soient commis, comme attentant à une propriété nationale qui vous est expressément recommandée.
Registre de la municipalité.
[Le k décembre 1191. — Elections d'une nouvelle municipalité.]
6 décembre. — En cet endroit a été donné lecture d'une requête présentée à la municipalité le jour d'hier par plusieurs écoliers de Dol, tendante à ce que les anciens régents dudit collège fussent rétablis dans l'exercice de leurs fonctions ; en conséquence de ladite requête l'assemblée a arrêté d'écrire aux ci-devant professeurs du collège pour connaître s'ils veulent se conformer au décret du 23 octobre dernier.
15 décembre. — [Le sieur Gault, ex-chanoine, désire toucher son mandat pour se retirer de suite dans son lieu natal.]
16 décembre. — A été donné lecture par un des membres d'une lettre missive écrite à la municipalité par le sieur Guillot. curé de Dol, par laquelle il apprend que plusieurs citoyens lui ont observé qu'il serait peut-être prudent, eu égard aux circonstances, qu'il n'y eut point cette année de messe de minuit, et que presque tous les prêtres de cette paroisse l'ont averti qu'ils ne pourraient s'y trouver.
[La municipalité a arrêté que la messe de minuit serait célébrée conformément à l'usage ordinaire.]
Dol, 24 décembre 1791.
Le directoire de Dol à M. Sébire, à l'Assemblée nationale.
S'il était un Français qui doutât des sourdes manœuvres qu'emploient les noirs habitants de France pour précipiter la constitution dans le gouffre de leurs regrets, qu'il lise le catéchisme que nous vous adressons pour dénoncer à l'Assemblée nationale législative, et il y verra jusqu'à quel degré d'incivisme sont descendus ces hommes qui ne furent faits par état que pour prêcher l'obéissance aux lois et autorités constituées.
Dol, 29 décembre 1791.
Le directoire de Dol an département.
Le 3 novembre dernier nous fîmes l'adjudication de la descente des cloches des églises de Notre-Dame des Carmes et de l'abbaye de la Vieux-Ville. Nous vous envoyons ci-joint l'ampliation du procès-verbal de cette adjudication faite au sieur Labarre pour la somme de 300 livres. Il a rempli les conditions de son adjudication, les cloches sont descendues, elles n'ont éprouvé aucun dommage
Veuillez, Messieurs, donner des ordres prompts aux messageries chargées du transport de ces cloches, de les rendre à destination, et par là vous étoufferez dans leurs germes les demandes en échanges qui pourraient être formées et qu'il est toujours désagréable de rejeter quand elles ne paraissent fondées que sur l'équité et la raison.
Registre de la municipalité.
30 décembre. — En cet endroit a été donné lecture d'une lettre du directoire du district par laquelle ils prient et requièrent la municipalité de s'occuper contradictoirement avec MM. les trésoriers de la paroisse à l'inventaire des effets qui sont dans cette église et dans la sacristie, même des titres,
papiers et registres qui peuvent y être, pour que cet édifice puisse être accordé à MM. les volontaires pour s'y exercer. En conséquence, la municipalité a nommé pour commissaire avec les deux trésoriers et vaquer à l'inventaire dont est cas, M. Deminiac, officier municipal, et cela lundi prochain, neuf heures du matin et jours suivants, et pour procéder également à l'inventaire de l'église et sacristie des Carmes et de faire transporter toutes les statues et tableaux de ces églises en l'ancienne sacristie de Notre-Dame.
31 décembre. — M. le procureur de la commune a encore remontré qu'hier, viron les trois heures de l'après-midi, il fut requis ainsi que la municipalité de se transporter en l'église paroissiale où des volontaires armés troublaient le culte public, que la municipalité s'y transportât en corps, mais le trouble avait cessé et quelques-uns des perturbateurs étaient en prison.
L'Assemblée a arrêté qu'il serait fait des perquisitions afin de connaître les chefs de l'attroupement de volontaires dans l'église paroissiale pendant le service divin et les indécences et menaces qu'ils y firent.
A enfin remontré ledit procureur de la commune que dans la séance d'hier, la commune ayant manifesté son vœu pour que l'ancienne paroisse ne soit point donnée aux volontaires pour salle d'exercice, il croit nécessaire d'en faire part à MM. du directoire du district.
Sur quoi délibérant, l'Assemblée considérant que la commune n'est pas d'avis d'accorder l'ancienne église paroissiale aux volontaires, malgré la lettre du directoire du district écrite à la municipalité, a arrêté d'écrire au directoire, pour lui faire connaître ce vœu de la commune.
2 janvier 1192. — Le procureur de la commune a dit : La journée d'hier sera longtemps présente à mes esprits par sa fatalité, il paraît que l'armement des volontaires sera très
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préjudiciable à la sûreté de cette ville et à la leur même. François Launay a dû insulter le prêtre qui célébrait hier la messe militaire; ses volontaires, au lieu de le remettre à la police civile, lui ont donné des coups
Il a remontré également que passant près l'église paroissiale actuelle, il y entendit beaucoup de tumulte, qu'y étant entré, décoré de son écbarpe, il vit dans le chœur quarante à cinquante volontaires armés de leurs fusils et un d'entre eux ayant à la main un maillet et un ciseau qui détruisait des armoiries sur le dossier de l'ancien siège de l'évêque, il leur représenta qu'il n'était pas de leur devoir de briser ainsi les armoiries, qu'il fallait se conformer aux lois; il ne put les faire cesser qu'après leur avoir promis de les faire détruire aujourd'hui.
La municipalité a été d'avis de faire enlever tous les écussons qui existent encore dans l'église paroissiale actuelle.
3 janvier 1792.
A Messieurs les maire et officiers municipaux et procureur de la commune de la ville de Bol.
Expose Pierre-François Guillot. recteur de cette ville, que hier sur les dix heures du soir, étant tranquille chez lui. rentrant d'auprès d'un volontaire qu'il avait été assister et confesser, trois volontaires se présentèrent chez lui et demandèrent à entrer, annonçant avoir des choses de la plus haute importance à lui communiquer et qui intéressaient sa sûreté; admis, ils l'engagèrent à ne pas être alarmé de leur démarche, qu'informés que pendant la nuit il devait être attaqué dans sa maison, ils venaient lui en donner avis, qu'au reste ils allaient de nouveau s'informer et qu'en peu ils reviendraient lui annoncer ce qu'il avait à craindre ou à espérer. Un de ces volontaires qui est grand se nomme Lamarre, le deuxième est un sergentmajor jeune et blond, de la caserne de l'Abbaye, il croit qu'il se nomme Audran, sans en être sûr; le troisième est un jeune homme, petit de taille, très marqué de petite vérole, et portant
un habit vert de drap de Silésie, avec des boutons d'acier. Sortis, ils rentrèrent au bout d'environ trois quarts d'heure, armés chacun seulement de leur sabre; ils annoncèrent à l'exposant que le complot de l'assassiner pendant cette même nuit était de toute certitude et qu'ils venaient de la part du sieur Valhubert l'assurer qu'il n'avait rien à craindre, enfin qu'ils venaient le défendre, annonçant tous des intentions extrêmement pacifiques. Ayant demandé du cidre, l'exposant fît servir du vin dont ils burent chacun un coup. Alors ils annoncèrent à ses domestiques que si l'on frappait de ne pas ouvrir, mais de venir les avertir, parce que sans doute leur présence en imposerait ainsi que leur uniforme.
Ayant demandé à l'exposant s'il avait des armes, il répondit qu'il avait une paire de grands pistolets de voyage pour une voiture, chargés depuis son dernier voyage de Paris et renfermés dans une armoire, que de plus il avait un petit fusil de chasse chargé de petit plomb pour tirer dans le jardin sur les oiseaux et que c'était tout. Ils le conjurèrent de le leur donner ; l'exposant leur répondit que s'il était attaqué son intention n'était point de se défendre ; ils lui répondirent que leur intention n'était point aussi de faire feu, mais que ce serait seulement pour en imposer aux assassins et pour plus de certitude l'exposant eut soin de répandre par terre la poudre qui était dans le bassinet; cependant il n'ignore point que ces messieurs ont dit qu'il les avait engagé de faire feu et de se battre pour la religion, ce qu'il assure sur son honneur et sa conscience être faux et calomnieux. Peu après il fut frappé fort vivement à la porte; alors ils descendirent, remontèrent et dirent qu'il n'y avait là que cinq ou six personnes et qu'il ne fallait rien craindre: enfin, entrés dans la cuisine, ils demandèrent le fusil au domestique et s'en étant emparé, ainsi que des deux pistolets, ils ouvrirent la porte et s'enfuirent à toutes jambes. Le reste de la nuit a été tranquille.
Ce matin, ayant été requis de se transporter chez la dame Turgis, très dangereusement malade, les trois quidams et notamment le nommé Lamarre, se sont trouvés vis-à-vis l'audience avec les armes susdites et là, après avoir grièvement
insulté et menacé l'exposant à l'entrée et à la sortie, ils l'ont couché en joue.
Voilà. Messieurs, la vérité des faits. Je requiers que les trois dits soient non seulement punis conformément aux lois, mais encore contraints de vous remettre le fusil et les deux pistolets. L'exposant n'a en rien manqué aux règlements relativement à ces dites armes. Cependant, si on le juge plus à propos. M. le maire ou M. le procureur de la commune pourront en rester saisis jusqu'à nouvel ordre. Le fusil est un petit fusil de chasse ordinaire dont le canon est bronzé: quant aux pistolets, ce sont de grands pistolets d'arçon ayant servi jadis aux gardes du corps et très précieux; l'un est marqué Compagnie de Ha rcourt et l'autre Compagnie de Noailles; à la réforme de ce corps, à la fin de 89, l'exposant en fit l'acquisition à Paris.
Maintenant, Messieurs, il m'est douloureux d'être obligé de vous dire que je crois être obligé de m'éloigner pendant quelque temps ; je cède aux pressantes sollicitations du plus grand nombre de mes paroissiens. Il n'est que trop vrai que ma vie est sans cesse menacée; vous le savez tous, il m'est absolument impossible d'exercer aucune de mes fonctions, sans être sans cesse menacé, injurié et insulté; cependant, Messieurs, je déclare que je n'y renonce pas, j'obéis à la force et je veux épargner un crime inutile. Vous savez si par mes discours ou autrement j'ai jamais cherché à troubler la paix publique, j'ai l'ait jusqu'ici tout ce qu'il m'était possible de faire, j'ai bravé les menaces pour mon devoir, mais aujourd'hui mes forces physiques et morales n'y peuvent résister, je m'éloigne bien à regret, bien disposé à revenir aussitôt que vous le jugerez à propos et que je pourrai le faire sans être continuellement exposé. MM. Desrieux, Mancel, Dupuy, Pinel et Gilot vont avoir la bonté de se charger de la paroisse pendant mon absence; ils sont délégués pour tout, je n'abandonne donc pas mes fonctions; en conséquence, je proteste contre tout remplacement provisoire qui pourrait être fait par MM. du district autrement que conformément à la loi, c'est-à-dire par l'assemblée; électorale du dislrict duement et légalement convoquée et
assemblée, et je vous supplie, Messieurs, de vouloir bien me délivrer acte de cette protestation, bien résolu d'ailleurs à me soumettre entièrement et sans murmurer à toutes les lois décrétées par l'Assemblée nationale et sanctionnées par le roi. Je vais à Saint-Malo, dans ma famille, d'où il sera très aisé de me rappeler; je vous supplie de vouloir bien veiller à mes propriétés, enfin de requérir un gendarme national pour m'accompagner ce jour, vers deux heures, jusqu'au Vivier. En conséquence, j'ai signé la présente déclaration.
A Dol, le 3 janvier 1792.
P. -F. Guillot. recteur de Dol.
S janvier. — A été donné lecture de l'exposé du sieur Guillot, curé de cette paroisse, etc.. L'assemblée, prenant en considération, etc.. a arrêté qu'il lui serait donné le secours d'un gendarme pour le conduire jusqu'au bourg du Vivier et relativement aux armes enlevées par les trois volontaires a arrêté que M. le commandant serait prié de faire remettre à la municipalité les fusil et pistolets pris au sieur Guillot et de faire respecter sa maison, et que copie par extrait de sa plainte sera remise à M. le commandant et une autre aux mains de l'accusateur public pour que ces volontaires soient punis suivant les lois.
Et sur ce que le même sieur Guillot a prévenu la municipalité que quelques-uns de ces volontaires voulaient renouveler leurs insultes et piller sa maison, pourquoi il demandait une garde suffisante pour sa sûreté personnelle et de ses propriétés, la municipalité avait donné un réquisitoire à M. le commandant des gardes nationales pour qu'il lui fut donné une garde, à quoi il a répondu qu'il ne trouvait personne qui voulut le faire, ce que la municipalité voyant elle a requis M. le commandant des volontaires nationaux de veiller à sa sûreté pendant le temps qu'il reste en cette ville et à ses propriétés jusqu'à nouvel ordre et qu'au surplus il lui soit délivré acte de sa protestation contre son remplacement contraire aux lois.
6 janvier. — Le procureur de la commune a déposé une lettre en date du 3 de ce mois, signée Roger l, lieutenant-colonel du 1er bataillon de la Manche, en réponse à un réquisitoire lui donné pour veiller à la sûreté du sieur Guillot et de ses propriétés par laquelle il répond que la vie et les propriétés dudit sieur Guillot n'étant point en danger, il ne peut y obéir.
1 janvier. — M. Gautier, adjudant de la garde nationale de cette ville, a déposé le procès-verbal de la garde montée en la maison du presbytère en vertu du réquisitoire de la municipalité du 3 janvier courant, dont il a demandé acte et a signé : Gautier.
10 janvier. — A été présenté par un volontaire de la Manche une requête signée, Audran. Lamare et Cotret, tendante à ce qu'il leur soit délivré une copie lisible et correcte de la dénonciation ou plainte du sieur Guillot, curé de cette ville.
[Accordée.]
13 janvier. — En l'endroit, M. le maire a déposé un fusil et deux grands pistolets d'arçon lui mis aux mains les 10 et 11 de ce mois par deux volontaires du département de la Manche en garnison en cette ville, lesquels avaient été pris au sieur Guillot, curé de cette ville.
Repris les armes sus-mentionnées dont décharge P. F. Guillot.
[Ce jour, les registres paroissiaux des naissances, mariages et sépultures ont été remis à la municipalité.]
1. Roger de Valhubert, sieur de Precey, le futur général de l'Empire.
JANVIER IT'.t:
Dol, 23 janvier 1792.
Le directoire du district de Dol au département.
Par votre lettre du 29 décembre dernier, messieurs, nous eûmes l'honneur de vous informer de la descente des cloches de Notre-Dame, des Carmes et de l'abbaye de la Vieuxville ; nous vous engageâmes de les faire enlever pour qu'elles fussent envoyées à leur destination, et jusqu'ici nous n'avons reçu aucun ordre à cet égard, sans doute parce que vous avez manqué de voituriers. Nous vous sollicitons de nouveau à ordonner que le plus tôt possible ces cloches sortent de Dol, leur descente indigne ici les ennemis du bien public qui sourdement parlent de les remonter, de fermer notre paroisse actuelle et de rouvrir Notre-Dame pour y faire l'office divin; sans la présence des gardes nationales en garnison ici, les prêtres et leurs partisans n'auraient pas manqué d'exécuter leur dessein à cet égard. Pour prévenir toute insurrection, tout mécontentement, il est pressant que ce qui fait ombrage à l'incivisme disparaisse de dessous les yeux: d'ailleurs ces cloches pourraient se trouver cassées.
Nantes, 25 janvier 1792.
Messieurs les administrateurs du district de Dol*.
J'ai eu la satisfaction de vous exprimer tous les vifs sentiments de reconnaissance que m'avaient inspiré vos nobles et généreux procédés ; je vous prie instamment de vouloir bien y mettre la dernière main en prenant la peine de demander des fonds à Messieurs les administrateurs du département pour l'acquit de mes mandats qui, suivant le règlement que vous en avez fait vous-même, s'élèvent à une somme de 316 1. 12 s. 8d.
Je suis en souffrance, Messieurs, et j'ai besoin que vous