Greffe de la justice de paix de Dol
W) COMMUNE D'KPINIAC
par ladite administration et que nous avons fait appeler à ce jour, lieu et heure par exploit de Boisle, notre huissier, du premier de ce mois, aux iins de notre cédule du 30 dudit mois de floréal et évocation faite desdits témoins, se sont présentés Pierre Lambert, maréchal, âgé de 29 ans demeurant commune de Baguer Pican; Pierre Lemaître, journalier, âgé de 40 ans, de la commune d'tëpiniac, lesquels ont juré, la main levée devant nous, de dire la vérité et ont déposé séparément comme suit :
Pierre Lambert, maréchal, déclare avoir assisté deux fois aux cérémonies religieuses faites ou célébrées par ledit Faligant, qu'il Ta bien entendu publier différents mariages, mais ne Lavoir nullement entendu dire que les mariages contractés devant les prêtres constitutionnels ou officiers publics n'étaient que concubinages, non plus que prêcher la désobéissance aux lois et aux autorités constituées, soit en empêchant des citoyens de porter la cocarde tricolore, signe de la liberté, ou autrement.
Pierre Lemaître déclare n'avoir autre connaissance des faits dont est prévenu ledit P'aligant, si ce n'est de l'avoir entendu faire plusieurs publications de mariages entre différents particuliers qu'il disait de l'évêché de Dol.
A l'endroit de quoi ledit Faligant a observé que si ces deux mots : évêché de Dol, faisaient quelques difficultés, on peut voir par son interrogatoire qu'il ne s'agissait que des choses spirituelles ; c'est une conséquence nécessaire de son opinion religieuse et, au surplus, n'avoir de moyens de reproches à fournir contre lesdits témoins.
Nous, agent national, vu la dénonciation du 29 floréal dernier contre ledit Faligant, les dires, réponses et observations de ce dernier, ensemble la déposition des témoins entendue ; considérant qu'à côté de la loi qui maintient le libre exercice des cultes, doit marcher celle qui punit le citoyen dont les menées pourraient tendre malignement à troubler l'ordre et la tranquillité publics; que le fanatisme, sous quelqu'aspect qu'il se présente, est toujours hideux et ne peut recevoir une répres-
sion trop vive; considérant qu'il n'est nullement prouvé que le citoyen Faligant ait prêché la révolte et la désobéissance aux lois, comme il est porté en la dénonciation ; qu'il paraît conséquemment qu'il y a eu de la méchanceté dans les rapports qui ont pu être faits sur son compte, que s'il a dit la messe dans un autre lieu que l'église d'Kpiniac et qu'il y ait fait les bannies dont est cas. il paraît qu'il n'a pas entendu ni eu l'intention de le faire contre l'esprit de la loi, que sa présence dans la commune d'Fpiniac paraît y avoir été autorisée par la municipalité dudit lieu qui demeurait elle-même chargée d'empêcher ledit Faligant de commettre aucun acte qui put occasionner la désunion entre les habitants, et sur ce que ledit F'aligant n'attendait que son rétablissement pour se rendre à Rennes, sa commune, et qu'il pourrait être de quelque danger qu'il séjournât plus longtemps dans celle d'Epiniac, conclut que ledit Faligant soit mis en liberté et qu'il lui soit enjoint de se retirer de suite dans la commune de Rennes, sous la surveillance de sa municipalité.
Le tribunal, considérant que les faits inculpés audit Faligant, et compris en l'arrêté du directoire de ce district du 29 de ce mois, ne sont nullement prouvés par les dépositions des témoins entendus, faisant droit dans les conclusions du citoyen agent national, a ordonné et ordonne que ledit Faligant sera élargi dès ce jour de la maison d'arrêt de ce district et que. dans le délai de huitaine, à compter de ce jour, il sera tenu de se rendre et retirer dans sa commune, à Rennes.
Fait et arrêté en notre auditoire lesdits jour, mois et an que devant.
J.-C.-M. Gautier l'aîné.
Denoual, Picard.
92 COMMUNE D'ÉPINIAC
Aux Citoyens administrateurs du district de Dol l.
Citoyens administrateurs,
Vous n'êtes sans doute pas à connaître aujourd'hui que ce n'est que par une fausse interprétation d'un décret qui ne nous concerne aucunement que l'on a exercé envers nous les horreurs dont nous pouvons nous plaindre, vous savez, sans doute comme nous, que la cause de cette erreur se trouve dans la variété des différents journaux, vous savez, comme nous sans doute, que dans les grandes villes de Saint-Malo, Saint- Servan. Rennes et autres, les ministres catholiques munis, comme nous, de leur acte de soumission aux lois 2, exercent librement leur culte et y jouissent de la plus parfaite tranquillité, vous n'ignorez pas la surprise qu'a causé, à Rennes, l'envoi de plusieurs prêtres de ce district et cependant vous paraissez vous endormir sur notre compte. Serait ce, citoyens^ pour nous faire oublier les cruels traitements qu'où nous a fait éprouver, serait-ce pour nous ôter tout espoir de recouvrer tous nos effets qu'on nous a indignement volés? Non. citoyens, nous avons la loi pour nous, nous sommes en règle de tous côtés et tout prêts à répondre à tout ce qui peut nous être opposé ; nous sommes depuis quatre jours en prison et nous ne sommes pas encore interrogés, nous aimons à croire que c'est contre votre volonté et contre vos défenses aussi bien que contre l'esprit de la loi qu'on s'est comporté à notre égard plutôt en voleurs et brigands qu'en fidèles exécuteurs des lois de la République, c'est pourquoi nous espérons que vous allez nous rendre au plus tôt une liberté qu'aucune loi ne nous ôte