‹ Le clergé périgourdin pendant la persécution révolutionnaireChapitre 10 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Etat Social du Péri^ord en 1789

l I Nobles, Bourgeois et Paysans.

'i II Clergé séculier.

nn Clergé régulier.

fj I. — Nobles, Bourgeois et Paysans.

La noblesse du Périgord, généralement peu fortunée, n'avait pas fréquenté la Cour; elle ne se présentaîtà Versailles que dans les rares circonstances où le service des armées lui faisait traverser Paris ; elle n'avait donc pas subi la malfaisante influence exercée sur l'aristocratie française par la corruption

de Louis XV et du Régent. Mais les nobles, en province, comme k la Cour, avaient lu les œuvres des philosophes et des économistes ; ils avaient subi la dangereuse influence des théories de Voltaire, de Diderot et d'Alembert. — Jean-Jacques Rousseau et ses paradoxes avaient faussé leur jugement. Divers(»s Iranslornialions successives les avaient

dans le pays un rang considérable; son oncle, Guillaume-Antoine Delfau, ancien Jésuite, sera député du Clergé aux Etats généraux ; lui-même sera plus tard membre de l'Assemblée législative ; traité de suspect, il sera incarcéré dans la prison du Luxembourg et n'échappera que par la mort de Robespierre au couteau de 1^ guillotine.

Quand l'Empire sera proclamé, l'ancien député sarladais deviendra secrétaire général a la Préfecture de la Dordogne, et il finira paisiblement sa vie en i8i5.

Guillaume Delfau nous représente donc à souhait le riche Périgourdin de 1789, anobli depuis peu pour ses services militaires. Il figure, en effet, parmi les électeurs de la noblesse aux Etats généraux; le seigneur de ïeyssière de Lacour de Beaulieu vota pour lui.

Dans un dialogue daté du 2/1 mai 1789, il a très clairement développé les prétentions du Tiers- Etat, en mettant dans la bouche du baron de X... la déclaration suivante :

(( Les représentants du Tiers savent apprécier les » actions qui ont en vue le bien de l'Etat et savent )) honorer ceux qui les font. Sous ce rapport, ils ne )) peuvent que rendre hommage à un ordre qui en )) a si souvent offert d'utiles et de glorieuses; mais )) ils ne pensent pas que la monarchie doive

Jean-Marie Moreau de Saint-Martial, né a Saint- Martial-de-Valctte, avait été premier président en la

souveraine Cour des aides de Guvenne; il s'était

fait remarquer, dans ces hautes fonctions judiciaires, par son savoir et par la rare distinction de son esprit.

Lorsque les Cours des aides furent supprimées, le premier président revint en Périgord; c'était au moment où le suffrage des citoyens actifs nommait les nouveaux administrateurs du département de la Dordogne et des arrondissements, créés par la loi du i/i décembre 1789. Le grand Collège électoral, siégeant pour la première fois a Périgueux, nomnia Moreau de Saint-Martial procureur-général-syndic ; c'était comme un préfet élu par ses administrés. L'ancien premier président, jeune encore et tout heureux de continuer à servir la France et le roi, prit aussitôt possession de ses hautes fonctions. Auprès de lui fut également appelé, par l'élection, Jacques de Maleville, avec le titre de vice-président du Directoire de la Dordogne.

Monseigneur de Flamarens était encore évêqiie de Périgueux, mais il avait abandonné son évêché pour aller habiter Paris. Moreau de Saint-Martial ne partageait pas, sur la constitution civile du Clergé, les idées que le public attribuait a l'évêque ; il avait plutôt à cet égard l'opinion clainMuent développée dans les œuvres diverses de Guillaume Delfau.

/iO ÉTAT SOCIAL DL PÉKiGORD.

Harmonie » se paraient tantôt du tablier maçonnique et tantôt de la cougoule du pénitent blanc ou bleu.

Dans cet état d'union permanente et générale, où vivaient alors les nobles et les bourgeois, la prédominante influence n'appartient sûrement pas aux nobles, non seulement en Périgord, mais aussi dans la plupart des provinces. Les noms viendraient en foule sous notre plume pour justifier cette affirmation.

Sur ce point spécial, le savant économiste bergeracois, Léonce de Lavergne, a très justement apprécié le célèbre pamphlet de Siéyès, que les francs-maçons ont propagé avec tant de fracas, pour donner une apparence de réforme sociale a la Révolution.

(( Tout était faux, dit Léonce de Lavergne, dans )) les trois propositions qui résument cet écrit » incendiaire. Il était faux que le Tiers-Etat ne fut )) rien en 1788, et Siéyès lui-même le savait très » bien, puisqu'il avait fait partie, dans la Généralité » d'Orléans, d'une assemblée où cet ordre dominait.

)) Il était faux que le Tiers-Etat dût être fout dans )) la société régénérée; car l'expérience a prouvé » qu'une nation ne pouvait pas se séparer violem- » ment de son histoire ; et Siéyès lui-même l'a » reconnu, quand il a accepté le titre de comte, » sous un empereur héréditaire, qui relevait pele- » mêle les débris du passé.

» Il était faux que le Tiers-Etat demandât seule-

sud de la Dordogne et à l'est de la Vézère ; un seul archiprêlré, celui d'Audrix, avait des paroisses sur les deux diocèses.

A Périgueux appartenaient seize archiprétrés, groupant ensemble quatre cent quarante-deux paroisses, savoir :

Quinte ou Périgueux 43

La Double ou Vanxains 4i

Vieux-Mareuil 21

Saint-Marcel 36

Peyrat i3

Pilhac 24

Thiviers 24

Saint-Médard 56

Gouls 20

Chanterac i3

Viliamblard 4i

Champagnac 27

Vélines 3o

Valheuil. 24

Audrix (Est) 10

Le Bugue 19

Le siège épiscopal de Périgueux était alors occupé par Mgr Louis de Grossolles de Flamarens, né à Agen le 7 février* 1736, sacré en 1772 éveque de Quimper et appelé Tannée suivante à Tévêché de Périgueux. Issu d'une des plus riches et plus puissantes familles de la Gascogne, Mgr de Flamarens, ancien capitaine d'artillerie, avait conservé

relations avec son an^hevèque, Mgr do Ciré, dont il acceptait volontiers les idées politiques.

Mgr d'Albaret était assisté par sept vicaires généraux, appartenant tous aux plus nobles familles du pays, et par un chapitre de dix-sept chanoines; il avait, en outre, hors de la ville, les trois chapitres ou collégiales de Montpazier, St-Avit et Biron.

Le Grand-Séminaire de Sarlat et le Petit-Séminaire de Bergerac préparaient le recrutement du diocèse.

Les huil cents prêtres qui composaient, en 1789, le (^lergé séculier du Périgord avaient des habitudes et des idées générales qui différaient très sensiblement des habitudes et des opinions que nous trouvons dans le clergé du vingtième siècle.

Isolés dans leurs villages, dépourvus de tous moyens de communications faciles, les curés donnaient beaucoup plus de temps a l'étude qu'aujourd'hui et subissaient moins la surveillance del'évéque; un grand nombre d'entre eux avaient acquis le grade de docteur en théologie, indispensable pour obtenir la plupart des bonnes cures.

Les préjugés gallicans ou jansénistes avaient pénétré dans l'esprit de beaucoup d'entre eux. Presque tous étudiaient avec une certaine témérité les questions économiques, sociales ou philoso-

i)9. HTAT SOCIAL DU PERIGORD.

Marc (1(5 Koycre, cvcque de Castres ;

Alexandre de Talleyrand-Périgord, archevêque de Heims;

Maurice de Talleyrand-Périgord, évéque d'Autun.

Un sonl, parmi ces douze prélats, a fait ombre dans 00 l)rillant tableau. Trop fier peut-être de ses «jfrandos (|ualit(3S intellectuelles et trop irrité de ses (lis<»;rAoos i)h>siques, Maurice de Talleyrand se révolta (îontre FEglise et contre les nobles traditions (l(^ sa race.

Tous les autres ont laissé dans leurs diocèses le souv(înir, encore persistant, de leurs vertus privées et (l(^ l(uirs qualités épiscopales.

La (*auso extérieure de la désagrégation passagère» (lu ol(Tgé français en 1790, remonte au roi Louis XVI, qui, sous la pression des loges maçonniqu(»s, maîtresses absolues de l'opinion publique en Fi'an(^o, avait eu le grand tort d'accorder les témoignages pul)li(^s de sa confiance royale aux prélats les moins (lign(»s ou les moins capables d'exercer le pouvoir en son nom. Ce fut d'abord le cardinal apostat Loménie de Brienne, archevêque de Sens, dont le roi fit son premier ministre.

Ce fut ensuite Jérôme Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, a qui Louis XVI confia les hautes fonctions de Garde des sceaux. Il était vertueux et bon ; mais, en politique, il ne connut jamais qu'un seul système : la soumission perpétuelle aux caprices des foules.

» de constater l'absence d'un courant dans ce » sens » (i).

La dîme atteignait d'ailleurs très rarement la dixième partie des revenus de la terre; elle était presque partout le douzième ou le quinzième; parfois même elle n'atteignait que la vingtième ou la trentième partie.

La seconde source des revenus de l'Eglise provenait des immenses propriétés foncières qui lui avaient été léguées pendant la longue suite des siècles, soit pour assurer le culte religieux, soit pour développer l'enseignement, soit pour soulager les pauvres et les malades.

S in. — Le Clergé régulier.

Le clergé régulier occupait une place très importante dans les diocèses de Périgueux et de Sarlat; il avait, avec des domaines considérables, plus de soixante établissements divers, tant d'hommes que de femmes.

Comme maisons d'hommes, les deux diocèses possédaient :

Les trois Abbayes cisterciennes de Peyrusse, Cadouin et Boschaud ;

(i) (i. Bnssièro, La Hévolntion m Périfford, H"" partie, p. 724.

Les Irois Abbaves béDédictiiies de Brantôme, Tourloirac et Terrasson ;

Les Abbayes d'Augustins de Châtres, de Chancelade et de Terrasson ;

Les Prieurés d'Augustins de Périgucux, Saint-Cyprien et Domme ;

La Chartreuse de Vauclaire;

Les Dominicains de Belvès ;

Cinq maisons de Cordeliers à Périgueux, Bergerac, Sarlat, Excideuil et Montignac;

Sept maisons de Recollets à Thiviers, Périgueux, Bergerac, Sarlat, Limeuil, Montpazier et Aubeterre;

Les Minimes à Plagnac, Aubeterre, Salignac et Verteilhac ;

Les Jacobins et les Carmes à Bergerac.

Les deux diocèses possédaient comme maisons religieuses de femmes :

Les Abbayes bénédictines de Ligneux, Le Bugue et Fongauffier ;

Les Dominicaines de Saint-Pardoux ;

Les Bénédictines de Périgueux et d'Auriac;

Les Religieuses de Notre-Dame à Périgueux et à Sarlat ;

Les Dames Mirepoises ou de la Foi à Périgueux, Sarlat et Belvès ;

Les Clarisses à Périgueux, Sarlat, Montignac et Aubeterre;

Les Visitandines à Périgueux ;

Les Ursulines à Périgueux ;

Ijcs Filles du Bon Pasteur à Sarlat ;

Les Dames de Fontevrault à Fontaine et à Cubas ;

Plusieurs couvents de Sainte-Marthe, de Saint-Vincent de Paul et des Filles de la Foi.

Quelques-unes de ces maisons religieuses, ab-

6o ÉTAT SOCIAL DU PËRIGORD.

prieurés du même ordre étaient rattachés à la maison mère : Sablonceaux, Cahors, Verteuil, Aubrac et Saint-C.yprien. Ces six couvents possédaient, en 1789, leur nombre régulier de chanoines. Il est permis d'attribuer cette situation exceptionnelle a deux causes principales : Les religieux avaient conservé le privilège de choisir eux-mêmes leur abbé, sans aucune intervention du pouvoir civil, et, de plus, les derniers abbés avaient eu le talent d'infuser et de maintenir, autour d'eux, l'amour des vieilles archives ; de sorte que les maisons chanceladaises étaient devenues les plus ardents foyers d'études historiques de tout le royaume.

Cependant, les bons chanoines sacrifièrent aux tendances générales de leurs contemporains et s'attachèrent, avec exagération, a l'étude des plus brùlanh^s questions sociales. C'est a Chancelade qu'en 1762, Haudéau fonda Les Ephémérides du citoyen, oii, bientôt après, Dupont (de Nemours) et Mirabeau devinrent ses collaborateurs. Quelque ferment révolutionnaire entra nécessairement, par cette porte, dans la vieille abbaye.

La Chartreuse de Vauclaire, où Dom Gerle venait de passer quelques années, en qualité de prieur, avait aussi conservé ses eflectifs réguliers et mainteim dans ses cloîtres la sévérité des lois monastiques. Mais Tantiquo et superbe abbaye de Brantôme était presque déserte : (( L'un des sept profès

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