‹ Le clergâe et le culte catholique en Bretagne pendant la râevolution: district de DolChapitre 51 sur 91 · Arch. du greffe de la justice de paix de Dol · texte numérisé non relu

Arch. du greffe de la justice de paix de Dol

de police correctionnelle, ont été amenés Jean Brisou fils, Joseph Bouillie fils et Gilles Martin, demeurant, savoir, les deux premiers au lieu de la Gaudinière, et le dernier au Bas du Bignon. en la paroisse de Baguer-Morvan. en vertu de notre mandat délivré contre eux le matin de ce jour et dont était porteur Jean-Charles-François-Nicolas Gautier, huissier attaché à notre tribunal, et ce sur dénonciation nous faite dès le 2 de ce mois par le sieur Pierre Mauger. curé assermenté de ladite paroisse de Baguer-Morvan. laquelle dénonciation porte que. le lundi 30 avril avant midi, ledit sieur Mauger, revenant de porter le saint Viatique au village de Villartur, dite paroisse de Baguer Morvan. il fut aperçu aux environs du village du Bignon par les ci-devant dénoncés qui étaient à labourer, lesquels le traitèrent d'intrus, apostat et putassier. et après leur avoir donné connaissance de cette inculpation, qui avait donné lieu à notre mandat d'amener, et les avoir interrogés sur la vérité du fait, ils nous ont répondu n'avoir point injurié le sieur Mauger; que s'ils ont proféré quelques paroles grossières à leurs chevaux, ils ne croyaient pas en être repréhensibles.

En conséquence, nons juge susdit, considérant que les expressions d intrus, d'apostat et putassier n'ont jamais été celles dont les laboureurs se soient servi jusqu'à ce jour pour animer leurs chevaux au travail, et que cette réponse n'est de la part des prévenus qu'une défense grossière incapable de les justifier, avons jugé qu il était préalablement nécessaire d entendre les dépositions des témoins nous indiqués à cet effet, et pour pouvoir nous conserver la présence des inculpés à leur audition avons ordonné qu ils demeureront provisoirement détenus jusqu à la prochaine audience du tribunal, qui se tiendra demain, aux dix heures du matin, pour, sur les conclusions du procureur de la commune, être statué à 1 égard desdits prévenus ce qu'il appartiendra, avons en conséquence mandé audit Gautier, huissier, de les conduire et déposer dans le lieu ordinaire et indiqué pour servir de détention provisoire, de tout quoi nous avons adressé le présent verbal pour être rap-

COMMUNE 1)K BAGUER-MOKVAN

porte à ladite audience du tribunal et avons signé ledit jour, mois et an.

Lkmonnier.

Audience du vendredi 25 mai 1192, etc. — Pierre Rouelle, 27 ans, marchand au bourg de Baguer-Morvan. déclare que le jour que M. Mauger s'en revenait de porter le saint Viatique au village de Villartur. étant à abattre des chênes, il entendit prononcer le mot intrus lorsque M. Mauger passait, que cette voix lui parut partir d'un champ, où était le harnois de Bouillier et de Brisoux. que le jour des reliques, il demanda à Brisoux, pourquoi il avait eu un pourparler dernièrement avec le sr Mauger. Brisoux lui répondit qu'il ne s'embarrassait pas plus de l'intrus que des autres; et que Brisoux étant imprégné de boisson, lui avait dit quelque chose qu'il le priait de garder sous le secret, ajoutant qu'il ne le croit pas si coupable que bien d'autres de la paroisse, notamment que Jacques Lebret, ancien sacristain de Baguer-iVlorvan. qui lui a dit que s'il avait autant d'écus qu'il se trouve d'individus au liège à Dinan. il les donnerait aux ennemis de l'Etat pour nous faire la guerre, et ce en présence de Françoise Guenée, tille de Joseph, et est tout ce qu'il a dit savoir.

Bonaventure Letaglandier. garçon tanneur. 26 ans, chez Jourdan, garçon tanneur, dépose que le jour que M. Mauger revenait de porter le Viatique à Villartur et lorsqu'il passait devant le champ où étaient à labourer Brisoux et Bouillier. il entendit l'un d eux, sans savoir positivement lequel, crier : hé! 1 intrus! ajoutant quêtant dans la tour de Baguer-Morvan et remarquant les cloches, il dit qu'il y en avait une semblable à Miniae-Morvan. qu'alors Jacques Lebret lui dit : tant pis. je désire qu'elle se casse car il y a un sacré intrus dans la paroisse de Miniac. c'est tout. etc..

François Vincent, journalier, d'environ 40 ans, demeurant au village de Fertrais. en Baguer-Morvan, déclare et dépose qu'accompagnant le sr Mauger lorsqu'il alla porter le saint Viatique à Villartur, en s'en revenant avec lui et passant proche

d'un champ où Brisoux et Bouillier étaient à labourer. Brisoux cria : hay. hay intrus, hay intrus, bésoux, et est tout ce qu'il a dit savoir.

Ouï ensuite le procureur de la commune dans ses observations, lequel a requis pour l'intérêt public qu'attendu que Brisoux et Bouillier se trouvant chargés par les dispositions des témoins, d'avoir traité le sr Mauger d'intrus, ils soient condamnés au payement d'une somme de vingt-cinq livres chaque et qu'il soient envoyés en la maison d'arrêt pour y rester de temps l'espace d'un mois et que Jacques Lebret, sacriste de Baguer-Morvan. soit mandé pour répondre des propos qu'il a dû tenir dans la tour de Baguer à Rouelle et Letaglandier et au parsûr que Gilles Martin, qui ne se trouve point chargé, soit élargi.

Le tribunal, convaincu par les dispositions ci-dessus que Jean Brisoux a traité le sr Mauger. curé constitutionnel de Baguer-Morvan, le lundi 30 avril, revenant de porter le saint Viatique au village de Villartur en ladite paroisse, d'intrus et de bésoux, considérant que ces qualifications portent non seulement atteinte et caractérisent un mépris formel pour la Constitution qui doit être l'objet du respect de tout citoyen, mais encore attaque indécemment les mœurs d'un ecclésiastique en fonction, a condamné et condamne lesdits Bouillier et Brisoux, à une détention de 24 heures seulement et ledit Brisoux seul au payement de l'amende de 25 livres applicable suivant la loi, les condamne en outre aux dépens liquidés à 24 livres, retrait et signification de la présente, outre et à l'égard dudit Martin nous l'avons mis en liberté dès à présent.

Fait et jugé en présence des parties à l'audience publique et les portes ouvertes le jour et an que dessus

Greffier Lemoxnier.

Baguer-Morvan, 8 juin 1792.

A Messieurs les Administrateurs du district de Dol 1.

Ayant la justice et l'équité en main, j'ai l'honneur de m'adresse r a vous pour vous prier de bien vouloir mettre ordre à ce que la municipalité de la paroisse de Baguer-Morvan ait à me fournir les ornements qui me sont nécessaires pour remplir mon devoir de curé, puisque jeudi dernier 7 juin, fête de Dieu, allant pour prendre les ornements ordinaires pour exposer le Saint-Sacrement à vêpres, je n en ai point trouvé étant renfermés sous la clef: de plus, un bedeau, celui qui servait cidevant, m ayant déclaré hier le soir, sept du présent mois, qu'il ne voulait plus servir parce que la municipalité ne voulait pas lui donner la somme qu'il demandait; je vous prie encore de ne pas permettre qu'une insulte que m'a faite M. le Maire, en faisant le catéchisme aux enfants de la paroisse, dans l'église même, reste impunie. Il m'a dit que mes opinions n'étaient pas religieuses: ensuite, à la porte de 1 église, que je n'étais pas digne d'être curé, dont j'ai fait la dénonciation chez M le juge de paix. J'ai oublié. Messieurs, à vous déclarer plus haut qu'il ne s'est trouvé aux vêpres de ce jour de la Fête- Dieu ci-dessus marquée aucun des municipaux à qui j'aie pu porter mes plaintes contre les trésoriers absents. J'espère, Messieurs, que. rendant la justice avec autant de zèle que vous le faites, vous me la rendrez aussi en ce que j'ai l'honneur de vous annoncer.

Je suis, Messieurs, avec tout l'honneur et le respect possible, votre très humble et obéissant serviteur.

Mauger, curé de Baguer-Morvan

Page 1