‹ Le clergé à l'AcadémieChapitre 10 sur 30 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

vieillir ; c'est là son privilège de séduire les âmes et d'entraîner si puissamment les esprits, qu'ils semblent toujours voir et comprendre, en subissant sa fascination, des choses que d'autres n'ont pas vues ou n'ont pas comprises avant eux.

Aussi, tandis qu'il semblait que rien ne dût être ajouté à la belle Histoire de Bossuet du cardinal de Bausset, car elle donnait une forme définitive, pensait-on, à tout ce qui avait été écrit auparavant sur ce grand homme depuis les Mémoires de l'abbé Le Dieu, on vit bientôt après paraître les quatre volumes de M. Floquet, suivis d'une foule d'autres œuvres dont les dernières, celles de M. Brunetière, loin de paraître une superfétation, ont été encore un progrès. On s'est arrêté surtout, pour tracer les courtes pages qui vont suivre, à l'ouvrage de M. Lanson ; il n'est pas le plus volumineux : ce n'est pas une exagération d'affirmer qu'il est peut-être le plus remarquable.

Quelle que soit d'ailleurs la brièveté des notes qu'on va lire sur celui que La Bruyère a appelle un Père de VÉglise^ on ne devra jamais, en les parcourant, perdre de vue ce judicieux conseil : « Pour juger justement Bossuet, il importe de toujours voir, derrière le génie de l'homme, l'âme du prêtre qui l'excite et qui le contient*. »

* Alfred Rébelliau. Bossuet (Collection des grands écrivains français).

Bossuet naît à Dijon le 27 septembre 1627, d'une race de magistrats, grave et pieuse. Un de ses oncles, une de ses tantes, son frère aîné, une de ses sœurs, entrèrent en religion, et son père lui-même, quand il fut veuf, prit les ordres mineurs et mourut diacre. Il est élevé par un oncle qui lui mit de bonne heure la Bible entre les mains. Tonsuré à huit ans, pourvu, à treize, d'un canonicat à Metz, brillant élève des jésuites de sa ville natale, puis écolier au collège de Navarre, d'où le bruit de ses précoces talents pénétrait jusqu'aux cercles mondains, Bossuet, après de fortes études classiques, s'appliqua à la théologie, se nourrissant de la Bible et des Pères de l'Église. « Car on ne doit pas croire que Bossuet est né être d'exception. Il s'est formée »

Docteur en Sorbonne et prêtre à vingt-cinq ans, archidiacre de Sarrebourg, doyen de l'église de Metz, il fait pendant six ans sa principale résidence en cette ville pleine de protestants et de juifs, ce qui donne une direction à ses études, « prêchant, conférant, instruisant, convertissant, réfutant le

* Alfred Rébelliau. Op. cit., Brunetière avait dit déjà : « Gomme il ne fut point de ces enfants prodiges et que même un mauvais jeu de mots bien connu sur son nom : Bos suetus aratro, semblerait indiquer que ses maîtres et ses condisciples lui reconnui'ent plus de patience que de génie, nous passerons rapidement sur ses années de jeunesse. »

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