CE QUE SONT DEVENUS LES PRINCIPAUX OFFICIERS DE LA COMMUNE
Mort du « général n Okolowitz. — Dombrowski et ses compatriotes. — Un coup de stylet libérateur. — Les généraux, les colonels. - • Le picotin du capitaine. — Paisibles fins des plus agités.
On annonce la mort de M. Okolowitz, qui fut général de la Commune.
Il finit très prosaïquement président de cercle. A ses moments perdus, il peignait, comme Cluseret luimême. On doit la vérité aux morts, mais on leur doit avant tout le respect : nous nous abstiendrons de dire notre sentiment sur des petites toiles bien sages qu'il authentiquait d'une signature d*un rouge plus éclatant que ses opinions, son drapeau et les larges revers de son costume d*autrefois.
A ce propos, on pourrait chercher ce que sont devenus les hommes qui jouèrent un rôle décisif dans les opôrations militaires de la Commune.
Kn général, ils tirèrent assez habilement leur épingle au 'OU.
• rK\îir, 7 septembre 1891.
L esPolonais dans la Commune.
C'était à deux Polonais que les principaux commandements étaient dévolus : le premier à Dombrowski, le second à Wroblowski.
L'extrême droite de la défense était confiée à Okolowitz qui vient de mourir.
La Cécilia, d'origine italienne, était général de division.
Le prince Czartoryski crut nécessaire, après la Commune, d'excuser la Pologne d'avoir fourni tant d'officiers supérieurs à Témeute. Il publia une lettre peu généreuse qui visait Okolowitz et ses compatriotes :
<c Tous ces hommes sont à nos yeux gravement coupables, et nous les abandonnons à la justice française : le châtiment qu'ils ont reçu ou qui les attend, ils l'ont pleinement mérité ; ils nous déshonorent et ils nous ont fait un tort immense. »
Les souhaits cruels du prince n'ont été exaucés que pour Dombrowski, qui fut tué le 23 mai à l'attaque de la barricade de la rue Myrrha.
Son frère put se sauver, ainsi que Wroblowski, dont la bravoure pendant l'action fut irréprochable. Nous
savons la fin paisible d'Okolowitz. Quant à La Cécilia, après s'être battu dans les rues, il gagna le lort de Vincennes, s'échappa à travers les lignes prussiennes, courut le monde et acheva son aventureuse carrière au Caire en 1878.
La destinée des généraux fédérés.
Les généraux de la Commune étaient, outre les étrangers cités : Wetzel, Bergeret, Cluseret, Henry, Duval, Eudes.
Duval, fait prisonnier, fut tué sur-le-champ.
Henry, cerné eu même temps (jue lui à ChAtillon, fut envoyé à Versailles. Il s'évada en tuant d'un coup de stylet le sergent chargé de sa surveillance, au moment où ce militaire venait lui apporter à manger (voir Jouma( officiel de la. Commuiie). Il se revêtit de la capote, du képi, se glissa à la nuit tombante hors de son cachot et de la caserne. Il arriva à la gare des Chantiers, s'élança dans un train qui allait à Chartres. De Chartres il gagna Ëtampes. Là, il troqua sa capote contre une blouse et revint à Paris. Il ne fut pas arrêté en mai. Il s'enfuit en Australie, où il est sans doute encore.
On ne sait rien sur WetzeL
Eudes, chef des blanquistes, devint gros entrepreneur sans cesser d'être révolutionnaire; le souvenir de ses obsèques houleuses est resté dans les mémoires.
Bergeret, célèbre pour sa fameuse proclamation : « Bergeret lui-même », mourut en 1876, photographe à Jersey.
M. Cluseret est député du Var. Il dépense ce qui lui reste d'énergie révolutionnaire h défendre le commerce des fleurs.
Les colonels et les autres.
11 serait long et fastidieux de rechercher ce que sont devenus tous les officiers généraux ou colonels de la Commune. Mais on peut rechercher ce que devinrent les plus connus: Flourens, Rossel, Razoua, Lisbonne, Roselly-Mallet, Lu Hier et Goit.
Goit^ qui fut Vinstigateur de Vexécution des otages^ est mort^ il y a quelques années^ comptable chez un marchand de vins de Bercy.
Razoua est mort, en 1878, à Genève.
Lullier est mort récemment à Panama.
Roselly-Mallet, qui joua un rôle militaire très actif comme chef d'état-major, est mort député de l'Ain.
Flourens a été tué, Rossel fusillé.
Lisbonne est, on le sait, resté ce qu*il fut toute sa vie : un acteur en représentation.
La défense du fort d'Issy évoque les souvenirs de Brunel et de Mégy.
'^ Brunel est devenu professeur dans une école officielle à Londres.
Mégy, dont la popularité datait du coup de pistolet tiré sous Tempire, est mort en 1884 à Thospice de Colon, en Colombie.
Le président de la cour martiale était Léo Meillet, aujourd'hui professeur en Angleterre. En étaient conseillers : le commandant Goulé, notre confrère de Tex- Cri du Peuple; M. Lefebvre-Roncier, qui a été conseiller municipal. M. V. Jaclard, un des rédacteurs de la Justice^ était chef de légion.
L'intendant général était M. Elle May, candidat boulangiste malheureux aux dernières élections.
Fortin, de grade inférieur^ qui commandait sous les ordres de Sicard (mort phtisique au cours de son procès) le peloton qui exécuta Varchevêque et ses
compsignonsy vit toujours; c'est un ouvrier tourneur en bois.
Récemment, un inconnu nous priait de l'assister dans une réclamation judiciaire. Au cours de la conversation, il nous dit qu'il avait été général de la Commune. Il se faisait monter en grade ; il n'avait été que capitaine. C^était Lacaille, qui passe pour n^avoir pas été étranger à l'incendie des Tuileries.
Il nous affirma le contraire, sans absolument nous convaincre. Il est représentant d'un guignolet ou d'un picotin quelconque « tonifiant et fortifiant ».
A la tête du bataillon des femmes , sinon comme grade, du moins comme énergie, était une Russe, une belle et grande phtisique de vingt ans. Elle fit le coup de feu jusqu'à la dernière heure et put échapper à la répression. Elle s'appelait Olga D... Elle alla mourir à Naples.
En somme, les officiers de la Commune, ayant une physionomie connue, un nom et partant le panache le plus encombrant, sauf quatre, échappèrent aux représailles. Ils eurent ou ils auront de paisibles fins comme le général Okolowitz qui ne commandait plus qu'aux batailles du tapis vert.
fautifs dont ils se sont servis pour commettre les crimes les plus monstrueux.
Méfions-nous sans cesse de ceux qui veulent manger du curé^ du magistrat et du gendarme, car ceuxlà sont des lâches et des révoltés sanguinaires qui ne cherchent qu'à pêcher en eau trouble pour satisfaire leur jouissance personnelle.
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