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catéchisme du pasteur Ferry, et s'éloignant parfois pour faire entendre sa voix, chaque jour plus retentissante, à Dijon ou à Paris ^ )>.
C'est à Metz qu'il commença ses Sermons, Il les devait poursuivre et perfectionner pendant un demi-siècle. Ce n'est pas l'œuvre la plus vantée de Bossuet, ce n'est pas la plus connue ; c'est la plus forte peut-être, celle qui a produit le plus de fruits, et dans laquelle on trouve toute la doctrine qu'il développera si brillamment plus tard dans ses grandes œuvres d'histoire et de controverse. « Dans les sermons de Bossuet, dit M. D. Nisard, la doctrine tient plus de place que la morale. Cette seule proportion est déjà du génie ^ » C'est peutêtre les mieux comprendre que de dire qu'ils se déroulent « sur un fond solide de théologie d'où la morale sort naturellement inséparable du dogme^ ». Ils justifient bien dans tous les cas ce que disait le cardinal de Polignac en prenant possession plus tard du fauteuil de Bossuet à l'Académie : « ... mais ce qu'on estime le plus en lui, c'est qu'il se regarda toujours comme un enfant de rÉglise pendant qu'il en était le Docteur, et qu'il borna toute l'étendue de ses connaissances à savoir simplement et à nous enseigner ce qu'il fallait croire avec le commun des fidèles*. »
* G. Lànson. Bossuet.
* Histoire de la littérature française, t. IV. ^ G. Lanson. Op. cit.
* Discours de réception. « Voilà le premier prédicateur pour moi.
De 1659 à 1670, Bossuet prêche deux carêmes et deux avents à Paris, des sermons de charité, des allocutions de circonstance ; puis il prêche à la Cour. Evêque de Gondom en 1669, il se démet deux ans après de cette charge, quand, nommé aux fonctions de précepteur du Dauphin, il perd l'espoir de pouvoir résider dans son diocèse.
M. Rébelliau a remarqué que cette instruction du Dauphin, qui servit peu à celui-ci, servit beaucoup à Bossuet. Il y recommença ses études et les compléta ; il y coudoya de nombreux savants ; il s'y familiarisa avec la critique et l'érudition. « Toute la France, toute l'Europe, depuis deux siècles, ont profité de l'éducation du Dauphin, fils de Louis XIV... nous comprenons à sa place le Discours sur Vhistoire universelle et le Traité de la connaissance de Dieu\
Bossuet se donna tout entier à sa mission sans rien se réserver de son temps et — c'est lui-même qui nous l'apprend à la profession de M™® de La Yallière — « les chaires ne le connaissent plus ». Sa belle santé lui permettait d'être toujours à la hauteur de son rôle : « Dieu me fait la grâce, disait-il un jour, que rien ne m'incommode ; le soleil, le vent, la pluie, tout est bon. » C'était un solide Bourguignon, de haute mine et de robuste tempérament ; « un sang riche et chaud, point de nerfs ;
disait un incrédule après avoir entendu prêcher Bossuet ; car c'est celui par lequel je sens que je serais converti si j'avais à l'être. » * F. Bkunetiere. Bossuet (Grande Encyclopédie).
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un bel équilibre de santé physique, qui préparait et servait l'équilibre de la nature morale ^ »
C'est en 167 1 que Bossuet entra à l'Académie. On avait abrégé en sa faveur, nous le savons par son discours de réception, les formes et les délais ordinaires. Il marqua à la Compagnie autant de reconnaissance que s'il eût sollicité ardemment l'honneur de lui appartenir; dans sa harangue, que « l'empressement de Messieurs de l'Académie n'avait pas laissé au récipiendaire le temps de préparer digne de la Compagnie », tous purent néanmoins reconnaître avec joie « cette éloquence qui lui était si naturelle et qui, dès longtemps, l'avait rendu si fameux^ ».
Ce fut surtout FAcadémie qui le remercia, par la voix de son directeur Charpentier, des « paroles obligeantes » qu'il venait de faire entendre, de « cet agréable épanouissement de cœur et de visage » qu'il faisait paraître et surtout de cette <c noblesse d'âme » qui « sous le dais et dans les balustres » lui permettait « d'envisager la beauté de l'étude », d'estimer « les bonnes lettres dont la culture fait l'honnête homme ^».
Malgré les occupations absorbantes de Bossuet, il ne négligea pas l'Académie ; nous savons la part active qu'il prit à ses travaux, en 1678, notam-
* G. Lan SON. Op. cit.
' Gazette de France, 20 juin 167 1. — Boissy d'Anglas proclamait ce discours « l'un des meilleurs du xvue siècle ». {Essai sur la vie, les écrits, les opinions de Malesherbes).
' Recueil des harangues, etc.
loa LE CLERGE A L ACADEMIE
ment du i4 août au 12 octobre, en ce qui regardait l'orthographe française*.
Un an avant son élévation à Tépiscopat, Bossuet avait prononcé l'oraison funèbre, aujourd'hui malheureusement perdue, d'Anne d'Autriche, inaugurant ainsi le monument qui devait faire sa gloire. Il y avait cependant « peu de goût », nous dit son secrétaire, et c'était selon lui un « travail peu utile », indigne de l'Eglise, et où seule la vanité des familles trouvait son compte ^ Lui n'y trouvait pas assez d'édification^. La première fois qu'il prit la parole dans une cérémonie funèbre, il exprima en termes vifs la raison qui lui faisait redouter ce genre de discours : c'est la difficulté qu'il y concevait de concilier le plus souvent l'obligation de louer avec les plus essentiels devoirs du ministère évangélique. On sait s'il a réussi à le faire ; si, inspiré comme il le dit lui-même par la « loi du sépulcre », il put être dans cette nouvelle carrière tellement supérieur à ses devanciers qu'il a comme créé un genre nouveau ; s'il en a porté les bornes si loin que nul n'a pu jusqu'ici, que « nul jamais ne prétendra les atteindre * » ; si chacun de ses coups d'aile y a réalisé un progrès jusqu'à ce qu'il termine enfin ce vol d'aigle par VOraison funèbre du prince de Condé, dont on a pu dire que
' Gh. Marty-Laveaux. Cahiers de remarques sur l'orthographe française.
* Mémoires de Pabbè Le Dieu.
^ G. Lanson. Op. cit.
* A. Floqukt. Études sur la vie de Bossuet.
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« l'antiquité n'a rien de plus remarquable ^ » et, pour tout résumer en deux mots, que c'est un complet chef-d'œuvre^.
Fait évêque de Meaux en 1681, Bossuet est vraiment jusqu'à sa mort, par son exacte théologie, par son éloquence logique, et par son zèle que rien ne lasse, le chef autorisé de l'Eglise de France, que consultent et suivent les archevêques, les cardinaux, les prélats grands seigneurs jaloux parfois de ce talent qui écrase leur naissance ^ Il réside fidèlement dans son diocèse et se donne tout entier à la conduite des âmes : il console les faibles, éclaire et dirige le peuple, raffermit les nouveaux convertis par ses mandements, ses instructions, son catéchisme, son assidue prédication : « spectacle rare et touchant, a dit d'Alembert^ de voir le grand Bossuet transporté de la chapelle de Versailles dans une église de village, apprenant aux paysans à supporter les maux avec patience,... aimant l'innocence des enfants et la simplicité des pères, et trouvant dans leur naïveté, dans leurs mouvements, dans leur affection, cette vérité précieuse qu'il avait cherchée vainement à la Cour ».
On ne dira rien ici de la querelle du Quiétisme : il en sera question plus loin au sujet de Fénelon.
* Cardinal de Bausset. Op. cit.
* G. Lanson. Op. cit.
' G. Lanson. Op. cit. « Simple évêque de l'une des églises les plus obscures de la catholicité, avait dit le cardinal de Bausset, il est le conseil de l'Église tout entière. »
Parler de l'œuvre de Bossuet, cette « œuvre prodigieuse * », n'apprendrait rien à personne : à peine citera-t-on, comme étant peut-être un peu moins connues, les Maximes et Réflexions sur la Comédie^ un de ses chefs-d'œuvre, dit M. Lanson qui ajoute : « Boileau même, dans son Art poétique, n'a pas vu plus juste ni plus profondément^. »
Atteint de la pierre en 1701, Bossuet lutta deux ans et ne renonça à chaque partie de ses devoirs pastoraux, à la confession, à la présidence des synodes du clergé diocésain, que réduit et forcé par les progrès du mal ; après quinze mois de cruelles souffrances, dans l'intervalle desquelles il se fit relire le Nouveau Testament et « plus de soixante fois l'évangile de saint Jean », il mourut le 12 avril 1704.
Bossuet a gardé toute sa vie, de son éducation de lévite, un fond de timidité, d'inexpérience et de gaucherie même, dit M. Brunetière. C'est ce qui explique la médiocrité de sa fortune quand on la mesure à la rectitude de son caractère et à la beauté de son génie. Jamais homme ne fut plus simple, plus dépouillé de toute vanité. « Il n'eut pas la richesse, il n'eut pas l'influence ; après des commencements si brillants, il finit évêque de Meaux... Il n'était pas ce qu'il eût dû être dans la hiérarchie de ce régime qu'il soutenait avec tant
* F. Brunetière. Op. cil.
• Op. cit.
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de dévouement et d'éclaté » Les faveurs qu'il reçut ne paraissent proportionnées ni à ses mérites « ni surtout à celles dont furent comblés tant de prélats aujourd'hui rentrés dans leur obscurité naturelle ». « Jamais homme n'eut moins d'orgueil et d'amour-propre... Il n'avait pas d'ambition... Il entrevit sans empressement et manqua sans regret les archevêchés de Lyon et de Paris : il ne lui coûta pas de n'être pas cardinal ^. » Mais « son nom manque plus au Sacré-Collège que le titre d'Eminence à son nom^ ».
Et lorsqu'on médite sur sa vie ; lorsqu'on le voit se mouvoir avec aisance dans les plus hautes sphères de l'éloquence et descendre des sommets où il planait pour instruire le peuple confié à sa garde, en pasteur humble et vigilant, sans retirer du souvenir de ses triomphes passés autre chose qu'une plus grande pitié pour les foules, on comprend mieux alors la justesse des paroles par lesquelles M. Lanson termine le premier chapitre de son beau livre : « Après tout, il reste un des meilleurs hommes, un des plus vigoureux esprits qui aient existé; et je ne vois qui l'on peut mettre au-dessus de lui que quelques saints de la légende. »
* Alfred Rébelliau. Op. cit.
* G. Lanson. Op. cit.
^ F. Brunetiêre. Op. cit.