Arch. dép.. L. 2, V
Messieurs du directoire du district aux Administrateurs du département.
Dol, 7 octobre 1791
Des circonstances impérieuses, et dont nous vous avons rendu compte par notre lettre du 26 août, faisaient la loi d'éloigner les chanoines du bourg de Baguer-Pican. Dénoncés par une espèce de notoriété ils devenaient chaque jour plus suspects et plus odieux au pays ! On nous accusait depuis longtemps d'une indulgence coupable, et on ne nous pardonnait pas de les souffrir réunis à trois quarts de lieues de la ville. Leur traitement, qu'ils n'avaient pas reçu et que vous n'aviez pas encore liquidé, fut longtemps notre excuse ; mais nous crûmes que nous ne pouvions différer davantage. Nous donnâmes des ordres à la municipalité qu'elle n'exécuta peutêtre pas aussi bien que nous l'attendions. Vous blâmâtes une première fois nos procédés, mais les choses n'étaient en quelque sorte plus réparables. Deux chanoines avaient été conduits par la garde nationale vers le lieu de leur naissance. Nous vîmes que vous n'approuviez pas notre conduite, et quoique nous n'eussions rien à nous reprocher, nous eûmes du regret d'en avoir agi de la sorte, nous jugeâmes vos dispositions et nous nous repentâmes d'avoir fait le bien. Nous crûmes cependant pouvoir le soutenir et c'est ce qui nous détermina à vous écrire le 26 août. Aller au-delà de la loi n'est pas aller contre, cette lettre n'a produit qu'un effet contraire à ce que nous en attendions. Vous n'y avez aperçu que des motifs vagues qu'on pourrait prendre pour des ordres arbitraires. Si vous n'avez pas cassé notre arrêté, c'est parce que vous avez craint de nous compromettre et de nous faire perdre la confiance que vous croyez qui nous est due.
La loi vous défère, nous le savons, une autorité supérieure à la nôtre, c'est par égard pour nous que vous n'avez pas détruit notre arrêté. Nous vous en savons gré, mais nous voyons que vous avez fait la même chose et l'indulgence que vous avez
pour nous est bien faite pour affliger profondément des hommes sensibles pénétrés de respect pour la loi et pleins de considération pour vous.
L'amnistie nationale a atteint ces messieurs, ils vont reparaître tout radieux d'avoir annulé l'autorité du district. Quant à nous, ce triomphe nous touche peu personnellement, il ne nous fait, que parce qu'il peut nuire à la chose publique. Vous le reconnaissiez, messieurs, il peut nous enlever la confiance que nous croyons mériter.
Déjà l'un d'eux est de retour à Baguer-Pican ; M. Gault, qui avait adhéré à la requête de MM. Destouches et du Bourne, changea de moyens ; il nous exposa que ses affaires l'appelaient à Baguer pour quelques jours. Nous lui accordâmes ce qu'il demandait, nous lui témoignâmes même le désir que nous avions que ses confrères fussent aussi venus terminer leurs affaires et disposer d'un mobilier qui peut dépérir. Mais ces messieurs ne reparaîtront pas de la sorte ; ils sauront que vous avez cassé notre arrêté ou. ce qui est la même chose, que vous avez improuvé notre conduite; instruits de cette décision, ils insulteront au Directoire.
Cette affaire est bien propre à refroidir le zèle que nous avons mis constamment à maintenir la paix dans notre territoire. Nous ne devons désormais courir aucun risque de vous déplaire. Nous attachons trop de prix à votre bienveillance pour la mettre à l'épreuve ; il y a peu ou point de différence entre le blâme et l'indulgence.
Les administrateurs composant le Directoire et Procureur Sindic du district de Dol,
Signé : Delabigne, Fustkl, Pinson, L. Gauthier, procureur syndic.
Baguer-Pican. 2 mai 1792
A Monsieur Cadêne, lieutenant de la gendarmerie nationale. Frère et ami,
Tous nos chanoines ont parti hier ; il ne nous reste plus que Longrais, prieur de la Mancellière, qui. apparemment, joue de sou reste, car hier il a donné dans les environs le plus scandaleux spectacle de sa conduite crapuleuse. Ainsi. iMonsieur, je le recommande à vos soins, et ma paroisse sera purgée. Tâchez de venir dîner avec moi en passant aujourd'hui, vous obligerez celui qui est pour la vie. avec amitié et confraternité, votre attaché.
Bobon. curé de Baguer-Pican L
Soussigné Longrais. prêtre chrétien catholique, apostolique et romain, je déclare de ne rien entreprendre contre la constitution, la paix et la tranquillité publique, de vivre soumis à la loi et de ne détourner par conseil, suggestion ni autrement aucun citoyen de l'obéissance qui lui est due.
A Dol, ce 3 mai 1792.
Longrais 2
Aux paroisses du district.
Du 5 juin 1792, l'an IVe de la liberté.
Nous avons l'honneur. {Messieurs, de vous prévenir que l'église de Baguer-Pican vient d être volée la nuit dernière, qu'on y a pris la croix d'argent, les calices et le saint Ciboire ; l'église de Paramé, près Saint-Malo. et une autre église auprès
1. Arch. départ. : L. ancien V. 5 en plusieurs liasses non cotées.