LB CLERGÉ
ter. Me croyant perdu, je leur dis qu'Us n'avaient [ le droit de m'arrêter, n'ayant pas de mandat oontre moi. J'ajoutai que je ne craignais rien, moi, ayant pour eux bravé la mort devant l'ennemi. Ils me laissèrent. J'ajoutai que je reviendrais dans trois jours, comme ils me disaient de le faire. En effet, le samedi je retournai à la Préfecture de police, mais inutilement. J« fls une nouvelle démarche peu de jours après. Rîgault ' me demanda si j'étais de rarchevêché. Je le priai de me faire conduire près de Monseigneur, et cela au , nom de la liberté. Il refusa.
Le comte Anatole de Monilerrier, témoin oculaire! de la Commune, putvisiter l'arclievèque dans saprison.
Son récit est d'autant plus digne de foi que nous voyons que le comte ne devait pas porter un trop grand intérêt à la religion catholique, car il montre en plus d'un endroit une trop grande sympathie pour le! francs-maçons.
— Croyant, dit-il (1), que Mgr Darboy, qui avait consenti à des pourparlers d'échange entre le citoyen
(1) Histoire de ta RévoluUùn du 1 8 mars 187i dan comte Anatole de Uontferner. Bruxelles, 1871.
Paris par If
Blanqui et lui, avait une grande envie de sortir des mains de la Commune, et craignant que le manque de parole du grand vicaire, l'abbé Lagarde, qui avait été envoyé pour parlementer et n'était pas revenu, n'attirât un malheur sur sa tête, je me rendis k Mazas, où il était détenu, pour essayer de l'en tirer.
J'entrai sans la moindre difiiculté, sur la présentation de ma carte verte ; j'en avais une seconde dans ma poche, pour la sortie de Monseigneur.
Je portais sur moi doubles vêtements, et sachant qu'on relevait les sentinelles i deux heures, j'étais entré à deux heures moins un quart, laissant une voiture fermée à la porte.
Je fus immédiatement introduit auprès de l'arche- TÔqne et le factionnaire-gardien m'offrit, pour ma sûreté, de rester présent à l'interrogatoire. Je le renvoyai en lui disant que je l'appellerais s'il était
Pauvre Monseigneur, dans la misérable chambre où il était enfermé, combien il devait faire de pénibles réflexions sur les grandeurs humaines!
Il ne se dérangea pas, et ne daigna pas même lever la tête pour me regarder.
Cl Vous êtes le citoyen Darboy, ex-archevéque de
Paris », lui dis-je d'un ton élevé et dur, précaution | que je croyais nécessaire au cas où l'on nous écoutât. Il me prit pour un de ses bourreaux et me lança un regard plein de résignation qui semblait me dire : Vous le savez bien.
« Monseigneur, je suis le comte de Montferrier, et je viens vous sauver. »
En même temps, je mis mon passeport signé de M. Bellart, maire de Calais, sous ses yeux et mon acte de naissance.
Je tui parlai de Nancy, son ancien évêché et le cheflieu de mon département; je lui citai tous les noms des personnes qu'il avait dû connaître.
Je lui dis mes longs entretiens avec le R. P. Félix. Il me laissait parler sans répondre.
Enfin, je lui montrai les médailles que ma sainte sœur avait mises à ma chaîne de montre et je me mis (l genoux pour le supplier de me croire.
Il me tendit la main et regretta de m'avoir si longtemps soupçonné de vouloir l'entraîner à sa perte, car l'arrêté des prisons ordonnait de fusiller immédiatement tout prisonnier tentant de s'échapper.
" Et comment pensez-vous faire, mon ami? Ecoutez donc le pas de l'homme qui était là tout à l'heure. »
Je lui montrai une poignée d'or et un poignard, et j'ajoutai : — Le premier moyen suffira; c'est du reste le seul danger. Après cela, grâce à nos cartes on nous présentera les armes partout où nous passerons.
Il me remercia et déclara que son devoir était de rester.
— Mais, Monseigneur, les affaires vont mal :
M. Thiers bombarde Paris, l'exaspération est à son comble, le peuple devient fou, on va faire des malheurs, le rôle de conciliateur devient impossible ; dans une heure je réponds que je vous aurai amené à Saint- Denis.
— Puissent, me répondit-il avec calme, les malheureux qui s'égorgent entre eux me permettre de monter, comme Mgr Affre, sur une barricade pour arrêter leurs coups fratricides.
Il me demanda comment j'étais mêlé à ce mouvement, et m'approuva d'avoir essayé d'amener la conciliation entre deux gouvernements aussi illégitimes l'un que l'autre.
Puis il me pria de chercher dans Paris un parent de son nom qui, lui avait-on dit, s'était laissé entraîner dans les excès de cette politique insensée.
Je le lui promis.
tSO LE CLERGÉ
Il me demanda si ces hommes en arriveraient à la Terreur.
Je lui dis que Versailles voulant leur anéantissement, ils étaient décidés à tout, et je voulus encore insister.
Il me tendit la main de nouveau et ajouta avec résignation :
« Le sang fortifie les principes. »
Quand je fus sorti, le actionnaire me dit :
a Vous voilà bien confessé, citoyen? »
J'ai répondu oui sans savoir ce que je disais ; cet homme ne se doutait pas quMl venait d'échapper à un grand danger.
Une lettre du Père Ducoudray, écrite de Mazas, nous montre avec une admirable simplicité la façon dont il employait son temps en prison (1) :
« Voici mon petit règlement de chaque jour : Cinq heures, lever, puis balayage, nettoyage... Six heures, oraison que je prolonge d'ordinaire jusqu'à sept heures
\\) Actes de la captivité et de la mort des AA. PP, Jésuites, parle Père de Ponlevoy.
PENDAPiT LA COMSItlNB
et demie ou huit heures. Huit heures, matines et laudos, prime et tierce. Huit heures trois quarts, un chapelet. Neuf heures, déjeuner, matines et laudes de l'office de la sainte Vierge. Dix heures, pendant une demi-heure, j'assiste en esprit et en union à la sainte messe qui se célèbre à cette heure, et je fais un quart d'heure d'actions de grâces. Onze heures trois quarts, examen. Midi, deuxième chapelet que je récite toujours pour notre chère communauté. Vers deux heures, je Us ou je travaille en prenant des notes jusqu'à quatre heures. Ajoutez qu'entre neuf et quatre heures, d'une manière très variable, vient s'intercaler une heure ou l'on nous conduit au promenoir, espace grand comme la moitié de notre salie de récréation, où l'on se meut seul entre deux murs. Quatre heures, j'achève les petites heures, je récite vêpres et compiles du grand otïice et de l'office de la sainte Vierge. Cinq heures, je dîne et fais mon petit ménage. Six heures, lecture spirituelle et un peu d'exercice dans ma cellule longue de cinq à six mètres et large de deux. Sept heures et demie, préparation de l'oraison. Sept heures trois quarts, examen. Huit heures, troisième chapelet, qui complète le rosaire. Huit heures un quart, litanies. Huit heures et demie, je dresse mon hamac et je fais
mon lit. Huit heures trois quarts, coucher. Voilà laa journée » (1).
Citons encore cette page émue du R. P. de Poulevoy{2):
« De huit à neuf heures avait lieu la première récréation de la journée, pendant que les gens de service faisaient le ménage des pauvres cellules. Un trait commun durant ces intervalles de relâches et de fusion, c'était la sérénité d'un commerce intime ; les cœurs se touchent bien plus vite dans la communauté de la foi et de l'épreuve; on retrouvait d'anciennes connaissances, et on en faisait de nouvelles; on se consolait et surtout on se confessait... Le Père Olivaint parais- ' sait s'attacher surtout à la personne de i'Archevêquel de Paris. Quelquefois l'infortuné prélat, affaibli pai les privations et la souffrance, restait k moitié étendit sur son grabat, le Père Olivaint s'asseyait à ses piedsJ et ensemble ils parlaient du passé et du présent; poo^
(1) Dans le fond du parloir de l'Ecole Sainte-Qeneviëve, on p«në| voir la statue du Père Ducoudray, recteur de l'Ecole, repréiâatfi^ au moment où il lorobe sous les balles des fédérés.
(2) Actes de la captivité et de la ntori He. i-inq P^res de In Compati gnie dt Jétus. pp. 130-133.
vaient-ils encore parler de l'avenir? Dès les premiers jours les vivres commençaient à manquer à laRoquette, le pain môme se faisait rare. Sans doute ia bataille des rues qui gagnait toujours du terrain empêchait le ravitaillement régulier. Le Père Olivaint puisait dans les petites provisions qui lui restaient encore et apportait au Pontife défaillant un peu de pain d*ëpices et de chocolat en tablettes; et ainsi il était donné à un pauvre celigieux de faire la charité à un archevêque de Paris. » Ce dernier trait n'est-il pas des plus délicats?
A un de ses amis le Père Olivaint écrivait, le 12 mai, ces lignes si touchantes par leur douceur au milieu de tant de peines :
« Aujourd'hui/. un mois que je suis à Mazas! Ah! certes, je n'avais pas prévu que j'y viendrais jamais. Après tout, quand on y vit avec Dieu, on peut se trouver bien, même à Mazas.
» Je ne suis pas en peine de m'occuper. Trentehuitième jour de ma retraite. J'aurai donc aussi mes quarante jours au désert, et mieux que cela. Mais le jeûne manque, et vous ne pouvez pas vous flatter
d'avoir imité les anges, vous qui venez si vite me secourir. Que Nûtre-Seigneur ne vous laisse pas non plus languir, et qu'il vous donne bien vite au dedans la (orce et la vie! Courage et confiance; toujours et quand mémel... ma vieille devise, toujours nouvelle. »
L'ancien bâtonnier des avocats, M* Roosse, d'attachante mémoire, rendît deux fois visite à Mgr Darboy et h l'abbé Deguerry, dont il s'était fait le défenseur devant les juges de la Commune. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer la relation si touchante qu'il nous a laissée de ces visites :
^ En sortant diî palais, dit-il, je remontai en vol-, ture, et je me fis conduire à Mazas. Je demandai à vi l'archevêque dans sa cellule, et non au parloir des av< cats; cela me lut accordé de bonne grâce
— Il est bien malade, me dit le gardien chel
En etiet, en entrant dans la cellule du pauvre arclii vèque, je fus frappé de son air de souffrance et de so»' abattement. Grâce au docteur Debovet, le médecin de 1.1 maison, on avait remplacé par un Ht le hamac réglementaire des détenus. Il était couché louthajjilli
;oi|)^H
Les deux Religieuses araitnl été arrachées à leur couvent par quelques gardes natlonaui. (Page 238.)
les moustaches et la barbe longues, coiffé d'un bonnet noir, vêtu d'une soutanelle usée sous laquelle passait un bout de ceinture violette, les traits altérés, le teint très pâle. Au bruit que je fis en entrant, il tourna la tête : sans me connaître, il devina qui j'étais, et me tendit la main avec un sourire doux et triste, d'une finesse pénétrante.
— Vous êtes souffrant. Monseigneur, et je vous dérange. Voulez-vous que je revienne un autre jour?
— Oh! non. Que je vous remercie d'être venu! Je suis malade, très malade. J'ai depuis longtemps une affection du cœur que le manque d'air et le régime de la prison ont aggravée. Je voudrais d'abord que vous pussiez faire retarder mon afiaire, puisqu'ils veulent me juger. Je suis hors d'état d'aller devant leur tribunal. Si Ton veut me fusiller, qu'on me fusille ici... Je ne suis pas un héros, mais autant mourir ainsi qu^autrement.
— Monseigneur, lui dis-je, nous n'en sommes pas là...
Et je lui rapportai, en insistant sur tout ce qui le pouvait rassurer, la conversation que j'avais eue avec Rigault. En causant ainsi, Mgr Darboy s'animait, s^égayait même peu à peu. Il développa en quelques
mots des idées qu'il jugeait utiles à sa défeni
— Je ne sais, me dit-il, d'où vient leur animosiijj
contre moi. J'ai encouru, à cause de mes idées soi
certains sujets, la défaveur de la Cour de Rom»;!
Lorsque.en 1863,je lus appelé à l'archevêché deParisJ
j'exposai à l'Empereur mes idées sur la séparation dfl
l'Église et de l'État ; je le priai de s'occuper du cler^
le moins possible, et, depuis, j'ai toujours évité (
parler, dans mes actes publics, de l'Empereur et é
son gouvernement. Après mon arrestation, on m^
fait subir des interrogatoires ridicules. Ce Eigaultoj
Ferré m'a dit que j'avais accaparé les biens du peuple
« Quels biens? lui ai-je dit. — Parbleu! les ë
les vases, les ornements. — Mais, lui ai-je répond^
vous ne savez pas ce dont vous parlez : les vases, lei
ornements, tout ce qui sert au culte, appartient à dej
personnes qu'on appelle des fabriques (1), qui ont pal
faitement le droit de les posséder, et, si vous vous e
emparez, vous vous exposez à des peines écrites dai^
les lois. »
(1) Raoul Rigaull n'élait pas le seul ignorant de ces choses. ; chaque inilant en causant d'affaires religieuses avec difTére&tÉ persoDoes, on s'aperçoit avec stupeur que le nombre est foi grand de celles qui ne conaaissent même pas les bases fonda mentales de l'administratioD des biens du clergé.
L'archevêque me parla ensuite de sa sœur, qui avait été arrêtée avec lui, puis relâchée, il y a quinze jours. Je lui demandai si je pouvais lui rendre quelque service, s'il avait quelque lettre à transmettre, s'il avait besoin de quelque chose.
— Rien, me dit-il, je n'ai besoin de rien, si ce n'est qu'on me laisse ici. Qu'on vienne me fusiller, si Ton veut ; mais je ne pourrais pas aller là-bas. Le docteur a dû le leur dire.
Après une demi-heure de conversation, je lui tendis la main et la pressai avec émotion. Plus d'une fois, pendant cette visite, je sentais les larmes me gagner. Il me dit adieu avec effusion, me remerciant vivement de ma « charité d. Ma visite, l'assurance que je lui donnais que le jugement n'aurait pas lieu tout de suite, la promesse que je lui fis de venir le voir souvent, l'avaient évidemment remonté. Quand je me levai, il rejeta vivement la couverture de laine grossière qui l'enveloppait à moitié, descendit de son grabat sans que je pusse l'en empêcher et, me serrant les maiiis dans les siennes, il me reconduisit à la porte.
— Vous reviendrez bientôt, n'est-ce pas ?
— Mardi, Monseigneur!
Et je sortis.
Le vendredi suivant, il devait être fusillé.
Sa cellule portait le numéro 62.
Celle de M. Deguerry était près de là, à trois ou quatre numéros plus loin. Lorsque j'entrai, il était assis entre le lit et la table, sur Punique chaise de la cellule. Sur la table étaient quelques livres, des journaux et un petit crucifix en cuivre, comme ceux que portent les religieuses. Sans se lever, le pauvre curé me tendit les bras et m'embrassa longuement, puis il me força de prendre sa chaise.
— Ah! j'ai bien le temps d'y être, me dit-il.
Et il s'assit près de moi, sur le pied de son lit. Je ne le trouvai pas changé, seulement il avait maigri. Sa barbe et ses moustaches blanches se détachaient sur son teint rouge et sur ses grands traits, qu'encadraient les restes de sa plantureuse chevelure. Avec son abondance ordinaire, le bon curé s'est mis à me raconter les propos burlesques que lui avaient tenus Rigault et Dacosta.
« — Qu'est-ce que ce métier que vous faites?
» — Ce n'est pas un métier, c'est une vocation, un ministère moral que nous remplissons pour améliorer les âmes.
PENDANT LA GOMMUNR 231
» — Ah I des blagues, tout cela ! Enfin, quel tas d'histoires faites-vous au peuple ?
» — Nous lui enseignons la religion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
» — Il n'y a plus de Seigneur, nous ne connaissons pas le Seigneur. »
Voilà ce que disait au bon abbé le directeur de la prison, dans un moment d'épanchement ;
— Moi aussi, j'ai des idées religieuses. J'ai voulu me faire Frère Morave; après ça, j'ai eu l'idée de me faire Chartreux, mais j'aime mieux me faire mormon.
L'abbé Deguerry ajouta qu'il n'avait besoin de rien, que sa domestique lui faisait passer ce qu'il demandait. En efiet, sur la table se trouvaient plusieurs oranges, du chocolat et quelques bouteilles.
— Nous recevons des journaux, me dit-il, je voudrais bien que vous m'apportassiez Grandeur et décadence des Romain8j de Montesquieu.
— Bien volontiers, monsieur le curé, je vous l'apporterai mardi, en revenant vous voir.
— Vous pouvez revenir, n'est-ce pas?
— Assurément, tant que je voudrai. Ma permission n'est pas limitée.
Ki LE CLBRGE
— Ah ! j'en suis bien heureux, bien heureux. Que jj vous remercie!
Le digne homme, en disant cela, s'attendrissait, tes larmes le gagnèrent. Je m'étais levé. En faisaoj les deux ou trois pas qui nous séparaient de la porteJ il me tenait la main. Arrivés au bout de la cellule s
— Allons, me dit-il, cher ami, portez mes tendresse) à votre mère. Vous lui direz que j'ai pleuré.
Et, en etiet, il m'embrassa en sanglotant.
— Allons, allons! dit-îl en se remettant, à mardifl N'oubliez pas mon livre.
Il ne faut pas oublier dans ce livre de parler des efforts que fit M. Washburne, ministre des Etats- Unis, pour obtenir l'élargissement de Mgr Darboy. Etj il nous a paru intéressant de citer quelques-unes dei lettres qu'il a écrites à ce sujet. Sa conduite est d'auJ tant plus belle, qu'on avait lait déjà une démarche au-q près de l'ambassadeur d'Angleterre qui avait refus* toute intervention (1).
(I) » Je Tiens d'apprendre que l'on avait fait une démarche a près de l'ambassadeur d'Angleterre avant d'en faire auprfes de moi et qu'il aurait décliné toute intervention. Mais cet acte de la légation anglaise, si je l'avais connu, n'aurait point modifié i
PENDAMT LA COMMUNE 233
M. Washburne a m. Fish
Légation des Etats-Unis
Paris, 23 avril 1871. (Reçu 10 mai.)
Monsieur,
Vous ôtes informé que Mgr Darboy, archevêque de Paris, a été appréhendé, il y a quelque temps, par ordre de la Commune et jeté en prison pour y être retenu comme otage. Un pareil traitement envers cet homme dévoué et excellent ne pouvait manquer de faire grande sensation, surtout dans le monde catholique. Dans la nuit de jeudi dernier, je reçus une lettre de Mgr Chigi, archevêque de Myre et nonce apostolique du Saint-Siège, et aussi une communication de MM. Louvrier, chanoine du diocèse de Paris ; Lagarde, vicaire général de Paris, Bonnet et Allain,
mes rêsolutioDS, car je me serais considéré comme parfailement en droit d'étendre mes bons offices, offlcieusement, en faveur d*un homme si éminent par sa piété et si distingué par ses sentiments libéraux et ses vues philanthropiques comme Tarchevôque de Paris, et aujourd'hui si crueUement persécuté.
» Je suis, etc.
wE.-B. Washburne. »
chanoines et membres du chapitre métropolitain de l'Eglise de Paris, tous m'adressant un appel énergique, au nom du droit des gens, de l'humanité et de la sympathie, pour que j'interpose mes bons ofïïces en faveur de l'archevêque prisonnier. J'ai pensé que je ne ferais que me conformer à ce qui me parait être la politique de notre gouvernement et aux désirs qui devaient être les vôtres dans cette circonstance, en me rendant au vœu de cette requête. En conséquence, je me suis mis, ce matin de bonne heure, en communication avec le général Ciuseret, qui paraît être ici, pour le présent, l'homme dirigeant. Je lui dis que je m'adressais à lui, non en ma qualité de diplomate, mais simplement dans l'intérêt des bons sentiments et de l'humanité, afin de voir s'il n'était pas possible de faire cesser l'arrestation et l'emprisonnement de l'archevêque. Il me répondit que cette aflaire n'était pas de sa juridiction, et que, quel que (ût son vif désir de voirrelaxer l'archevêque, il croyait que, dans l'état actuel des choses, il serait impossible de l'obtenir. Il a dit qu'il n'était point arrêté pour crime, mais simplement pour être gardé comme otage, avec beaucoup d'autres.
Dans les circonstances actuelles, il pense qu'il serait
PENDANT LA ConimK
I inutile de faire aucune démarche en ce sens. C'est I aussi mon sentiment que la Commune, dans l'état I d'excitation où se trouve présentement l'esprit public, I n'oserait pas relâcher l'archevêque.
Je dis au général Cluseret qu'il fallait cependant I que je le visse pour m' assurer de sa situation réelle, de l'état de sa santé et des besoins qu'il pouvait éprou- I ver.
Il répondit qu'à cela il n'y aurait point d'objection, I et il m'accompagna immédiatement en personne à la I Préfecture de police, où, sur sa demande, je reçus du I préfet une permission pour visiter librement et quand I je voudrais l'archevêque.
En compagnie de mon secrétaire particulier, M. Mac
l Kean, je me rendis alors à la prison de Mazas, où je
fus admis sans difficulté; et, après qu'on m'eût fait
pénétrer dans une des cellules vides, on m'introduisit
bientôt auprès de l'archevêque.
Je dois dire que je fus profondément touché à l'aspect de cet homme vénérable. Sa personne chétive, sa taille un peu courbée, sa barbe longue (car il semblait n'avoir pas été rasé depuis son incarcération), son visage ' rendu hagard par la mauvaise santé, tout cela eût certainement ému le plus indiflérent.
Je lui dis qu'à la demande de ses amis, j'étais îi tervenu en sa faveur avec un grand plaisir, et que, je ne pouvais me promettre la satisfaction de le vol élargi, j'étais bien heureux de le visiter ponr m' surer de ses besoins et de la cruelle position où il trouvait. Il me remercia avec beaucoup de cordialité et d'expansion des dispositions que je lui manifestais, Je fus charmé par sa bonne humeur et l'intérêt di sa conversation.
Il paraissait avoir conscience de sa situation critique et être préparé au pire. Il n'avait aucune parole d'amertume ou de reproche pour ses persécuteurs ;. mais, d'autre part, il 6t la remarque que le monde les jugeait pires qu'ils n'étaient réellement. Il attendait patiemment « la logique des événements » et priait pour que la Providence pût trouver à ces terribles troubles une solution qui épargnât le sang humain.
Il est détenu dans une cellule de six pieds sur dix, peut-être un peu plus grande, qui a le mobilier naire de la prison : une chaise et une petite table ej bois, et un lit de prison. Elle est éclairée par une fenêtre. Comme prisonnier politique, il a la faculté d( faire apporter sa nourriture du dehors, et, en réponaa] à l'ofifre que j'étais heureux de lui faire, de lui envoyi
tout ce qu'il pourrait souhaiter ou de lui remettre tout l'argent dont il pouvait avoir besoin, il me dit qu'il n'avait, quant à présent, besoin de rien. J'étais la seule personne du dehors qu'il eût vue depuis son emprisonnement, et on ne lui avait pas laissé voir de journaux, ni avoir aucune nouvelle des événements de chaque jour. Je ferai une démarche auprès du préfet de police pour être autorisé à lui envoyer des journaux et des livres, et je profiterai du permis qui m'a été donné pour le visiter et lui rendre tous les services qui dépendront de moi. Je ne puis me dissimuler, néanmoins, le grand danger où il se trouve, et désire sincèrement de pouvoir aider à le préserver du sort qui semble le menacer.
Je suis, etc.
E.-B, Washburne.
No i27 0).
Du ministère des Affaires étrangères, je me suis
rendu en personne à la Préfecture de police, pour obtenir l'élargissement de plusieurs Allemands, parmi lesquels se trouvait un prêtre, incarcéré à Mazas. J'ai
(i) Lettre de M. E.-B. Washburne à M. Fish.
trouvé là un jeune employé qui m'a très promptemi donné satisfaction et m'a remis des ordres écrits poi leur mise en liberté. Hier, une dame américaine venue à la légation pour me demander de m'intéresser en faveur de deux Soeurs de charité (françaises), afin de les faire sortir de prison. Cette dame était ellemême Sœur de cliarité et fille du dernier gouverneur de la Louisiane, Roman. Les deux religieuses en prison étaient ses amies et avaient été arrachées à leur couvent par quelques gardes nationaux, il y a trois ou quatre semaines. Elle était dans la plus grande inquiétude à leur sujet. Je lui dis que, bien que je ne puisse aucunement intervenir d'une manière officielle, je consentais, par amitié pour elle comme Américaine, à appeler l'attention des autorités sur le cas de ses amies. J'ai, en eflet, signalé cet incident à mon employé de la Prélecture, et il m'a, sans hésiter, donné aussi un ordre de liberté pour elles.
Je l'ai porté moi-même au dépôt des prisonniers ej après avoir attendu environ une heure pour l'accoi plissement de certaines formalités, j'ai eu le plaisir de voir les deux Sœurs hors des murs de la prison. Du dépût je suis allé à Mazas et je n'y ai rencontré difficulté à faire opérer l'élargissement de
tré aucun^^H : trois pri^^|
sonniers allemands, y compris le prêtre. J'ai profité de l'occasion pour visiter l'archevêque de Paris et lui apporter quelques journaux et une bouteille de vieux vin de Madère. Je Tai trouvé à peu près dans le même état que dimanche et avec la même bonne humeur. J'ai été peiné de ne pouvoir lui annoncer aucun changement dans la situation.
E.-B. Washburne.
J'avais vu, jusqu'à cette visite, Tarchevêque six différentes fois, et c'est pour moi une grande satisfaction de penser que mes visites lui ont fait un bien réel. Je lui apportais toujours des journaux et lui communiquais les nouvelles du jour.
Notre conversation eut beaucoup pour objectif les efforts que l'on faisait pour qu'on l'échangeât contre Blanqui, le grand communiste et révolutionnaire, alors prisonnier du gouvernement régulier.
Vous serez frappé de son exposé clair et concis de cette question, qui se trouve parmi les documents que je vous envoie et que je possède de sa propre écriture.