‹ Le clergé pendant la Commune, 1871Chapitre 14 sur 28 · I.E CLEHGR PENDANT LA COHMUKB · texte numérisé non relu

I.E CLEHGR PENDANT LA COHMUKB

Il m'a toujours fait des remerctments de ce quefi venais le voir, et il eut la bonté de dire plus d'une fois qu'une des raisons pour lesquelles il aimerait à être rendu à la liberté était qu'il désirait pouvoir dire au monde ce que j'avais été pour lui dans sa prison.

L'avant-dernière fois que je le vis, je fus très affligé de le trouver dans un état de santé plus faible encore que précédemment. La réclusion aggravait sa dyspepsie et abattait ses forces. Éprouvant à son égard une certaine inquiétude, je retournai le voir dans l'après-midi du dimanche 21 mai, porteur d'un permis spécial de Raoul Rigault, grAce auquel je pénétrai facilement dans la prison ; mais, une fois entré, je trouvai que ça n'était plus la môme chose qu'aupara%'ant.

La plupart des hommes du service étaient nouveaux et la plus grande confusion régnait. Presque tous étaient plus ou moins pris de boisson, et ma présence sembla les gêner tous. Au lieu de la politesse ordinaire avec laquelle j'avais été uniformément reçu, j'étais traité avec rudesse. On s'opposa à ce que j'entrasse dans la cellule de rarchevôque comme j'avais fait antérieurement; on l'amena dans le couloir, oil je ne pouvais l'entretenir qu'en présence des gardiens. Malheureusement j'avais k lui dire que je n'apportais

I Od l'Amena dsns le couloir où je ne pouTsia l'entretenir qu'en présence des (gardiens... (Paf^e 240.)

' LE CLERGÉ PEITDAKT LA. COHHONE

pas de bonnes nouvelles, qu'il n'y avait pas d'amélioration dans la situation. Je lut dis que je l'avais trouvé si souftrant la dernière fois que je l'avais vu que j'étais revenu pour savoir comment il allait et si je pouvais encore lui rendre quelque service. Il me renouvela ses remerciements et dit qu'il ne voyait rien qu'il pût avoir & me demander quant à présent. Après avoir encore causé avec lui quelques instants, je lui dis un adieu qui devait être, hélas ! le dernier, mais en l'informant que j'avais reçu un permis permanent et en promettant de revenir sous peu.

Jusque-là, bien que souffrant dans sa santé et accablé d'anxiétés, non seulement pour ce qui concernait sa situation personnelle, mais pour ce qui intéressait l'état de sa patrie, chaque fois que je l'avais vu j'avais trouvé en lui non seulement de la bonne humeur, mais parfois même de la gaieté. Jamais je n'oublierai la bonhomie avec laquelle il m'introduisit dans sa sinistre petite cellule, me disant qu'elle lui servait à la fois de cabinet, de salon, de chambre à coucher et de salle à manger. Quoiqu'il comprit le danger de sa situation, il parlait comme préparé au sort, quel qu'il fût, qui l'attendait, et, comme je l'ai dit dans ma dépêche ^ M. le gouverneur Pisch, il ne lui échappait jamaigji

seul mot de reproche contre ses persécuteurs ; au contraire, il parlait d'eux avec bonté. Je n'avais jamais va auparaTant, chez aucun homme, une telle résignatioD et un tel esprit chrétien, et jamais personne qui parût plus élevé aundessus des choses de la terre. Lors de ma dernière visite, il semblait bien changé. Il avait perdQ sa booQe humeur, et paraissait triste et abattu. Le cbaagement des gardiens de la prison et la démoralisation générale, qui prenait là le dessus étaient de mauvais présage. Et en eflet, au moment même où je me trouvais avec lui cette dernière fois, les troupes gouvernement étaient entrées dans Paris par la poi de Versailles, au côté op[>osé de la ville, fait qui filt connu que plusieurs heures après.

Vers le milieu de mai, la situation devînt critique pour les otages enfermés à Mazas. Un surveillant appelé Bonnard était devenu ami intime du citoyen directeur Garreau. Celui-ci enavait fait son confident et l'avait élevé au rang de greffier.

Bonnard qui n'était que l'écho de son chef, écho luîmâme des paroles des chefs de la Commune, RigauU i "et Ferré, disait à ses anciens camarades : « EjoQve^

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nez-YOus bien que si les troupes de Versailles entrent dans Paris, nous incendierons Paris, nous fusillerons tous les prêtres et Paris ne sera qu^un monceau de cadavres et de ruines. »

Le vénérable aumônier de la Grande-Roquette avait été mis à Tombre de Mazas. Rochefort sUntéressait à Tabbé Crozes et avait vainement essayé à plusieurs reprises de le faire relâcher. Mais les membres de la Commune faisaient la sourde oreille.

L'abbé Crozes ne laissait d'ailleurs rien voir de son mécontentement. A un prêtre prisonnier qui prenait intérêt à lui et qui le plaignait d'être si mal en cellule, il répondait : <c Mais je ne suis pas mécontent du tout, je remercie môme la Providence, car cela me permet de repasser ma théologie, ce que je n'avais pas fait

depuis longtemps. »

Le 17 mai fut une des plus sinistres séances de la Commune. C'est ce jour-là qu'on adopta sous la présidence de Léo Meillet (70 membres étaient présents) le décret contre les otages.

Le citoyen Amouroux s'écria : « En voilà assez I Gare aux représailles I Nous avons des otages, parmi

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