‹ Le clergé canadien [microforme]Chapitre 6 sur 12 · LES IMMUNITÉS · texte numérisé non relu

LES IMMUNITÉS

Pour compléter l’histoire de cette époque, il est bon de dire que les libéraux, en s'adressant aux tribunaux pour se protéger et arrêter des abus aussi funestes à la religion qu'à leur parti et au pays, s’attirèrent une autre accusation, celle de violer les immunités du clergé,

Les journaux conservateurs, intéressés à la continuation d'abus si utiles à leur parti,

dénoncèrent les contestations d'élections pour influence indue comme des attentats à la liberté religieuse et aux droits et immunités du clergé,

Pour n'avoir pas voulu se laisser condamner injustement, pour avoir crié quand on les étouffait, les libéraux eurent à subir une guerre implacable. Lorsque flétris, humiliés, blessés dans leurs sentiments les plus intimes, ils protestaient contre les in- Justices dont ils étaient victimes, on leur disait : “ Vous voyez bien que vous êtes des libéraux catholiques, puisque vous vous adressez aux tribunaux civils pour fermer la bouche au clergé.”

Quelle guerre! Quelles fureurs se déchainèrent alors contre les Juges, les avocats et les journalistes qui eurent le courage de prétendre que les prêtres pouvaient être forcés de respecter autant que les autres hommes les lois qui protègent les droits, l'honneur et la réputation des citoyens.

On ne sait ce qu'aurait produit la discussion de la question des immunités dans un pays comme le nôtre, si les évêques, pour

se conformer aux vues du Saint Siège, n'avaient jugé à propos d'y mettre fin en proclamant que, vu notre état social et politique, et vu l'absence de tribunaux ecclésiastiques, le clergé ne pouvait dans ce pays se soustraire à la juridiction civile dans les matières temporelles ou mixtes.

On se demande maintenant comment on a pu dans un pays comme le nôtre, émettre sérieusement des doctrines si extravagantes.

On a peine à croire aussi que le clergé ait pu se laisser dominer par l'esprit de parti jusqu'au point d'appliquer au parti libéral les condamnations portées contre le libéralisme cathoïique.

La religion a souffert de ces abus, mais pas autant que des hommes bien pensants avaient raison de craindre. La prudence de quelques membres du clergé et l'intervention de Rome sauvèrent la situation en démontrant quil est au-dessus des pouvoirs humains un tribunal suprême où siègent la justice et la vérité.

Les arrêts des tribunaux et les décrets des autorités ecclésiastiques eurent l'effet

d'assurer pendant quelque temps la paix des consciences. Les troubles du Nord- Ouest, les malheurs des Métis, l'exécution de Riel, l'avènement de M. Mercier et le règlement de la fameuse question des biens des Jésuites éclairèrent la bonne foi d'une grande partie du clergé et lui prouvèrent que ce parti libéral, si maltraité, si persécuté, savait oublier, pardonner et rendre justice:

Quant à la question métisse, on a reproché au clergé de n'avoir pas encore tenu compte assez du sentiment national, qui a poussé notre population à sympathiser avec les Métis maltraités, persécutés, poussés à bout ; d'avoir encore donné raison aux orangistes de croire et de dire que le gouvernement ne courait aucun danger en faisant monter l'infortuné Riel sur l'échafaud.

On a dit que si Riel avait été exécuté, c'est parceque sir John Macdonald, après avoir pesé toutes les influences, crut qu'il avait plus à craindre de l'énergie permanente des orangistes que des clameurs passagères des Canadiens- Français ; c'est parcequ'il compta sur le clergé pour apaiser ceux-ci.

Pendant que la population en larmes s'assemblait pour demander la grâce ou au moins la commutation de la sentence de ce pauvre Riel, Mgr Fabre lançait une lettre où il disait qu'un vent de révolte soufait au sein de notre peuple. Hélas, il aurait bien pu laisser souffler ce vent de révolte, laisser brûler ce feu de paille, comme l'appelaient nos ennemis en riant.

C'était la première fois depuis longtemps que les Canadiens-Français prouvaient au monde que les sentiments d'énergie et de noble fierté de leurs ancêtres n'étaient pas complètement éteints dans leurs cœurs.

Un jour viendra où on s'apercevra que lorsque l'énergie manque pour défendre l'honneur de la patrie, elle manque aussi pour défendre la religion.

Inutile de dire que Mer Laflèche jugea à propos d'exposer ses principes sur le respect dû à l'autorité, principes qui auraient pour effet, s'ils étaient suivis, de faire des Canadiens- Français un peuple sans force, sans autorité. Mais tenons compte des sympathies manifestées par une grande partie du

SA MISSION, SON ŒUVRE. 6l

clergé, des services funèbres chantés dans la plupart des églises à la mémoire du patriote métis, et de la neutralité sympathique d'un grand nombre de prêtres aux élections provinciales de 1887.

Ne condamnons que ce qui ne peut être excusé ou justifié,

Par exemple, comment expliquer que Mer Laflèche et ses vénérables collègues, si sévères contre des catholiques, et des Canadiens-Français, aient pu déployer tant de zèle pour un parti gouverné par quelques-uns des principaux chefs orangistes et francs-maçons, au mépris de l’excommunication portée contre ceux qui aident et favorisent de quelque manière les chefs des soctélés secrètes.

La plupart des chefs conservateurs, depuis trente ans, ayant été des chefs de sociétés secrètes et en particulier de la secte orangiste, comment les évêques et le clergé peuvent-ils se justifier de les avoir favorisés ?

Puisqu'il faut toujours obéir strictement à l'Eglise et à ses décrets, comment le clergé a-t-il pu depuis trente ans désobéir à des

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prescriptions si absolues, à des ordres donnés sous peine d'excommunication.

Pourquoi ces rigueurs et ces foudres contre les chefs libéraux, qui n'ont jamais été condamnés par l'Eglise, et ces sympathies, ces croisades violentes pour des chefs de sociétés condamnées. On n’a jamais répondu à ces questions.

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